CD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019)

berlioz-requiem-nelson-hon-londres-saint-paul-philharmonia-orchestra-michael-spyres-requiem-critique-cd-review-cd-classiquenewsCD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019). Oeuvre fĂ©tiche pour Berlioz, le Requiem explore mieux qu’aucune autre de ses Ɠuvres la puissance de la spatialisation adaptĂ©e pour un trĂšs grand effectif voix / instruments. Ici dans la dĂ©mesure du chƓur et dans l’orchestre monstrueux, se dresse le peuple des hommes dĂ©semparĂ©s par l’inĂ©luctable mort. RĂ©alisĂ© pour les funĂ©railles du gĂ©nĂ©ral DamrĂ©mont, mort au combat pendant la prise de Constantine, Ă©pisode majeur de la conqĂȘte de l’AlgĂ©rie par la France, la partition monumentale est crĂ©Ă©e aux Invalides le 5 dĂ©c 1837, sous la direction du chef beethovĂ©nien et berliozien, François-Antoine Habeneck, avec le tĂ©nor Gilbert Duprez (qui crĂ©era ensuite le rĂŽle de Benvenuti Cellini).
EnregistrĂ© Ă  la CathĂ©drale Saint-Paul de Londres le 8 mars 2019 par plus de 300 musiciens et choristes et le tĂ©nor Michael Spyres, la fresque berliozienne si elle tutoie le colossale, comme le Jugement Dernier Ă  saint-Pierre par Michel Ange, n’écarte pas surtout la dĂ©chirante plainte humaine. John Nelson signe ici une lecture nimbĂ©e de spiritualitĂ© dans une sonoritĂ© ample et pourtant claire, qui fouille jusqu’aux limites, la sensation spatiale Ă  laquelle tenait tant le bouillonnant auteur de la Fantastique.

L’excellente prise de son restitue l’ampleur sous la voĂ»te londonienne, avec des effets de rĂ©verbĂ©rations qui obligent les interprĂštes et le chef Ă  nĂ©gocier avec le retour et le son tournoyant, afin de rĂ©gler la prĂ©cision des attaques et des tutti (ce qui n’écarte pas certains dĂ©calages). De ce point de vue, le spectre sonore ajoute Ă©videmment Ă  la noblesse grave, cette langueur d’abandon qui marque le premier mouvement (IntroĂŻt), dans lequel on regrette cependant la dilution des voix chorales (les femmes et les tĂ©nors principalement). MalgrĂ© ces infimes rĂ©serves, le grand Ɠuvre berliozien s’extirpe ici de sa gangue obscure pour atteindre dans des tutti sidĂ©rants, la lumiĂšre d’une priĂšre sincĂšre. D’un coup s’élĂšve et se dresse l’humanitĂ© atteinte, dĂ©sireuse de dĂ©passer sa condition mortelle grĂące Ă  la seule misĂ©ricorde. Le relief de l’orchestre, la prĂ©sence des instruments par pupitres, l’accord des timbres composent un mĂ©lange harmonique, des couleurs irrĂ©elles, oĂč la spiritualitĂ© le dispute au pur fantastique, selon l’esthĂ©tique du grand Hector.

 

 

 

Ampleur et solennité,
drame et fantastique,
John Nelson inscrit le Requiem de Berlioz
dans un nimbe spirituel

 

 

 

HumanitĂ© et fraternitĂ©, Ă©lan imploratif et Ă©clairs surrĂ©els voire surnaturels, inscrits dans les vastes lignes instrumentales, forment peu Ă  peu dans ce fabuleux concert londonien, la grande mystique de Berlioz. On passe d’une sĂ©quence Ă  l’autre, saisis par l’audace des couleurs, les vertiges nĂ©s de cette spatialisation – l’expression et les visions cosmiques, d’un Berlioz visionnaire et prophĂšte. Il n’y a pas dans toute la littĂ©rature musicale au XIXĂš, de Requiem plus Ă©thĂ©rĂ©, plus suspendu, aĂ©rien, prophĂ©tisant la promesse de Paradis que dans celui de Berlioz. John Nelson l’a bien compris qui dessine et brosse la pĂąte de Berlioz avec des accents justes en souplesse et profondeur.

Jusqu’à l’Offertoire  (chƓur des Ăąmes au Purgatoire), tout s’énonce comme un appel, une priĂšre, une requĂȘte (depuis le Kyrie) ; soit la grande question de la mort, interrogeant le pourquoi et le sens de la faucheuse (marche douloureuse du Dies Irae, jusqu’à l’effroi saisissant du Tuba mirum et du Rex Tremendae
). Toujours la question du salut s’impose (« Qui sum », 3 : adressĂ© directement au « doux JĂ©sus / Pie Jesu » ).
Le chƓur murmurĂ© au dĂ©but, se lĂšve, puis martial, exhorte, bataille ; mĂšne un front certes dĂ©risoire, mais oĂč toute les forces mortelles sont engagĂ©es.
Une humanitĂ© bientĂŽt submergĂ©e par la vision du TrĂŽne au moment du jugement dernier : cuivres majestueuses aux effets spectaculaires (« le trompette au son prodigieux  ») : tout l’imaginaire spectral et cosmique de Berlioz prend forme dans cette sĂ©quence Ă  couper le souffle, idĂ©alement amplifiĂ©e et dramatisĂ©e par le lieu qui rassemble les interprĂštes, et qui dans le vacarme et la souple dĂ©flagration exprime le miracle (espĂ©rĂ©, attendu) de la RĂ©surrection. L’intelligence du chef, architecte de cette dĂ©mesure dont il assure la clartĂ© et l’équilibre en gardien, s’affirme dans cet Ă©chelle du colossal et du fantastique.

