CD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records)

RAVEL exotique musica nigella critique cd annonce concerts classiquenews klarthe records critique classiquenews KLA083couv_lowCD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – Belles transcriptions (signées Takénori Némoto, leader de l’ensemble) défendues par le collectif Musica Nigella : d’abord le triptyque Shéhérazade (1903) affirment ses couleurs exotiques fantasmées, tissées, articulées, soutenant, enveloppant le chant suave et corsé de la soprano Marie Lenormand (que l’on a quittée en mai dans la nouvelle production des 7 péchés de Weill à l’Opéra de Tours). En dépit d’une prise mate, chaque timbre se dessine et se distingue dans un espace contenu, intime, révélant la splendeur de l’orchestration ravélienne ; désir d’Asie ; onirisme de La Flûte enchantée ; sensualité frustrée de L’indifférent. La soliste convainc par son intelligibilité et la souplesse onctueuse de son instrument.

La sensualité aérienne, oxygénée de Ravel s’affirme dans l’introduction et allegro de 1905 – enchantement et sortilèges de la harpe ; volet central du cycle, les Trois poèmes d’après Mallarmé, partitions de maturité de 1913 qui témoignent de l’extrême sensibilité du compositeur dans le choix de ses textes, eux-mêmes porteurs d’un exotisme au delà des clichés folkloriques. Solistes et instrumentistes en expriment le climat d’extase et d’adieu, la souplesse grave et amère, parfois suspendue énigmatique (harmonies chromatiques de « Placet futile »), jusqu’au mystère planant du dernier « Surgi de la croupe et du bond», à la déclamation hallucinée comme une invocation « étrange »(dixit Ravel), vers l’autre monde… Dommage néanmoins que le livret ne publie pas les textes complets.

Puis c’est le balancement lancinant de Tzigane (1924), énoncé comme une mélopée elle aussi étrange, venue d’ailleurs, capable de déflagrations d’une sensualité torride dont la transcription ici exprime la texture brute, bel effet de timbres, et révérence à nouveau au talent du Ravel magicien des couleurs et des mélodies enchantées.

Illustrant le thème d’un exotisme coloré, la dernière pièce Rhapsodie espagnole (1907), contemporaine de L’heure espagnole, plonge en plein rêve ibérique de Ravel : chaque instrumentiste veille aux équilibres de l’émission, selon le caractère de chacune des 4 séquences : langueur un rien inquiète du Prélude à la nuit ; énoncé subtil (arachnéen) de la courte Malagueña ; qui comme la Habanera qui suit, exprime l’exquise tentation de Ravel pour l’allusion la plus onirique. Jamais strictement narratifs ou illustratifs, les instrumentistes de Musica Nigella savent mesurer ce qui se joue sous chaque note : l’éclosion d’un soupir, la respiration d’un court sentiment. Tout Ravel est là dans ce jeu des équilibres et des nuances, entre langueur, enchantement, ivresse et jubilation instrumentale. Superbe programme qui est donc comme une célébration de l’invention et de la révolution ravéliennes.

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CD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – enregistrement réalisé en juin 2018 en Pas-de-Calais.

Shéhérazade
Introduction et allegro
Trois poèmes de Stéphane Mallarmé
Tzigane, Rapsodie de concert
Rapsodie espagnole

Ensemble Musica Nigella
Takénori Némoto, direction musicale et transcription
Marie Lenormand, mezzo-soprano
Pablo Schatzman, violon
Iris Torossian, harpe

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/ravel-lexotique-detail

Livres, annonce : Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé (PUR, collection Aesthetica, Presses Universiatires de Rennes, 2016)

mallarmé et la musique aesthetica presses universitaires de rennes livres antoine bonnet et pierre henry frangne ecriture orchestre scene voix 1456157767Livres, annonce : Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé (PUR, collection Aesthetica, Presses Universiatires de Rennes, 2016). Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé / L’écriture, l’orchestre, la scène, la voix. Le livre explore à la fois la théorie mallarméenne de la musique, sa mise en pratique poétique, et les compositeurs qui ont mis les textes et poèmes de Mallarmé en musique : principalement Debussy, puis Boulez qui en fit le cœur de son travail poétique et musical. Fidèle à son scrupule éditorial, le nouveau numéro de la collection Aesthetica interroge la perception et l’évolution du rapport poésie / musique à travers le prisme des observations, commentaires et témoignages de Mallarmé, depuis son époque jusqu’à l’écriture contemporaine. Evidemment, le témoin du Paris fin de siècle (le même que Proust) est évoqué, analysé (« Pour une poétique du rituel musical, Mallarmé auditeur du Paris fin de siècle »), chapitre qui clôt la première partie : « Mallarmé et la musique ». Notre préférence va à la seconde partie beaucoup plus en lien avec l’écriture et l’esthétique musicale qui nous intéresse : la place de l’Après midi d’un faune, « au fondement de la modernité musical » ; l’atelier Boulézien fait figure de meilleur élève, la posture et l’esthétique défendus par Mallarmé, étant ainsi une source forte d’inspiration : « Boulez ou l’écriture de la résonance » ; « Boulez selon Mallarmé selon Butor » ; Boulez et Mallarmé : perspective(s) sont les approches qui tentent de tourner autour de l’équation Boulez / Mallarmé. Compte rendu développé à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com…

Livres, annonce : Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé (PUR, collection Aesthetica, Presses Universiatires de Rennes, 2016) — Antoine Bonnet et Pierre-Henry Frangne (dir.) Livres, compte rendu critique.  Mallarmé et la musique, la musique et Mallarmé. Avec le soutien de deux équipes de recherche de l’université Rennes 2 : l’EA 3208 « Arts : pratiques et poétiques » et l’EA 1279 « Histoire et critique des arts ». PUR Presses Universitaires de Rennes / Collection : Æsthetica, 246 pages. Parution mars 2016. ISBN : 978-2-7535-4856-5. Prix : 18,00 €