DVD, ballet, critique. Alice’s Adventures in Wonderland : Christopher Wheeldon (chorĂ©graphie / Joby Talbot, musique). Royal Ballet – ROH, (1 dvd Opus Arte, 2017).

alice adventures in wonderland royal opera house royal opera house royal balletDVD, ballet, critique. Alice’s Adventures in Wonderland : Christopher Wheeldon (chorĂ©graphie / Joby Talbot, musique). Royal Ballet – ROH, (1 dvd Opus Arte, 2017). Inusable Alice enchantĂ©e, dĂ©fricheuse des mondes parallèles et souvent comme dans la lecture de Christopher Wheeldon (crĂ©Ă© en 2011 dĂ©jĂ ), d’un onirisme haut en couleurs et tableaux dĂ©jantĂ©s. Son ballet en 3 actes est devenu un « must to see », Ă  Covent Garden, portĂ© par the Royal Ballet. Les profils psychologiques sont bien dessinĂ©s, la tension dramatique permanente, la chorĂ©graphie aussi enlevĂ©e et rythmĂ©e que l’histoire de Lewis Caroll est variĂ©e et surprenante. Wheeldon accentue surtout l’esprit Fantaisie et comĂ©die musicale, style Magicien d’Oz, en humanisant les protagonistes qui se pressent autour d’Alice, laquelle revĂŞt des allures de Lolita adolescente très « fifille » / entendez « girly », soulignant son romantisme sucrĂ©, acidulĂ©, lequel s dĂ©ploie en particulier avec le valet de cĹ“ur. Les uns crieront Ă  la dĂ©naturation de la poĂ©sie, Ă©nigmatique, fantasque de Caroll, les autres applaudiront l’efficacitĂ© d’une production formatĂ©e comme une revue et une sĂ©rie de tableaux dĂ©lurĂ©s.

L’Alice, facétieuse et serpentine de Lauren Cuthbertson captive par sa silhouette effilée, souple, harmonieuse ; Federico Bonelli donne du corps et de l’élégance au personnage ailleurs secondaire du valet de cœur. De même la ballerine espagnole Laura Morera incarne avec délices visible et beaucoup de crédibilité l’hystérique souveraine castratrice et hystérique à souhait. Tous répondent à la conception générale qui prône un monde de fantaisie pure à la Terry Gilliam. Par la caractérisation réussie de chaque personnage du conte, la cohérence de l’esthétique visuelle, cette Alice revisite le monde merveilleux de Caroll avec beaucoup de piquant, de drôlerie, de rythme.

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DVD, ballet, critique. Alice’s Adventures in Wonderland : Christopher Wheeldon (chorĂ©graphie / Joby Talbot, musique). Dancers of the Royal Ballet – Royal Opera House, 2017 (1 dvd Opus Arte)

DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte)

CLIC D'OR macaron 200DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte). Coffret événement qui complète l’offre également en dvd récapitulatif édité ce Noël par BelAirclassiques et dédié à l’école russe du Bolshoï… Quoiqu’on en dise, Tchaikovski aura permi aux chorégraphes et danseurs internationaux de perfectionner leur art, qu’il s’agisse de l’acrobatie virtuose et un rien froide, ou de l’élégance racée sublimement incarnée… Voici 3 ballets qui restent … inaltérables.

ROYAL BALLET tchaikovsky the ballets 3 dvd set sleeping beauty ntucracker swan lake annonce critique dvd review classiquenews decembre cadeau de NOEL 2018Parlons d’abord du LAC DES CYGNES / Swan Lake version Osipova / Golding / Gruzin. Enregistré en mars 2015 au Royal Opera House, Covent Garden, et retransmise dans les cinémas du monde entier, le ballet féerique de Piotr Illiytch réunit deux têtes d’affiche du Royal Ballet, l’étoile russe Natalia Osipova (originaire du Bolshoi) et le canadien, Matthew Golding, nouveau duo pour ce lac attendu. La conception d’Anthony Dowell, qui date de 1987, s’inspire de l’originale de 1895 (Petipa / Ivanov), souhaite aussi réactualiser le propos en incluant des inserts venus de différents chorégraphes plus contemporains, emblématiques à Londres : en particulier Frederick Ashton. Sans omettre des citations de l’époque de Tchaikovski. Il en résulte un mélange parfois confus, qui affecte le très haut niveau du Corps de Ballet londonien, pourtant au meilleur de sa forme, autant dans la réalisation synchronisée des ensembles, que dans le soutien au solos virtuoses (superbe Rothbart de Gary Avis). Technicienne, Natalia Osipova n’est pas une actrice affûtée, ce qui altère son double emploi : Odette, le cygne blanc, et Odile, le cygne noir. Expressive en Odette, elle manque de relief et de profondeur, mais aussi de précision dans la noirceur d’Odile. Racé certes mais uniforme dans sa posture disciplinaire, Matthew Golding fait finalement un prince Siegfried plus hautain qu’humain, ce qui nuit à la finesse émotionnelle de ses duos avec Odile / Odette. Evidemment, l’ampleur de ses portés est magistrale. Là encore, une approche mécanique, virtuose… mais froide et distanciée qui ignore totalement l’empathie et la connexion avec sa partenaire. Dans la fosse, Boris Gruzin fait feu de tout bois, réalisant de la matière et soie tchaikovskienne, un scintillement orchestral continu. Trop technique et glaçante, la lecture ne détrône pas l’excellent duo Svetlana Zakharova / Roberto Bolle à Milan en 2004… Oui on nous dira nostalgie, nosltalgie, et « goood old times »… mais quand même.

