Paris. Maison de Radio France, Studio 104. Festival Présences 2015. Le 20 février 2015. Rizo Salom, Vazquez, Adams. Ensemble Orchestral Contemporain. Daniel Kawka, direction

presences-festival-2015-les-deux-ameriques-fevrier-6---21-fevrier-2015-fond-coloreSous une pluie battante,  la Seine s’enroulant tel un drapé de soie noire à ses pieds, le vaisseau d’argent laqué de la Maison de la Radio offrit un pendant splendide aux réclames mordorées de la Nuit des Césars qui sévissait sur la circulation Place du Châtelet. Paris a souvent de ces curieux rapprochements d’une rive à l’autre et entre deux méandres du fleuve le plus lumineux du monde.  Présences 2015 achevait sa traversée des Amériques par un concert étonnant,  riche en surprises exaltantes.

Pour commencer, El Juego de Luis Fernando Rizo Salom, est une série de pièces aux intentions ludiques mais à la construction plutôt chaotique.  On comprend le propos du compositeur sans beaucoup de peine, mais la portée musicale demeure assez limitée et quasiment anecdotique.  Après le jeu,  une exploration formidable du son de l’alto et des touches impressionnistes par moments des sons latino-américains. Souvent parent pauvre des concerti, l’alto à la sonorité plus ronde que le violon demeure un instrument dont l’intérêt est à découvrir.  Dans Desjardins/Des prés,  Herbert Vazquez transfigure le son même de l’instrument dans des rocailles virtuoses qu’il juxtapose sur des rythmes tropicaux et des danses issues du folkore caraïbe et, même, des harpes du Veracruz.  Pari réussi pour ce magnifique concerto, qui ne fait pas du pur nationalisme ou de la monstration de la latinité, mais sait doser l’esprit d’à propos de cette musique dansante et des lignes chromatiques de l’alto dans une toute nouvelle virtuosité.  Herbert Vazquez sublime ainsi le jeu de Christophe Desjardins et l’implication de l’Ensemble Orchestral Contemporain.

Le concert s’achève sur le reliquat de pièces symphoniques de la Son of Chamber Symphony de John Adams,  un petit bijou mais d’une portée plus décorative et narrative qu’originale.  Pour bien saisir le génie d’Adams, autant écouter Nixon in China ou El Niño.  Cette dernière eut été d’ailleurs d’une grande cohérence avec la thématique de Présences en 2015.

OSE : l'Orchestre nouvelle génération créé par Daniel KawkaCe concert est l’exemple type de l’équilibre et de l’excellence.  Tout d’abord avec la maîtrise et la sophistication du jeu de l’altiste Christophe Desjardins, splendide dans le jeu d’orchestre et virtuose dans les soli. Nous découvrons cet artiste avec plaisir et faisons des vœux pour un avenir plein de succès dans la création.  De même notre écoute a chaviré pour le formidable Ensemble Orchestral Contemporain.  On entend aisément quand la passion et l’amour de la musique meut un artiste et c’est le cas des membres de cet ensemble qui surpassent en subtilité, justesse et inventivité même le trop connoté Ensemble Intercontemporain.  Venu des contreforts des Alpes, l’EOC, nous ravit par la sensibilité et la simplicité. L’Auditeur parisien, habitué à l’EIC, peut affirmer ici que les chapelles sont tenues souvent par les prédicateurs austères.  A la tête de son impeccable EOC, le très talentueux Daniel Kawka (son fondateur et chef principal), précis, sensible, au geste juste et équilibré,  nous offre des moments de ravissement continu que nous aurions aimé se poursuivre.

Présences 2015,  s’achève sous une pluie d’étoiles aux rives du 16ème arrondissement de Paris.  Juste derrière la réplique de la Statue de la Liberté qui regarde depuis la Seine sa grande sœur Américaine bien au delà des mers, au Nouveau Monde.

 

 

Concert 12
Studio 104 – Vendredi 20 Février 2015

Luis Fernando Rizo Salom – El juego
Pour flûte basse, percussion, piano, violon, alto et violoncelle

Herbert Vazquez – Desjardins/Des prés
Concerto pour alto

John Adams – Son of Chamber Symphony

Christophe Desjardins – alto
Ensemble Orchestral Contemporain
Daniel Kawka, direction

