DVD, critique. MASSENET : MANON par K MacMillan – Lamb, Muntagirov, Yates (Opus Arte, 2018)

MANON-MCMILLAN-DVD-opus-ARTE-lamb-muntagirov-review-critique-danse-dvd-opera-classiquenewsDVD, critique. MASSENET : MANON par K MacMillan – Lamb, Muntagirov, Yates (Opus Arte, 2018). Inusable poĂ©tique de McMillan… Sir Kenneth MacMillan a marquĂ© les esprits par sa maĂ®trise du dramatisme, sachant revivifier la force Ă©motionnelle de sujets et mythes, tels Romeo et Juliette (1965 oĂą s’imposa Noureev, jeune pilier d’une Margot Fonteyn Ă  plus de 50 ans) ou la comĂ©die dramatique Mayerling (1978). Sa sensibilitĂ© narrative qui reste expressive et Ă©lĂ©gante s’est affirmĂ©e dès 1973 lors de sa crĂ©ation Ă  Covent Garden (avec Anthony Dowell et Antoinette Sibley, duo mythique du Royal Ballet) dans son inusable Manon (de son titre complet « L’histoire de Manon »), d’après Massenet (c’est Ă  dire ses opĂ©ras mais pas sa Manon contradictoirement). Comme John Cranko quand il s’empare de l’histoire d’OnĂ©guine (pas une note de l’opĂ©ra Ă©ponyme de Tchaikovski) MĂŞme si la fameuse scène Ă  Saint-Sulpice oĂą la courtisane Manon parvient Ă  sĂ©duire et reconquĂ©rir DesGrieux devenu abbĂ©, a Ă©tĂ© supprimĂ©e, McMillan trouve le ton juste, rĂ©alise avec mesure et Ă©quilibre le thème de l’amour contraint et finalement triomphant dans la mort; l’écriture narrative de McMillan, par sa clartĂ© et sa poĂ©sie – bel effet d’un Ă©quilibre maĂ®trisĂ©, a depuis influencĂ© dans cette mouvance dramatique, les Crnako donc, surtout John Neumeier, a contrario d’un BĂ©jart plus abstrait, et allĂ©gorique voire conceptuel. Jamais Ă©pais voire saint-sulpicien, McMillan prĂ©serve toujours une finesse psychologique admirable dont la Dame aux camĂ©lias de Neumeier est lui aussi redevable.

manon-500x333Sur les traces du roman de l’abbé Prévost (1731), la place majeure est réservée à la ballerina Sarah Lamb, Manon un peu sage cependant, qui devrait déployer une caractérisation riche, complexe, à multiples facettes : lolita écervelée, jouisseuse manipulant ses protecteurs, adoratrice de bijoux et de diamants (II) ; surtout dans la mort, agonisante, amoureuse sincère et jusqu’auboutiste, dans une plaine perdue de Louisiane (III) : peu à peu ce que révèle McMillan c’est l’évolution du personnage qui à mesure qu’il perd son insouciance gagne en humanité et en profondeur pour se consumer totalement. Le DesGrieux de Vadim Muntagirov assoit la forte conviction de cette production de 2018 : c’est un partenaire très solide aux côtés de Sarah Lamb, liane sensuelle, féminine jusqu’aux bouts de ses chaussons. Face à eux, agent du destin, qui rappelle toujours les deux cœurs trop jeunes et crédules à leur sort tragique, le Lescaut de Ryoichi Hirano s’impose par sa profondeur et la justesse du personnage.
CLIC_macaron_2014Dans la fosse, Martin Yates souligne les couleurs et les accents divers de la partition collectée par Leighton Lucas, qui reprend nombre de partitions extraites des opéras de Massenet. La version utilisée bénéficie d’une réorchestration réalisée par Yates en 2011. Plus de 40 après sa création, cette Manon de McMillan d’après Massenet n’a perdu aucun de ses charmes musicaux comme chorégraphiques. Un jalon classique et essentiel pour toute collection chorégraphique.

