Roberto Devereux en direct au cinéma

CinĂ©ma. Roberto Devereux, le 16 avril 2016, 18h55. En direct du Metropolitan Opera de New York, Roberto Devereux poursuit sa carrière sur les planches, affirmant en particulier le relief des caractères vocaux qui y conduisent l’action historico-tragique. L’opĂ©ra de Donizetti sur la dynastie Tudor, est crĂ©Ă© en 1837 et son format ambitieux laissait espĂ©rer pour l’auteur, une carrière enfin reconnue, cĂ©lĂ©brĂ©e Ă  … Paris, alors temple europĂ©en du lyrique. Sur le plan artistique, Donizetti signe un Ă©blouissant portrait amoureux, intime de la Reine Elizabeth Ière. Son rĂŞve de gloire parisienne se rĂ©alisera avec les partitions Ă  venir : les Martyrs (1848), La Fille du rĂ©giment et La Favorite.

Lyre tragique et portrait d’Elizabeth

radvanovsky sondraLyrisme exacerbĂ©, force des rĂ©citatifs souvent accompagnĂ© (du vrai théâtre musical), tentation mĂ©lancolique (si opposĂ©e Ă  la nostalgie Ă©lĂ©gantissime d’un Bellini), voire profondeur tragique … que Verdi saura sublimer encore après la mort de Donizetti (1848). La première de Roberto Devereux a lieu d’abord Ă  Naples en 1837, puis est crĂ©Ă© triomphalement Ă  Paris en dĂ©cembre 1838 avec un trio de stars lyriques : Grisi, Rubini, Tamburini… Elizabeth Ière aime le Comte d’Essex, Roberto Devreux. Mais l’amant magnifique est fiancĂ© Ă  Sara. Croyant Ă  cette union qui alimente sa dĂ©vorante jalousie, Elizabeth signe l’acte de mort contre Essex, mais elle se ravise, se montre clĂ©mente (Vivi, ingrato ! / Vis ingrat!). Pourtant le Duc de Nottingham, Ă©poux lĂ©gitime de Sara, orchestre un complot contre Devereux et sa femme infidèle. En espĂ©rant un dĂ©nouement (et une histoire de bague permettant de disculper les coupables dĂ©signĂ©s), qui ne vient pas, Elizabeth, impuissante, assiste dĂ©sespĂ©rĂ©e Ă  l’exĂ©cution de son amant, et sombre dans des visions lugubres et hautement tragiques (le scepticisme tragique de Donizetti), dans une cabalette (maestoso) hallucinĂ©e (scène 9, III), oĂą voyant sa mort et un bain de sang, renonce au pouvoir en faveur de Jacques Ier…

Grandiose et sombre, théâtre et huis clos presque trop Ă©touffant, soulignant l’impuissance de chacun (y compris la Reine, plus prisonnière de sa dignitĂ© royale et politique que femme libre et amoureuse…), l’opĂ©ra en trois actes de Donizetti cible très justement la vĂ©ritĂ© des coeurs ; il en explore et rĂ©vèle la lyre tragique des sentiments. L’ouvrage offre un dĂ©fi pour les deux chanteuses en prĂ©sence, Ă  la fois rivales et aussi proches – Elizabeth (soprano) et Sara (mezzo). Sur les planches du Met Ă  New York, après les Gencer et CaballĂ© – vraies divas marquantes pour un rĂ´le Ă©crasant par sa profondeur et ses trilles-, c’est la soprano Sondra Radvanovsky qui rĂ©vĂ©lera la sincĂ©ritĂ© de la Souveraine Elizabeth, femme de pouvoir et d’autoritĂ©, pourtant dĂ©truite : le chant d’un diamant noir. Face Ă  elle, le superbe mezzo de Elina Garanca incarne une Sara non moins crĂ©dible et mĂŞme grave. David McVicar signe la mise en scène.  OpĂ©ra diffusĂ© en direct au cinĂ©ma, Ă  ne pas manquer, le 16 avril 2016 Ă  partir de 18h55. Dans toutes les salles de cinĂ©ma partenaires de l’opĂ©ration.