Compte rendu critique. Val d’IsĂšre (Savoie), Festival Classicaval, 8,9,10 mars 2016

classicaval festival affiche2016_1Compte rendu critique. Val d’IsĂšre (Savoie), Festival Classicaval, 8,9,10 mars 2016. On prĂȘterait uniquement Ă  la ville nichĂ©e Ă  plus de 1800 m d’altitude (moyenne Ă  1850 m), Val d’IsĂšre, l’image d’une station de la glisse, dont l’offre s’arrĂȘte aux seuls loisirs liĂ©s Ă  la neige. C’est ignorer la beautĂ© du village de montagne ayant conservĂ© son cƓur historique (et son Ă©glise baroque) comme son festival de musique classique, dont la premiĂšre Ă©dition s’est tenue il y a dĂ©jĂ  … 23 ans. Il est donc lĂ©gitime de parler de tradition musicale Ă  Val d’IsĂšre. De fait, la surprise passĂ©e d’y dĂ©couvrir un foyer authentique de pure sĂ©duction musicale, rien n’Ă©gale le plaisir d’assister au concert de 18h30 dans l’Ă©glise du bourg, oĂč le volume intĂ©rieur sous la nef, offre sa rĂ©sonance tĂ©nue, soit une scĂšne idĂ©ale pour la musique de chambre. La qualitĂ© musicale, la complicitĂ© des instrumentistes qui se produisent pendant les 3 jours successifs (mardi, mercredi puis jeudi), le choix des Ɠuvres, la proximitĂ© artistes / publics, particuliĂšrement soignĂ©e par les organisateurs… tout cela compose un cocktail trĂšs sĂ©duisant, et conforte la rĂ©ussite d’un cycle de concerts parmi les plus convaincants que nous ayons rĂ©cemment dĂ©couverts.

 

 

 

val-d-isere-musique-concerts-festival-a-val-d-isere-decouverte_savoie-val-isere-582-390

 

 

ROZANOVA ELENADEUX SESSIONS en janvier et en mars. Le Festival Clasicaval Ă  Val d’isĂšre fonctionne en deux Ă©tapes, premiĂšre session en janvier puis aprĂšs la trĂšs forte affluence des vacances de fĂ©vrier, seconde session en mars. Le rythme laisse de grandes plage de loisirs pour le festivalier venu aussi faire du ski dans une station dont les pistes sont les plus sĂ©duisantes des Alpes. En 3 concerts, chacun Ă  18h30 dans l’Ă©glise, les musiciens abordent les Ɠuvres du rĂ©pertoire : Trio de Tchaikovski ou de Dvorak, piĂšces majeures pour piano seul (Sonate au Clair de Lune ou Mephisto Valse de Liszt) ou Ă  quatre mains, sans compter des duos inattendus d’une indiscutable sĂ©duction, en particulier pour violoncelle et guitare. Pour cette session de mars, la pianiste Elena Rozanova (portrait ci-dessus) et le violoniste Svetlin Roussev assuraient comme co directeurs artistiques, la programmation musicale. Une sĂ©lection majoritairement slavo-russe regroupant Rachmaninov, Tchaikovski, Dvorak et donc aussi, les “pionniers” romantiques, tels Beethoven et Liszt. Les romantiques sont Ă  l’honneur mais aussi plusieurs classiques du XXĂš tels Piazzolla, Grapelli et mĂȘme Django Reinhardt (s’agissant du bis du 9 mars)… La guitare est ainsi fabuleusement prĂ©sente grĂące Ă  la complicitĂ© du musicien Samuel Strouk qui est aussi un passionnant compositeur (ses arrangements et transpositions, -rĂ©cemment d’aprĂšs Barber ou Tavener pour le violoncelliste Chritian-Pierre La Marca se sont rĂ©vĂ©lĂ©s irrĂ©sistibles : LIRE notre critique du cd AVE MARIA de Christian-Pierre La Marca chez Sony classical). L’alchimie qui porte tous les programmes et semble unir secrĂštement les instrumentistes entre eux vient certainement de leur complicitĂ© Ă©prouvĂ©e depuis de longues annĂ©es : partenaires familiers, tous ont l’habitude de jouer ensemble, de respirer, de jouer en une parfaite osmose ; ils s’Ă©coutent, se parlent avec les yeux, ils produisent d’Ă©vidents accomplissements qu’il est souvent difficile de vivre dans d’autres lieux et dans d’autres salles de concerts (plus impressionnantes, moins chaleureuses). Car la proximitĂ© et le cadre mĂȘme des sĂ©ances cultivent l’intimitĂ© et la sensation directe de la musique (que l’on soit aux premiers rangs de l’Ă©glise ou “au balcon”, situĂ© au-dessus du porche d’entrĂ©e).

 

 

 

Le Festival Classicaval de Val d’IsĂšre

Chambrisme embrasé au pied des pistes

 

 

