CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana). MalgrĂ© des aigus qui dĂ©rapent dan se prologue la soprano fait une allĂ©gorie caractĂ©risĂ©e invectivant, et prenant Ă  tĂ©moin l’auditeur par la seule intensitĂ© de sa dĂ©clamation : voix longue et incisive qui impose un Ă©clat en ouverture. L’Edita de Veronica Cangemi imposĂ© un sens du texte et une très belle tenue accentuĂ©e malgrĂ© un timbre volĂ©e. La nobilta incandescente e lexcellentz soprano Francesca Aspromonte (jeune tempĂ©rament Ă  suivre) accuse le relief d’une Ă©criture très vocale car le gĂ©nie de Stradella se dĂ©voile surtout dans la conduite des rĂ©citatifs, vrais chantiers passionnants de cette intĂ©grale en cours.
D’ailleurs on connaĂ®t l’engagement du continuiste Andrea De Carlo, soucieux d’une articulation juste et naturelle comme d’une intonation poĂ©tique Conforme Ă  cette Ă©loquence Ă©lĂ©gante et très sensuelle d’un Stradella maĂ®tre de l’oratoirio du plein Seicento  (xvii ème Le très beau timbre racĂ©e fin de la basse bien chantante de Sergio Foresti complète un plateau de solistes très finement caractĂ©risĂ©s.


STRADELLA-alessandro-stradellaSTRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE
. Après un cd très convaincant – malgrĂ© quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigĂ© par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dĂ©diĂ© aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inĂ©dit sur un sujet spĂ©cifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement Ă©crite Ă  Rome au dĂ©but des annĂ©es 1670 (reprises attestĂ©es en 1684 puis 1692). CrĂ©Ă©e en Italie lors du dernier festival Stradella Ă  Nepi (probable citĂ© natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en aoĂ»t 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance Ă©blouit littĂ©ralement, sur le plan musical, grâce Ă  une Ă©criture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualitĂ© directe.

aspromonte francesca s200_francesca.aspromonteSur le plan artistique grâce Ă  un plateau vocal qui rĂ©unit les jeunes talents du chant italien, l’Ĺ“uvre peut scintiller par sa fine Ă©criture expressive, soulignant le contraste nĂ© entre l’aspiration Ă  la vie monastique et les tentations des sĂ©ductions mondaines : entre les deux mondes, oĂą penchera l’âme (faussement) tourmentĂ©e de la souveraine ? Ainsi rayonne l’irrĂ©sistible Francesca Aspromonte, NobiltĂ  (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rĂ©tablit aussi ce gĂ©nie des rĂ©citatifs qui caractĂ©rise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des Ă©toiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux rĂ©alisations au concert puis au disque critiquĂ©es par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beautĂ©, servi par de jeunes chanteurs très impliquĂ©s. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase Ă©motionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au dĂ©sir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontĂ©e Ă  plusieurs allĂ©gories : UmiltĂ  (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando GuimĂŁraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…
Toujours un souci du verbe agissant, un relief dĂ©clamatoire qui force l’admiration. Et tĂ©moigne du niveau vocal et de l’exigence globale dĂ©fendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

Voix usĂ©e et ligne continue mais contournĂ©e (ports de voix) qui n’a pas le mordant piquant des voix plus jeunes qu’elle, Veronica Cangemi dĂ©ploie une belle ligne d’une fragilitĂ© touchante, dans la seconde partie, Ă  l’expressivitĂ© juste, rendant Ă  Edith ce profil vacillant, fĂ©brile, en proie au doute existentiel, emblème Ă©difiant de la condition humaine.
Chacune de ses confrontations avec les allĂ©gories (Bellezza, Senso, Grandezza, NobilitĂ ) se fait prise de conscience sur la vanitĂ© de toute forme de plaisir terrestre et sensuel : fastes, pompe, plaisir, … saisissante rĂ©vĂ©lation et leçon de rĂ©alisme que condense la question d’Editta, Ă©noncĂ©e, dans la seconde partie comme un leit motiv avant chaque apparition : ” Dite su, piacer, che siete ?” / DĂ®tes-moi Plaisir, qui ĂŞtes vous ?”…
Autant de questions / rĂ©ponses qui jalonnent un rite de passage, celui du renoncement, vĂ©ritable Ă©cole de l’adieu et qui culmine dans l’air d’Editta (n°40) : “L’orme stampi veloce il piè…” / Que les pas, vite, foulent le sol… Tout cĂ©lèbre le choix moral de la Reine qui a su renoncer au pouvoir, aux futilitĂ©s terrestres et matĂ©rielles.