 

 

 

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Distribution :
Manon – Sarah Lamb
Des Grieux – Vadim Muntagirov
Lescaut – Ryoichi Hirano
Monsieur G.M. – Gary Avis
Lescaut’s Mistress – Itziar Mendizabal
Madame – Kirstin McNally
The Gaoler – Thomas Whitehead
Beggar Chief – James Hay
Courtesans – Fumi Kaneko, Beatriz Stix-Brunell, Olivia Cowley, Mayara Magri

Production:
Orchestration – Martin Yates (2011)
Choreography – Kenneth MacMillan
Staging – Julie Lincoln and Christopher Saunders
Designs – Nicholas Georgiadis
Lighting design – John B. Read

 

 

 

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DVD, critique. MASSENET : MANON par K MacMillan – Lamb, Muntagirov, Yates (Opus Arte, 2018) – Corps de Ballet du Royal Ballet, Orchestre de the Royal Opera House / Martin Yates, direction.

Illustration : © Alice Pennefather

 

 

 

 

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DVD, critique. GISELLE / Akram Khan / Tamara Rojo (OPUS ARTE 2017)

GISELLE-danse-ballet-critic-review-critique-classiquenews-tamara-rojo-james-streeter-giselle-akram-khan-ballet-english-national-dvd-opus-arte-danse-critique-classiquenewsDVD, critique. GISELLE / Akram Khan / Tamara Rojo (OPUS ARTE 2017). GISELLE «  reinventée / reimagined », un ballet pour le XXIème. En chorégraphe invité, Akram Khan (né en 1974 à Wimbledon, Londres) et Tamara Rojo (première danseuse et directrice artistique de l’English National Ballet) se sont accordés pour réinventer la chorégraphie du ballet romantique français GISELLE, tout en y injectant les ferments d’un langage neuf propre à la danse du XXIè. Le pari est ambitieux. La réalisation à la hauteur des attentes. C’est une danse nerveuse, athlétique qui a autant le sens des solos poétiques que des ensembles orchestrés expressifs.
Après La Sylphide (1832), Giselle (1841), mĂŞlant et Hugo et Heine, est le premier ballet authentiquement « blanc », spectral oĂą la paysanne un temps courtisĂ©e par le prince silĂ©sien Albrecht, pourtant fiancĂ© Ă  Bathilde, perd la vie pour lui ; puis sur la forme d’une Wili, l’enlace jusqu’à l’hypnose, enfin le sauve pour le laisser Ă  la dite Bathilde. Giselle c’est la vierge sacrifiĂ©e, Ă©perdue, gĂ©nĂ©reuse. De justicières sans cĹ“ur, Giselle fait des Wilis – fiancĂ©s mortes dĂ©voreuses de jeunes mâles, de nouvelles hĂ©roĂŻnes romantiques, compatissantes et aimantes.
Akram Khan réinvente le ballet romantique, troquant la musique si subtile d’Adam par une farandole plus accessible encore (orchestration nouvelle d’après la partition d’Adam), portant d’emblée la chorégraphie habile en accomplissements collectifs vers un style voluptueux, saccadé à la Bollywood.
De même les puristes y trouveront à redire : la paysanne et le prince silésien sont effacés pour une actualisation de l’action. Giselle est une migrante laborieuse esclave à la peine dans une usine textile ; Albrecht, membre de la classe industrielle supérieure. Exit l’intrigue sentimentale pour une claire exposition / opposition des classes. Mais la figure hautement morale et lumineuse de la courtisée morte demeure intacte : Giselle veut toujours briser le pacte de la violence et du crime… Toutes les forces actives de l’English National Ballet sont impliquées dans cette fresque astucieusement rythmée, qui n’efface pas pour autant la sublime Giselle originelle, chorégraphié par Jules Perrot, compagnon et maître à danser de la première danseuse d’alors, Carlotta Grisi. A connaître évidemment.

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VOIR un extrait du ballet GISELLE par Akram KHAN
https://www.bbc.co.uk/programmes/p07566wv

Enregistrement live Liverpool Empire, Octobre 2017, Akram Khan’s Giselle / Réaliateur : Ross MacGibbon.

