Angers Nantes Opéra. Eugène Onéguine de Tchaikovski

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Angers Nantes Opéra. Tchaïkovski : Eugène Onéguine. 19 mai-16 juin 2015. 7 représentations. Erreurs de jeunesse… Tatiana, jeune âme romantique s’éprend d’un cynique désabusé Eugène, qui par orgueil tue en duel son meilleur ami, le plus loyal, Lenski, pourtant promis à la belle Olga. Ecartée Tatiana devient princesse Grémine et quand elle retrouve en fin d’action Onéguine, enfin conscient et réceptif à son amour, il est trop tard : Tatiana ne quittera pas son époux pour le dandy léger. L’amertume et les remords d’Onéguine, la constance de Tatiana, en un contraste saisissant ferment ce chapitre de l’école amoureuse, initialement conçue par Pouchkine en 1830.

 

 

 

reprise attendue d’Onéguine à Angers et à Nantes

Tchaikovski : exprimer Pouchkine

 

Subtil orchestrateur, génial mélodiste, dramaturge né aussi, Tchaikovski peint en 1877, l’univers poli voire hypocrite de la bonne société russe de la fin XIXè, puritaine, faussement croyante, barbare, superficielle. Sa faculté à exprimer les sentiments nobles et purs (l’air de la lettre de Tatiana qu’elle adresse à Onéguine), la désespérance et la solitude maudite aussi (l’air de Lenski : l’un des plus beaux de toute la littérature lyrique russe) affirment le talent du compositeur habile narrateur, fin psychologue. Finalement il n’est que Onéguine qui ne chante pas vraiment d’air mais sa présence quasi continuelle, conduit l’Å“uvre, dévoile le sombre ressentiment d’un cÅ“ur détruit qui finalement s’ouvre à l’amour, sans être vraiment sauvé ; l’errance et la résignation sont ses lots intimes.

Tchaikovski porte à la scène la langue puissante et directe de Pouchkine, l’inventeur de la langue russe au théâtre. Le compositeur adapte 3 fois ses pièces et drames : Mazeppa en 1884, La Dame de Pique en 1890 et donc Eugène Onéguine en 1877, première approche pouchkinienne, la plus dense, la plus introspective aussi, dans laquelle il projeta certainement ses propres sentiments. La force d’Eugène Onéguine n’est pas spectaculaire mais psychologique et émotionnelle, dévoilant deux décalées, inadaptées au monde : Eugène par son cynisme et ses blessures, comme Tatiana dans son rêve de Cendrillon. En définitive, Tchaïkovski de décrit pas les vers de Pouchkine : il les exprime. Angers Nantes Opera reprend la production d’Eugène Onéguine, créé en Lorraine en 1997.

 

 

 

boutonreservationNantes / Théâtre Graslin
mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, 
mardi 26, jeudi 28 mai 2015

Angers / Le Quai
dimanche 14, mardi 16 juin 2015

 

 

 

Eugène Onéguine de Tchaikovski à Angers Nantes Opéra
Sc̬nes lyriques Рen trois actes et sept tableaux.
Livret de Piotr Ilitch Tchaïkovski et Constantin Chilovski d’après Eugène Onéguine, roman en vers de Alexandre Pouchkine.
Créé au Théâtre Maly de Moscou, le 29 mars 1879.
Direction musicale: Lukasz Borowicz
Mise en scène: Alain Garichot

avec

Charles Rice, Eugène Onéguine

Gelena Gaskarova, Tatiana

Claudia Huckle, Olga

Suren Maksutov, Lenski

Oleg Tsibulko, Le Prince Grémine

Diana Montague, Madame Larina

Stefania Toczyska, Filipievna

Éric Vignau, Monsieur Triquet

Éric Vrain, Un Capitaine et Zaretski

 

 

Choeur d’Angers Nantes Opéra
Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

Production de l’Opéra de Nancy et de Lorraine,
créée à Nancy le 19 avril 1997.
[Opéra en russe avec surtitres en français]

 

 