Paris. Maison de Radio France, festival Présences 2015. Benzecry, Lieberson, Ives… National de France. Giancarlo Guerrero, direction

presences-festival-2015-les-deux-ameriques-fevrier-6---21-fevrier-2015-fond-coloreAvec une thématique telle que « Les Amériques », il fallait s’attendre à des poncifs nationalistes. Et pourtant cette occasion aurait pu offrir à la fine fleur de l’avant-garde des Amériques inexplorées, une tribune propice à des nouveaux messages, à des revendications esthétiques de notre temps. Madre Tierra de Esteban Benzeckry est un archétype du concept suranné de musique nationaliste.  Evidemment quand on s’attend à écouter des relents « latinos » et des mélanges folkloristes, Madre Tierra est d’une rare originalité. Mais ce qui est merveilleux et acceptable chez Ginastera, Revueltas ou Moncayo dans les années exaltantes du Nationalisme, l’est bien moins en 2015.  Esteban Benzeckry offre au public de Présences, ce qu’il s’attend à entendre quand on évoque la mythologie latino-américaine : une cascade d’images luxuriantes, une myriade de percussions exotiques à n’en plus finir et des danses grandiloquentes. Mais, au lieu de sortir des poussières archéologiques ces conceptions de l’univers, ces philosophies ancestrales, M. Benzeckry n’approfondit pas, il survole l’âme latine.  Il fait des trésors monumentaux de la pacotille pour touristes.

En poursuivant le parcours vers le sud, le programme visite les Neruda Songs de Peter Lieberson. Mettre en musique la poésie délicate de Neruda est un défi que peu de compositeurs ont réussi. Si bien, Mikis Theodorakis a réussi à saisir l’épopée du Canto General, les poèmes d’amour de Pablo Neruda n’ont pas eu réellement un sort glorieux dans la musique contemporaine.  Peter Lieberson met en lumière, par des couleurs simples les émotions qui bourgeonnent dans les vers de Neruda, il brode autour d’un mot, d’un vers, d’une syllabe. Les idées sont bonnes, l’ambiance est parfois juste et émouvante, mais le tout reste un peu trop simpliste. Ce cycle a été créé et composé pour l’inoubliable Lorraine Hunt-Lieberson qui a interprété à merveille chaque mélodie, comme un cours d’amour entre elle et son mari.  Ce soir hélas, ce fut la jeune Kelley O’Connor, mezzo-soprano aux couleurs rondes et chaudes et à l’allure élégante. Kelley O’Connor porte la musique simple de Lieberson au paroxysme mais oublie régulièrement le texte, ce qui vide immédiatement la mélodie de son sens et de sa sensibilité.  Pour ce genre de mélodies, le texte est essentiel.

La deuxième partie s’ouvrit sur l’extraordinaire Unanswered question de Charles Ives. Cette œuvre d’une modernité à faire pâlir certains académismes actuels,  a été composée en 1909 par ce génie inclassable qu’était ce compositeur étasunien, assureur de son état.  Mystère absolu pour l’auditeur, cette partition invite à se perdre dans la forêt orchestrale qui transparaît dans une brume des pianissimi des cordes et les cris perçants des bois avec une trompette qui pose l’interrogation onomastique de la pièce, comme une plainte de détresse au loin, qui se perd. Cette pièce est passionnante mais ne tolère aucune interrogation, un choix judicieux pour illustrer la création Américaine.

De même, mais avec un peu moins de génie, On the transmigration of souls de John Adams,  requiem pour les victimes des attentats du 11 septembre, sonne, malgré tout dans le très bel Auditorium de Radio-France, tel une complainte pour les victimes des attentats à Paris en 2015.  Le mélange des dispositifs électro-acoustiques, de l’orchestre et des chœurs touche au vif.  Une belle œuvre malgré des procédés quasiment mélodramatiques dans la réalisation.

A l’heure où l’on se questionne sur la fusion des orchestres de Radio-France et la disparition pure et simple de l’Orchestre National de France, il serait juste que les conseillers qui prônent cette idée écoutent la qualité supérieure de cette formation.  Même dans les pièces les plus faibles, l’Orchestre National de France est juste, pléthorique de timbres et de chromatismes. Nous invitons les économes et autres idéologues du paupérisme de connaître avant de condamner au souvenir, un instrument qui irrigue encore de vitalité le monde musical par la maîtrise des créations et des langages du XXIème siècle.

Accompagné par l’excellence des Chœurs et de la Maîtrise de Radio France,  le National s’impose encore comme la phalange essentielle pour montrer que la France est encore un pays de musique et de culture.

Malheureusement,  le choix du chef Nicaraguayen Giancarlo Guerrero, ne fut pas très heureux.  Manquant souvent de subtilité, de précision dans la battue et abusant de fantaisie,  certaines pièces lui ont échappé.  Heureusement que pour le chef d’œuvre de Charles Ives, le National put parcourir ses méandres sans son intervention.  Nous regrettons que Daniele Gatti n’ait pas pu diriger ce concert : le chef absent aurait apporté, sans doute,  plus de structure et de surprises.