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Plus d’infos → http://www.ballet.org.uk/akram-khan-g…
https://www.ballet.org.uk/production/akram-khan-giselle/

Plus de videos → http://bit.ly/2hZtle8

AGENDA 2020 : La production fera l’affiche du Liceu de Barcelone (avril 2020), puis celle du Châtelet à PARIS (juil 2020).

DVD, ballet, critique. Alice’s Adventures in Wonderland : Christopher Wheeldon (chorĂ©graphie / Joby Talbot, musique). Royal Ballet – ROH, (1 dvd Opus Arte, 2017).

alice adventures in wonderland royal opera house royal opera house royal balletDVD, ballet, critique. Alice’s Adventures in Wonderland : Christopher Wheeldon (chorĂ©graphie / Joby Talbot, musique). Royal Ballet – ROH, (1 dvd Opus Arte, 2017). Inusable Alice enchantĂ©e, dĂ©fricheuse des mondes parallèles et souvent comme dans la lecture de Christopher Wheeldon (crĂ©Ă© en 2011 dĂ©jĂ ), d’un onirisme haut en couleurs et tableaux dĂ©jantĂ©s. Son ballet en 3 actes est devenu un « must to see », Ă  Covent Garden, portĂ© par the Royal Ballet. Les profils psychologiques sont bien dessinĂ©s, la tension dramatique permanente, la chorĂ©graphie aussi enlevĂ©e et rythmĂ©e que l’histoire de Lewis Caroll est variĂ©e et surprenante. Wheeldon accentue surtout l’esprit Fantaisie et comĂ©die musicale, style Magicien d’Oz, en humanisant les protagonistes qui se pressent autour d’Alice, laquelle revĂŞt des allures de Lolita adolescente très « fifille » / entendez « girly », soulignant son romantisme sucrĂ©, acidulĂ©, lequel s dĂ©ploie en particulier avec le valet de cĹ“ur. Les uns crieront Ă  la dĂ©naturation de la poĂ©sie, Ă©nigmatique, fantasque de Caroll, les autres applaudiront l’efficacitĂ© d’une production formatĂ©e comme une revue et une sĂ©rie de tableaux dĂ©lurĂ©s.

L’Alice, facétieuse et serpentine de Lauren Cuthbertson captive par sa silhouette effilée, souple, harmonieuse ; Federico Bonelli donne du corps et de l’élégance au personnage ailleurs secondaire du valet de cœur. De même la ballerine espagnole Laura Morera incarne avec délices visible et beaucoup de crédibilité l’hystérique souveraine castratrice et hystérique à souhait. Tous répondent à la conception générale qui prône un monde de fantaisie pure à la Terry Gilliam. Par la caractérisation réussie de chaque personnage du conte, la cohérence de l’esthétique visuelle, cette Alice revisite le monde merveilleux de Caroll avec beaucoup de piquant, de drôlerie, de rythme.

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DVD, ballet, critique. Alice’s Adventures in Wonderland : Christopher Wheeldon (chorĂ©graphie / Joby Talbot, musique). Dancers of the Royal Ballet – Royal Opera House, 2017 (1 dvd Opus Arte)

DVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, 2015 – 1 dvd OPUS ARTE)

belarbi reine morte dead queen DVD opus ARTE capitole DVD critique review par classiquenewsDVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, 2015 – 1 dvd OPUS ARTE). Le chorĂ©graphe Kader Belarbi confirme un vrai talent de dramaturge, capable de construire un drame complet dĂ©roulĂ© en une soirĂ©e. La Reine morte crĂ©Ă©e Ă  Toulouse dès 2011, prolonge la rĂ©ussite de son « Corsaire ». L’ex danseur Ă©toile de l’OpĂ©ra de Paris a su affirmer un goĂ»t sĂ»r pour la tĂ©nèbre, les rĂ´les noirs auxquels il a donnĂ© de l’épaisseur (Abderram dans Raymonda). Sur les traces de Montherlant, Belarbi architecte sa narration en cultivant des situations contrastĂ©es, des images inoubliables et saisissantes qui illustrent avec Ă©clat et justesse l’exemple de la folie humaine, celle qui manipule, sacrifie l’amour, ambitionne le pouvoir. La folie dans tout son Ă©clat dĂ©risoire et pourtant magnifique : le roi atteint son but mais Ă  quel prix. 
Belarbi cite tous les poncifs qui ont fait jusque lĂ  le souffle des grands ballets romantiques, certains les plus connus et dansĂ©s encore aujourd’hui ; scènes collectives de cour dignes de Tchaikovski ; noces de l’ombre (RomĂ©o), … le tout superbement orchestrĂ©s et mis en lumière selon une sensibilitĂ© et une culture ciselĂ©es. C’est Ă  dire idĂ©alement barbare.