Les opéras de Rachmaninov : Aleko, Le Chevalier Ladre… Dossier spécial

decca-rachmaninov-the-complete-works-box-coffret-32-cd-ashkenazy-jarviDossier. Les opéras de Serge Rachmaninov.  A l’occasion de la parution chez Decca d’un coffret de 32 cd (Rachmaninov : the complete works, l’intégrale, Decca 32 cd, octobre 2014) regroupant tout l’Å“uvre du compositeur russe,  toujours si mésestimé, classiquenews réouvre le débat du génie incompris, porteur d’authentique chefs d’oeuvres dont ses 4 opéras, diversement livrés, certains incomplets dont Monna Vanna (seul subsiste le matériel du premier acte). D’Aleko et du Chevalier ladre à Francesca da Rimini, les opéras de Rachmaninov n’ont rien de ce post classicisme artificiel et sentimental, mais plutôt souligne le crépitement d’un auteur fasciné par les climats hallucinés et fantastiques, ceux exacerbés qui dans un style millimétré, retenu, pudique – proche de sa nature profonde- éclairent et révèlent la psyché secrète et souterraine des protagonistes…

 

Aleko, 1893

Decca : l'intégrale Rachma !Aboutissement de son apprentissage au Conservatoire de Moscou, le jeune Rachmaninov doit composer un opéra d’après Pouchkine. Illivre la partition scintillante d’Aleko, d’un raffinement orchestral déjà sûr, égal des opéras les plus réussis de Tchaikovski, avec une science des transitions mélodiques et des climats, entre élégie poétique, ivresse sensuelle et vertiges amers rarement aussi bien enchaînés. En seulement 17 jours et suivant l’encouragement admiratif d’Arensky son professeur, Rachmaninov achève Alenko qui lui permet de remporter la grande médaille d’or, récompense prestigieuse qu’il récolte avec un an d’avance : c’est dire la précocité de son génie lyrique. Malgré l’enthousiasme immédiat de Tchaikovski dès la première à Moscou, Alenko sera ensuite rejeté par son auteur qui le trouvait trop italianisant.

Proche de son sujet, immersion dans le monde tziganes où la liberté fait loi, Rachmaninov inspiré par un milieu d’une sensualité farouche, à la fois sauvage et brutale mais étincelante par ses accents orientalisants, favorise tout au long des 13 numéros de l’ouvrage,  une succession de danses caractérisées, énergiquement associées, de choeurs très recueillis et présents, un orchestre déjà flamboyant qui annonce celui du Chevalier Ladre de 1906. Fidèle à son sens des contrastes, le jeune auteur fait succéder amples pages symphoniques et chorales à l’atmosphérisme envoûtant et duos d’amour entre les époux, d’un abandon extatique. Parmi les pages les plus abouties qui dépasse un simple exercice scolaire, citons la Cavatine pour voix de basse (que rendit célèbre Chaliapine, d’un feu irrésistible plein d’espérance et de désir inassouvi) ou la scène du berceau. e souvenant de Boris de Moussorsgki, la scène tragique s’achève sur un sublime chÅ“ur de compassion et de recueillement salvateur auquel répond les remords du jeune homme sur un rythme de marche grimaçante et languissante, avant que les bois ne marque la fin, à peine martelée, furtivement. La maturité dont fait preuve alors Rachmaninov est saisissante.

Synopsis

Carmen russe ? La passion rend fou… D’après Les Tziganes de Pouchkine, Alenko est un jeune homme que la vie de Bohème séduit irrésistiblement au point qu’il décide de vivre parmi les Tziganes. Surtout auprès de la belle Zemfira dont les infidélités le mène à la folie : possédé, Aleko tue la jeune femme, sirène fascinante et inaccessible, avant d’être rejeté par le clan qui l’avait accueilli. Le trame de l’action et la caractérisation des protagonistes rappelle évidemment Carmen de Bizet (1875), mais alors que le français se concentre sur le duo mezzo-soprano/ténor (Carmen, José), Rachmaninov choisit le timbre de baryton pour son héros tiraillé et bientôt meurtrier.