IMMENSITÉ ET CHAMPS SONORES
 Le Domine Jesu (VII) en serait le sommet oĂč perce la plainte collective d’une humanitĂ© en transit, au salut suspendu, qui espĂšre et est perdue Ă  la fois. Nelson joue sur l’immensitĂ© sonore, l’ample rĂ©verbĂ©ration lĂ  encore de la cathĂ©drale Saint-Paul ; ciselant les ondes d’un vortex proche et lointain, inscrit dans une mĂ©moire ancestrale ; il en sculpte les vagues distanciĂ©es, Ă©loignĂ©es, Ă©tagĂ©es, dans un infini spatial dont Berlioz a le secret (et le gĂ©nie : sur les mots « et sanctus Michael signifer »  ).
Cristallisation de l’imploration, et accomplissement d’un spectaculaire sonore qui signifie le dĂ©sincarnĂ© ultime de la mort.
On reste saisi par le rĂ©alisme sĂ©pulcral de l’Hostias (morsure presque grimaçante des cuivres), chƓur d’hommes implorants lĂ  encore, d’une sincĂ©ritĂ© bouleversante, auquel rĂ©pond l’ironie cynique des trombones et des tubas.

Puis c’est l’élĂ©vation du Sanctus, pour tĂ©nor solo dont la tendresse du timbre exprime un instant de grĂące et l’humilitĂ© du pĂȘcheur, en son sort dĂ©sespĂ©rĂ© ; vaillant, presque hĂ©roĂŻque mais sans orgueil aucun, et d’une humanitĂ© fraternel qui appelle la 9Ăš de Beethoven, le trĂšs berliozien Michael Spyres rĂ©tablit cette Ă©chelle individuelle dans la fresque qui le dĂ©passe.

 

 

   

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. BERLIOZ : Requiem (Philharmonia, John Nelson, 1 cd, 1 dvd Erato, Londres, mars 2019). La version deluxe (double coffret) comprend en bonus, 1 dvd proposant l’intĂ©gralitĂ© du concert filmĂ© en la cathĂ©drale Saint-Paul de Londres.

 

 

 

Michael Spyres, ténor
Philharmonia Orchestra
Philharmonia Chorus
London Philharmonic Choir
John Nelson, direction

Grande Messe des morts, Op. 5, H. 75 / 1837 :

I. Requiem – Kyrie (IntroĂŻt) (Live)
II. Dies irae – Tuba mirum
III. Quid sum miser
IV. Rex tremendae
V. Quaerens me
VI. Lacrymosa

VII. Offertoire – Domine
VIII. Offertoire – Hostias

IX. Sanctus
X. Agnus Dei

CD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018). Londres : 1733-1737. Les annĂ©es 1730 marquent l’essor du seria italien Ă  Londres. Au point que les spectateurs londoniens arbitrent une Ă©mulation inĂ©dite entre deux crĂ©ateurs, d’un thĂ©Ăątre Ă  l’autre, chacun selon ses ressources propres. Deux compositeurs, deux goĂ»ts, deux esthĂ©tiques
 Porpora le napolitain, Haendel / Handel le Saxon prĂ©sentent simultanĂ©ment Ă  Londres leurs ouvrages respectifs, dans un esprit dĂ©fricheur et d’estime rĂ©ciproque, dont tĂ©moignent leurs opĂ©ras « italiens », goĂ»tĂ©s par l’élite et le public londoniens. La guerre n’aura pas lieu, d’ailleurs comme le rappelle les interprĂštes ici, elle n’eut jamais lieu.
« Stille amare », extrait du Tolomeo de Handel Ă©tait trĂšs admirĂ© de Porpora
 dont les cantates opus 1 Ă©taient bien connues et plutĂŽt trĂšs apprĂ©ciĂ©es de Haendel. Estime rĂ©ciproque avĂ©rĂ©e vous disait-on. De fait, le geste de Franck-Emmanuel Comte, fondateur de son ensemble sur instruments historiques, Le Concert de l’Hostel Dieu, souligne la noblesse des Ă©critures, surtout leur plasticitĂ© expressive et leur essence dramatique.

En choisissant la soliste Giuseppina Bridelli, la rĂ©alisation insiste aussi sur l’articulation saisissante du texte, dans ses Ă©claircissements vocaux propres : la jeune diva proposant mĂȘme sa propre rĂ©solution des vocalises, selon le tĂ©moigne de contemporains qui au XVIIIĂš ont laissĂ© des Ă©crits sur le chant des castrats 
 napolitains Ă©videmment, pour lesquels ont composĂ© Porpora comme Handel (cf variations da capo et section B pour Scherza infida d’Ariodante de Handel : superbe rĂ©vĂ©lation du programme).
En 1733, Handel qui rĂšgne sur la scĂšne lyrique londonienne doit subir la concurrence de l’Opera of Nobility qui invite Porpora. Le Prince de Galles Frederick souhaite mettre Ă  l’affiche les plus grands chanteurs d’alors Francesca Cuzzoni, Senesino, Antonio Montagnana, et bien sĂ»r Farinelli, dans des piĂšces composĂ©es directement par les Italiens, surtout Napolitains
 d’oĂč Porpora. DĂšs lors une rivalitĂ©, souvent exacerbĂ©e par les medias de l’époque, s’impose aux deux compositeurs ; Handel allant mĂȘme jusqu’à dĂ©montrer son ouverture stylistique en intĂ©grant des ballets français, avec le concours de la ballerine vedette Marie SallĂ© (cf les ballets ici jouĂ©s de l’acte II d’Ariodante).
PORPORA HANDEL concert hostel dieu bridelli opera italien classiquenewsDramatique et d’une Ă©tonnante sensibilitĂ© orchestrale, Handel varie ses effets comme dans Alcina (Sta nell’ircana pietrosa tana) oĂč Ruggiero en chasseur hĂ©sitant (alors chantĂ© par Carestini) brille par sa virtuositĂ© technique, une flexibilitĂ© vocale dont Giuseppina Bridelli transmet le feu et l’énergie expressive. Assurent alors pour sa performance incarnĂ©e, habitĂ©e, les instrumentistes du Concert de l’Hostel Dieu. C’est pour le chef et l’orchestre un retour Ă©loquent aux sources de l’opĂ©ra baroque, une maniĂšre de revisiter ce qu’ils connaissaient dĂ©jĂ , et qu’ils rĂ©investissent avec feu et vĂ©ritĂ©.

