Requiem de Verdi par le National de METZ

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RADIO CLASSIQUE, Vendredi 4 oct 2019. VERDI : REQUIEM. 20h. En direct des Invalides.  Messe funèbre dramatique, opéra sacré, cantate de célébration, de mémoire et de compassion…Le Requiem de Giuseppe Verdi est tout cela à la fois, donné ici à la Cathédrale Saint-Louis des Invalides. Distribution, entièrement française, pour ce Requiem de Verdi avec le Chœur de l’Orchestre de Paris. À sa création, l’aspect théâtral et trop opératique de l’ouvrage avait suscité incompréhension voire agacement : qu’à faire ce style lyrique dans une messe funèbre qui doit accompagner les jusqu’au repos éternel ? Ému par la disparition du poète Manzoni, Verdi tint à lui rendre hommage, en composant ainsi un sommet de la déploration symphonique, chorale, lyrique. Toute la science dramatique du compositeur se met au service d’une ferveur directe et sincère qui réussit à peindre l’effroi et les promesses du grand théâtre de la mort.

 

 

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METZ, ARSENALboutonreservation
cité musicale metz, saison 2019 2020
ARSENAL, Grande Salle
Vendredi 4 octobre 2019, 20h

VERDI : REQUIEM
Orchestre national de Metz
Chœur de l’Orch de Paris

soprano : Teodora Gheorghiu
mezzo-soprano : Valentine Lemercier
ténor : Florian Laconi
basse : JĂ©rĂ´me Varnier
Scott Yoo, direction

INFOS, RESERVATIONS ici :
http://saisonmusicale.musee-armee.fr/concert.html#!2019-2020&Requiem-de-Verdi

 

Concert repris Dim 6 octobre 2019, 16h, Ă  l’ARSENAL DE METZ

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Déroulé du Requiem : 7 parties

1. Requiem
2. Dies irae
3. Offertorio
4. Sanctus
5. Agnus Dei
6. Lux aeterna
7. Libera me

 

 

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Pour les parents et familles : possibilitĂ© d’une garderie musicale à 16h
de 4 Ă  8 ans. Pendant que les parents assistent au concert, les enfants participent Ă  un atelier musical en lien avec le concert des plus grands, qu’ils rejoignent Ă  la fin du concert. Ă€ cette occasion, un musicien intervenant propose des Ă©coutes d’extraits musicaux, des comptines, des jeux d’éveil musical…

Et un bon goûter !

Tarif 6 € / enfant
(offre soumise à l’achat d’une place de spectacle pour l’adulte accompagnant)

 

 

 

L’œuvre : REQUIEM OPERATIQUE ET HUMANISTE

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VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402A l’origine, Verdi compose son Requiem pour la mort du poète italien Alessandro Manzoni (l’auteur adulé, admiré d’ i Promessi sposi) en 1873. La partition est plus qu’un opéra sacré : c’est l’acte d’humilité d’une humanité atteinte et saisie face à l’effrayante mort ; l’idée du salut n’y est pas tant centrale que le sentiment d’épreuve à la fois collective (avec le formidable chœur de fervents / croyants), et individuelle, comme l’énonce le quatuor des solistes (prière du Domine Jesu Christe). Le Sanctus semble affirmer à grand fracas la certitude face à la mort et à l’irrépressible anéantissement (fanfare et choeurs) : mais la proclamation n’écarte pas le sentiment d’angoisse face au gouffre immense.

D’abord entonné en duo (soprano et alto), l’Agnus dei témoigne du sacrifice de Jésus, prière à deux vois que reprend comme l’équivalent profane/collectif du choral luthérien, toute la foule rassemblée, saisie par le sentiment de compassion. Enfin en un drame opératique contrasté, Verdi enchaîne la lumière du Lux Aeterna, et la passion d’abord tonitruante du Libera me (vagues colossales des croyants rassemblés en armée), qui s’achève en un murmure pour soprano (solo jaillissant du choeur rasséréné : Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua lucaet eis / Donne-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière brille à jamais sur eux) : ainsi humble et implorant, l’homme se prépare à la mort, frère pour les autres, égaux et mortels, à la fois vaincus et victorieux de l’expérience de tous les mourants qui ont précédés en d’identiques souffrances.

