CD. Haydn : Symphonies Parisiennes (Sir Roger Norrington, SOny classical, 2013)

haydn symphonies parisiennes norrington sony classical cd 88875021332CD, compte rendu, critique. Haydn : 6 Symphonies parisiennes (Norrington, juillet 2013). Composées en 1785 et 1786, les 6 Symphonies parisiennes n°82 à 87, marquent un nouveau jalon dans la maturation artistique de Haydn : alors qu’il sert son patron à Esterhaza surtout en matière d’opéras bouffes (d’une veine comique dont la subtilité égale celle de Mozart et aussi annonce Rossini), Haydn livre plusieurs cycles de musique purement instrumentale et symphonique pour l’extérieur : avant ses concerts mémorables à Londres, Paris lui ouvre les bras à travers le Comte d’Ogny qui commande pour le Concert de la Loge Olympique, plusieurs symphonies nouvelles dans le goût nouveau, c’est à dire des Lumières, classique, véritable sommet de la Symphonie viennoise. Les premières symphonies furent créées à Paris en 1787 et très vite reprises partout en Europe.

 

 

Sir Roger Norrington cisèle la facétie inventive des Parisiennes de Haydn (1785-1786)

6 sommets de l’élégance viennoise pour Paris

 
 

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Les Symphonies 87 et 85 rassemblent les qualités de ce coffret et démontrent les arguments du pétillant Norrington, capable de ciseler et varier les effets avec la complicité d’un orchestre sur instruments modernes. Preuve qu’il ne suffit pas jouer sur des cordes en boyau pour réussir l’interprétation. Il y a aussi des questions de styles et de jeu qui pèsent de tout leur poids. Stylistiquement, l’interprétation de Norrington s’impose indiscutablement. Dès la 87, saluons l’étonnante vigueur du propos qui préambule au superbe Adagio, de structure rhapsodique, en ré majeur laisse s’épanouir l’intelligence de l’orchestration : en particulier l’étonnante cadence pour les vents, d’une finesse d’inspiration spécifiquement viennoise et haydnienne… (flûtes et hautbois pleins de fraîcheur pastorale, contrastant avec la gravité à pas mesurés des cors). Les instrumentistes zurichois suivent la tendresse amusée du chef dans le Menuet, au rythme haletant, d’une couleur balkanique, avec le solo de hautbois virtuosissime dans le trio. L’équilibre, l’économie des effets, la facétie raffinée, l’élégance du ton préserve toujours la noblesse pudique de Haydn.
La 85, dite “Reine de France”, hommage à la protectrice des arts à quelques années de la Révolution, s’impose aussi par la justesse des intentions et du style choisi, défendu, développé par Norrington et l’Orchestre de chambre de Zurich. La romance française citée en ouverture du second mouvement (la gentille et jeune Lisette) s’adresse directement à Marie-Antoinette qui de fait l’applaudit particulièrement. Datée de 1785, c’est le sommet absolu du cycle : trépidante, et raffinée, elle exige motricité des cordes, dynamiques précises, et accents calibrés des vents comme des cuivres (cors). La simplicité, l’élégance, et ce parfum de populaire parfaitement recyclé, caractérisent en effet l’une des meilleures réussites symphoniques de Haydn.  Norrington sait admirablement caractériser l’élégance aristocratique du Menuet et la charge plus plébéienne du trio, comme un résumé de toute la société du XVIIIè, celle d’avant la Révolution : codée, hiérarchisée, polissée et aussi corsetée. En usant d’une infime subtilité, Haydn sait varier les formes de la structure jusque dans le choix nouveau du rondo-sonate pour l’ultime mouvement (Finale, Presto).

CLIC D'OR macaron 200La tenue des autres symphonies dont la célébrissime Ours (au tempérament martial) est de la même eau : on reste surpris par l’imagination fertile, somptueusement évocatrice du chef Norrington, averti, expert de l’approche historiquement informée. Ce qu’a à nous dire le maestro relève du prodige : comme Harnoncout et pourtant ici sur instruments modernes, il nous surprend, dévoile la langue jamais répétitive, la syntaxe expérimentale de chaque symphonie. D’Esteraza, Haydn allait plonger dans un affadissement de son écriture instrumentale. Opportune, la commande venant de Paris, lui permet de satisfaire ses ambitions les plus audacieuses : l’inspiration n’a jamais été aussi impétueuse, risquée, poétiquement juste. Défi pour tout orchestre de chambre, chaque Symphonie parisienne est un opéra en soi, un drame aux milles rebondissements. Il appartient au chef et à ses instrumentistes de révéler l’invention permanente de l’écriture, d’en ciseler le relief et d’en défendre la trépidante énergie. Ce que réussit idéalement Sir Roger. Très convaincant.