Ajoute à cette éloquence du drame sombre, le jeu et les pas de danseurs fins et puissants, chacun dans leur personnage : l’énergique et viril Don Pedro (Davit Galstyan), la sensibilité naturelle donc troublante de Doña Inès de Castro (Maria Gutierrez), vraie figure parfois évanescente et parfois d’une subtilité irréelle… l’infante toute d’or vêtue (Juliette Thélin), le bouffon en délire (Takafumi Watanabé).
Dans la fosse, le chef Koen Koessels dirige avec mordant, expressivité et âpreté l’Orchestre maison, offrant au Ballet du Capitole, un tremplin confortable, d’une fureur rentrée, aux éclats mesurés, vrai écrin à ce drame de la mort et du macabre. Superbe ballet contemporain.

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CLIC D'OR macaron 200DVD, critique. Ballet : La Reine Morte (Kader Belarbi, chorĂ©graphie d’après Montherlant) -Toulouse, Capitole, fĂ©vrier 2015 – 1 dvd OPUS ARTE. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2018

DVD. Gluck : Iphigénie en Aulide, en Tauride (Minkowski, 2011) Opus Arte

Gluck : Iphigénie en Aulide, en Tauride (Minkowski, 2011). 2 dvd Opus Arte

Septembre 2011, Minkowski reprend Ă  Amsterdam, la production des deux IphigĂ©nie de Gluck, prĂ©sentĂ©es prĂ©alablement Ă  Bruxelles en 2009 par un autre français, Christophe Rousset : la comparaison pour nous qui avons pu suivre les deux productions a paru incontournable. Si ce dernier aime la coupe nerveuse parfois sèche voire incisive,  ” Minko ” fait du Minko : direction ronflante parfois confuse, souvent sans vision dramatiquement forte et poĂ©tique qui n’Ă´te cependant rien Ă  la valeur du projet mettant en perspective les deux IphigĂ©nies gluckistes, de 1774 (Aulide) et 1779 (Tauride), extrĂ©mitĂ©s et sommets lyriques du sĂ©jour français du Chevalier. Voici donc ce style expressif, vif, nerveux, intensĂ©ment dramatique parfois austère voire dĂ©sespĂ©rĂ© et noir (prĂ©romantique) qui marqua sous la règne de Marie-Antoinette, propre aux annĂ©es 1770, une rĂ©forme dĂ©cisive de la scène théâtrale et vocale. Gluck a bel et bien rĂ©alisĂ© en France, une rĂ©forme majeure et assurĂ© Ă  Paris, son prestige europĂ©en.

2 Iphigénie gluckistes

Gluck_dvd_iphigenie_aulide_Tauride_dvd_opus_arte_delunsch_gensL’argument principal de ce diptyque antique demeure les deux solistes fĂ©minines, française donc intelligiblement convaincantes ; mais davantage encore, actrices et chanteuses : Gens illumine de son chant nuancĂ© et sobre, constamment proche du verbe, la figure d’IphigĂ©nie en Aulide, fière et victime Ă  la fois, prĂŞte Ă  subir les foudres sacrificielles d’une Diane dĂ©cidĂ©ment inflexible : en Tauride, l’IphigĂ©nie de Delunsch est tout autant Ă©poustouflante, plus expressive que musicale et d’emblĂ©e parfaite pour le drame de Gluck. La soprano intense incarne la figure mythologique en s’appuyant sur sa profondeur psychologique, après la Guerre de Troie et soumise comme une exilĂ©e solitaire, Ă  la mĂŞme fureur sanguinaire de Diane… Victime en Aulide comme en Tauride, IphigĂ©nie prend ici une incarnation de plus en plus prĂ©sente, une maturitĂ© progressive qui fait de la fille Ă  sacrifier, une femme Ă©prouvĂ©e dans sa dignitĂ© individuelle