Concert 11
Auditorium  – Jeudi 19 Février 2015

Esteban Benzeckry – Madre Tierra
Diptyque pour orchestre

Peter Lieberson – Neruda Songs
Mélodies pour mezzo-soprano et orchestre

Charles Ives – Unanswered question

John Adams – On the transmigration of souls
Pour orchestre, chœur, chœur d’enfants et sons fixes

Kelley O’Connor – Mezzo-soprano
Orchestre National de France
Giancarlo Guerrero, direction

Paris. Maison de Radio France. Festival Présences 2015 : Les deux Amériques. Studio 104, le 18 février 2015. Markéas, Griffin, Tejera, Alvarez. TM+

A l’heure où divers remaniements et remises en cause agitent voire inquiètent le monde de la musique, Radio France renouvelle son lien avec la création avec un Festival Présences 2015 qui entame la grande traversée vers les (deux) Amériques. L’exploration du vaste continent aux couleurs si dissemblables, a permis au public parisien d’échapper à la pluie battante de cette fin d’hiver pour rejoindre les tropiques et les capitales de la mondialisation.  Des échanges emplis de surprises.

presences-festival-2015-les-deux-ameriques-fevrier-6---21-fevrier-2015-fond-colorePour ouvrir notre couverture de Présences, le concert n°10 nous offrit la conjugaison de deux univers complémentaires : TM+ et l’ensemble de percussions Mexicain Tambuco.  La narration nous porta avec clarté dans plusieurs univers de la création contemporaine, sans que le voyage soit très concluant en vérité.  Néanmoins, le cadre magnifique du Studio 104 renové, offre une acoustique chaleureuse et précise pour la musique contemporaine. En véritable archétype de la tendance créatrice contemporaine actuelle,  le Conlon’s dream d’Alexandros Markéas est un tenant du mandarinat et de l’académisme. Dépouvu, hélas d’un sens poétique qui aurait pu offrir une identité à la pièce, Conlon’s dream reste un hommage ou bien, une pièce d’école.

Nous pourrions dire tout autant de The persistence of Past Chemistries de Charles B. Griffin, dont les trouvailles ne poussent pas très loin le propos et demeurent assez anecdotiques.

En revanche, le passionant Flashforward II de Januibe Tejera concrétise dès la première note, la voix nouvelle venue d’outre-Atlantique.  En effet, ce jeune compositeur brésilien y imprime une influence subtile de la musique indigène amazonienne et une exploration des ambiances, des nuances dans les développements. L’électronique apporte une voix nécessaire à la compréhension de l’atemporalité de ce voyage dans le temps en accéléré.  Flashforward II est passionnant par son originalité et l’implication de l’auditeur dans l’écoute et l’appréciation de son architecture.

Dans la même émotion, mais avec une structure plus simple, Metal de Corazones du compositeur Mexicain Javier Alvarez, est un bijou d’inventivité et de timbres.  Utilisant les percussions dans un langage de pulsations continu qui rappelle les battements d’un cœur mais aussi les bruits lancinants de la ville.  Une belle réalisation qui permet aux percussions d’atteindre une narration subtile et une évocation compréhensible de toute la gamme des possibilités dans le rythme et le timbre.

Partageant à la fois les univers de chaque compositeur et l’unicité de chaque pièce, les ensembles TM+ et Tambuco interprètent avec excellence la création contemporaine. On remarque notamment l’investissement de chaque soliste, comme des planètes qui entrent en conjonction pour obtenir une énergie efficace et solide.  Laurent Cuniot dirige parfaitement ces deux ensembles prêtant une attention particulière aux couleurs, à la précision et justesse rythmiques et un sens aigu des effets,  son investissement  permet à chaque pièce de germer avec ses couleurs particulières et au compositeur de jouir de sa voix et sa personnalité créatrice.

Paris. Maison de Radio France. Festival Présences 2015 : Les deux Amériques. Studio 104, le 18 février 2015. Markéas, Griffin, Tejera, Alvarez. TM+

VIDEO. Paris, Radio France : 25ème Festival Présences, 6>21 février 2015

presences-festival-2015-les-deux-ameriques-fevrier-6---21-fevrier-2015-fond-coloreVIDEO. Paris, Radio France : 25ème Festival Présences, 6>21 février 2015. Radio France présente son festival Présences 2015, dédié à la création : 13 concerts événements du 6 au 21 février 2015 résonnent ainsi dans les lieux mythiques de la Maison de la Radio à Paris : l’auditorium flambant neuf (inauguré en novembre 2014) et le légendaire studio 104. Les Deux Amériques, du nord et du sud s’installent à Radio France défendues par les phalanges maison : National de France, Philharmonique, Maîtrise et Choeur de Radio France, pour 13 concerts, jusqu’au 21 février 2015. REPORTAGE vidéo, entretien avec Jean-Pierre Rousseau, directeur de la musique © CLASSIQUENEWS.COM 2015

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