Vraie tempĂ©rament grave et caverneux, la basse Sergio Foresti Ă©blouit par son sens du verbe Ă©loquent, percutant sans boursouflures, sur un souffle naturellement expressif (Senso) ; les chanteurs savent caractĂ©riser tous sans exception les arĂŞtes vives de leurs textes respectifs. Avec cet engagement prĂŞt Ă  prendre des risques et Ă  s’exposer au delĂ  d’une rĂ©alisation conforme sans âme ; de fait l’imprĂ©cation finale par HumilitĂ  (d’un sentiment de culpabilitĂ© excessive : – “qui sème la douleur, rĂ©colte le bonheur”) permet Ă  la jeune soprano Claudia Di Carlo, de refermer le livre qu’elle avait ouvert, un Sybille embrasĂ©e, vive, nerveuse.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohĂ©rence vocale du plateau, du soutien subtilement caractĂ©risĂ© du continuo, voici l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours : l’oeuvre est passionnante, belle rĂ©vĂ©lation du Festival Nepi 2015 jouĂ© pour son ouverture (le 30 aoĂ»t). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta, vergine e monaca, Regina d’Inghilterra. Oratorio pour 5 voix et basse continue. Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction (1 cd Arcana), enregistrĂ© en aoĂ»t 2015.

CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014)

STRADELLA san giovanni crisostomo oratorio recreation review compte rendu account of cd critique CLASSIQUENEWS septembre 2015 Mare nostrum Andrea De Carlo cd arcana arcanaa389-1CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014). Pas d’introduction fervente prĂ©parant l’auditeur dans les affres expressives entre vanitĂ© et vertu mais immĂ©diatement un duo (entre deux conseillers impĂ©riaux de la Cour d’Eudoxie, soit comme la conversation et les commentaires de personnages secondaires) qui plonge dans l’acuitĂ© d’une action sacrĂ©e aussi ciselĂ©e que son oratorio dĂ©jĂ  Ă©ditĂ© et mieux connu : San Giovanni Battista, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation qui alors confirmait l’autoritĂ© et la sĂ©duction d’un compositeur adulĂ© en son temps, protĂ©gĂ© par les grands dont la Reine Christine de Suède… Stradella rĂ©vĂ©lĂ© : voilĂ  une gravure opportune qui vient accrĂ©diter l’originalitĂ© d’un tempĂ©rament qui sait sculpter la matière vocale avec une rare pertinence expressive car de toute Ă©vidence ici c’est essentiellement la langue des rĂ©citatifs qui porte la tension et la cohĂ©rence poĂ©tique comme la valeur mĂ©ditative et spirituelle de l’oeuvre.

 

 

FavorisĂ© par Innocent XI, Stradella compose un oratorio glorifiant le juste Crisostomo…