Gluck n’aura jamais Ă©tĂ© aussi sombre, et mĂŞme angoissĂ© que dans sa seconde IphigĂ©nie : un théâtre plus inquiet et noir que l’hĂ©ritage lĂ©guĂ© par Euripide. C’est dire le trait de gĂ©nie du compositeur invitĂ© Ă  Paris, auteur d’une scène inouĂŻe qui depuis Racine (dont il s’inspire), rĂ©ussit Ă  rĂ©vĂ©ler l’obscuritĂ© vivante qui domine le dĂ©sir inconscient des personnages. Wagner pour IphigĂ©nie en Aulide, Strauss pour IphigĂ©nie en Tauride ont compris la force des opĂ©ras de Gluck : chacun en a composĂ© une adaptation encore respectĂ©e (Wagner n’hĂ©sitant pas Ă  revoir la fin de l’opĂ©ra selon une vision dĂ©finitivement tragique). Dans IphigĂ©nie en Aulide, Gluck brosse le portrait de Clytemnestre laquelle dans une scène de folie dĂ©lirante invective la folie des dieux (Anne Sofie von Otter). Dans IphigĂ©nie en Tauride, Gluck ne peut s’empĂŞcher de rompre le fil de l’action par l’intervention parfois envahissante du choeur mais il sait affiner le portrait des deux grecs chez les Scythes, Pylade et surtout Oreste lequel finit par se faire reconnaĂ®re de sa soeur IphigĂ©nie (très bons Yann Beuron et Jean-François Lapointe).

L’esthĂ©tique visuelle de la mise en scène reste d’une neutralitĂ© standard et plutĂ´t lisse qui a le mĂ©rite de souligner sans emphase le chant des deux sopranos vedettes. Après tout le vrai foyer du sens reste le verbe et sa projection naturelle. Leur français fait merveille dans le théâtre de Gluck, intelligibilitĂ© moins naturelle cependant pour les autres personnages, chacun selon leur rapport Ă  l’articulation linguistique. De ce point de vue, les Ă©lèves n’ont pas Ă©tĂ© capables de recueillir les prĂ©ceptes du maĂ®tre : ni Rousset Ă  Bruxelles, ni Minkowski ici Ă  Amsterdam n’ont gardĂ© l’exigence superlative d’un William Chrisite, dĂ©cidĂ©ment inĂ©galable dans la restitution du français lyrique (or on sait combien la dĂ©clamation de la poĂ©sie Ă©tait le but premier du Chevalier qui comme aucun autre Ă©tranger n’a rĂ©ussi le dĂ©fi prosodique Ă  l’opĂ©ra : ni Piccinni son rival artificiellement montĂ© en Ă©pingle ni Sacchinni après lui n’ont su relever l’Ă©preuve). A Amsterdam,  la nĂ©cessitĂ© de modernisation du mythe, la transposition de l’univers grec antique dans un dispositif guerrier moderne n’apportent rien en dĂ©finitive. Seule la vocalitĂ© rayonnante de deux hĂ©roĂŻnes associĂ©es au projet mĂ©rite les honneurs et justifient l’Ă©dition du prĂ©sent dvd.

