COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. AVIGNON, OpĂ©ra, le 6 octobre 2019. LULLY – MOLIERE : Monsieur de Pourceaugnac. La RĂȘveuse.

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. AVIGNON, OpĂ©ra, le 6 octobre 2019. LULLY – MOLIERE : Monsieur de Pourceaugnac. La RĂȘveuse.
Force de frappe de la farce Ă  l’évidence, qui, sous les situations topiques, sous les masques, le dĂ©guisement, rĂ©vĂšle, laisse finalement percer Ă  nu l’épure dramatique : la violence parentale qui force les enfants Ă  des mariages tyranniques ; mais aussi, rĂ©plique des enfants rĂ©voltĂ©s, reprise de la Commedia dell’Arte, la gĂ©rontophobie [1] gĂ©nĂ©rale, la haine des vieillards dĂ©tenteurs du pouvoir, le triomphe cruel des jeunes sur le barbon, bafouĂ©, ridiculisĂ©, oĂč l’impitoyable futur opĂ©ra-bouffe trouvera sa plus cynique inspiration qui choquait Rousseau. Et quand ce barbon est par ailleurs un Limousin, perdu dans la capitale, dont le crime capital est d’ĂȘtre un provincial, il faut ajouter la mĂ©prisante cruautĂ© du suprĂ©matisme parisien puisqu’il est dĂ©crĂ©tĂ© depuis Villon qu’« Il n’est bon bec que de Paris », future anticipation du jacobinisme centralisateur, Ă©touffoir de la diversitĂ© de provinces. Sans oublier que le malheureux a l’ambition outrecuidante de faire un mariage bourgeois, sinon gentilhomme, c’est-Ă -dire, sortir de son rang pour gravir un Ă©chelon social. Et additionnons encore, entre rires et larmes, amer sarcasme, la plaidoirie burlesque des deux mĂ©decins, ou plutĂŽt le funĂšbre rĂ©quisitoire personnel du dramaturge malade, la violence d’une science mĂ©dicale sans conscience, ivre de son inutile savoir verbal, dont Ă  deux annĂ©es et trois mois de son Malade imaginaire et de sa mort (fĂ©vrier 1673), MoliĂšre dramatise avec un humour ravageur, les ravages qu’il subit sĂ»rement dans son corps et son esprit.

 

 

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Donc, sous le masque de la farce, la frappante force, noire de la réalité. Alors, quand Boileau, aprÚs avoir assisté aux Fourberies de Scapin de 1671, pince ces deux alexandrins méprisants :
« Dans le sac ridicule oĂč Scapin s’enveloppe,
Je ne reconnais pas l’auteur du Misanthrope »,
on les additionnera non au crĂ©dit mais au dĂ©bit de son peu poĂ©tique Art poĂ©tique pincĂ©, Ă©troitement pensĂ©. Car MoliĂšre, gĂ©nie intemporel qui nous parle encore aujourd’hui, Ă©tait un gĂ©nĂ©reux auteur tous publics, tous traitements thĂ©Ăątraux, du thĂ©Ăątre de mƓurs bourgeois au populaire thĂ©Ăątre de trĂ©teaux, Ă  l’attrayante scĂšne agrĂ©mentĂ©e de musique.

Comédie-Ballet
Pendant longtemps, on a oubliĂ© que le thĂ©Ăątre du dit Grand SiĂšcle Ă©tait presque toujours assorti de musique, soit dans les entractes, soit, comme ici dans le corps mĂȘme de la piĂšce par des intermĂšdes, appelĂ©s des « entrĂ©es ». Jean-Baptiste Poquelin, dit MoliĂšre, eut pour collaborateurs de grands musiciens, le tumultueux Dassoucy qu’il dĂ©laissa, au grand chagrin de ce dernier, pour Charpentier. Mais on connaĂźt surtout son association musicale premiĂšre avec un autre Jean-Baptiste, le Florentin Lully : ensemble, ils crĂ©Ăšrent la comĂ©die-ballet, une action thĂ©Ăątrale assortie de chants et de danses intĂ©grĂ©es, dont le premier succĂšs fut les FĂącheux en 1661, suivi de sept autres piĂšces, dont Le Bourgeois gentilhomme, en 1670, fut l’aboutissement, et la fin.
En effet, en mars 1672, l’intrigant et envahissant Lully obtient du roi le droit d’exclusivitĂ© des spectacles chantĂ©s et celui, exorbitant aussi, d’interdire aux troupes thĂ©Ăątrales de faire chanter une piĂšce entiĂšre sans sa permission. MoliĂšre protesta hautement, son rĂ©pertoire Ă©tant constituĂ© en grande partie de comĂ©dies-ballets, sept autres Ă©tant Ă  son actif. Sensible Ă  son indignation, le roi lui concĂ©da l’emploi d’un effectif de six chanteurs et douze instrumentistes pour son thĂ©Ăątre. Le chorĂ©graphe et musicien Pierre Beauchamp continua Ă  en rĂ©gler les danses.
Comme la musique bien rĂ©glĂ©e, l’harmonie rĂšgne donc alors entre Lully et MoliĂšre qui Ă©crivit sur place, au chĂąteau de Chambord, ce Monsieur de Pourceaugnac qui fut donnĂ© devant Louis XIV et sa cour en 1669. Les deux artistes se partageant mĂȘme les planches pour certaines scĂšnes, MoliĂšre jouant le hĂ©ros limousin et Lully, artiste tous terrains, l’un des mĂ©decins.