Joyau romain du XVIIème

Mare Nostrum en dĂ©voile l’art sculptural des rĂ©citatifs

STRADELLA alessandro stradellaAntonio Stradella (1639-1689) marqua voire refaçonna selon son goĂ»t (immense) le genre de l’oratorio si fĂ©cond et florissant dans la Rome baroque (et ailleurs), celle de la fin du XVIIè, action sacrĂ©e aussi reprĂ©sentĂ©e dans les confraternitĂ©s religieuses que dans les salons de la noblesse tels les Pamphili, Ottoboni, Ruspoli… Les “oratorios de palais” sont particulièrement prisĂ©s et aussi dĂ©fendus par le pape lui-mĂŞme : Innocent XI qui autour de 1680, se montre très exigeant voire interventionniste sur le genre lyrique : pour s’assurer de la conformitĂ© des drames jouĂ©s en musique, il marqua sa prĂ©fĂ©rence pour des livrets Ă©crits par les cardinaux lettrĂ©s de la Rome pieuse et Ă©rudite. Les moyens investis sont importants et coĂ»teux mĂŞme pour des actions sacrĂ©es reprĂ©sentĂ©es dans les salons patriciens : dĂ©cors, costumes, Ă©lĂ©ments scĂ©nographiques : c’est le cas de la Resurrezione de Haendel (1708) aboutissement emblĂ©matique de l’essor du genre, lui-mĂŞme prolongeant naturellement ainsi tous les oratorios d’Alessandro Scarlatti (livrets du cardinal Pietro Ottoboni) reprĂ©sentĂ©s au Palais de la Chancellerie Ă  Rome de 1693 Ă  …1708.

 

 

L’art du rĂ©citatif
L’oratorio tend non Ă  l’action et aux coups de théâtre comme Ă  l’opĂ©ra, mais Ă  la rĂ©flexion, voire la mĂ©ditation sur les thèmes sacrĂ©s, et aussi sur les questions thĂ©ologiques : le rĂ©citatif y est particulièrement ciselĂ© et expressif pour articuler et projeter, colorer et nuancer les riches thĂ©matiques du sujet sacrĂ©. L’air plus lyrique et vocal met en avant un sentiment pour sĂ©duire l’assemblĂ©e. Avant sa trentaine, Stradella oeuvre Ă  Rome (dès 1667) Ă  l’ArchiconfraternitĂ© du très saint crucifix (ArchiconfraternitĂ  del Santissimo Crocifisso de Rome) de Rome que l’auteur avait rejoint en 1653. Le compositeur si finement dramatique, est apprĂ©ciĂ© de ses patrons, tous riches patriciens romains : Chigi, Pamphili, Aldobrandini, Altieri, Christine de Suède donc, rĂ©cente convertie Ă  la foi catholique, laquelle Ă©crit le livret de sa sĂ©rĂ©nade, Il Damone. En totalitĂ©, Stradella compose 6 oratorios : San Giovanni Battista (1675), La Susanna (1681), Ester liberatrice, San Giovanni Crisostomo, San’Editta, vergine e monaca, enfin Santa Pelagia. Chaque partition relevant de la ferveur particulière du mĂ©cène commanditaire, d’oĂą le choix de sainte martyre plutĂ´t peu connue aujourd’hui….
L’oratorio San Giovanni Crisostomo est probablement liĂ© au pontificat direct d’Innocent XI Ă©lu en 1676 (ex cardinal Benedetto Odescalchi) qui oeuvra particulièrement Ă  affirmer l’autoritĂ© de l’Église face aux menaces musulmanes d’invasion. Giovanni Crisostomo, est Ă©vĂŞque de Constantinople en 398 ap JC, chef de l’Ă©glise orientale sous la pontificat d’Innocent I. C’est l’impĂ©ratrice Eudoxie qui le dĂ©posa en 403 l’obligeant Ă  l’exil en ArmĂ©nie. Le livret d’un auteur inconnu souligne le conflit entre Crisostomo, apĂ´tre du dĂ©nuement et de la vanitĂ© du pouvoir, et l’ImpĂ©ratrice Eudoxia, narcissique et vaniteuse, aidĂ©e de ThĂ©ophile, Ă©vĂŞque d’Alexandre et grand rival de Giovanni. Conflit entre “Bouche d’or” (car Giovanni Crisostomo Ă©tait un orateur hors pair) et celle qui voulait se faire Ă©difier une sculpture Ă  son image pour ĂŞtre adorer telle une divinitĂ© terrestre, comme ImpĂ©ratrice de Byzance.
Dans la seconde partie, l’envoyĂ© de Rome – donc du Pape, soutient Crisostomo dans sa lutte contre l’arrogance des grands. Puis quand Giovanni exhorte les puissants Ă  l’humilitĂ©, la rĂ©ponse est sans appel de la part de l’ImpĂ©ratrice : combat et dĂ©termination politique. Giovanni sera exilĂ©.