 
 
 

LONDRES, 1733

Handel / Porpora : essor du verbe incarné
Giuseppina Bridelli et Le Concert de l’HOSTEL DIEU

 
 
 

Le grand succĂšs de ses annĂ©es pour Porpora demeure Polifemo (Ă©crit simultanĂ©ment Ă  Ariodante de Handel) qui regroupe les divos et divas d’alors : Cuzzoni, Mantagnana, Farinelli, Senesino, Francesca Bertolli, Maria Segatti. Giuseppini Bridelli en chante l’air de Calypso, amoureuse Ă©perdue et admiratrice lumineuse d’Ulysse dont elle raconte alors l’exploit sur le cyclope gĂ©ant PolyphĂšme (Il gioir qualor s’aspetta, plage 10). Tout l’art de la jeune mezzo sait y fusionner la chair agile, ductile de sa technique et la justesse de ses intonations, celles d’un chant clair et explicite, qui suit avec intelligence et variations de nuances, le sens du texte (l’attente et l’espĂ©rance alimentent l’ardeur du dĂ©sir).
Mais l’échec global de la venue de Porpora Ă  Londres tient aux limites de la langue italienne : les rĂ©citatifs fussent-ils aussi ciselĂ©s que ceux de David dans l’oratorio (unique) David e Bersabea, ne suffirent pas Ă  convaincre l’audience londonienne, trop volage ; on sait avec quel talent Handel recompose totalement son style en adoptant des recitatifs plus courts et en anglais. Le sens du verbe incarnĂ© dĂ©fendu par Giuseppina Bridelli, la souple ardeur du continuo comme sculptĂ©, nerveux, mordant, bondissant par Franck-Emmanuel Comte rĂ©ussissent pourtant une superbe scĂšne amoureuse (David exprime son amour naissant pour BethsabĂ©e qu’il rencontre alors). Entre Ă©moi et ravissement, le travail sur le texte et les couleurs de l’orchestre tĂ©moignent d’une vision et d’une conception trĂšs fouillĂ©es de la part des instrumentistes et du chef du Concert d’Hostel Dieu.

CLIC_macaron_2014On ne cesse de pesner, du dĂ©but Ă  la fin de ce programme, qu’ils ont eu bien raison de revenir aux fondamentaux du Baroque lyrique, le thĂ©Ăątre Ă  la fois linguistique et coloratoure de Handel. L’intonation poĂ©tique sert avant tout le sens de la situation dramatique et la direction du texte : la franchise du chef de ce point de vue, son efficacitĂ© et sa poĂ©sie soulignent aussi chez Handel comme chez Porpora, Ă  travers les exemples que nous avons mis en avant, tout ce qui caractĂ©rise et distingue l’un par rapport Ă  l’autre. Entre un Handel obligĂ© au renouvellement, et un Porpora ductile, naturellement agile mais contraint lui aussi Ă  une nouvelle exigence dramatique et vocale, nous tenons dans ce rĂ©cital lyrique, une claire Ă©vocation d’un Ăąge d’or du seria italien Ă  Londres. Magistrale rĂ©alisation pour un sujet original, idĂ©alement explicitĂ©. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. DUEL : Porpora / Handel in London. Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018) – CLIC de CLASSIQUENEWS du mois d’avril 2019.

 
 
 
 
 
 

LIRE AUSSI notre prĂ©sentation du cd DUEL / PORPORA vs HANDEL – Le Concert de l’Hostel Dieu / Giuseppina Bridelli / Franck-Emmanuel COMTE, direction (1 cd ARCANA, juin 2018)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-duel-porpora-and-handel-in-london-le-concert-de-lhostal-dieu-franck-emmanuel-comte-1cd-arcana-2018/

 
 
 
 
 
 

CD Ă©vĂ©nement, annonce. DUEL, Porpora and Handel in London (Le Concert de l’HOSTEL DIEU, Franck Emmanuel Comte (1cd Arcana 2018)

duel-concert-de-l-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-giuseppina-bridelli-opera-cd-evenement-critique-cd-cd-review-opera-musique-classique-news-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. DUEL, Porpora and Handel in London (Le Concert de l’HOSTEL DIEU, Franck Emmanuel Comte (1cd Arcana 2018). Dans les faits, la rivalitĂ© entre les compagnies d’opĂ©ra dirigĂ©es par Handel et Porpora Ă  Londres (1734-1737) s’expose outrageusement. La rĂ©alitĂ© est autres, car sur le plan strictement musical, il est plus appropriĂ© de parler d’estime rĂ©ciproque car chacun d’eux admirait la musique de l’autre. Leur rivalitĂ© produit des effets artistiques majeurs : les opĂ©ras nouveaux Ariodante de Handel et Polifemo de Porpora sont des sommets lyriques (mĂȘme si le second est moins jouĂ© que le premier
). Les compositeurs rivalisent de trouvailles et de nouvelles formes pour renouveler le genre et sĂ©duire le public londonien. Chacun peut s’appuyer sur le talent des chanteurs de sa troupe dont les fameux castrats (Farinelli, Senesino, Carestini
).