 

 

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La piĂšce
L’intrigue est mince, mĂȘme si le sujet a toujours un fond cruel : le despotisme du pĂšre qui impose Ă  ses enfants, contre toute justice, pour des raisons d’intĂ©rĂȘt, des choix matrimoniaux contre leur cƓur.

Éraste
Éraste (dont je m’étonne du nom qui, en GrĂšce, dĂ©signait l’adulte protecteur trĂšs intime d’un Ă©romĂšne, adolescent, dans une relation pĂ©dĂ©rastique, d’oĂč pĂ©d/Ă©raste)et Julie sont amoureux, mais le pĂšre de la jeune fille, Oronte, a dĂ©cidĂ© d’un mariage plus avantageux avec le hĂ©ros titulaire, limousin, barbon, provincial ridicule dĂ©jĂ  par son nom, Monsieur de Pourceaugnac, qui a l’ambition de frayer avec la bourgeoisie parisienne, pas encore gentilhomme. Les deux amants, vont tout mettre en Ɠuvre pour faire capoter ce mariage, grĂące Ă  l’entregent entremetteur de NĂ©rine et les machinations du Napolitain Sbrigani, Ă©trange personnage comique de valet dĂ©brouillard Ă  la Figaro qui, tel un hĂ©ritage de Machiavel passĂ© Ă  la Commedia dell’Arte semble traverser le thĂ©Ăątre comique pour fixer l’Italien comme un intrigant professionnel jusqu’au couple du Chevalier Ă  la Rose de Strauss. Ils rendront presque fou le barbon limousin poursuivi par des mĂ©decins acharnĂ©s Ă  sauver cet homme Ă©clatant de bonne santĂ©, lui dĂ©montrant qu’il est Ă  l’article de la mort, voulant l’opĂ©rer, l’amputer, le saigner, lui donner un clystĂšre, cette Ă©norme pompe Ă  lavement pour purger, ce qu’on croyait remĂšde Ă  tous les maux. On anticipe Monsieur Purgon, nom significatif que donne MoliĂšre Ă  l’un des terribles mĂ©decins de son Malade Imaginaire.
Dans Monsieur de Pourceaugnac devant le roi, Lully jouait le médecin armé du redoutable engin à purger, le clystÚre, et MoliÚre, interprétait le malheureux Pourceaugnac poursuivi, qui fuyait, protégeant son derriÚre en péril avec son chapeau. Il en verra de toutes les couleurs, le Limousin ou Limougeaud limogé, accusé de dettes, accusé de polygamie par deux femmes avec une nombreuse marmaille.

