Compte rendu, concerts. Saintes, Festival estival, les 12 et 13 juillet 2015. Vox Luminis, Laloum / SĂ©vère, Amarillis, OCE…

SAINTES festival 2015 visuel-festival-BD-400x559Compte rendu, concerts. Saintes, Festival estival, les 12 et 13 juillet 2015. Saintes 2015. Depuis des annĂ©es, la CitĂ© musicale Ă  l’Abbaye aux Dames de Saintes fait la preuve de son Ă©clectisme Ă  travers la diversitĂ© des formes de concerts prĂ©sentĂ©s, souvent des programmes inĂ©dits ; Ă  travers aussi une programmation très large qui a fait Ă©voluer l’idĂ©e du tout baroque : si le lieu hier baptisĂ© (de façon un peu rĂ©ducteur) “la Mecque du baroque” y avait dĂ©sormais sa place ou l’on pouvait Ă©couter cantates et oratorios de JS Bach jusqu’Ă  très tard dans la nuit, le festival 2015 fait preuve d’une ouverture musicale peu commune dans le paysage français.
Cette spĂ©cialisation a vĂ©cu et une nouvelle gĂ©nĂ©ration de musiciens y dĂ©fend une approche rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e des rĂ©pertoires qui prolonge l’esprit d’excellence et de dĂ©frichement tout horizon de leurs aĂ®nĂ©s.

 

 

 

Les jeunes interprètes à Saintes

Cap vers l’excellence

 

DiversitĂ©, singularitĂ© et toujours, exceptionnel approfondissement des oeuvres abordĂ©es : l’occasion de constater l’intense manifestation du phĂ©nomène nous a Ă©tĂ© offerte, lors de notre prĂ©sence Ă  CitĂ© musicale : en 2 jours (les 12 et 13 juillet 2015), pas moins de quatre programmes ont dĂ©voilĂ© la place des jeunes champions de ce Saintes soucieux de renouvellement mais aussi de continuitĂ©. Comme souvent le geste des jeunes d’aujourd’hui s’est forgĂ© dans la transmission rĂ©alisĂ©e auprès des maĂ®tres d’hier.
lionel-meunier_lrDimanche 12 juillet 2015, 19h30. Ainsi le français Lionel Meunier directeur de l’ensemble Vox Luminis nous disait avoir Ă©tĂ© formĂ© par Hugo Reyne Ă  la flĂ»te Ă  bec avant de recevoir le choc de la musique vocale en Ă©coutant la Passion selon Saint Mathieu par Philippe Herreweghe : un Ă©lectrochoc qui dĂ©cida de sa vocation pour le chant;  ce soir le chef et son ensemble dĂ©ploie l’arche lacrymale somptueuse de Purcell, d’une pudeur grave, dĂ©chirante (programme intitulĂ© “FunĂ©railles pour une reine et une impĂ©ratrice”), avant de rĂ©vĂ©ler le Requiem oubliĂ© de Fux (composĂ© en 1720). La dĂ©votion ardente et dramatique qui s’y affirme permet Ă  Vox Luminis de faire valoir et sa flexibilitĂ© vocale, et sa grandes prĂ©cision des lignes mĂŞlĂ©es, son exceptionnelle capacitĂ© Ă  caractĂ©riser aussi le texte afin d’y tisser avant tout un formidable tĂ©moignage humain. La cohĂ©sion sonore des chanteurs y est associĂ©e Ă  quelques instruments (cornets et trombones par deux) offrant cette couleur majestueuse et raffinĂ©e que Lionel  Meunier inscrit dans un très subtil Ă©quilibre entre sincĂ©ritĂ©, solennitĂ©, profondeur sans omettre la lumière de l’espoir final  (libera me). Un programme passionnant de bout en bout dĂ©ployant de Purcell Ă  Fux, mille et une nuances du pleur et de la dĂ©ploration… qui est aussi une oeuvre idĂ©ale pour l’acoustique finement rĂ©verbĂ©rĂ©e de l’Abbaye des Dames.

 

 

 

severe_raphael-matt_dine

 

 

ReprĂ©sentative de cet Ă©clectisme, le programme de la journĂ©e du lundi 13 juillet suivant, est d’autant mieux Ă©quilibrĂ© sur le plan des formes et des personnalitĂ©s affichĂ©es sous la voĂ»te vĂ©nĂ©rable. A 11h,  rĂ©cital piano / clarinette  (une première Ă  Saintes) : Adam Laloum et RaphaĂ«l SĂ©vère (photo ci dessus) dansent littĂ©ralement un duo sensuel et amoureux signĂ© Borodine  (dont RaphaĂ«l SĂ©vère a signĂ© la transcription du violoncelle Ă  la clarinette en la) et la sublime Sonate n°2 de Brahms.
Les deux interprètent rĂ©alisent des prouesses de nuances ciselĂ©es, vrais dĂ©fenseurs d’une musique incarnĂ©e et sensible, trouvant chez Brahms en particulier une sensibilitĂ© fine et pudique qui Ă©claire les vertiges d’une âme tourmentĂ©e comme le jaillissement d’un lyrisme quasi innocent. La clarinette fait ainsi son entrĂ©e remarquĂ©e sous la voĂ»te grâce Ă  l’entente sidĂ©rante entre les deux solistes.
Mathias_Vidal_FribourgA 13h, autre première Ă  Saintes : Cantates de Rameau sous la voĂ»te abbatiale. Le quatuor fĂ©minin d’Amarillis accompagne le tĂ©nor virtuose et si prodigieusement articulĂ©, Mathias Vidal. En berger Amarillis Ă©prouvĂ©, dĂ©muni et languissant, ou en OrphĂ©e confrontĂ© Ă  l’Ă©preuve suprĂŞme de la maĂ®trise des passions, le diseur hallucinĂ© rĂ©ussit un tour de force, incarnant comme peu aujourd’hui cette flamme oratoire, cette acuitĂ© de la dĂ©clamation dĂ©sormais souveraine : le jardin d’amour prend alors un fabuleux essor et de façon inĂ©dite dans la nef de l’Ă©glise abbatiale. En bis, le fabuleux Vidal offre pas moins que le redoutable et dernier air de l’acte de ballet Pygmalion de 1748 : le tĂ©nor très  en voix et saisi par une fièvre dramatique semble dĂ©poser toutes ses notes aiguĂ«s Ă  la voĂ»te composant une constellation brillante qui Ă©blouit littĂ©ralement l’assistance. L’opĂ©ra est rare Ă  Saintes : ce court rĂ©cital ciselĂ© qui prĂ©sentait aussi quelques Pièces pour clavecin en concert en est un jalon mĂ©morable.