 

 

 

 

 

Le Chevalier ladre, 1906

 

Rachmaninoff_1906Le Chevalier Ladre est créé au Théâtre Bolshoï le 24 janvier 1906 ; l’ouvrage taillé comme un diamant noir, semble exprimer au plus près la tension psychologique imaginée par Pouchkine dans sa chronique familiale, évocation noire et sombre, maudite, de la relation tragique d’un baron fortuné mais avare, et de son fils rattrapé par ses créanciers dont le Duc. L’efficacité du style lyrique de Rachmaninov s’y révèle idéale : dense, fulgurante, d’une flamboiement orchestral inouï, aussi noir et sombre voire lugubre, et même frappé par ce fantastique halluciné propre aux meilleures séquences de Tchaikovski.
Le baron est un émule d’Harpagon de Molière mais avec des éclairs de rage et de haine viscérale, Rachmaninov suivant de près le profil qu’en trace Pouchkine : une âme déchiré, aux abois, en panique, dont l’admirable monologue (grand air à l’origine écrit pour Fedor Chaliapine qui déclina la proposition de créer ce formidable personnage) éclaire les vertiges et la folie souterraine. Pas de femmes dans un univers, – comme La maison des morts de Janacek, et Billy Budd de Britten-, uniquement masculin, étouffant huit clos où la tension psychique et la violence affleurante révèle les personnalités. C’est ainsi le profil aigu, soupçonneux, un rien corrosif de l’usurier juif d’un héroïsme sadique trop heureux de contraindre une victime toute désignée qu’il soumet par l’argent.

Ayant eu le choc de Bayreuth, Rachmaninov façonne un nouvel orchestre miroitant, d’une richesse instrumentale inédite dont le raffinement exprime toutes les nuances de la psyché en effervescence : dans le fameux monologue du baron, l’orchestre s’écoule comme un torrent embrasé aux ondulations et scintillements wagénriens. Jamais trop dense, mais millimétrée, la partition révèle les grands chefs (encore rares comme Neeme Järvi qui se sont frotter au monde fascinant des opéras de Rachmaninov). Jamais bavard, ou mécanique dans l’usage de formules russes folkloriques, le style de Rachmaninov exprime l’intensité des passions humaines avec une élégance et une pudeur qui n’appartiennent qu’à son puissant génie dramatique. L’inspiration du compositeur rejoint les grandes réussites de son catalogue symphonique : Symphonie n°2, l’ÃŽle des mort, Les cloches… Le Chevalier ladre relève et du poème symphonique avec voix, et de l’épure psychologique, tant le développement du tissu orchestral comme chez Wagner suit au plus près les enjeux dramatiques et l’évolution des personnages au cours de l’action. Tout converge vers la confrontation violente, sans issue du père et du fils. La caresse inquiétante des clarinettes, la morsures plus cyniques des hautbois, le hoquet ou les éclairs ténus des bassons composent avec le flot inquiétant des cordes, une houle imprévisible et envoûtante : ils indiquent une connaissance précise des possibilités de l’orchestre en un flux halluciné continu, proche du cauchemar éveillé ou de l’accomplissement d’une inéluctable et sourde malédiction. L’introduction du grand monologue du baron dont la folie affleure, est l’une des pages orchestrales les plus réussies de Rachmaninov, comme l’air dans sa totalité, écho très original du Boris de Moussorgski dont Rachmaninov a compris le schéma introspectif qui mène le héros rongé et tiraillé par ses démons invisibles, de l’hallucination à la transe : l’écriture âpre, mordante, expressionniste y exprime la destruction mentale et les dérèglements intérieurs dont est la proie l’avare dérisoire… Le climat qui y est peint est celui d’une tragédie fantastique et désespérée. D’une énergie noire, la partition s’achève sur une série de quatre accords qui claquent comme l’interruption providentielle d’un destin foudroyé. L’effet est toujours saisissant.

Synopsis
Inspiré du Chevalier Avare de Pouchkine (1830). Le baron, avare refuse de prêter à son fils la moindre de ses richesses : Albert démuni doit emprunter toujours, en particulier au Duc. Quand une confrontation est inévitable entre le Duc, le baron et son fils, celui est violemment pris à partie par son père au bord de la folie qui l’accuse de vouloir l’assassiner… L’argent rend fou, le poison des richesses s’accomplit ici avec une violence terrifiante mais au final c’est le baron fragile psychiquement qui meurt d’une crise cardiaque…

Aleko
Opéra en un acte, sans numéro d’opus.
Livret de V. Nemirovich-Dantchenko d’après le poème de Pouchkine, Les Gitans. Composé en avril 1892 pour l’examen final du conservatoire de Moscou.
Première représentation à Moscou le 27 avril 1893 au Bolchoï sous la direction d’Altani.