La musique
Monsieur de Pourceaugnac opĂšre une vĂ©ritable fusion des genres entre musique et action : on passe trĂšs naturellement dans certaines scĂšnes du texte Ă  la musique et de la musique au texte, du langage parlĂ© au chant. MoliĂšre et Lully parviennent Ă  tirer des effets hilarants en utilisant notamment la musique et la danse des scĂšnes burlesques et ils atteignent, dans cette piĂšce, un niveau efficace de comique musical, de comĂ©die musicale. Il y a de vĂ©ritables morceaux de bravoure verbale comique, les deux tirades intarissables des deux mĂ©decins et le dialogue hilarant entre deux professionnels de la parole, l’avocat bĂšgue et l’avocat babillard. Il y a de l’italien, du gascon, du picard, du flamand, bref, un pittoresque linguistique d’une France qui n’avait pas encore Ă©tĂ© formatĂ©e par le francien, le françois, imposĂ© par le jacobinisme normalisateur.
On peut imaginer que, choyĂ© par le roi, Lully bĂ©nĂ©ficia d’un effectif plus Ă©toffĂ© de musiciens, mais quelle belle Ă©toffe raffinĂ©e que cet ensemble chambriste de La RĂȘveuse ! Suave soie des deux cordes frottĂ©es aiguĂ«s sur le lĂ©ger velours dorĂ© de la viole de gambe, filigranĂ©s de l’argent perlĂ© des cordes pincĂ©es du thĂ©orbe et du clavecin assurant le continuo, avec les broderies des ornements, le lĂ©ger brocart des trilles : c’est une gracieuse Ă©pure, Ă  l’échelle de la piĂšce, des fastes pompeux des Trente violons du roi. Cela rĂ©pondant au fond Ă  la modeste phalange habituelle de thĂ©Ăątre de MoliĂšre accordĂ©e par le roi Ă  sa troupe.
Trois chanteurs stylĂ©s en chant Ă  la française imposĂ© dĂ©finitivement par l’Italien Lully, le phrasĂ© Ă©lĂ©gant, les virtuoses tours de gosier, humanisent par leurs brunettes amoureuses au lyrisme galant la cruautĂ© sans amour de l’action : une belle soprano au beau timbre fruitĂ© et un heureux couple sombre et clair, baryton et tĂ©nor, costume noir et chapeau melon, associĂ© au jeu comme spectateurs, double des amants vainqueurs, mais triomphant modestement apparemment du mariage pour tous d’aujourd’hui. Un cornet de cirque trompettera le nom comique du hĂ©ros, plaisamment, La Vie en rose sera chantonnĂ©e comme d’un balcon Ă  l’adresse des musiciens, musique un moment ponctuĂ©e de la guitare pour un amusant passage flamenco amenĂ© par la cape torera, chapeau cordouan du musicien, dans une jolie allusion Ă  ce genre de spectacle jouant souvent sur les Ă©coles nationales de chant, dans ce qui deviendra tradition d’Europe galante et chantante, quand on sait l’internationalisme des familles rĂ©gnantes : Louis XIV, fils et Ă©poux d’une espagnole, Ă©duquĂ© par l’Italien Mazarin, petit-fils d’un Henri IV descendant d’un ancien roi maure de TolĂšde
FrontiĂšres aussi artificielles entre les monarques qu’entre les nations et les genres artistiques : tout ici dit, Ă  son Ă©chelle, accents nationaux et rĂ©gionaux divers, la nĂ©cessaire fusion et dĂ©nonce, paradoxalement, a contrario, l’exclusion qui frappe le provincial.

 

 

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RĂ©alisation
À jardin, les instruments de musique accrochent, accroupis sagement dans la pĂ©nombre, de furtifs Ă©clats miĂ©lĂ©s de lumiĂšre avant d’éclater la fanfare lumineuse d’une brĂšve-longue ouverture Ă  la française, iambique, dont la briĂšvetĂ© ironique dĂ©ment la majestĂ© apprĂȘtĂ©e pour ces trĂ©teaux. Centrale, une estrade prolongĂ©e de la pente de deux chemins de corde parallĂšles, fermĂ©e d’un rideau orange soutenu par deux mĂąts et des haubans qui lui donnent l’allure d’un bateau Ă  voile, vogue la galĂšre (« mais qu’allait-il y faire, dans cette galĂšre ? »), vague vĂ©lum de guingois de guignol d’oĂč surgiront, rĂȘve et cauchemar, une ronde effrĂ©nĂ©e, personnes vraies, personnages masquĂ©s Ă  la Commedia dell’Arte, travestis, puis des marionnettes gainĂ©es dĂ©chaĂźnĂ©es et celle gĂ©ante, finale, derriĂšre et par-dessus, dans une profusion, une prestesse des changements des acteurs en coulisses qui tient de la prestidigitation, sans rupture de rythme, souvent au galop de mascarade bacchanale, de cavalcade carnavalesque. C’est Ă©tourdissant de virtuositĂ© dans cette simplicitĂ© faussement affectĂ©e avec Ă©lĂ©gance.

