COMPTE-RENDU, opĂ©ra. LUXEMBOURG, le 10 mai 2019. BIZET : Les PĂȘcheurs de perles. D Reiland / FC Bergman

Compte-rendu, opĂ©ra. Luxembourg, Grand ThĂ©Ăątre, le 10 mai 2019. Bizet : Les PĂȘcheurs de perles. David Reiland / FC Bergman (Stef Aerts, Marie Vinck, Thomas Verstraeten, JoĂ© Agemans). Conçue par l’OpĂ©ra des Flandres en fin d’annĂ©e derniĂšre, la nouvelle production des PĂȘcheurs de perles de Georges Bizet (1838-1875) fait halte Ă  Luxembourg en ce dĂ©but de printemps avec un plateau vocal identique. Il est Ă  noter que ce spectacle de trĂšs bonne tenue sera repris dĂ©but 2020 Ă  l’OpĂ©ra de Lille avec des chanteurs et un chef diffĂ©rents : une excellente initiative, tant s’avĂšre rĂ©jouissant le travail du collectif thĂ©Ăątral anversois « FC Bergman », dont c’est lĂ  la toute premiĂšre mise en scĂšne lyrique.

 

 

 

Le jeune Bizet au Luxembourg

PremiÚre réussie pour FC BERGMAN

 

 

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Ce collectif crĂ©Ă© en 2008 a en effet la bonne idĂ©e de transposer l’action des PĂȘcheurs de perles dans une maison de retraite, ce qui permet au trio amoureux de revivre les Ă©vĂ©nements les ayant conduits Ă  l’impasse : des doubles de LeĂŻla et Nadir, interprĂ©tĂ©s par deux jeunes danseurs, revisitent ainsi le superbe dĂ©cor tournant, constituĂ© d’une immense vague figĂ©e qui symbolise les illusions perdues des protagonistes. Le travail de FC Bergman fourmille de dĂ©tails savoureux, distillant quelques traits humoristiques bienvenus pour corser l’action : ainsi du chƓur des retraitĂ©s aussi farfelu qu’attentif au respect de « l’ordre moral ». Pour autant, la mise en scĂšne n’en oublie pas de dĂ©noncer le tabou de la mort dans les maisons de retraite, donnant Ă  voir la fin de vie dans toute sa cruditĂ©. On rit jaune, mais on s’amuse beaucoup de ce second degrĂ© qui permet d’animer un livret parfois redondant et statique : de quoi compenser les faiblesses d’inspiration de ce tout premier ouvrage lyrique d’envergure de Bizet, crĂ©Ă© en 1863, soit douze ans avant l’ultime chef d’Ɠuvre Carmen. On notera Ă©galement quelques traits de poĂ©sie astucieusement traitĂ©s au niveau technique, tels ces doubles figĂ©s comme des statues aux poses acrobatiques improbables, qui dĂ©fient les lois de l’attraction terrestre. De mĂȘme, le ballet des tourtereaux en tenue d’Eve est parfaitement justifiĂ© au niveau thĂ©Ăątral.

 

 

 

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Face Ă  cette mise en scĂšne rĂ©ussie, le plateau vocal rĂ©uni se montre plus inĂ©gal en comparaison. Ainsi du dĂ©cevant Zurga de Stefano Antonucci, dont le placement de voix et la justesse sont mis Ă  mal par les redoutables changements de registres. Le chant manque de l’agilitĂ© requise, avec une Ă©mission Ă©troite dans l’aigu, et plus encore Ă©tranglĂ©e dans le suraigu : le public, chaleureux en fin de reprĂ©sentation, ne semble pas lui en tenir rigueur pour autant. Il est vrai que le chant idĂ©alement projetĂ© d’Elena Tsallagova (LeĂŻla) emporte l’adhĂ©sion d’emblĂ©e par une diction au veloutĂ© sensuel, d’une aisance confondante dans l’aigu. Il ne lui manque qu’un grave plus affirmĂ© encore pour faire partie des grandes de demain. A ses cĂŽtĂ©s, Charles Workman (Nadir) assure bien sa partie malgrĂ© un timbre qui manque de couleurs. On aime son jeu et sa classe naturelle qui apportent beaucoup de crĂ©dibilitĂ© Ă  son rĂŽle. A ses cĂŽtĂ©s, le ChƓur de l’OpĂ©ra des Flandres manque sa premiĂšre intervention, manifestement incapable d’éviter les dĂ©calages dans les accĂ©lĂ©rations, avant de se reprendre ensuite dans les parties plus apaisĂ©es.