Le nouvel enregistrement du Concert de l’Hostel Dieu, dirigĂ© par Franck-Emmanuel Comte Ă©voque les mĂ©andres et les apports d’une relation intellectuelle et artistique complexe : plus qu’un duel, l’équation Handel / Porpora prĂ©cise une Ă©tonnante Ă©mulation qui a profitĂ© Ă  l’expressivitĂ© du genre lyrique; les interprĂštes proposent plusieurs exemples Ă©loquents de chaque style (restituant aussi la vocalisation d’époque dans les reprises) ; offrent un tour d’horizon Ă©loquent et superbement caractĂ©risĂ© de l’art vocal et lyrique au dĂ©but du XVIIIĂš dans le genre seria. Chef et instrumentistes s’associent au mezzo-soprano ductile, expressif, articulĂ© de Giuseppina Bridelli qui relĂšve les dĂ©fis de partitions aussi intenses dramatiquement que virtuoses sur le plan technique. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

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Tracklisting :

George Frideric Handel (1685-1759)
1. Sta nell’ircana pietrosa tana – Alcina HWV 34 (London, 1735)
Nicola Porpora (1686-1768)
2. Nume che reggi ’l mare – Arianna in Naxo (London, 1733 )
3. Dolce Ăš su queste alte mie logge a sera – David e Bersabea (London, 1734)
4. Fu del braccio onnipotente – David e Bersabea (London, 1734)
5-7. Ouverture – Polifemo (London, 1735)
8. A questa man verrĂ  – Calcante e Achille (London, 1735)
George Frideric Handel
9. Scherza infida – Ariodante HWV 33 (London, 1735)
Nicola Porpora
10. Il gioir qualor s’aspetta – Polifemo (London, 1735)
George Frideric Handel
11-14. Suite de ballet – Ariodante HWV 33
Nicola Porpora
15. Alza al soglio i guardi – Mitridate (London, 1736)
George Frideric Handel
16. Inumano fratel, barbara madre – Tolomeo HWV 25 (London, 1728)
17. Stille amare, giĂ  vi sento – Tolomeo HWV 25 (London, 1728)
18. Quando piomba improvvisa saetta – Catone in Utica HWV A7 (London, 1732)

 

 

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DUEL : PORPORA ET HANDEL À LONDRES
Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano
LE CONCERT DE L’HOSTEL DIEU
Franck-Emmanuel Comte, direction
1 CD ARCANA – A 461 – 1 CD TT : 1h05mn

 

 

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LA VIDEO du cd DUEL

https://youtu.be/5RWzXj5y6Nw

 

 

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CONCERTS 2019
Duel, Handel vs Porpora :

Felicia Blumental International Festival, Tel Aviv (30 mars) I
Salle MoliĂšre, Lyon (7 avril) |
Handel Festival, Londres (8 avril) |
Handel-Festspiele, Halle (9 juin)
Festival Bach de Saint-Donat (11 août)

Folia : Theaterhaus, Stuttgart (2-3 juillet) |

Festival 1001 Notes en Limousin, Zenith de Limoges (20 juillet)
Sinfonia en Périgord, Périgueux (24 août)

 

 

+ d’infos sur le site du CONCERT DE L’HOSTEL DIEU

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CD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page (2 cd Signum records, 2015)

MOZART in london ian page cd review critique cd par classiquenewsCD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page (2 cd Signum records, 2015). A 9 ans, le jeune Wolfgang entend sĂ©duire toute l’Europe grĂące Ă  un « tour » gĂ©nĂ©ral qui passe Ă©videmment par Londres, d’avril 1764 Ă  juillet 1765, soit son sĂ©jour le plus long dans une capitale europĂ©enne. PilotĂ© par son pĂšre Leopold, le jeune prodige enchante les tĂȘtes couronnĂ©es et les patriciens britanniques, tous Ă©mus par ses dons au clavecin principalement. Mais l’impact de ce sĂ©jour Ă  Londres se rĂ©vĂšle surtout profitable pour la jeune imagination du futur compositeur car Ă  Londres il rencontre ainsi nombre de crĂ©ateurs dĂ©jĂ  adulĂ©s et Ă©tablis dont surtout Johann Christian Bach ou l’excellent symphoniste Karl Friedrich ABEL (proche de Johann Chrisitan) qui signe ici en fin de cd2, un bel exercice tripartite, dans le style fiĂ©vreux, frĂ©nĂ©tique, napolitain (Symphonie opus 7 n°6). Le pĂšre d’Abel fut altiste jouant avec JS Bach Ă  Köthen. C’est dire le niveau. Cette Symphonie qui marqua Wolfgang, lui fut longtemps attribuĂ©e. VoilĂ  un Ă©clairage qui rend lĂ©gitime le programme conçu par le directeur musical des bien nommĂ©s « MOZARTISTS », Ian Page, actuel champion de la cause mozartienne, outre Manche. Les chanteurs rĂ©unis autour du chef britannique auquel on doit d’difiantes restitution des opĂ©ras de jeunesse de Wolfgang (dĂ©jĂ  critiquĂ©s et certains distinguĂ©s sur CLASSIQUENEWS : Zaide, Il Sogno di Scipione, Bastien und Bastienne ; un rĂ©cital titre Perfidi de Sophie Bevan, artiste associĂ©e de la troupe lyrique
 sans omettre Die Schuldigkeit des Ersten Gebots, Mitridate, Re di Ponto (tous enregistrements chez Signum records).

DĂ©sormais il y a bien un geste et une sonoritĂ© mozartienne en Grande Bretagne car dans ce nouveau recueil, la troupe pilotĂ©e par Ian Page apporte d’indiscutable bĂ©nĂ©fices. Le double album Ă©voque ainsi Ă  travers arias d’opĂ©ras, opus instrumental tout un creuset musical propre Ă  la Londres des annĂ©es 1760, dans lequel Wolfgang a su façonner par rĂ©action sa propre personnalitĂ© artistique (en tĂ©moignent ses 3 essais symphoniques KV 16, 19 et 19a) : autant de partitions qui montrent la permĂ©abilitĂ© du jeune crĂ©ateur, curieux de tout et aspirant toute Ă©volution stylistique efficace. Ian Page s’inscrit dans le sillon des Marriner, Pinnock
 capable d’une fluiditĂ© expressive engageante, d’une vitalitĂ© rythmique de belle facture ; Ă  ce jeu des mises en contexte, les symphonies de Mozart et d’Abel se distinguent trĂšs nettement par la cohĂ©rence du geste collectif et la sonoritĂ© euphorique de l’orchestre. Voici Ă  nouveau un opus enthousiasmant Ă  mettre au crĂ©dit de la phalange londonienne. A suivre.