Pourceaugnac
Monsieur de Pourceaugnac, au nom dĂ©clinĂ© et quantifiĂ© de porc, pourceau, avec une dĂ©sinence « gnac », du gascon gnaca, ‘mordre’ (et pourquoi pas, accordons-lui, la « gnaque » moderne, ‘l’envie de gagner’, « avoir la gnaque », la pĂȘche) est en fait la pauvre poire vouĂ©e Ă  perdre, le loser,prĂ©destinĂ©, au ridicule par son nom. Pourtant, au sens mĂȘme de l’époque, il a bonne mine, une mise tout Ă  fait « propre » Ă  l’air du temps sinon celui de la mode parisienne, manteau Ă  rayures orange et vert « jusques en bas » sur pourpoint rayĂ© et chausses outrĂ©es, chaussures au galant ruban, tĂȘte posĂ©e sur une fraise orangĂ©e, gĂ©nĂ©reusement emperruquĂ©e « à la chien », crĂȘtĂ©e non d’un plumet mais d’une fringante plumette Ă  son non chapeau panache mais petit couvre-chef n’en couvrant qu’une portion. Sans ĂȘtre maniĂ©rĂ©, il a des maniĂšres et les affiche ostensiblement en signe d’élĂ©gance courtoise : « Un deux, trois, quatre, cinq », les temps bien comptĂ©s Ă  haute voix d’une rĂ©vĂ©rence de cour bien apprise.
Les autres intervenants mĂȘlent un semblant de rĂ©alisme d’époque, un Capitan bravache jouant de l’épĂ©e, un hallebardier, deux exempts de la marĂ©chaussĂ©e, des costumes stylisĂ©s, fraises et rabats hyperboliques, mĂȘlĂ©s de chapeau melon de cirque, haut de forme, demi-masque laissant la bouche Ă  dĂ©couvert, masque entier, masque sur masque, comme des pelures d’oignons d’un dĂ©guisement Ă  l’infini des fausses apparences, trappe et attrapes ne peuvant manquer dans cette farce dĂ©lirante. C’est d’une fantaisie pleine de charme et d’harmonie dans ces tons orangĂ©s qui baignent l’ensemble.
Les mĂ©decins, coiffĂ©s Ă  la fou de l’entonnoir Ă  l’envers, ont la part belle avec leur ample vĂȘtement de deuil anticipĂ© des patients, le masque Ă  la fois de la Commedia avec le nez crochu stylisĂ© du mythe prophylactique des herbes salutifĂšres garnissant l’appendice nasal artificiel pour s’épargner les miasmes de la contagion, et ces lunettes savantes sur le trou, dĂ©jĂ  cadavĂ©rique des yeux leur donnant un effroyable aspect.
On admire le travail sur les voix, les accents cocasses, sur les corps courant, boitant, boitillant de vieillard chenu ou sautillant et dansant de santé mauvaise dans la ronde des médecins fous autour du pauvre Pourceaugnac. On admire les deux acteurs masqués, grand moment de pur et grandiose théùtre, débitant sans anicroche leurs deux interminables tirades, terriblement documentées de toute la science de leur temps appuyée sur les autorités, Esculape et Galien, le premier exposant son diagnostic :
« notre malade ici présent, est malheureusement attaqué, affecté, possédé, travaillé de cette sorte de folie que nous nommons fort bien, mélancolie hypocondriaque, espÚce de folie trÚs fùcheuse »
Le second approuve le diagnostic, ou plutÎt verdict :
« le raisonnement que vous en avez fait est si docte et si beau, qu’il est impossible qu’il ne soit pas fou, et mĂ©lancolique hypocondriaque ; et quand il ne le serait pas, il faudrait qu’il le devĂźnt, pour la beautĂ© des choses que vous avez dites, et la justesse du raisonnement que vous avez fait. »
Le raisonnement bannissant la raison, les deux mĂ©decins veulent convaincre le patient hĂ©ros, sinon rĂ©el patient, d’une maladie inexistante Ă  laquelle il est sommĂ© d’adhĂ©rer pour ne faire pas mentir la beautĂ© du diagnostic savant. C’est la prĂ©figuration inverse d’Argan, le Malade imaginaire, le futur hypocondriaque. C’est un sommet de dĂ©rision d’un MoliĂšre malade, qui avait sans doute entendu de telles choses. Et sans doute l’a-t-on entendu et attendu Ă  son propre jeu puisque, l’annĂ©e suivante, une piĂšce anonyme avec son nom en anagramme le satirise en malade imaginaire, hypocondriaque :Élomire hypocondre.
Malheureusement, sa maladie n’était pas imaginaire et on l’imagine jouant son Malade et disant sa fameuse rĂ©plique :
« N’y a-t-il point quelque danger Ă  contrefaire le mort ? »
On ne peut s’empĂȘcher de replacer dans ce contexte humain vĂ©cu cette piĂšce dont il joua aussi le hĂ©ros : la dĂ©shumanisation farcesque des persĂ©cuteurs de Pourceaugnac n’en rendent que plus humaine sa figure, mĂȘme caricaturale, de victime dĂ©signĂ©e.
La troupe de L’Éventail, l’ensemble la RĂȘveuse, s’en donnent Ă  cƓur joie : pour la nĂŽtre. Un cruel rĂ©gal royal.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. AVIGNON, OpĂ©ra, le 6 octobre 2019. LULLY – MOLIERE : Monsieur de Pourceaugnac. La RĂȘveuse.