Il faut absolument écouter la version de Karajan (Vienne, 1984) avec la soprano Anna Tomowa Sintow et le contralto d’Agnès Baltsa pour mesurer ce réalisme individuel, – emblème de l’expérience plutôt que du rituel, pour comprendre la puissance et la justesse de Verdi. Acte de contrition (Tremens factus sum ego -1-) chanté par la contralto d’une déchirante intensité, prière en humilité, le chant ainsi conçu frappe immédiatement l’esprit de tous ceux qui l’écoute ; au soprano revient le dernier chant, celui d’une exhortation qui n’écarte pas l’amertume ni la profonde peine ; entonnant avec le chœur rassemblé, concentré, ému, les dernières paroles du Libera me, la soprano exprime le témoignage de la souffrance qui nous rend égaux et frères ; en elle, retentit l’expérience ultime ; son air s’accompagne d’une espérance plus tendre, emblème de la compassion pour les défunts, tous les défunts.
Croyant ou non, l’auditeur ne peut être que frappé par la haute spiritualité de ce Requiem élaboré à l’échelle du colossal et de l’intime, où les gouffres et les blessures nés du deuil et de la perte expriment de furieuses plaintes contre l’injustice criante, puis s’apaise dans l’acceptation, conquise non sans un combat primitif et viscéral. Dans le format réussi de cette fresque qui unit le collectif et l’intime, Verdi nous parle d’humanisme ; l’homme qui doute et désespère parfois, n’oublie jamais la mort, notre destin à tous : cette conscience en humilité façonne les meilleurs d’entre nous.

 

 

CD. Rameau’s funeral. Paris : 27.IX.1764 (Skip Sempé, mai 2014)

rameau-jean-gilles-skip-sempe-Rameau's-funeral--1-cd-ParadizoCD. Rameau’s funeral. Paris : 27.IX.1764 (Skip SempĂ©, mai 2014). D’emblĂ©e, le programme nous convainc totalement. Par sa solennitĂ© tendre, grave, Ă©tonnement transparente, Skip SempĂ© inscrit idĂ©alement le Requiem de Gilles dans le contexte liturgique XVIIIème qu’il s’est fixĂ©: celui propre au service funèbre de Rameau le magnifique, tel qu’il aurait pu se rĂ©aliser lors des funĂ©railles historiques du Dijonais Ă  sa mort, ce 27 septembre 1764. Jouer Gilles pour honorer la mĂ©moire et saluer le gĂ©nie du plus audacieux des compositeurs français du XVIIIème, rien de surprenant quand on sait que des sources d’Ă©poque confirment que le Requiem ou Messe des morts de Gilles fut rĂ©gulièrement apprĂ©ciĂ© et jouĂ© dans des versions renouvelĂ©es tout au long du XVIIIème…. pour les propres funĂ©railles de Gilles, pour celles des compositeur Royer et  donc effectivement, Rameau… mĂŞme pour celles de Louis XV. C’est dire le renom et la faveur d’une Messe Ă  la fois majestueuse et humaine oĂą la pompe ne s’embarrasse jamais d’un dramatisme noir et inquiĂ©tant comme cela peut ĂŞtre le cas du Requiem de Du Caurroy lequel hĂ©ritĂ© de la Renaissance tout en offrant le spectaculaire et l’effrayant  de la faucheuse, reste aussi l’ordinaire liturgique des dĂ©plorations royales Ă  partir des funĂ©railles d’Henri IV. ComparĂ© Ă  Du Caurroy, Gilles frappe par sa lumineuse espĂ©rance.

S’appuyant sur un usage avĂ©rĂ© qui se montre d’une rare pertinence musicologique et esthĂ©tique, Skip SempĂ© nous offre ici l’un des programmes ramĂ©liens les plus convaincants et opportuns pour l’annĂ©e des 250 ans de la mort de Jean-Philippe Rameau.

Dès le dĂ©but, timbales roulantes et majestueuses,  cordes recueillies dans une rĂ©sonance rĂ©verbĂ©rante – qui souligne et renforce l’écho de la dĂ©ploration tragique-, indiquent le plus grandiose des portiques : soulignons les superbes couleurs des bassons et du cor auxquelles les cordes des 24 violons rĂ©tablissant les teintes frottĂ©es intermĂ©diaires qui ont fait la rĂ©putation de l’orchestre lullyste versaillais – que l’on ne prĂ©sente plus-, rĂ©pondent avec panache et flexibilitĂ©.

Le chef sait jouer avec l’Ă©cho et la longueur du son, inscrivant le geste musical dans une brume affligĂ©e du plus bel effet. Insistant aussi sur le silence prolongeant la note et creusant la rĂ©sonance. C’est une vraie théâtralitĂ© sonore qui sied Ă  l’essence mĂŞme de ce Requiem, jamais tout Ă  fait Ă©tranger au sens du théâtre et de l’opĂ©ra (comme le sont les Grands Motets de Rameau).