 

 

 

 

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CD, critique. MOZART IN LONDON (1764-1765). The Mozartists / Ian Page, direction (2 cd Signum records). Enregistré à Londres en février 2015.

LONDRES, ROH : Sonya Yoncheva chante Norma (12-26 septembre 2016)

Diva d'aujourd'hui : Sonya Yoncheva chante IrisLONDRES, ROH. Norma de Bellini : 12-26 septembre 2016. Sonya Yoncheva chante Norma. Elle a triomphĂ© dans La Traviata de Verdi Ă  l’OpĂ©ra Bastille (applaudie vĂ©cue en juin dernier, affirmant par son onctueuse fĂ©minitĂ©, l’une des Violettas les plus raffinĂ©es et convaincantes qui soient, avec sa consƓur albanaise Ermolena Jaho, grande victorieuse des ChorĂ©gies d’Orange 2016), Sonya Yoncheva poursuit sa carriĂšre de haut vol : aprĂšs plus rĂ©cemment une Iris de Mascagni, toute autant voluptueusement aboutie Ă  Montpellier, voici Ă  Londres, sa Norma de Bellini (1831), un rĂŽle qui en plus de la beautĂ© de son timbre de miel, devrait aussi confirmer son belcanto, avec phrasĂ©s et vocalises Ă  l’envi
 Le Royal Opera House prĂ©sente ainsi sa nouvelle production de Norma, prĂȘtresse Ă  la lune et fille du druide Oroveso, mariĂ©e secrĂštement au Consul romain Pollione mais honteusement trahie par lui, alors qu’elle a eu deux fils du romain. Mais l’homme est faible et lui prĂ©fĂšre Ă  prĂ©sent une jeunette plus adorable (Adalgisa, elle aussi prĂȘtresse gauloise).
La tendresse du rĂŽle, son caractĂšre noble et Ă©nigmatique, sa moralitĂ© aussi font du personnage de Norma, sublime vertueuse, l’un des plus complexes et admirables du rĂ©pertoire romantique italien. Bellini et son librettiste Romani excellent aussi Ă  peindre l’amitiĂ© entre les deux femmes, toutes deux liĂ©es Ă  Pollione, mais inspirĂ©es par un idĂ©al de loyautĂ© des plus respectables. Adalgisa jure d’inflĂ©chir le coeur de Pollione pour qu’il revienne auprĂšs de Norma et ses deux garçons (duo magique Norma / Adalgisa : « Si, fino all’ore », acte II). Ainsi c’est dans la mort et les flammes, que Norma et Pollione se retrouvent unis pour l’éternitĂ©. Sur les traces de la crĂ©atrice de Norma, Giuditta Pasta, Sonya Yoncheva s’apprĂȘte Ă  endosser l’un des rĂŽles qui pourraient bien davantage affirmer sa grande suprĂ©matie vocale comme sa grĂące dramatique. Avec Anna Netrebko son aĂźnĂ©e, une diva d’une irrĂ©sistible vĂ©ritĂ©, doublĂ©e d’une hyperfĂ©minitĂ© particuliĂšrement troublante. Aux cĂŽtĂ©s de Sonya Yoncheva, le tĂ©nor superstar maltais Joseph Calleja, au timbre dĂ©licat et au style raffinĂ©, devrait lui aussi convaincre dans le rĂŽle du romain d’abord traĂźtre honteux, puis touchĂ© par la noblesse de Norma, loyal Ă  son premier amour et prĂȘt Ă  mourir avec elle
 Nouvelle production londonienne incontournable. LIRE notre prĂ©sentation de Norma par Sonya Yoncheva

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DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015)

andrea chenier jonas kaufmann pappano dvd review dvd critique classiquenews 0190295937966 Andrea ChĂ©nier_Cover B_low_0DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea ChĂ©nier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015). Sur la scĂšne du Royal Opera House de Londres, Jonas Kaufmann Ă©blouit dans le rĂŽle d’Andrea ChĂ©nier (1896) ; le tĂ©nor apporte au hĂ©ros rĂ©volutionnaire conçu pour l’opĂ©ra par Giordano, une vĂ©ritĂ© irrĂ©sistible. L’acteur poĂšte sur la scĂšne londonienne frappe et saisit par sa finesse de style, son expressivitĂ© ardente et sensible
 La clartĂ© du chant impose une conception trĂšs dramatique et efficace du poĂšte (victime de Robespierre en 1794) en lequel Madeleine de Coigny, jeune noble dĂ©truite par les rĂ©volutionnaires, voit son sauveur, le seul homme capable de la sauver.

 

 

 

Kaufmann en poĂšte libertaire et insoumis

 

 

Sans possĂ©der l’angĂ©lisme ardent et incandescent d’une Tebaldi, la soprano Eva-Maria Westbroek, mĂȘme en possĂ©dant ce soprano spinto requis pour le personnage, peine sur toute la durĂ©e, usures et limites d’une voix hier encore prĂ©servĂ©e (aigus ici instables). Mais le jeu juste de l’actrice touche (sa « Mamma morta » surgit de l’ombre et s’embrase progressivement : belle intelligence de vue). Mais l’absence de moyens vocaux rend sa prestation dĂ©sĂ©quilibrĂ©e : c’est d’autant plus regrettable que les duos entre les deux amants perdent en acuitĂ©, en vĂ©ritĂ© Ă©motionnelle.
Si Kaufmann apporte une profondeur psychique à Chénier, le baryton serbe trÚs doué et charismatique Zeljco Lucic « ose » et réussit un Gérard, tiraillé par ses propres démons intérieurs, entre désir et conscience politique ; le rÎle est comme un double pour celui de Chénier : haine puis renoncement ; le chanteur réalise lui aussi une superbe incarnation.

D’ailleurs les comprimari, ou « rĂŽles secondaires » composent une galerie de tempĂ©raments parfaitement dĂ©fendus 
 ainsi se dĂ©tachent la Bersi animĂ©e de Denyce Graves, la Comtesse de Coigny, fiĂšre et tendue de Rosalind Plowright, l’Incroyable intriguant serpentin de Carlo Bossi. Troublante et d’un impact inouĂŻ, l’alto profond guttural de la Madelon ancestrale d’Elena Zilio. Aucun doute, Giordano sait faire du thĂ©Ăątre.

Antonio Pappano, d’un souci instrumental magistral, veillant aussi Ă  l’équilibre plateau / fosse, dans une balance trĂšs Ă©quilibrĂ©e et limpide, montre Ă  l’envi et dĂ©routant tous ces dĂ©tracteurs, quel chef lyrique il est devenu : – le rĂ©cent rĂ©cital VERISMO d’Anna Netrebko (2 septembre 2016 : CLIC de CLASSIQUENEWS) nous le prouve encore, comme son AIDA rĂ©cente Ă©ditĂ©e par Warner Ă©galement : baguette fine, Ă©lĂ©gante et expressive, d’une profondeur incarnĂ©e


 

 

kaufmann-jonas-andrea-chenier-giordano-dvd-review-critique-dvd-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-septembre-2016

 CLIC_macaron_2014Sur la scĂšne, la mise en scĂšne de David McVicar reste conforme au travail du Britannique : efficace, esthĂ©tique, surtout classique, ressuscitant la France RĂ©volutionnaire avec vĂ©ritĂ©, capable de glisser avec horreur de l’insouciante monarchie Ă  la terreur des rĂ©voltĂ©s. La tourmente collective impose un contraste d’autant plus mordant avec le profil des individualitĂ©s aussi finement incarnĂ©es, habitĂ©es que celle de ChĂ©nier ou dans une moindre mesure de Madeleine, Ă  cause des imperfections trop criardes de la soprano Eva-Maria Westbroek ; quel dommage pour elle, sa carriĂšre n’aura pas briller par sa longĂ©vitĂ©. Au final une excellente performance globale dont le mĂ©rite tient Ă  la subtilitĂ© des portraits des solistes et de la tenue d’un orchestre qui musicalement sait Ă©viter tout pathos vĂ©riste surexpressifs. Le chant de Kaufmann est au diapason d’une Ă©lĂ©gance intĂ©rieure et d’une grande sobriĂ©tĂ© expressive. Gloire Ă  l’intelligence et la finesse stylistique : l’opĂ©ra vĂ©riste en sort vainqueur. Et sur un sujet historique, la fessue historique y gagne un relief plein de rage, de fureur, d’exaltation mesurĂ©e, au service d’un idĂ©al rĂ©publicain en proie au chaos (la mise en scĂšne de McVicar affiche clairement l’enjeu dramatique global : «  la patrie en danger »). RĂ©jouissant.

 

DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015) 1 dvd Warner classics / enregistré en février 2015, édité en novembre 2015.

 

 

 

Aprofondir
LIRE aussi notre compte rendu complet du cd AIDA de Verdi par Antonio Pappano et Jonas Kaufmann  (Warner classics)

 

 

 

HAENDEL / HANDEL : Les oratorios (partie 1/2)

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423HAENDEL / HANDEL : les oratorios anglais, dossier spĂ©cial. A l’étĂ© 2016, Decca publie un coffret « The Great oratorios », somme discographique de 41 cd, regroupant 16 oratorios du Saxon Georg Friedrich Handel (1685-1759). L’occasion est trop belle pour classiquenews d’y complĂ©ter la rĂ©daction des critiques de chaque version choisie, par l’Ă©vocation de l’aventure exceptionnelle de Haendel Ă  Londres principalement oĂč il “invente” l’oratorio anglais. Le coffret Decca The Great oratorios offre un focus idĂ©al sur une double thĂ©matique : la carriĂšre passionnante de Handel hors de l’Europe continentale, aprĂšs son sĂ©jour miraculeux en Italie, aprĂšs ses nombreux engagements en terres germaniques
 et aussi, un regard sur l’interprĂ©tation moderne, principalement des chefs anglais, des drames non scĂ©niques de Haendel, soit des annĂ©es 1970 avec Charles Mackerras jusqu’aux plus rĂ©cents McCreesh et Minkowski
 sans omettre les passionnants Hogwood, Pinnock, Christophers…

 

 

 

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haendel handel londres oratorio anglaisL’inventivitĂ© du crĂ©ateur trouve en Angleterre un terreau fertile et parfois Ă©prouvant, pour inventer une nouvelle forme dramatique : opĂ©ra seria, masque puis surtout en langue anglaise, l’oratorio spĂ©cifiquement britannique ; un genre que Purcell aurait pu lui aussi inventer… OĂč toute scĂ©nographie absente, permet Ă  la seule Ă©criture vocale et musicale, d’exprimer tous les enjeux et ressorts dramatiques comme le parcours moral et le sens spirituel des ouvrages, d’autant que l’action y est souvent plus psychologique que spectaculaire. C’est aussi une opportunitĂ© offerte de mesurer l’état de l’interprĂ©tation des Anglais principalement sur un sujet qui intĂ©resse leur propre histoire musicale. Certes le coffret comporte des actions de jeunesse, Acis et GalatĂ©e, surtout La Resurrezione, qui renvoient aux annĂ©es de formations et aux premiers essais dramatiques. Mais en regroupant les principaux oratorios anglais de 1739 Ă  1752, de Esther, Athalia et Saul, les premiers dĂ©cisifs, jusqu’aux « ultimes mystiques », Theodora et Jephta (1750 et 1752), sans omettre les drames allĂ©goriques et sacrĂ©s dont le diptyque majeur, Israel en Egypte et surtout le Messie (1739 et 1742), nous voici en prĂ©sence d’un monument de la ferveur dramatique qui compose un corpus aussi important esthĂ©tiquement et spirituellement que Les Passions et la Messe en si de JS Bach.

Face Ă  ces prodiges proches de l’opĂ©ra mais dont les interprĂštes doivent aux cĂŽtĂ©s des ressorts expressifs, exprimer aussi le continuum spirituel et la cohĂ©rence interne de l’architecture, rĂ©ussir l’alternance des choeurs mĂ©ditatifs ou jubilatoires et le profil intimiste et individualisĂ©s des solistes, de nombreux chefs ici paraissent. Mackerras, orchestralement dĂ©passĂ© (continuo systĂ©matique et trop lisse); Gardiner surprĂ©sent et pas toujours trĂšs vigilant sur la cohĂ©rence de ses distributions solistes ; c’est surtout les surprenants et plus habitĂ©s Christopher Hogwood, Harry Christopher, ou Trevor Pinnock (fabuleux Messie) qui surprennent par une vitalitĂ© nerveuse plus souvent finement caractĂ©risĂ©e que Gardiner

En profitant de la parution de ce coffret Ă©vĂ©nement Ă©ditĂ© par Decca, CLASSIQUENEWS Ă©claire l’itinĂ©raire de Haendel dans le genre de l’oratorio sacrĂ©, principalement Ă  Londres (mĂȘme si Le Messie, pierre angulaire de l’oeuvre est d’abord crĂ©Ă© et applaudi, donc compris
 Ă  Dublin / c’est un peu comme DonGiovanni de Mozart, autre Ɠuvre majeure lyrique, d’abord portĂ©e en triomphe Ă  Prague, avant la conservatrice Vienne
). AprĂšs la prĂ©sentation synthĂ©tique de chaque ouvrage prĂ©sent dans le coffret, la RĂ©daction rĂ©capitule les qualitĂ©s (et parfois les limites) de chaque lecture enregistrĂ©e.

 

 

HANDEL / HAENDEL Le SAXON en Angleterre


handel haendel portrait vignette dossier handel haendel 2016 496px-George_Frideric_Handel_by_Balthasar_DennerHaendel (1685-1759) suit Ă©troitement la destinĂ©e de son protecteur l’électeur de Hanovre dont il est depuis 1710, Ă  25 ans, Kapellmeister grĂące Ă  l’appui du diplomate et compositeur, rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© par Cecilia Bartoli, Steffani. Quand l’Electeur devient le roi George Ier d’Angleterre, Handel rejoint l’Angleterre et Londres dĂšs 1711. AprĂšs une tentative forcenĂ©e de dĂ©velopper l’opĂ©ra seria italien Ă  Londres Ă  travers l’AcadĂ©mie royale de musique qu’il dirige en 1719,- aprĂšs un Ă©chec et une ruine financiĂšre, malgrĂ© la crĂ©ation d’une nouvelle Ă©quipe (Seconde AcadĂ©mie en 1728), Haendel doit bien se rendre Ă  l’évidence que l’opĂ©ra italien n’a pas assez d’auditeurs convaincus parmi les londoniens. Il remet son tablier et entreprend une nouvelle aventure dans un genre nouveau : l’oratorio anglais. Dans la langue de Shakespeare, les oratorios ainsi nĂ©s Ă  partir de 1739 bouleverse la vie musicale Ă  Londres et dans le royaume : Haendel a dĂ©sormais affinĂ© une forme lyrique totalement convaincante et s’est taillĂ© une reconnaissance jamais vue auparavant.

A travers l’oratorio peu Ă  peu Ă©laborĂ©, Haendel soumet l’éclectisme gĂ©niale de son imagination Ă  l’aulne de son exigence dramatique. Pas un emprunt ou une idĂ©e adoptĂ©e s’ils ne servent surtout l’efficacitĂ© de l’action, l’acuitĂ© et intensitĂ© de l’expression. Avant Londres et alors qu’il n’est que le jeune compositeur saxon Ă  Rome, Haendel aborde le genre oratorio mais en
 italien. Ainsi se succĂšdent Il trionfo del Tempo e del Disinganno, oratorio allĂ©gorique (Rome, juin 1707), surtout La Resurrezione (Rome, Palazzo Bonelli, avril 1708)
 premier oratorio sacrĂ© alors dirigĂ© par Corelli : le jeune Haendel y Ă©crit comme Ă  l’opĂ©ra, mais sans virtuositĂ© gratuite, soignant l’expression d’une effusion hallucinĂ©e, victorieuse Ă  l’énoncĂ© de la RĂ©surrection.

Divin mozartien : Christopher Hogwoodoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Oratorio italien. EmblĂ©matique de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration des baroque dĂ©poussiĂ©rant et rĂ©formateur sur instruments d’époque, Christopher Hogwood en 1982 dĂ©voile la furie italienne du gĂ©nie saxon du jeune Handel Ă  Rome : sa Resurrezione offre une synthĂšse de tous les oratorios italiens baroques qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Orchestralement et sur des temps parfois plus lents que ceux choisis par les plus rĂ©cents maestros (Minkowski plus que prĂ©cipitĂ©), Hogwood cisĂšle la langue de Handel aussi virtuose que Vivaldi, aussi sensuelle et dramatique que les VĂ©nitiens, autant agile et virtuose que les Napolitains. Instrumentalement, le chef visionnaire prend le temps d’approfondir, de colorer, d’instaurer un climat 
 que peu aprĂšs lui sauront reprendre et prolonger. Vocalement : Ian Partridge fait un San Giovanni un peu en retrait bien que poĂ©tiquement trĂšs nuancĂ©. Le couple Emma Kirkby / David Thomas contraste idĂ©alement Ange et Lucifer avec un sens du texte captivant. Emue par l’exemple et la Passion du Sauveur, la Maddalena de la soprano Patrizia Kwella a la bonne et juste couleur d’une Ăąme compatissante et doloriste mais sans vraie conviction, elle donne l’impression d’échapper aux enjeux vĂ©ritables, spirituels et dramatiques de son superbe air n°22 : « Per me giĂ  di morire ». C’est le maillon faible de la distribution, soulignant un manque d’assise et de fermetĂ© expressive tout autant perceptible dans son Esther Ă  venir 3 annĂ©es aprĂšs cette Resurrezione (lire commentaire ci aprĂšs).