 

 

Monsieur de Pourceaugnac
Comédie-Ballet de MoliÚre et Lully
Opéra Grand Avignon
6 octobre 2019

Mise en scÚne et scénographie : Raphaël de Angelis
Direction musicale : Benjamin Perrot et Florence Bolton
Assistant à la mise en scÚne : Christian Dupont
Chorégraphe : Namkyung Kim
Scénographie : Brice Cousin.
Mise en lumiÚre et régie : Jean Broda, Etienne Morel
Costumes : Lucile Charvet, Jessica Geraci, L’Atelier 360
Décor : Luc Rousseau
Masques : Alaric Chagnard, Den, Candice Moïse.
Marionnettes à gaine : Irene Vecchia et Selvaggia Filippini.
Marionnette gĂ©ante : Yves Coumans et la compagnie Les Passeurs de RĂȘves.

ThĂ©Ăątre de L’Éventail
Comédiens
Kim BiscaĂŻno, Brice Cousin, Paula Dartigues,
Raphaël de Angelis, Cécile Messineo et Nicolas Orlando

Ensemble La RĂȘveuse
Sophie Landy : soprano
Raphaël Brémard : ténor
Lucas Bacro : basse
Stéphan Dudermel et Ajay Ranganathan : violons ; Florence Bolton : viole de gambe ;
Benjamin Perrot : théorbe
Jean-Miguel Aristizabal : clavecin.

 

 

 

 

Photos fournies par l’OpĂ©ra Grand Avignon
1 Ensemble la RĂȘveuse ;
2 Sbrigani ;
3 Le Capitan et un  masque ;
4 Pourceaugnac et médecins ;
5 Infirmiers ;
6 Les mÚres abandonnées sur Pourceaugnac.

 

 

[1] Je renvoie Ă  mon livre D’Un Temps d’incertitude, DeuxiĂšme Partie, « Incertitude du temps », Ă©d. Sulliver, 2008.

 

 

 

 

Monsieur de Pourceaugnac par William Christie à Thiré

christie420ThirĂ© (VendĂ©e). MoliĂšre : William Christie joue Mr de Pourceaugnac: les 26 et 27 aoĂ»t 2016. Avant l’invention de la tragĂ©die en musique (1673), la Cour de France s’enthousiasme pour les comĂ©dies-ballets dont l’un des sommets du genre si prisĂ© de Louis XIV, est avec le Bourgeois Gentilhomme, Monsieur de Pourceaugnac (crĂ©Ă© Ă  Chambord, pour le divertissement de Louis XIV, en octobre 1669). Le duo composĂ© par les deux Baptistes, MoliĂšre et Lully fait une farce mordante qui Ă©pingle la vanitĂ© d’un marquis, petit seigneur de province, bien ridicule. A la crĂ©ation, c’est MoliĂšre lui-mĂȘme qui tient le rĂŽle du provincial moquĂ©.

 

 

 

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pourceaugnac -Monsieur_de_Pourceaugnac,_MoliĂšre,_couvertureComme Boileau, MoliĂšre cultive la verve satirique. On a vu aprĂšs la mise au placard de Tartuffe qui moquait l’église, le triomphe des mĂ©decins ridicules et arrogants surtout ignares (comme les gens d’église, portant le noir et parlant le latin : c’est Ă  dire que MoliĂšre Ă©pingle les deux « mĂ©tiers » en ridiculisant une seule figure : noire et parlant le galimatias)
 Dans Monsieur de Pourceaugnac – il faudrait bien insister sur la particule « de » ici capitale, Jean-Baptiste fait la satire d’un gentilhomme provincial confrontĂ© Ă  la vie parisienne. Comment un provincial trĂšs ridicule ambitionne de copier et caricaturer les moeurs urbaine 
 MoliĂšre avait Ă©pingler les grands seigneurs dans le Misanthrope, Dom Juan ou Le Bourgeois Gentilhomme (Dorante) : voici avec Pourceaugnac, le portrait d’un provincial gagnant la capitale pour y Ă©pouser la fille d’Oronte, Julie que pourtant aime le jeune et malicieux Éraste. Ce dernier avec ses deux intrigants (Sbrigani et NĂ©rine) ne cessent de molester, importuner, maltraiter le Limousin pour qu’il renonce Ă  Julie et regagne sa province encrottĂ©e. Chose faite aprĂšs que Lucette en Languedocienne et NĂ©rine en Picarde, n’accablent le pĂšre marieur en dĂ©nonçant Pourceaugnac de les avoir mariĂ©es, engrossĂ©es, abandonnĂ©es… Bien que diffamĂ©, Pourceaugnac est accusĂ© de polygamie : il doit fuir dĂ©guisĂ© en femme pour Ă©chapper Ă  la justice.