Une Ă©criture dramatique et contrastĂ©e proche du texte. La diversitĂ© des formes vocales (duos, trios pour les conseillers impĂ©riaux, associant aussi les protagonistes : Giovanni/l’envoyĂ© romain, ThĂ©ophile/idem, etc… ), la vitalitĂ© contrastĂ©es des airs (finalement très courts mais d’autant plus expressifs et intenses, la richesse des caractères de chaque sĂ©quence, cette maĂ®trise emblĂ©matique et exceptionnelle du rĂ©citatif stradellien, dĂ©fendent ici une partition somptueuse qui mĂ©rite par sa force dramatique et sa grande Ă©nergie expressive, la prĂ©sente exhumation. Dans son unique air, Crisostomo disparaĂ®t de la scène au II, laissant dĂ©sormais l’envoyĂ© de Rome et la suite de ThĂ©ophile dĂ©velopper l’enseignement allĂ©gorique de l’oratorio. Comme toujours l’apothĂ©ose des Ă©lus et des justes n’a pas lieu sur cette terre. Et la grandeur morale n’est rĂ©vĂ©lĂ©e qu’après leur mort ou leur destitution.

 

 

Les palmes de la caractĂ©risation vont Ă  la basse Matteo Bellotto dans le rĂ´le-titre ; ampleur, souffle, profondeur et justesse stylistique, avec une articulation limpide et claire. Sa partenaire dans le rĂ´le d’Eudosia, -Arianna Venditelli-, aux aigus durs et parfois stridents voire dĂ©chirĂ©s, si elle ne manque d’abattage et de flexibilitĂ©, manque surtout de finesse et de nuances, de saine mesure dans son approche globale : moins d’agressivitĂ© et d’aciditĂ© auraient gagner Ă  incarner une Eudosia Ă  l’oposĂ© de ce profil systĂ©matiquement hystĂ©rique (une vraie harpie dĂ©chaĂ®nĂ©e : on a bien compris la diabolisation exemplaire de l’arrogance politique mais Ă  surjouer ainsi, la charge devient caricaturale et parfois inaudible). Fin, racĂ©, souple lui aussi le Teofile du tĂ©nor Luca Cervoni s’affirme comme l’excellent contre-tĂ©nor Filippo Mineccia dans le rĂ´le vertueux et sage de l’envoyĂ© de Rome.

CLIC D'OR macaron 200Continuo chambriste mais expressif et nuancĂ©, rĂ©citatifs ciselĂ©s (un vrai travail de caractĂ©risation et de clarification linguistique a Ă©tĂ© menĂ© : il porte ses fruits de toute Ă©vidence), prise de son valorisant les voix tout en conservant une bonne balance avec les instruments font la valeur de cette recrĂ©ation qui atteste – en doutions-nous rĂ©ellement ?-, de l’exceptionnelle intelligence dramatique d’un compositeur savant et sensuel, l’inestimable Stradella. Une initiative mĂ©ritoire du festival Stradella de Nepi (Italie), ville natale du compositeur dans le cadre de son Stradella Project portĂ© par Andrea De Carlo, directeur musical de Mare Nostrum. MalgrĂ© nos rĂ©serves sur le chant d’Eudosia, la rĂ©alisation suscite un CLIC de classiquenews pour le mois de septembre 2015.

 

 

Cd, compte rendu critique. Alessandro Stradella (1644-82) : San Giovanni Crisostomo, Rome vers 1670. Ensemble Mare Nostrum. Andrea de Carlo, direction. 1 cd Aracana 3760195733899. Enregistrement en septembre 2014.