L’une des plus belles satisfactions de la soirĂ©e vient de la fosse, oĂč David Reiland (nĂ© en 1979) fait crĂ©piter un Orchestre de l’OpĂ©ra des Flandres admirable d’engagement.

RĂ©cemment nommĂ© directeur musical de l’Orchestre national de Metz (en 2018), le chef belge n’a pas son pareil pour exalter les contrastes et conduire le rĂ©cit en un sens dramatique toujours prĂ©cis et Ă©loquent. David Reiland fait dĂ©sormais parti de ces chefs Ă  suivre de trĂšs prĂšs.

 

 

 

 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Luxembourg, Grand ThĂ©Ăątre, le 10 mai 2019. Bizet : Les PĂȘcheurs de perles. Elena Tsallagova (LeĂŻla), Charles Workman (Nadir), Stefano Antonucci (Zurga), Stanislav Vorobyov (Nourabad, Jeune Zurga), Bianca Zueneli (Jeune LeĂŻla), Jan Deboom (Jeune Nadir). ChƓur et Orchestre de l’OpĂ©ra des Flandres, direction musicale, David Reiland / mise en scĂšne, FC Bergman (Stef Aerts, Marie Vinck, Thomas Verstraeten, JoĂ© Agemans)

A l’affiche du Grand ThĂ©Ăątre de Luxembourg jusqu’au 10 mai 2019. CrĂ©dit photo : Annemie Augustins

 

 

 

Compte rendu, opéra. Luxembourg, le 12 oct 2018. Verdi : La Traviata. Teodor Currentzis / Robert Wilson

Compte rendu, opéra. Luxembourg, Grand-Théùtre de la Ville de Luxembourg, le 12 octobre 2018. Giuseppe Verdi : La Traviata. Teodor Currentzis / Robert Wilson

currentzis toedor maestroEtrange chef, toujours surprenant, dĂ©routant par ses approches singuliĂšres, Teodor Currentzis  prend cette saison la direction du nouvel orchestre  de la SWR. Ce soir, c’est celui qu’il a fondĂ© Ă  Novossibirsk, puis entraĂźnĂ© Ă  Perm – dont il dirige l’opĂ©ra – qu’il conduit. L’adagio vaporeux qui ouvre l’opĂ©ra, retenu Ă  souhait, est Ă  la limite de l’audible, Le premier thĂšme, au pathos soulignĂ©, voire outrĂ© dans l’appui du rythme par les basses, contraste avec le galop, molto vivace du second. La lecture scrupuleuse de Teodor Currentzis rompt avec les fausses traditions et rend sa vitalitĂ© dramatique Ă  l’ouvrage, ce qui paraĂźt d’autant mieux venu que son illustration scĂ©nique en est totalement dĂ©pourvue. Tendre, dramatique, toujours ductile et clair, avec de splendides solistes (le hautbois, la flĂ»te etc.) l’orchestre adhĂšre totalement Ă  la direction expressive de son chef. A plus d’un moment, les contrastes accentuĂ©s d’intensitĂ©, de tempo, la dynamique extraordinaire qu’il imprime font penser Ă  une musique de film.
Le projet de Bob Wilson remonte à 1993  : aprÚs avoir vu sa Madama Butterfly, Gérard Mortier avait demandé au metteur en scÚne de préparer une Traviata. Il lui aura fallu rencontrer Teodor Currentzis pour que le projet se réalise,  à Linz, il y a trois ans, puis à Perm.