 

 

Joseph Haydn : 6 Symphonies parisiennes, n°82-87 (1785-1786). Zurich Chamber Orchestra. Sir Roger Norrington, direction. 3 cd Sony classical 88875021332. Enregistré à Zurich en juillet 2013.

 

 

 

Compte rendu, concert. Paris. Cathédrale Notre-Dame de Paris, le 23 mai 2014. Mozart : « Grande » Messe en Ut. Christina Landshamer, Ingeborg Gillebo, Pascal Charbonneau, Peter Harvey, solistes. Maitrise Notre-Dame de Paris. Lionel Sow, direction. Orchestre de Chambre de Paris. Roger Norrington, direction.

Sir Roger Norrington dirige la Messe en ut de MozartLa Cathédrale de Notre-Dame de Paris accueille l’Orchestre de Chambre de Paris sous la direction musicale de son premier chef invité Roger Norrington et une distribution des solistes pleine de cÅ“ur. Cadre et compagnie idéaux pour la représentation de la « Grande » messe inachevée de Mozart, la Messe en Ut mineur, en l’occurrence présentée dans la version reconstituée par le pianiste et compositeur Robert Levin (2005). Dire que Roger Norrington est l’une des figures emblématiques du mouvement « baroqueux » n’est qu’approximation. La pratique historiquement informée (HIP en anglais) qu’il défend si vivement pour notre plus grand bonheur, est un concept que le mot « baroqueux », si banal, n’illustre pas avec justesse. Certes, il est baroqueux parce qu’il s’éloigne de la tradition post-romantique devenue standard à la fin du XIXe siècle, mais ceci n’implique pas toujours le fait de jouer sur instruments d’époque. Son approche historique a une profondeur qui dépasse la date de facture des instruments. Le focus est plus dans la façon de jouer une Å“uvre qu’autre chose. Dans ce sens, sa démarche a une valeur inestimable. Entendre un orchestre moderne s’attaquer à un répertoire pré-romantique de façon historiquement informée, peut tout simplement être une expérience positive, bouleversante, transcendantale pour mélomanes et musiciens confondus. C’est le cas ce soir à Notre-Dame avec cet opus qui condense en lui-même le siècle qui l’a vu naître.

L’OCP et Norrington à Notre-Dame : un Mozart majestueux !


Beaucoup d’encre a coulé sur la ou les raisons pour lesquelles Mozart n’a pas achevé le monument qu’est cette célèbre Messe en Ut (K 427), parfaitement positionnée par son envergure entre les grandes Å“uvres de Bach (Passions, Messe en si) et celle en Ré majeur de Beethoven. Elle a été composée pendant une période assez instable de la vie de Mozart, entre 1782 et 1783. A l’origine destinée à sa femme Constance, elle restera inachevée comme la plupart des Å“uvres qu’il aurait écrit pour elle. Fait curieux, mais anecdotique. Sa valeur « religieuse » a aussi inspiré (et inspire encore, bizarrement) de vives discussions. Il existe toujours une minorité de gens qui ne supportent pas qu’il y ait d’impressionnantes vocalises dans une messe, pour eux c’est tellement profane que c’est sacrilège ! Curieusement, et pour partager une autre anecdote, le Pape actuel, Francois, considère cette messe comme étant sans égale, et plus précisément que le « Et incarnatus est » élève l’homme vers Dieu.

mozart_portrait-300Dépassons l’anecdote. La ferveur à la Cathédrale, en cette soirée de printemps, est palpable. Elle s’exprime par l’investissement et le plaisir évident des artistes à interpréter la Messe. Les solistes et les musiciens se regardent et sourient avec un bonheur paisible, tout en jouant une musique redoutable. Les voix féminines, comme souvent chez Mozart, sont privilégiées. La soprano Christina Landshamer chante le « Kyrie » et le « Et incarnatus est » avec beaucoup de sentiment ; dans le dernier sa voix achève des sommets célestes et se confond avec les sublimes vents obligés. La jeune mezzo-soprano Ingeborg Gillebo, qui remplace Jennifer Larmore programmée originellement, est rayonnante dans l’italianisme virtuose et joyeux du « Laudamus te » ou encore dans le duo « Domine », variante sacrée des incroyables duos féminins des opéras de Mozart. Le ténor Pascal Charbonneau est visiblement habité par la musique, dont il chantonne en silence les chÅ“urs. Quand c’est à lui de chanter véritablement il fait preuve d’agilité et de légèreté, même si le timbre paraît plus corsé que d’habitude, ce qui s’accorde superbement à l’œuvre. La basse Peter Harvey, qui, certes, chante peu, offre une prestation sans défaut.