Christoph Willibald Gluck : Iphigénie en Aulide (1774). Iphigénie en Tauride (1779). Aulide : Véronique Gens(Iphigénie), SaloméHaller (Diane), Nicolas Testé (Agamemnon), Anne Sofie von Otter (Clytemnestre), Frédéric Antoun (Achille), Martijn Cornet (Patrocle), Christian Helmer (Calchas). Tauride : Laurent Alvaro (Arcas, Thoas), Mireille Delunsch (Iphigénie)  Jean-François Lapointe (Oreste), Yann Beuron (Pylade), Choeur du Nederlandse Opera, Les Musiciens du Louvre-Grenoble, Marc Minkowski, direction. Mise en scène : Pierre Audi. 2 dvd Opus Arte. Référence : OA1099

DVD. Rossini : Mose in Egitto (Roberto Abbado, 2011). Opus Arte

Rossini: Moisè in Egitto (R. Abbado, Pesaro, 2011)
DVD_opus_arte_mose_in_egitto_Abbado_vickA Pesaro, Graham Vick rĂ©actualise dĂ©cors et mise en scène du MoĂŻse de Rossini, dans le contexte de l’actuel conflit israĂ«lo-palestinien… ce qui n’a pas manquĂ© de susciter une vive polĂ©mique en 2011: les juifs ont des mines de terroristes enturbannĂ©s et les Egyptiens guère mieux lotis dans leur barbarie de parvenus occidentalisĂ©s. De facto, l’action originelle parfois incohĂ©rente gagne une nouvelle force dramatique qui accentue la sĂ©duction musicale comme le dĂ©ploiement scĂ©nique de l’oeuvre… Mais pas dans ce fatras d’accessoires et de clins d’yeux parasites que le duo Caurier et Leiser avait imposĂ© au Giulio Cesare du dernier festival de PentecĂ´te de Salzbourg 2012 (Ă©galement empĂŞtrĂ© dans une rĂ©fĂ©rence rocambolesque aux conflits proche-oriental).

Rossini de référence

Si le Mosè de Riccardo Zanellato est souvent lĂ©ger, le Pharaon d’Alex Esposito lui rafle nettement la vedette par l’assurance de son charisme autant vocal que scĂ©nique. MĂŞme superbe incarnation de Sonia Ganassi dans le rĂ´le d’Elcia, la jeune juive aimĂ©e par le fils de Pharaon. L’Aronne de Yijie Shi prouve encore que, quand ils sont servis par d’authentiques tempĂ©raments, les comprimari (seconds rĂ´les) renforcent nettement l’intelligence dramatique des situations comme l’architecture globale de l’action. Un plus Ă©videmment. Voici donc une version de rĂ©fĂ©rence de Moisè rossinien, flamboyant et mĂŞme souvent subtile sous la direction vive, affĂ»tĂ©e de l’excellent Roberto Abbado. Ne serait-ce pas alors l’une des meilleures rĂ©alisations rĂ©cente du festival de Pesaro ? Incontournable.

Gioachino Rossini (1792-1868) : Mosè in Egitto, opĂ©ra en trois actes, crĂ©Ă© en 1818. Mosè, Riccardo Zanellato (basse); Elcia, jeune juive aimĂ©e d’Osiride, Sonia Ganassi (soprano); Pharaon, Alex Esposito (baryton-basse); Osiride, le fils de Pharaon, Dmitry Korchak (tĂ©nor); Amaltea, Olga Senderskaya (soprano); Aronne, Yijie Shi (tĂ©nor); Amnenofi, Chiara AmarĂą (mezzo-soprano); Mambre, Enea Scala (tĂ©nor). Orchestre et choeur du Théâtre Communal de Bologne, Roberto Abbado, direction. Graham Vick, mise en scène. EnregistrĂ© Ă  l’Arena Adriatica, Pesaro, Italie, 11-20 AoĂ»t 2011. DurĂ©e: 2h30. 1 dvd Opus Arte.