Jeux de mains, jeux de vilains

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InchangĂ©e depuis des dĂ©cennies,  la grammaire  des conventions de Bob Wilson est connue.  Cette Traviata n’échappe pas Ă  la rĂšgle, stylisĂ©e, Ă©purĂ©e, dĂ©barrassĂ©e de toute rĂ©fĂ©rence anecdotique au Paris mondain de la Restauration.  Commune aux mises en scĂšnes de l’AmĂ©ricain, la gestique imposĂ©e Ă  tous, y compris Violetta, aurait convenu pour que CoppĂ©lia, la poupĂ©e aux yeux d’émail, chante « les oiseaux sous la charmille »… Nul  besoin d’acteurs pour Bob Wilson, des paraplĂ©giques font l’affaire, sauf pour les choristes-figurants bondissants et Annina trottinante. Ici, en dehors du dĂ©but de l’acte III, oĂč l’immobilitĂ© de la mourante est naturelle, l’Ă©trangetĂ© constante des postures, oĂč seuls les bras et la tĂȘte des chanteurs sont animĂ©s, nous entraĂźne dans une dimension onirique. Le statisme ne leur laisse que leur expression vocale, puisque les gestes codifiĂ©s, totalement impersonnels, individuels ou collectifs, minimalistes, relĂšvent d’une grammaire scolaire.  Les dĂ©placements sont le plus souvent lents, de prĂȘtres durant la cĂ©lĂ©bration d’un office. Y Ă©chappent le trottinement d’Annina et les bonds des hommes durant le bal.

Musique et lumiĂšres sont associĂ©es en permanence.  Si beaux soient les Ă©clairages, leur plĂ©onasme avec la musique, qu’ils doublent ou soulignent, gĂȘne et contredit les intentions affichĂ©es par Wilson. Le rĂ©sultat est toujours d’une rĂ©elle sĂ©duction esthĂ©tique, mais sent bien vite le procĂ©dĂ© dans son caractĂšre systĂ©matique. Les fonds de scĂšne, oĂč la lumiĂšre stratifiĂ©e semble perçue en haute altitude au travers d’un hublot, font partie de la panoplie de Wilson. Les effets de contre-jour, les tons le plus souvent estompĂ©s, ces silhouettes qui se dĂ©coupent en arriĂšre-plan sĂ©duisent toujours, mais ne font pas une action. Les costumes, mĂȘme immobiles, apportent une touche esthĂ©tique bienvenue, les robes XIXe siĂšcle des femmes tout particuliĂšrement. Quant aux structures indĂ©finissables, abstraites, qui Ă©voluent depuis les cintres ou au sol, leur intĂ©rĂȘt est purement esthĂ©tique, mĂȘme si le metteur en scĂšne parle de symbolisme. Comment ne pas faire le lien avec la lanterne magique, ou le thĂ©Ăątre d’ombres de Georges Fragerolle et de son scĂ©nographe Henri RiviĂšre, tous deux  un peu oubliĂ©s ? La parentĂ© semble Ă©vidente, le figuralisme en moins.  Les scĂšnes s’y enchaĂźnent Ă  l’identique, composant de beaux tableaux, dont les acteurs (passeurs conviendrait mieux) sont figĂ©s dans des attitudes hiĂ©ratiques, le visage aussi inexpressif que s’ils portaient un masque du thĂ©Ăątre nĂŽ.

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N’Ă©tait son italien, aux accents d’Europe orientale, Violetta est extraordinaire. Un peu en retrait au premier acte, la voix de Nadeja Pavola s’épanouira progressivement pour atteindre des sommets au dernier. Puissante, mais montant avec aisance et lĂ©gĂšretĂ© au contre-rĂ© dans les nuances les plus subtiles, d’une virtuositĂ© Ă  couper le souffle, sans ostentation aucune, le seul pouvoir de sa voix nous Ă©meut, Ă  chaque intervention, et plus particuliĂšrement durant tout ce dernier acte, sur lequel plane la mort et la rĂ©demption. Alfredo, Airam Hernandez, se distingue par l’aisance de la projection, la beautĂ© du timbre, et la sĂ»retĂ© du chant. Nous tenons lĂ  un grand tĂ©nor verdien. Nous n’en dirons pas autant de Germont, chantĂ© par Dimitris Tiliakos. Ce soir la voix paraĂźt grise, sans ligne ni noblesse,  le souflle court. Oublions. Aucun des chanteurs des rĂŽles secondaires ne déçoit, l’équipe est homogĂšne et totalement soumise Ă  la direction exigeante de Teodor Currentzis. Tout juste pourrait-on obtenir une meilleure expression italienne, ce qui s’applique Ă©galement au chƓur.
Les longues ovations d’un public enthousiaste qui se lĂšve comme un seul homme pour saluer cette production tĂ©moignent de l’efficacitĂ© et de la rĂ©ussite d’une singuliĂšre rĂ©alisation.

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Compte rendu, opéra. Luxembourg, Grand-Théùtre de la Ville de Luxembourg, le 12 octobre 2018. Giuseppe Verdi : La Traviata. Teodor Currentzis / Robert Wilson