Le Chevalier ladre
Opus 24, composé en 1903/1905.
Opéra en trois actes, livret d’après Pouchkine
Commencé en août 1903. Terminé en février 1904.
Première représentation à Moscou en janvier 1906 au Bolchoï sous la direction de Rachmaninov.

Francesca Da Rimini
Opus 25, composé en 1904/1905.
Opéra en deux actes avec prologue et épilogue, livret de Modest I. Tchaïkovski d’après un épisode de l’Inferno de Dante (Vème chant). 
Première représentation à Moscou en janvier 1906 au Bolchoï, sous la direction de Rachmaninov (en même temps que Le chevalier Ladre).

Zingari de Leoncavallo (1912)

Ruggero_LeoncavalloMontpellier. Ruggero Leoncavallo : Zingari. Mardi 15 juillet 2014, 20h. Leoncavallo n’a pas composé que Pagliacci (Paillasse,1892), sommet du vérisme qui renouvelle le drame noir, passionné, sanglant, ou I Medici (écrit à Paris et créé sans succès en 1893). Montpellier exhume cet été, un autre ouvrage du compositeur napolitain : Zingari, créé à Londres en 1912, d’après le conte de Pouchkine. En deux actes, l’ouvrage évoque la relation tragique d’un noble russe (Tamar) avec une jeune tzigane Fleana : lorsque celle-ci le trompe, il tue celle qui l’a trahi et son amant (Radu), en incendiant la cabane qui les abrite…
Leoncavallo pourtant laborieux et déterminé, qui n’a jamais revécu le premier triomphe de Pagliacci, réalise cependant dans Zingari une même combinaison d’options efficaces : intermezzo poétique (à la fin du I : l’orchestre seul exprime le huit clos et les thèmes mêlés des trois protagonistes), airs violents et expressifs, climats russes et tziganes hautement tragiques. Mérimée connaissait la figure de Fleana, imaginée par Pouchkine : en traduisant le russe, l’auteur de Carmen y a certainement puisé les sources de son personnage rebelle, radical, libre…, sirène et sauvageonne, tout autant, sensuelle, provocante, lascive même.

Fleana, sÅ“ur ainée de Carmen…

Admirateur dès ses premières heures de Wagner – il reçut le choc de l’opéra en découvrant à 20 ans, Rienzi joué en 1876 à Bologne-, Leoncavallo n’est pas cet auteur gras et pataud, aux traits épais souvent vulgaires, tel que caricaturé par D’Annunzio et Puccini. Ce dernier en voulut-il particulièrement à son cadet de composer un an après lui, une Bohème en 1897 (qui peine toujours d’ailleurs, à convaincre sur les planches…) ?
Leoncavallo connut une vie difficile malgré sa volonté de s’inscrire dans le courant novateur de l’opéra italien. Il a comme Wagner écrit ses propres livrets, suivi en s’en écartant, les avancées de Mascagni ou de Puccini. Remonter aujourd’hui Zingari permet de parcourir l’évolution de sa manière depuis Pagliacci : à la fin de sa carrière, le Napolitain s’est-il effectivement renouvelé ? Réponse ce 15 juillet à Montpellier … à Montpellier et sur France Musique.

Ruggero Leoncavallo : Zingari. En direct sur France Musique, mardi 15 juillet 2014, 20h.

 

Programme de la soirée et distribution :

 

JULES MASSENET (1842-1912)

Scènes napolitaines, suite d’orchestre n°5: 
La Danse, 
La Procession, 
La Fête

 

ZINGAR de 
RUGGERO LEONCAVALLO (1857-1919)
Opéra en 1 acte et 2 tableaux (1912)
Livret de E. Cavacchioli et G. Emanuel d’après Pouchkine
Création : Londres, Hippodrome, 16 septembre 1912

avec
Leah Crocetto, soprano : Fleana
Stefano Secco, ténor : Radu
Fabio Capitanucci, baryton : Tamar
Sergey Artamonov, baryton-basse : Il vecchio

Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya (OBC)
Orfeón Donostiarra
Michele Mariotti,  direction