Nous nous attendons toujours a d’excellentes performances de la part de la Maîtrise Notre-Dame de Paris sous la direction de Lionel Sow. Nous ne sommes pas déçus ce soir mais notre appréciation n’est pas sans réserves. Le chÅ“ur ne paraît pas toujours concerté lors des nombreux, glorieux et difficiles double-choeurs haendeliens, surtout au début. Mais ces petits détails dans la dynamique initiale, s’expriment au final en une performance d’une grande humanité, d’une intense ferveur.

Pour leur part, les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Paris sont à la hauteur de la pièce et du lieu. Le toujours fabuleux et implacable premier violon de Deborah Nemtanu, ou encore le non moins fantastique groupe des vents tout particulièrement sollicité, ont été tous impressionnants dans leur prestation. Idem pour les cordes sans vibrato (ou peu, à vrai dire) que nous aimons tant chez Norrington, à la belle présence malgré quelques petits oublis et notes comiques des violoncelles. Nous sommes encore ébahis par la beauté du concert et n’avons que des félicitations pour les artistes. Un concert de talents concertés qui restera dans nos mémoires, et dans nos cÅ“urs.

Compte rendu, concert. Paris. Cathédrale Notre-Dame de Paris, le 23 mai 2014. Mozart : « Grande » Messe en Ut. Christina Landshamer, Ingeborg Gillebo, Pascal Charbonneau, Peter Harvey, solistes. Maitrise Notre-Dame de Paris. Lionel Sow, direction. Orchestre de Chambre de Paris. Roger Norrington, direction.

 

Messe en ut de Mozart par Norrington en direct de ND de Paris

mozart_portraitRadio Classique, ce soir : 22 mai, 20h. Mozart, Messe en ut mineur par SR Norrington, l’Orchestre de chambre de Paris, en direct de Notre-Dame de Paris. La messe en ut mineur KV 427, (ou Große Messe : « grand-messe ») est une partition inachevée de Wolfgang Amadeus Mozart, écrite en 1782 : c’est une Å“uvre majeure que Mozart compose à Vienne, alors qu’il se marie avec Constanze Weber. L’Å“uvre atteste une conscience ambitieuse, une ferveur sincère, touche par la grâce qui renouvelle le format traditionnel de la messe viennoise. Après la Messe en si de JS Bach dont il assimile l’art complexe de la polyphonie, la Messe en ut de Mozart est un jalon important, préludant à la Missa Solemnis de Beethoven.  La légende précise que Wolfgang aurait ainsi exaucé le voeu de son père auquel le fils bienveillant avait promis une Messe si Constance se rétablissait d’une grave maladie.

Kyrie (Andante moderato)
Gloria
Gloria in excelsis Deo (Allegro vivace)
Laudamus te (Allegro aperto)
Gratias agimus tibi (Adagio)
Domine Deus (Allegro moderato)
Qui tollis (Largo)
Quoniam tu solus (Allegro)
Jesu Christe
Cum Sancto Spiritu
Credo
Credo in unum deum (Allegro maestoso)
Et incarnatus est (Andante)
Sanctus
Sanctus (Largo)
Hosanna
Benedictus (Allegro commodo)

roger norrington portrait faceL’Å“uvre nous est parvenue incomplète. Après le sommet qui reste la séquence de l’ “Et incarnatus est”, le Credo (et son orchestration), comme l’Agnus Dei, reste manquant. Pour faciliter son travail, Mozart a certainement réutilisé du matériel antérieur, issu de messes écrites certainement à l’époque de ses fonctions à Salzbourg.  Par la suite, le compositeur utilise plusieurs parties de la Messe pour son oratorio Davidde Penitente.