 

 

 

Un Provincial bien ridicule

 

William Christie dirige Monsieur de Pourceaugnac de MoliĂšreComme Ă  son habitude, MoliĂšre peint les mƓurs de son Ă©poque et campe des types humains qui restent universels. Ses arrogants, ses vaniteux (les plus ignorants) sont ridiculisĂ©s parfois en farce grossiĂšre (comme ici lorsque Pourceaugnac s’adressant Ă  deux mĂ©decins chez Eraste, les prend pour des cuisiniers, se voit ensuite poursuivi dans la salle parmi les spectateurs, par des apothicaires munis de seringues prĂȘts Ă  le piquer
).

 

 

Mais MoliĂšre est un comique tragique : sous la farce perce l’horreur de caractĂšres et de situations, indignes et pĂ©nibles. Le thĂ©Ăątre agit comme un miroir qui renvoie Ă  l’assemblĂ©e des acteurs et du public, leur vĂ©ritable visage : barbarie, inhumanitĂ©, haine, jalousie
 Avant que Lully dans le sillon du succĂšs de PsychĂ©, n’invente seul et dĂ©finitivement, l’opĂ©ra français (tragĂ©die en musique, mais sans le concours du gĂ©nial MoliĂšre), la comĂ©die-ballet rappelle quel fut le divertissement prisĂ© par la Cour et surtout Louis XIV, heureux protecteur des deux Baptistes. CrĂ©Ă© en 1669 Ă  Chambord, Monsieur de Pourceaugnac Ă©pingle l’orgueil et la suffisance d’une gentilhomme de province, trop naĂźf, un rien empĂŽtĂ©, sujet des intrigues d’un amoureux prĂȘt Ă  tout pour dĂ©fendre celle qu’il aime…

La nouvelle production rĂ©alisĂ©e dans un contexte propre aux annĂ©es 1950, orchestrĂ©e par le tandem William Christie et ClĂ©ment Hervieu accorde une place Ă©gale entre thĂ©Ăątre et musique. Jamais chant et dialogue parlĂ© n’ont mieux Ă©tĂ© subtilement agencĂ©s, combinĂ©s, associĂ©s. L’imbrication est parfaite : les comĂ©diens se prĂȘtent Ă  la danse, et les chanteurs jouent. Et en fin connaisseur du premier Baroque Français, aussi inspirĂ© que chez Haendel (comme son Ă©loquent Belshazzar en tĂ©moignent), William Christie devrait Ă©blouir par cette alliance rare de l’Ă©lĂ©gance et de la comĂ©die, Ă©quation souvent rĂ©alisĂ©e Ă  la tĂȘte de son ensemble, Les Arts Florissants. Production Ă©vĂ©nement.

 

 

 

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par Les Arts Florissants. William Christie, direction
DonnĂ© lors d’une grande tournĂ©e au premier semestre 2016, janvier Ă  juillet : Ă  Caen (dĂ©s dĂ©cembre 2015), puis Aix, Madrid, Paris, (Bouffes du nord en juillet 2016), la savoureuse comĂ©die de MoliĂšre reprend du service au festival de William Christie, en VendĂ©e, dans le parc fĂ©erique de son somptueuse demeure Ă  ThirĂ© :

Les 26 et 27 août 2016, 20h30
Spectacle donnĂ© sur le Miroir d’eau, dans les Jardins de William Christie

L’écrin de verdure (magicien), la prĂ©sence des jeunes chanteurs français parmi le plus convaincants et certains dĂ©jĂ  familiers des Jardins de TirĂ© (Cyril Costanzo, baryton-basse, laurĂ©at du Jardin des Voix) font la rĂ©ussite de la comĂ©die-ballet de MoliĂšre et Lully, repris cet Ă©tĂ© pour ThirĂ©.