DVD. Dukas : Ariane et Barbe-Bleue (Denève, 2011). Opus Arte

DVD. Dukas : Ariane et Barbe-Bleue (Denève, 2011). Opus Arte

DUKAS_charbonnet_Deneve_DVD_Opus_ARTEBarcelone, juin 2011 : le Liceu accueille la production crĂ©Ă©e en 2005 Ă  Zurich, essentiellement fermĂ©e, en un espace sans guère de porte de secours, oĂą chaque encadrement menace. D’ailleurs, Claus Guth refuse toute Ă©chappĂ©e, y compris l’allusion Ă  l’aube printanière au II comme Ă  l’irrĂ©sistible empire de la lumière dans l’antre d’un tyran geĂ´lier, collectionneur de belles femmes (ici richement parĂ©es et habillĂ©es, telles qu’elles paraissent tout au long du I). Le regard se veut aussi pathologique, inventant pour les recluses, toute une sĂ©rie de convulsions nerveuses, dignes d’aliĂ©nĂ©es piĂ©gĂ©es dans un asile psychiatrique. Mais la conception est moderne et affecte sans guère de poĂ©sie (au mĂ©pris de l’esthĂ©tique surnaturelle et angoissĂ©e de Maeterlinck), la stricte froideur d’un pavillon petitbourgeois d’un rĂ©alisme glaçant.
Prometteuse sur le papier, la distribution rĂ©vèle ses limites : emblĂ©matique de tous les chanteurs, Jeanne-Michèle Charbonnet malgrĂ© une Ă©vidente prĂ©sence dramatique (et linguistique, car est elle parfaitement intelligible), paraĂ®t souvent Ă  cĂ´tĂ© du personnage Ă  cause de ses aigus vibrĂ©s incontrĂ´lĂ©s : un dĂ©faut d’Ă©clat pour une hĂ©roĂŻne libĂ©ratrice, habitĂ©e par l’esprit de la rĂ©volte et de l’Ă©mancipation. Une fĂ©ministe ardente et argumentĂ©e mĂŞme. Et JosĂ© Van Dam qui a l’Ă©paisseur Ă©motionnelle du rĂ´le titre (Barbe-Bleue), diffuse un chant Ă  peine audible, brumeux, sans le mordant et le trouble vocal requis.

Denève Dukasien : le chant de l’orchestre

Reste la superbe direction du roussĂ©lien StĂ©phane Denève, l’enfant du Nord (nĂ© Ă  Tourcoing et ex assistant de Ozawa ou Solti) : un travail d’orfèvre qui lui, rend justice au chef d’oeuvre de Dukas. Le compositeur traversĂ© par une inspiration sidĂ©rante vient de terminer la partition de L’Apprenti sorcier (1897). Raffinement d’une orchestration française pour une partition orchestrale fleuve, Ă  la fois straussienne et wagnĂ©rienne oĂą l’on retrouve toute l’imagination mĂ©lodique du Prix de Rome, dĂ©jĂ  superbement gĂ©nial avec sa cantate rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ©e ” VĂ©lleda “: le scintillement d’une instrumentation Ă  la fois onirique et tragique s’y distinguait avec brio. Toutes qualitĂ©s dĂ©veloppĂ©es ensuite dans Ariane, longue pĂ©ripĂ©tie d’Ă©critures incertaines et perfectionnistes – inaugurĂ©e dès 1905-, qui accouche du sommet lyrique en… 1907 (crĂ©ation Ă  la Salle Favart) : opĂ©ra de femmes oĂą se dĂ©tachent aussi les voix enchaĂ®nĂ©es consentantes de SĂ©lysette, Ygraine, et aussi MĂ©lisande, Bellangère et Alladine, Ariane Ă©tire son Ă©toffe somptueuse dont le cheminement symphonique se met dĂ©jĂ  comme PellĂ©as de Debussy (1902), au diapason des sentiments tĂ©nus les moins perceptibles. A StĂ©phane Denève revient le mĂ©rite d’expliciter le dĂ©voilement de la psychĂ©, c’est Ă  dire de suivre le labyrinthe poĂ©tique du livret inspirĂ© par l’Ariane de… Maeterlinck (1899), venu Ă  l’opĂ©ra grâce Ă  sa relation avec la soprano Georgette Leblanc.

Paul Dukas : Ariane et Barbe-Bleue. Jeanne-Michèle Charbonnet (Ariane), Patricia Bardon (la Nourrice), José Van Dam (Barbe-Bleue), Beatriz Jimenez (Ygraine), Elena Copons (Mélisande), Salomé Haller (Bellangère), Gemma Coma-Amabart (Sélysette), Chœur et Orchestre du Liceu de Barcelone, Stéphane Denève. 1 DVD Opus Arte OA1098. Enregistré au Liceu de Barcelone en juin 2011.