Lumière de Gilles, profondeur et dramatisme de Rameau…

Les contemporains de Rameau ont vu dans ce Requiem provençal et lumineux un rituel rassurant et serein dont la fraîcheur et la simplicité pastorale revivifient ce « primitivisme » Grand Siècle si vénéré par Louis XV et Voltaire. Une sorte de retour aux sources du premier baroque français. Écoutez ici le recueillement tout en nuances et mesure de l’Offertoire : la mise en musique du texte contredit la déploration du texte en une prière sereine et apaisée presque tendre.

Le choeur y semble sourire d’une grâce sĂ»re et conquĂ©rante qui annihile toute ombre, jusqu’Ă  la moindre tension. Ici le grandiose funèbre ne prĂ©sente aucune inquiĂ©tude ni aucune angoisse mais une infaillible certitude d’un passage en sublimation, la cĂ©lĂ©bration d’une mĂ©tamorphose inĂ©luctable en forme d’apothĂ©ose.

Le jeu tout en finesse et précision de Skip Sempé et de son collectif réalise de façon très cohérente et investie (reprise du Kyrie eleison marqué par le sentiment du déchirement le plus sombre, seul court passage en creux du cycle) ce rituel acclimaté aux funérailles de Monsieur Rameau.

EnchâssĂ©s tels des gemmes lyriques d’une exquise profondeur, dans cette tapisserie tragique et sombre, quelques extraits des opĂ©ras de Rameau (et avec quel Ă  propos), se rĂ©vèlent des plus bĂ©nĂ©fiques et des plus poĂ©tiques…. la dĂ©solation de l’air de Dardanus (originellement d’AntĂ©nor que l’amateur gagnera Ă  Ă©couter dans son intĂ©gralitĂ© dans le rĂ©cent album des Arts Florissants  : « Le jardin de Monsieur Rameau » ou la prière sombre et lugubre y est magistralement chantĂ©e par le jeune laurĂ©at du dernier jardin des voix, le baryton français Victor Sicard) s’intègre idĂ©alement Ă  ce dĂ©chirement dĂ©clarĂ©. Le passage de l’opĂ©ra Ă  l’Ă©glise est d’autant plus lĂ©gitime et pertinent que Rameau avant Hippolyte, s’affirme par ses Grands Motets très probablement lyonnais, comme un laboratoire de toutes ses possibilitĂ©s expressives musicales, chorales, orchestrales et lyriques…. tant chez lui, le gĂ©nie opĂ©ratique prolonge directement l’inspiration sacrĂ©e d’abord dĂ©veloppĂ©e sous la voĂ»te.

Le choeur Collegium Vocale Gent apporte sa brillante et expressive verve apportant entre autres un Ă©loquent mordant au verbe dramatique (Graduel II).

L’enchaĂ®nement du Sanctus puis du motif extrait de Castor et Pollux (dĂ©ploration de TelaĂŻre songeant Ă  son aimĂ© Castor aux Enfers) est tout autant naturel : mĂŞme couleurs affĂ»tĂ©es, mĂŞme caractère affligĂ© et sobre d’une simplicitĂ© qui dĂ©voile dans son dĂ©nuement le plus bouleversant et le plus sincère, l’humaine fragilitĂ© humaine. EnchâssĂ©es dans le cycle funèbre, les lueurs crĂ©pusculaires de Castor y deviennent un jalon de cet accomplissement lacrymal.

Semblable rĂ©ussite pour la lumière conclusive de la Communion (Lux æterna….) dont l’Ă©lan et le rebond des apaisement dĂ©clarĂ©s, aĂ©riens, se dĂ©ploient davantage grâce aux deux extraits d’opĂ©ras qui lui sont enchaĂ®nĂ©s : rondeau tendre de Dardanus qui Ă©voque très justement par sa sereine et noble intimitĂ©, le « sommeil Ă©ternel de Rameau »; enfin, accomplissement spectaculaire, l’air des esprits infernaux, extraits de Zoroastre pour … « l’ApothĂ©ose de Rameau ». Inscrit dans ce cycle liturgique funèbre, chaque fragment d’opĂ©ra y gagne un Ă©clat renouvelĂ© tout en affirmant l’essence du baroque selon Rameau: sa verve dramatique, sa libertĂ© inventive. La conception est juste, sa rĂ©alisation fine et argumentĂ©e. Superbe hommage pour le plus grand compositeur français du XVIIIème.

Jean Gilles : Messe des morts, Service funèbre de Rameau. Capriccio Stravagante. Skip Sempe, direction.  1 cd Paradizo. Enregsitrement réalisé à Brugges en mai 2014.