Mise en scÚne : Clément Hervieu-Léger
Direction musicale et conception musicale du spectacle : William Christie
Décors : Aurélie Maestre
Costumes : Caroline de Vivaise
LumiÚres : Bertrand Couderc
Son : Jean-Luc Ristord
Chorégraphie : Bruno Bouché
Avec Erwin Aros, haute-contre ; ClĂ©mence BouĂ©, NĂ©rine ; Cyril Costanzo, apothicaire, avocat, archer, basse ; Claire Debono, soprano ; StĂ©phane Facco, mĂ©decin, Lucette, suisse ; Matthieu LĂ©croart, mĂ©decin, avocat, exempt, baryton-basse ; Juliette LĂ©ger, Julie ; Gilles Privat, Monsieur de Pourceaugnac ;  Guillaume Ravoire, Éraste ; Daniel San Pedro, Sbrigani ; Alain TrĂ©tout, Oronte

 

 

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sur le site du festival Dans les Jardins de William Christie
Du 20 au 27 août 2016

 

 

 

 

Récents cd des Arts Florissants / William Christie distingués par CLASSIQUENEWS :

 

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. Bien que l’Amour
 (Les Arts Florissants. William Christie). Sur l’arc tendu de Cupidon, Les Arts Flo redoublent d’ingĂ©nieuse intelligence. Qu’elle soit comique, amoureuse, tragique ou langoureuse, la veine dĂ©fendue atteint un miracle d’ivresse sonore, vocale et instrumentale ; l’écoute collective, le geste individualisĂ©e, la caractĂ©risation poĂ©tique et intĂ©rieure font une collection de dĂ©lices sonores et sĂ©mantiques d’une profonde subtilitĂ©. De toute Ă©vidence, voici l’une des rĂ©alisations discographiques qui confirme les profondes et indĂ©passables affinitĂ©s de William Christie avec la poĂ©sie amoureuse du Grand SiĂšcle français. LIRE notre compte rendu critique complet

 

Handel_Belshazzar_William ChristieCD, compter rendu critique. HANDEL / HAENDEL : Belshazzar (2012). Le chef et fondateur des Arts Florissants exprime le souffle mystique des prĂ©ceptes de Daniel, la souffrance si humaine – et donc bouleversante-, de Nitocris, la mĂšre de Belshazzar, comme la juvĂ©nilitĂ© animale et aveugle de Belshazzar ; portĂ©s par une telle vision, les protagonistes rĂ©alisent une trĂšs fine caractĂ©risation de chaque profil individuel. C’est aussi un trĂšs intelligente restitution des situations du drame (solistes sortant du choeur agissant avec les autres choristes ainsi qu’avec les protagonistes ; duos rares si enivrants (dont le sommet bouleversant entre Nitocris et son fils Ă  la fin du I) ; raccourcis fulgurants telle la mort de Belshazzar sur le champs de guerre contre Cyrus le perse 
 ” expĂ©diĂ©e ” en quelques mesures). Tout cela ajoute du corps et un souffle souverain, de nature Ă©pique au drame spirituel. LIRE notre compte rendu critique complet

 

 

 

William Christie dĂ©voile la veine funĂ©raire de HaendelCD. Handel : Music for Queen Caroline (1 cd Les Arts Florissants, William Christie, 2013). Pour son second disque Handel Ă©ditĂ© sous son propre label discographique, William Christie grand spĂ©cialiste de Handel, dĂ©voile un cycle d’une sincĂ©ritĂ© inĂ©dite Ă  laquelle le chef fondateur des Arts Florissants apporte son expĂ©rience des oratorios et des opĂ©ras. Ici le geste n’a jamais semblĂ© plus Ă©conome, fin, mesurĂ© ; il articule le sens et les images du sublime texte des FunĂ©railles de la Souveraine dĂ©cĂ©dĂ©e en 1737 (Funeral Anthem for Queen Caroline HWV 264) en un travail subtil et profond sur la prosodie et la dĂ©clamation, littĂ©ralement prodigieux : il tĂ©moigne aussi avec une sincĂ©ritĂ© inĂ©dite, de l’amitiĂ© exceptionnelle qui unissait le musicien Ă  sa protectrice la Reine Caroline. LIRE notre compte rendu critique complet

 

 

 