Aujourd’hui la reconstitution orchestrée par  H. C. Robbins Landon demeure la meilleure source pour mesurer l’ampleur et la subtilité de la Messe mozartienne. Durée : environ 1h05

Paris, Cathédrale Notre-dame. Les 22 et 23 mai 2014, 20h
Sir Roger Norrington et l’Orchestre de chambre de Paris
Solistes : Christina Landshamer, soprano. Jennifer Larmore, soprano. Pascal Charbonneau, ténor. Peter Harvey, basse. Maîtrise Notre-Dame de Paris (Lionel Sow, direction)

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site de l’Orchestre de chambre de Paris

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 14 juin 2013. Gioacchino Rossini : Il Barbiere di Siviglia. Cyrille Dubois, Julia Lezhneva, Roberto De Candia, Carlo Lepore, Giorgio Giuseppini. Sir Roger Norrington, direction musicale.

rossini_portraitL’Orchestre de chambre de Paris et son principal chef invité, Sir Roger Norrington, présentent dans la capitale un nouveau Barbier rossinien, une œuvre que le public parisien apprécie visiblement et ne se lasse pas de réentendre.
Suite au forfait soudain du ténor chinois Yijie Shi – remplaçant lui-même Antonino Siragusa initialement prévu – le jeune ténor français Cyrille Dubois est arrivé à la rescousse pour sauver la soirée, faisant semble-t-il par la même occasion sa prise de rôle dans le rôle du Comte Almaviva. Saluons son beau timbre, ainsi que sa technique sûre, son émission brillante et sa belle maîtrise de la voix mixte, parfaites pour le répertoire français – il vient d’être annoncé dans Gérald de Lakmé à Saint-Etienne pour la saison prochaine – mais peu rompu aux exigences rossiniennes.
Les vocalises sonnent prudentes et le suraigu se fait discret, tant et si bien que son ultime air, le redoutable « Cessa di più resistere » a été prudemment coupé.

 

 

Un Barbier inégal mais réjouissant

 

Une belle découverte, qui se révèlera sans doute idéal dans un autre répertoire. A ses côtés, le baryton italien Roberto De Candia fait admirer sa faconde gourmande dans Figaro, imposant dès son entrée sa voix mordante et ample autant que son aigu facile et percutant. Et c’est avec cette même assurance tranquille et cette gouaille ravageuse à l’œil malicieux qu’il traversera la soirée, salué aux saluts par une ovation méritée.
La Rosine de la très jeune Julia Leznheva, annoncée partout comme une révélation, laisse davantage songeur. Si le timbre révèle par instants de beaux reflets irisés et la vocalise impressionne par sa précision d’apparence facile et de belles variations, l’instrument demeure d’un volume modeste, au grave confidentiel et à l’aigu à peine esquissé, le soutien se dérobant à chaque montée. Parfois, la voix perd en outre soudainement toute rondeur sur certaines voyelles ouvertes à l’excès, des sonorités enfantines et droites le disputant à d’autres plus féminines, mais presque trop matures, comme artificielles. Elle laisse en outre paraître un tempérament d’une agréable fraicheur, mais aux émotions encore peu différenciées.
On retrouve avec bonheur les talents de comédien de Carlo Lepore, toujours parfait dans ces emplois de basse bouffe, passant en un éclair d’un affect à l’autre. Par ailleurs, il semble avoir éclairci son émission, et nous gratifie de quelques aigus parfaitement timbrés. Beau Basilio de la Giorgio Giuseppini, à la voix un rien usée mais toujours percutante et efficace dans l’air de la Calomnie, et faisant bruisser la salle par un grave sépulcral et sonore dans « Buona sera » à la seconde partie. Excellente surprise également que la Berta en pleine forme vocale de Sophie Pondjiclis, rendant de l’importance à ce personnage souvent sacrifié.
Le chœur du Théâtre des Champs-Elysées, quant à lui, offre une prestation solide et convaincante. Nous sommes moins convaincus, en revanche, par les affinités de Sir Roger Norrington avec l’univers du cygne de Pesaro. Si les fameux crescendi sont correctement exécutés – mais sans grande flamme – par un Orchestre de chambre de Paris en petite forme, la pâte instrumentale sonne souvent pesante, alourdie encore par la cymbale omniprésente et envahissante, sans parler des nombreuses coupures opérées dans la partition – pas de reprise avant la fin des airs, des morceaux de récitatifs disparaissent, une grande partie de l’air de Bartolo passe à la trappe -.
Une soirée pas exempte d’imperfections et de doutes, mais néanmoins agréable, grâce, surtout, au génie de Rossini.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 14 juin 2013. Gioacchino Rossini : Il Barbiere di Siviglia. Livret de Cesare Sterbini. Avec Il Conte d’Almaviva : Cyrille Dubois ; Rosina : Julia Lezhneva ; Figaro : Roberto De Candia ; Bartolo : Carlo Lepore ; Basilio : Giorgio Giuseppini ; Berta : Sophie Pondjiclis ; Fiorello : Renaud Delaigue. Chœur du Théâtre des Champs-Elysées. Orchestre de chambre de Paris. Sir Roger Norrington, direction musicale.

Compte-rendu : Paris. TCE, Théâtre des Champs Elysées, le 14 juin 2013. Rossini : Le Barbier de Séville. Roberto de Candia, Julia Lezhneva… Sir Roger Norrington, direction.

roger norrington portrait faceLe Théâtre des Champs Élysées accueille Sir Roger Norrington dirigeant l’Orchestre de Chambre de Paris pour leur coproduction du Barbier de Séville de Rossini en version de concert.  Accompagnés par une excellente et enthousiaste distribution de chanteurs, les instrumentistes jouent de façon presque baroqueuse avec le grand maestro. L’éclat et la vivacité sont au rendez-vous.

 

 

Barbier de Séville historique

 

Sir Roger Norrington est l’une des figures emblématiques du mouvement historiquement informé (méthode HIP pour “Historically informed performance” ou pratique historiquement informée), où chaque interprétation est précédée d’une recherche organologique et musicologique particulièrement poussée. C’est l’un des génies qui ont osé s’éloigner des standards post-romantiques de performance musicale au 20e siècle. Non seulement par l’utilisation des instruments d’époque, optionnelle, mais notamment par la façon de jouer la musique, même avec instruments modernes. La notion de style et de jeu sont donc au cÅ“ur d’une recherche captivante. En ce qui concerne la musique du 18e siècle et avant, la pratique est logique et cohérente. Mais il s’attaque également au répertoire du 19e et l’effet est, pour dire le moindre, rafraîchissant! Le vibrato excessif cède la place aux timbres contrastés et à une certaine clarté contrapuntique. Dans ce sens l’Orchestre de chambre de Paris se montre plus brillant que jamais, plein de gaîté et d’esprit, souvent spectaculaire, excellent toujours! Les vents souvent vedettes, sont suprêmes  dans de l’orage au deuxième acte comme ils sont gracieux et vifs accompagnant le chant. Comme d’habitude, les musiciens sont fortement investis et leur enthousiasme est évident et … contagieux.

De même pour les chanteurs, très engagés et engageants malgré l’absence de mise en scène. Tous les rôles sont interprétés avec coeur. Roberto de Candia incarne Figaro avec panache. Il gère les acrobaties vocales peu fréquentes pour un baryton avec aisance et charisme. Il est toujours très présent et se projette brillamment en solo et dans les ensembles. Il n’éclipse pourtant pas le Comte de Cyrille Dubois (excellent Ferrando à Saint-Étienne), à la fois noble et drôle, ma non troppo. Si le public offre les plus chaleureux applaudissements pour leurs interventions, celle qui crée une plus grande excitation est sans doute la Rosina de la jeune soprano Julia Lezhneva. Quant elle chante “Una voce poco fa” au premier acte l’audience a du mal à arrêter les applaudissement. Ses aigus stratosphériques et insolents sont spectaculaires : ils inspirent la fureur d’un public très impressionné. Nous apprécions ses ornements réussis et la maîtrise incontestable qu’elle a de son instrument virtuose. C’est une voix puissante et pleine de caractère, qui se montre superbe technicienne. Cependant nous sommes de l’avis qu’elle peine à trouver un équilibre entre force et légèreté, et sa performance paraît plus démonstrative et concertante que sincère. Faute minuscule qu’elle améliorera sans doute avec l’expérience, et qui passe au second plan tant l’agilité de son instrument reste indiscutable.

Carlo Lepore et Giorgio Giuseppini interprètent Bartolo et Basilio respectivement. Ils sont tous les deux très présents,  particulièrement le dernier : la voix et la prestance, magnifiques dans son air de la calomnie demeure mémorable. Une mention également pour la superbe Berta de Sophie Pondjiclis pétillante, très présente, démontrant qu’il n’y a pas de petits rôles mais de … petits chanteurs. Le choeur du Théâtre des Champs Elysées est de même investi et d’une grande vivacité. Nous rejoignons au final le public pour la formidable et brillante coproduction, à la fois historique et innovante sous la baguette du pétillant Sir Roger.

Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 14 juin 2013. Rossini : Le Barbier de Séville.  Choeur du Théâtre des Champs Élysées. Alexandre Piquion, direction. Roberto de Candia, Julia Lezhneva… Orchestre De chambre de Paris. Sir Roger Norrington, direction.

Illustration : Sir Roger Norrington (DR)