Diverse mais cohĂ©rente, la programmation Ă©grĂšne ses thĂ©matiques, offrant un riche terreau de sensibilitĂ©s offertes et complices : soit un triptyque musical dont les volets sont successivement intitulĂ©s cette annĂ©e : “Souvenirs de Russie”, “classique et au-delĂ ”, enfin “Couleurs de l’Est”. Le premier concert (8 mars), met justement Ă  l’honneur le jeu collectif en complicitĂ© : quatre mains pour les (rares) PiĂšces opus 11 de Rachmaninov oĂč brille l’entente expressive des deux pianistes Elena Rozanova et Valentina Igoshina. Puis dans un duo touchant soulignant l’esprit familial du festival, entre mĂšre et fille, Elena Rozanova joue avec sa fille, une transposition de Casse-noisette de Tchaikovski (la cĂ©lĂ©brissime Valse de fleurs). Au jeu partagĂ©, portĂ© par un Ă©coute secrĂšte et continue, Elena Rozanova et Svetlin Roussev (qui ainsi retrouve un lieu qu’il avait quittĂ© il y a 6 ans) retrouvent leur partenaire François Salques (violoncelle) dans l’intĂ©rieur et iridescent Trio opus 50 de Tchaikovski, une descente dans les affres de la psychĂ© dont public et interprĂštes se remettent avec lenteur et comme par paliers, tant l’immersion jusqu’au bout de la souffrance et de l’introspection a Ă©tĂ© exprimĂ©e avec un feu continu, graduĂ©, de plus en plus pĂ©nĂ©trant, Ă  trois voix, chacune aux couleurs complĂ©mentaires et subtilement complices.

 

igoshina valentina4Le 9 mars, c’est un programme plus Ă©clectique qui aprĂšs le jeu franc et scintillant (Beethoven, Sonate au clair de lune) puis dramatique et hautement spirituel de Valentina Igoshina (impressionnante et trĂšs contrastĂ©e MĂ©phisto Valse de Liszt ; portrait ci-contre)), fait place au duo violoncelle et guitare de François Salque et Samuel Strouk (portrait ci-dessous). EngagĂ©s, et d’une complicitĂ© Ă©gale, les deux interprĂštes s’impliquent totalement dans un Medley de Grappelli, aprĂšs avoir Ă©tĂ© rejoint par le violon luminescent, d’une finesse absolue de Svetlin Roussev dans la transposition du thĂšme principal du film Armagedon de Piazzolla d’aprĂšs Jocelyn Mienniel. La pianiste donnait ainsi un avant-goĂ»t de son prochain album conçu autour du clair de lune et des enchantements la nuit.

 

strouk samuel guitare compositeur

 

 

1001 NUANCES CHAMBRISTES. Enfin le 10 mars, aprĂšs PiĂšces romantiques, le Trio qu’il convient de nommer Rozanova, associant Elena Rozanova, Svetlin Roussev et François Salque-, offrait une somptueuse lecture du Trio Dumki de Dvorak, piĂšce maĂźtresse aux couleurs fauves et crĂ©pusculaires, exigeant des trois instrumentistes plus qu’une entente complice, un jeu et une Ă©coute intĂ©rieure instinctive, presque animale et dans le chƓur de l’Ă©glise de Val d’IsĂšre, d’une rare urgence intĂ©rieure. Un autre accomplissement aprĂšs le Trio de Tchaikovski dont il composait ainsi comme un Ă©cho direct de la mĂȘme profondeur. IntercalĂ©s, PriĂšre d’Ernest Bloch (Ă©noncĂ©e comme un chant brĂ»lĂ©, laissĂ© sans rĂ©ponse) puis Csardas de Krystof Maratka (texturĂ© dans la nostalgie), ont permis de trouver le duo tout aussi passionnant et d’une virtuositĂ© proche de l’improvisation partagĂ©e, François Salque et Samuel Strouk.

 

 

SALQUES violoncelle F.Salque-©Nicolas-Tavernier-1024x951Tout au long des trois concerts, les festivaliers ont pu affiner leur connaissance d’un chambrisme vaillamment et ardemment dĂ©fendu, oĂč le bĂ©nĂ©fice d’une complicitĂ© Ă©vidente s’affirme de soirĂ©e en soirĂ©e ; les tempĂ©raments solistes pourtant en Ă©troite connivence s’y distinguent, s’y dĂ©tachent tout autant, rĂ©vĂ©lant la puissante implication dont est capable chaque individualitĂ© musicale : c’est bien l’enjeu majeur du jeu chambriste, jouer ensemble mais sans perdre sa profonde personnalitĂ©. Ainsi dans cette partie collective et individualisĂ©e, les festivaliers identifient le piano puissant, “viril” d’Elena Rozanova ; l’Ă©lĂ©gance plus intĂ©rieure de Valentina Igoshina (dans la MĂ©phisto Valse de Liszt si soucieuse d’accents allusifs) ; le violon diamantin de Svetlin Roussev (prĂ©cisĂ©ment un Stradivarius de 1710), particuliĂšrement mordant et d’une puretĂ© Ă  la fois ROUSSEV svetlin violontendre et incisive ; la haute virtuositĂ© chantante du violoncelle de François Salque, sans omettre, l’agilitĂ© volubile de la guitare de Samuel Strouk. Il faut absolument vivre le festival Classicaval de Val d’IsĂšre. La haute musicalitĂ© des intervenants, l’Ă©quilibre idĂ©al des programmes entre chefs d’Ɠuvre du rĂ©pertoire et pĂ©pites moins connues, le lieu et l’ambiance font de Classicaval, l’un de nos nouveaux temps forts musicaux de l’hiver. Pour le ski, les pistes, l’ensoleillement et la neige, comme le charme prĂ©servĂ© de son village, Val d’IsĂšre confirme sa rĂ©putation comme station incontournable. Pour son festival de musique de chambre, c’est une destination dĂ©sormais indiscutable que l’on aimera retrouver chaque hiver, aprĂšs NoĂ«l, d’Ă©dition en Ă©dition.

 

 

 

Compte rendu critique. Val d’IsĂšre, Festival Classicaval, 8,9,10 mars 2016. Musique de chambre. Elena Rozanova, piano. Svetlin Roussev, violon. François Salque, violoncelle. Samuel Strouk, guitare.