 

 

VOIR sur le reportage vidéo dédié à la recréation de San Giovanni Crisostomo, oratorio de Alessandro Stradella (réalisé en septembre 2014 à Nepi (Italie)

 

 

Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013).

stradella serenata forza delle stelleCD. Stradella : La forza delle stelle (Mare Nostrum, 2013). MalgrĂ© son titre poĂ©tique et qui renvoie aux Ă©toiles, le sujet de ce passionnant ouvrage est une Serenata conçue pour la dĂ©lectation voire la jubilation littĂ©raire de son commanditaire, la Reine Christine de Suède ; la partition de Stradella Ă©blouit par sa maĂ®trise des modulations tonales d’une richesse expressive souvent irrĂ©sistible, alors que les couleurs de l’orchestre, divisĂ© en Concertino et Concerto Grosso-, se rĂ©duisent pourtant Ă  un collectif de cordes seules.
L’Ĺ“uvre frappe par sa franche expressivitĂ© poĂ©tique que le relief et le caractère des deux voix principales (Damone et Clori : Nora Tabbusch et Claudia Di Carlo), les deux amants en effusion renforce, dĂ©voilant et l’art superlatif de Stradella, et la sensibilitĂ© de son patron : la Reine Christine de Suède qui Ă  Rome, s’Ă©tant convertie au catholicisme, favorise une cour personnelle particulièrement raffinĂ©e, autant par le talent des musiciens qu’elle engage, que l’exigence littĂ©raire et poĂ©tique dĂ©fendue auprès des Ă©crivains qui lui fournissent livrets et textes; ayant renoncĂ© au trĂ´ne suĂ©dois dès 1654, menant grand train dans la citĂ© pontificale dès 1655, Christine permet en 1671, l’ouverture Ă  Rome du premier opĂ©ra public… inaugurĂ© par le Scipione Africano de … Stradella.  Ainsi Rome avant Venise, et 5 avant la SĂ©rĂ©nissime-, ouvrait son premier théâtre lyrique public et payant, preuve Ă©tant faite que le nouveau genre musical emblĂ©matique de l’âge baroque, avait trouvĂ© son public, suscitant dĂ©sormais une nouvelle Ă©conomie du spectacle.
Sebastiano Baldini Ă©crit le scĂ©nario d’une SĂ©rĂ©nade souhaitĂ©e par la Reine dont le sujet dĂ©libère Ă  la façon d’un cĂ©nacle de lettrĂ©s, – en Ă©cho Ă  l’Accademia littĂ©raire et artistique fondĂ©e par la Reine Ă  Rome-, des diverses vertus et mĂ©faits de l’amour. Les deux amants alanguis sont bientĂ´t rejoints par un groupe de passants, 5 participants, qui chacun, tĂ©moigne de sa propre vision et expĂ©rience amoureuse…

Si le continuo ou la Sinfonia d’ouverture mĂ©riteraient engagement plus finement canalisĂ© (le Balletto s’enlise par manque de vigueur et de tenue sur la durĂ©e), le choix du plateau vocal fait tout le sel de cette lecture caractĂ©risĂ©e et expressive, oĂą l’aciditĂ© parfois aigre des deux voix aiguĂ«s principales rend vie et sang Ă  un texte aux riches rĂ©fĂ©rences poĂ©tiques et mythologiques; la version retenue ici est celle Ă  7 personnages (selon le manuscrit conservĂ© Ă  Turin). La basse (Mauro Borgioni) comme le tĂ©nor ajoute une palette de timbres vocaux idĂ©alement mordants et flexibles. Leur souci du verbe Ă  travers l’Ă©tonnante diversitĂ© des recitatifs stradelliens fait mouche : la tension linguistique porte autant que la musique l’intense portĂ©e poĂ©tique de l’ouvrage. La beautĂ© de la musique et le gĂ©nie dramatique de Stradella Ă©clatent dans une partition qui mĂ©ritait totalement d’ĂŞtre ainsi redĂ©couverte et qui a fait la rĂ©ussite d’une soirĂ©e mĂ©morable au festival Alessandro Stradella.

Alessandro Stradella : La forza delle stelle. Ensemble Mare Nostrum. Andre De Carlo, direction. Enregistrement réalisé à Nepi (Viterbe, Italie) en septembre 2013.  1 cd Arcana.