Enfin Ă  19h30
, rendez-vous symphonique qui rappelle ici qu’aux cĂ´tĂ©s des oeuvres sacrĂ©es, Saintes sait cultiver la fibre orchestrale en un jeu collectif qui s’offre au public, chaque Ă©tĂ© comme tout au long de l’annĂ©e, grâce Ă  l’activitĂ© des deux phalanges emblĂ©matique de la CitĂ© musicale : le pionnier, l’orchestre des Champs ElysĂ©es et son premier “fils”, vraie pĂ©pinière  de jeunes instrumentistes, le dĂ©sormais reconnu “JOA” pour Jeune Orchestre de l’Abbaye : les deux phalanges sur instruments d’Ă©poque continuent de contribuer dans une large part Ă  la redĂ©couverte des partitions du XVIIIeme au XIXeme dans la sonoritĂ© d’Ă©poque la plus proche. Ce soir, la claveciniste Maud Gratton devenue pianofortiste aborde avec les cordes de l’OCE  (Orchestre des Champs ÉlysĂ©es), le Concerto n°12 de Mozart. Avouons notre semi dĂ©ception face Ă  un jeu Ă©troit, petit, rien que mĂ©ticuleux qui ne sait pas respirer ni exprimer la très dĂ©licate gravitĂ© de son andante ou le Viennois endeuillĂ© rend hommage à l’ami disparu Johann Christian Bach (dont il cite une mĂ©lodie de l’ouverture La Calamita de Cuori).
Sans bois ni vents, l’orchestre portĂ© par l’Ă©nergie et le tempĂ©rament fĂ©dĂ©rateur du premier violon, Alessandro Moccia (photo ci dessous), dĂ©ploie de superbes tonalitĂ©s entre grâce et Ă©lĂ©gance, dans l’esprit d’un Notturno.
Moccia-alessandro-violon-Orchestre-des-champs-elysees-saintes-JOA-jeune-orchestre-de-l--abbayeMais le morceau de bravoure demeure le Quatuor n°11 “serioso”, dans l’arrangement pour orchestre de cordes signĂ© Gustav Mahler. Après les Quatuor Razumovsky et le n°10 appelĂ© “Les harpes” (1810), Beethoven change radicalement d’humeur, ouvert dĂ©sormais Ă  la tension, l’âpretĂ© expĂ©rimentale quitte Ă  exprimer le plus souvent une rage fĂ©condante d’une force irrĂ©sistible. Debout (Ă  part violoncelles et contrebasse), les cordes de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es dĂ©fendent un jeu mordant et tendu, sec parfois, aux vertigineux contrastes dynamiques. Les piliers du collectif habituellement dirigĂ© par Philipe Herreweghe sont lĂ  dont Catherine Puig parmi les altistes (elle-mĂŞme responsable pĂ©dagogique dans le cadre du dĂ©veloppement du JOA). L’engagement, l’Ă©coute, la souplesse dans les nuances sont assurĂ©ment captivants ; rien n’est acquis, tout peut rompre, mais cette entente et la prise de risques assumĂ©e par tous les instrumentistes, partenaires familiers depuis la crĂ©ation de l’Orchestre en 1991, dĂ©voilent d’indiscutables apports : une musicalitĂ© ardente qui embrase et canalise la sĂ©rie de dĂ©fis jalonnĂ©s par un Beethoven impĂ©tueux voire rugissant. La matière sonore, pourtant compacte y est portĂ©e Ă  une degrĂ© d’incandescence rare, avec une Ă©loquence dĂ©taillĂ©e porteuse de raffinement. Magistral.

 
 

Prochains temps forts du festival de Saintes, 3 événements à ne pas manquer :

- Mercredi 15 juillet 2015 Ă  19h30 : Les Filles du Rhin par Pygmalion
- Jeudi 16 juillet 2015 Ă  22h : Il mio stato amoroso par La RĂŞveuse / La main harmonique
- Samedi 18 juillet 2015 Ă  19h30 : Concert de clĂ´ture. Intermèdes de Parsifal de Wagner par l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, Philippe Herreweghe. Le Parsifal rĂ©alisĂ© par les instruments d’Ă©poque de l’OCE ne serait-pas cela le Graal promis par Saintes, enfin rĂ©alisĂ© par la CitĂ© musicale le temps de son festival estival ?

Réservations et informations : LIRE notre présentation générale du festival estival de Saintes 2015