LA BELLE AU BOIS DORMANT version Nuñez, Muntagirov. Tout autre est la conception, elle aussi éclectique mais mieux assemblée et conçue de Monica Mason et Christopher Newton : à partir de la chorégraphie de Marius Petipa, ils conservent les ajouts signés Ashton, Wheeldon, Dowell, tout en redessinant la volupté onirique du conte originel français (Perrault)
grâce aux costumes et décors signés par Olivier Messel. Il en résulte une lecture à la fois majestueuse et très fine sur le plan de la caractérisation psychologique des personnages. On préfère souvent grossir et épaissir le ballet de Tchaikovski en faisant ronfler les références à la solennité Grand Siècle, au risque d’écarter tout ce qui relève du drame : rien de tel ici. Car rayonne en un trio irrésistible trois danseurs-acteurs prodigieux littéralement : Marianela Nunez (Princesse Aurora, à la fois proche et énigmatique), Kristen McNally (sidérante Carabosse par laquelle surgit la catastrophe et l’emprise des ténèbres, mais avec quelle économie gestuelle : sa pantomime est du très grand art), enfin le Prince de Vladimir Muntagirov trouve le ton juste et la balance parfaite entre puissance athlétique et présence affûtée, sans omettre une excellente interaction avec ses partenaires, dans toutes les situations. Voilà qui nous change du « rien que technique et virtuosité solistique » du Lac des cygnes précédemment présenté. Le geste souple et habité de Koen Kessels rend service à une partition colorée et raffinée dont il sait retirer toute boursouflure. Magistral.

casse-noisette_royal-ballet_4CASSE NOISETTE, 2016 : les 90 ans de Peter Wright. Le Royal Ballet fête ainsi les 90 ans du metteur en scène et producteur Peter Wright, dans l’une de ses réalisations les plus emblématiques (et applaudies). Créée en 1984, la conception enchante en respectant l’empire du rêve qui montre comment le magicien Drosselmeyer emmène la jeune Clara jusqu’au monde enneigé de la Fée Dragée, et au royaume des bonbons. Les aventures qui s’en suivent saisissent par leurs péripéties contrastées voire martiales : le casse-noisette Hans-Peter se transforme en prince… Mais Wright offre à partir de la nouvelle onirique d’Hoffmann (Casse noisette et le roi des souris, 1816), une réflexion très fine de la magie de Noël, sachant et questionner le sens de la féerie et l’expérience morale qu’en tirent les jeunes protagonistes. Saluons l’excellent Gary AVIS, magicien démiurge, d’une présence convaincante, entre autorité et mystère. Il accompagne Clara dans son rite qui est aussi l’issue heureuse d’un envoûtement diabolique, car son neveu Hans-Peter a été transformé par le roi des souris, en casse-noisette, or seul l’amour d’une jeune fille pourra l’en libérer.
casse-noisette_royal-ballet_3Au premier acte, confrontée à un immense sapin (qui ne cesse de grandir à mesure que le songe devient réel), Clara rayonne par son angélisme jamais mièvre (très juste Francesca Hayward). Le Casse-noisette devient prince (seyant et habile Federico Bonelli)… Au pays de la Fée Dragée, les danses de caractères se succèdent avec variété et virtuosité. Jusqu’au suprême pas de deux de la Fée Dragée, auquel l’étoile Lauren Cuthbertson réserve son élégance mûre d’une sublime souplesse : face à la Clara attendrie et naïve de Hayward, Cuthbertson éblouit par sa grâce adulte. Le charme de la production, défendu par des solistes de premier plan, semble atemporel. Irrésistible.

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DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte).