STREAMING, opéra, CRITIQUE I Le 21 février 2021. VERDI : Aida : Tézier, Kaufmann, Opéra de Paris

UnknownSTREAMING, opéra, CRITIQUE I Le 21 février 2021. VERDI : Aida : Tézier, Kaufmann, Opéra de Paris. A nouveau cette nouvelle production d’Aida présentée à l’Opéra de Paris fait surgir la question d’un décalage malheureux entre l’unité et le sens originels de la partition quasi archéologique de Verdi (qui reçut les conseils de l’égyptologue français, Auguste Mariette) et les options de la mise en scène signée de la confuse et non verdienne Lotte de Beer. Exit la grandeur exotique d el’Egypte ancienne et flamboyante du NOuvel Empire : voici une action traitée comme une comédie de mœurs dans un musée XIXè, avec marionnettes pierreuses à l’avenant, sans que l’on sache vraiment ce que ses « doubles » des protagonistes ajoute à la clarification du propos.
Peu inspirée par l’univers verdien, Lotte de Beer plaque des préconçus et des thématiques qui n’ont rien à voir avec la dramaturgie verdienne, caractérisée comme toujours par le conflit douloureux entre amour et devoir, solitude impuissante des individus et nécessité de la loi sociale et politique. Dans le sillon tracé et fixé par le grand opéra version Meyerbeer, Verdi oppose avec génie, la question des conflits géopolitiques et le destin des individus dont l’amour contredit les plans et les intérêts supérieurs, d’autant que comme dans Don Carlo(s), l’église s’en mêle et soumet tout un chacun à la loi mystérieuse mais avide et vorace des dieux.

VOIX PUISSANTES et CHEF EXPRESSIF
Aida à l’Opéra de Paris en février 2021

Même général victorieux, Radamès a trahi son pays pour l’amour de la belle éthiopienne Aida, réduite en esclave à la Cour d’Amnéris, l’égyptienne trop jalouse, qui aime Radamès mais sans retour.
Les costumes renvoient à l’époque où fut composé l’opéra, fin XIXè, pour l’inauguration du Canal de Suez. Mais dans cette grille conteporaine, on n’identifie pas clairement les relations qui situent chaque personnage… Ne parlons ni des décors ni du mouvement des chœurs comme de la directions d’acteurs : quand ils ne sont pas laids et décalés, il sont absents. Ce manque de vision, de cohérence… interroge.

Unknown-1Heureusement la réalisation musicale est à la hauteur de cet événement parisien, affiché, diffusé en plain confinement de la culture et du spectacle vivant. Le chef Michele Mariotti détaille et insuffle de belles couleurs, des nuances expressives très convaincantes : il souligne sous chaque épisode la double lecture : politique / individuelle. Le plateau réunit des chanteurs à décibels, puissants naturellement et heureusement phrasés. Ainsi les femmes sont très incarnées, aux timbres magnifiquement opposés. La fauve, sombre et viscérale Amnéris, dévorée par la jalousie (Ksenia Dudnikova aux aigus qui dérapent parfois cependant) contredit le soprano clair et tout aussi sonore de Sondra Radvanovsky, Aida palpitante et sobre, riche en harmoniques sensibles. Le cast souligne ici combien la partition est aussi une affaire d’hommes (comme dans Don Carlo/s également avec le duo Carlo et Posa) : Ludovic Tézier affirme un Amonasro (père d’Aida), félin, articulé, noble de bout en bout (vrai baryton verdien sculptant avec finesse son profil psychologique), tandis que Jonas Kaufmann (Radamès) colore sa voix sombre d’éclats crépusculaires qui brûlent littéralement dans la scène finale où les deux amants sont réunis mais emmurés vivants. Evidemment les voix à l’intonation si facile semble souvent être indifférents aux mots et au texte en général (à l’exception de Kaufmann). Dommage.
Voici donc une production vocalement intense et caractérisée, orchestralement passionnante, mais dénaturée (encore) par une mise en scène à l’éclectisme déconcertant. Photos : Aida / Mariotti © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

 

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STREAMING, opéra, CRITIQUE I Le 21 février 2021. VERDI : Aida : Tézier, Kaufmann, Opéra de Paris

 

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VOIR la captation d’Aida de Verdi par M Mariotti, J Kaufmann, S Radvanovsky, L Tézier, K Dudnikova… Opéra de Paris

https://www.arte.tv/fr/videos/100855-001-A/giuseppe-verdi-aida/

 

 

LIEN DIRECT vers la page ARTE CONCERT / Aida de VERDI
https://www.arte.tv/it/videos/100855-001-A/giuseppe-verdi-aida/
REPLAY jusqu’au 20 août 2021.

 

 

VOIR ici AIDA de VERDI / OpĂ©ra de Paris / Mariotti, Kaufmann, TĂ©zier… :

 

 

AIDA de VERDI sur ARTE (Kaufmann, Radvanovsky)

Londres, Royal Opera House : Jonas Kaufmann chante Andrea ChénierSTREAMING, opéra chez soi. ARTE. VERDI : Aida, jeudi 18 fév 2021, 19h30. Paris, l’Opéra de Bastille affiche l’opéra égyptien de Verdi, inauguré à l’ouverture du Canal de Suez, inspiré par l’âge d’or de l’histoire pharaonique, soit le Nouvel Empire. Le général Radamès (ténor héroïque) couvert d’or et glorieux est accueilli en héros par la foule et Pharaon : mais il aime la princesse Aida (soprano dramatique d’un angélisme ardent), réduite en esclave, soumise à la fille de Pharaon Amnèris (bel emploi d’alto sombre et passionnée)… C’est compter sans la volonté d’Amnéris et sa jalousie destructrice, pourtant bientôt défaite devant l’horreur du sort qui les prêtres réservent à Radamès. N’a-t-il pas finalement trahi la Cour de Pharaon ? Comme Don Carlo, Aida, tout en se prêtant au genre du grand opéra historique avec ballet, reste un huis clos psychologique dont la tension se resserre sur les 3 protagonistes : Aida, Amnèris, Radamès. Verdi qui aime la tessiture de baryton, ajoute un 4è personnage clé, Amonasro, le père d’Aida, lui aussi captif de Pharaon. Photo : portrait de Jonas Kaufmann  (DR) ténor halluciné qui chante le rôle du général Radamès.

2021 marque aussi le 150e anniversaire de la création de l’ouvrage dont la conception profite aussi de la coopération de l’égyptologue français Auguste Mariette : d’où le grand réalisme historique de la partition et la vraisemblance du livret.

EN REPLAY sur ARTE concert dès le jeudi 18 février 2021, 19h30, puis sur ARTE  dim 21 février 2021, 14h05 :
https://www.arte.tv/fr/videos/RC-016485/saison-arte-opera/

CrĂ©Ă© en dĂ©cembre 1871 Ă  l’OpĂ©ra du Caire pour cĂ©lĂ©brer l’inauguration du canal de Suez, AĂŻda est devenu un pilier du rĂ©pertoire lyrique, avec La Traviata et Le Trouvère, l’opĂ©ra le plus jouĂ© de Verdi. Dans cette nouvelle production, la metteuse en scène nĂ©erlandaise Lotte de Beer entend soulignes avec une acuitĂ© critique les « reprĂ©sentations europĂ©ennes des peuples assujettis”. Il est vrai qu’avec Aida et son père, Amonasro, Verdi a brosser le portrait de deux captifs rĂ©duits en esclavage. La distribution rĂ©unie par la scène parisienne promet de superbes moments dont Ă©videmment le dernier tableau, Ă  la fois bouleversant et glaçant… quand les deux amants inflexibles sont condamnĂ©s Ă  mourir emmurĂ©s vivants.

AĂŻda
Opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi
Livret : Antonio Ghislanzoni d’après une intrigue d’Auguste Mariette
Mise en scène : Lotte de Beer
Direction musicale : Michele Mariotti
Choeur et orchestre de l’Opéra de Paris

Avec : Sondra Radvanovsky (Aïda), Ksenia Dudnikova (Amnéris), Jonas Kaufmann (Radamès), Ludovic Tézier (Amonasro), Dmitry Belosselskiy (Ramfis), l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra national de Paris
Réalisation : François-René Martin
Coproduction : ARTE France, Telmondis, Opéra national de Paris (France, 2021, 3h)
Présenté par : Saskia De Ville

L’opĂ©ra sera disponible en ligne dès le jeudi 18 fĂ©vrier, 19h30 – Saison ARTE OpĂ©ra
arteconcert.com

Approfondir

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VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402La dramaturgie de Giuseppe Verdi fait évoluer les personnages du drame. Au départ, véritable type psychologique, presque figé, associé à une voix (soprano tragique, mezzo sombre et envieuse, baryton noble, ténor vaillant et amoureux), les caractères se modifient, et à partir des années 1870, -Aïda est crée en 1871 à l’opéra du Caire-, les individus mêlent la gravité et la tendresse, le tragique et le combatif, en un mélange complexe qui imite la vie.
Dans cette veine réaliste et de couleur tragique là aussi, verdi composa Rigoletto qui inaugura le nouvel opéra du Caire, en 1869.
Commande du Khédive égyptien, Ismaïl Pacha pour le nouvel opéra caïrote, Aïda est d’autant moins artificiel ou décoratif, que le livret s’appuyant sur une trame validée par le directeur du musée égyptien du Louvre, Auguste Mariette, met en scène non plus des “types” mais des êtres de chair et de sang, qui éprouvent sur la scène, l’horloge des sentiments les plus extrêmes. Un temps compté, et des épreuves passionnelles qui révèlent et brûlent caractères et ardeurs. En quatre actes, Aïda recompose une lente chute vers le gouffre : la déchéance du héros certes, mais l’élévation a contrario d’un coeur amoureux, fidèle, jusqu’à la mort.

La carrière du général Radamès, gloire de l’Egypte, amoureux de l’esclave Aïda, fille d’un roi ennemi, illustre cette descente aux abîmes : trahison, passion amoureuse, exécution. Historique, tragique, l’opéra verdien révèle sa triple identitié : psychologique.
Verdi sous l’influence de Wagner, son contemporain, abolit les anciennes conventions de l’aria et du récitatif, de la cabalette triomphale, pour un drame musical continu. Le choix des options pour une vraisemblance accrue est d’autant plus révélatrice des intentions du compositeur que c’est Verdi lui-même qui écrit le livret final ou, du moins, valide la dramaturgie générale.
Dans ce mode formel renouvelé, l’air d’Aïda à l’acte I : “Ritorna Vincitor” incarne l’expression la plus élaborée d’un arioso dramatique où se dilue l’ancien air classique. Et même l’ouverture d’Aïda aurait été composée dans le souvenir du choc que lui causa l’ouverture de Tannhäuser, découvert et admiré en 1865 à Paris.

AĂŻda,
opéra en quatre actes
Livret de Verdi, versifié par Ghislanzoni
sur un texte de Camille du Locle (1868) d’après
l’intrigue d’Auguste Mariette
Créé à l’Opéra du Caire, le 24 décembre 1871.