Pourceaugnac by Bill

moliere-jean-baptiste-Moliere-poquelin-portrait-Louis-XIVVERSAILLES. MoliĂšre : William Christie joue Mr de Pourceaugnac: 7>10 janvier 2016. OpĂ©ra royal de Versailles. Avant l’invention de la tragĂ©die en musique (1673), la Cour de France s’enthousiasme pour les comĂ©dies-ballets dont l’un des sommets du genre si prisĂ© de Louis XIV, est avec le Bourgeois Gentilhomme, Monsieur de Pourceaugnac (crĂ©Ă© Ă  Chambord, pour le divertissement de Louis XIV, en octobre 1669). Le duo composĂ© par les deux Baptistes, MoliĂšre et Lully fait une farce mordante qui Ă©pingle la vanitĂ© d’un marquis, petit seigneur de province, bien ridicule. A la crĂ©ation, c’est MoliĂšre lui-mĂȘme qui tient le rĂŽle du provincial moquĂ©. Comme Boileau, MoliĂšre cultive la verve satirique. On a vu aprĂšs la mise au placard de Tartuffe qui moquait l’église, le triomphe des mĂ©decins ridicules et arrogants surtout ignares (comme les gens d’église, portant le noir et parlant le latin : c’est Ă  dire que MoliĂšre Ă©pingle les deux « mĂ©tiers » en ridiculisant une seule figure : noire et parlant le galimatias)
 Dans Monsieur de Pourceaugnac – il faudrait bien insister sur la particule « de » ici capitale, Jean-Baptiste fait la satire d’un gentilhomme provincial confrontĂ© Ă  la vie parisienne. Il avait Ă©pingler les grands seigneurs dans le Misanthrope, Dom Juan ou Le Bourgeois Gentilhomme (Dorante) : voici avec Pourceaugnac, le portrait d’un provincial gagnant la capitale pour y Ă©pouser la fille d’Oronte, Julie que pourtant aime le jeune malicieux Éraste. Ce dernier avec ses deux intrigants (Sbrigani et NĂ©rine) ne cessent de molester, importuner, maltraiter le Limousin pour qu’il renonce Ă  Julie et regagne sa province encrottĂ©e. Chose faite aprĂšs que Lucette en Langudocienne et NĂ©rine en Picarde, n’accablent le pĂšre marieur en dĂ©nonçant Pourceaugnac de les avoir mariĂ©es, engrossĂ©es, abandonnĂ©es
 AccusĂ© de polygamie, Pourceaugnac doit fuir dĂ©guisĂ© en femme pour Ă©chapper Ă  la justice.

pourceaugnac -Monsieur_de_Pourceaugnac,_MoliĂšre,_couvertureComme Ă  son habitude, MoliĂšre peint les mƓurs de son Ă©poque et campe des types humains qui restent universels. Ses arrogants, ses vaniteux (les plus ignorants) sont ridiculisĂ©s parfois en farce grossiĂšre (comme ici lorsque Pourceaugnac s’adressant Ă  deux mĂ©decins chez Eraste les prend pour des cuisiniers, se voit ensuite poursuivi dans la salle parmi les spectateurs, par des apothicaires munis de seringues prĂȘts Ă  le piquer
). Mais MoliĂšre est un comique tragique : sous la farce perce l’horreur de caractĂšres et de situations, indignes et pĂ©nibles. Avant que Lully dans le sillon du succĂšs de PsychĂ©, n’invente seul et dĂ©finitivement, l’opĂ©ra français (tragĂ©die en musique, mais sans le concours du gĂ©nial MoliĂšre), la comĂ©die-ballet rappelle quel fut le divertissement prisĂ© par la Cour et surtout Louis XIV, heureux protecteur des deux Baptistes. CrĂ©Ă© en 1669 Ă  Chambord, Monsieur de Pourceaugnac Ă©pingle l’orgueil et la suffisance d’une gentilhomme de province, trop naĂźf, un rien empĂŽtĂ©, sujet des intrigues d’un amoureux prĂȘt Ă  tout pour dĂ©fendre celll qu’il aime…

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La nouvelle production rĂ©alisĂ©e dans un contexte propre aux annĂ©es 1950, orchestrĂ©e par le tandem William Christie et ClĂ©ment Hervieu accorde une place Ă©gale entre thĂ©Ăątre et musique. Jamais chant et dialogue parlĂ© n’ont mieux Ă©tĂ© subtilement agencĂ©s, combinĂ©s, associĂ©s. L’imbrication est parfaite : les comĂ©diens se prĂȘtent Ă  la danse, et les chanteurs jouent. Production Ă©vĂ©nement.

 

 

Monsieur de Pourceaugnac de MoliĂšre, 1669
par Les Arts Florissants. William Christie, direction

Caen, Théùtre de Caen, du 17 au 22 décembre 2015
Versailles, Opéra royal, les 7,8, 9 et 10 janvier 2016
Aix en Provence, Grand Théùtre de Provence, les 13 et 14 janvier 2016
Madrid, Teatros del Canal, Sala Roja, les 21,22, 23 janvier 2016
Paris, Théùtre des Bouffes du Nord, du 1er au 9 juillet 2016

Avec
Claire Debono, dessus
Erwin Aros, Haute contre
Matthieu LĂ©croart, basse taille
Cyril Costanzo, basse