Esther

Les premiers oratorios en anglais remontent Ă  l’annĂ©e 1720 quand le compositeur croit encore au succĂšs de l’opĂ©ra italien Ă  Londres. Ainsi Esther d’aprĂšs Racine, est crĂ©Ă© Ă  Londres en 1720 (remaniĂ© en 1732).
L’importance des choeurs est emblĂ©matique du genre Ă  venir : Haendel l’a reprise de la musique de Moreau pour la tragĂ©die de Racine oĂč soli et choeurs alternent sur les paraphrases des Psaumes. Mais l’écriture de ses choeurs extatiques et poĂ©tiques, d’un souffle dramatique et spirituel nouveau, s’inspire surtout des Anthems Purcelliens. Le perse AssuĂ©rus (Xerxes) retient prisonnier les Juifs mais il Ă©pouse Esther en ignorant que la belle est israĂ©lite. Instance noire, Hamam envisage la perte des Juifs. Car le tuteur d’Esther, Mordecai refuse de lui rendre hommage. Lors du fameux banquet (ScĂšne 6) Esther dĂ©voile ses origines juives Ă  son Ă©poux qui toujours amoureux la confirme, punit Hamam et reconnaĂźt la dignitĂ© de Mordecai
 La version de 1720 emprunte beaucoup aux airs dĂ©jĂ  composĂ©s pour la BrockesPassion. Et les critiques reprochent dans cet oratorio des dĂ©buts, un dĂ©sĂ©quilibre dramatique entre la longueur de certains choeurs et la succession des airs solistes.

 

hogwood-christopher-582-594-une-actualite-classiquenews-coffret-oiseau-lyre-bach-vivaldi-mozart-haydnoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. En 1985, sur instruments d’époque, Christopher Hogwood signe une lecture ample dramatiquement, ciselĂ©e dans son dĂ©roulement instrumental avec comme toujours chez lui, une vive attention Ă  la caractĂ©risation du continuo selon les situations. Le chef rĂ©ussit dĂšs l’ouverture Ă  insuffler une urgence palpitante Ă  l’orchestre, soulignant les enjeux Ă©motionnels de l’action Ă  venir. Le travail du maestro orchestralement atteint des sommets de fine coloration des airs, sachant Ă©viter bien des tunnels d’ennui si prĂ©sent chez les autres chefs trop peu initiĂ©s aux secrets des rĂ©citatifs
 HĂ©las, la soprano certes fragile et trĂšs colorĂ©e de Patricia Kwella dans le rĂŽle d’Esther manque singuliĂšrement d’assurance (justesse alĂ©atoire) ; faiblesse a contrario effacĂ©e chez son partenaire Anthony Rolfe Johnson dans le rĂŽle du Perse magnifique, Ă  l’ñme amoureuse; magnifique duo extatique, des deux ĂȘtres unis par un lien irrĂ©vocable (N°13 : « Who calls my parting soul from death? », Handel imagine ce duo comme s’il Ă©tait chantĂ© simultanĂ©ment Ă  2 voix unies en un seul souffle) – sommet lumineux auquel s’oppose la couleur de l’air sombre et haineux d’Hamam (N°21: « How art thou fall’n from thy Height »  trĂšs assurĂ© David Thomas). La caractĂ©risation dramatique de chaque sĂ©quence, une Ă©tonnante plasticitĂ© expressive assurent cette version d’Hogwood, maĂźtre des accents dramatiques (malgrĂ© le fil disparate de l’action dans ce premier oratorio prometteur mais inĂ©gal). Superbe tenue artistique.

 

 

Suivent aprĂšs Esther, Deborah (1733), nouvelle pierre testĂ©e Ă  l’époque oĂč Haendel connaĂźt les pires dĂ©boires artistiques et financiers dans le genre de l’opĂ©ra italien, en particulier dus Ă  la concurrence de la troupe rivale, l’OpĂ©ra de la noblesse (et son champion invitĂ© depuis Naples en grande pompe et budget : Porpora, et le castrat vedette, Farinelli). Deborah ne fait pas partie du coffret Decca.

Athalia / Athalie (3Ăšme oratorio anglais) d’aprĂšs Racine encore (comme Esther), et crĂ©Ă© Ă  Oxford en juillet 1733, suscite un triomphe en partie grĂące Ă  la richesse des effectifs de la crĂ©ation, le souffle du drame, l’orchestration raffinĂ©e (cor, flĂ»tes, archiluth
), surtout la fine caractĂ©risation de chaque personnage d’une fresque tragique : la reine Athalia, souveraine d’Israel, a reniĂ© Jehova Ă  la faveur du dieu Baal : c’était compter sans le seul survivant des crimes qu’elle a commanditĂ© pour assoir son pouvoir : le jeune Joas / Eliacin, que la femme du Grand PrĂȘtre Joad, Josabeth protĂšge et Ă©lĂšve au Temple. A la fin de l’action, la souveraine indigne est renversĂ©e par le jeune juste Joas.

 

hogwood christopher oiseau lyre coffrets bach mozart haydn vivaldi critique presentation classiquenews mai 2015oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Sur instruments anciens, et d’une vitalitĂ© dansante, vĂ©ritablement enivrĂ©e, The Academy of Ancient Music et Christopher Hogwood en 1986 se montrent Ă©patants d’un bout Ă  l’autre (motricitĂ© habitĂ©e des cordes). C’est le choix du plateau qui convainc tout autant, servant le dĂ©sir haendĂ©lien de caractĂ©risation psychologique : l’angĂ©lique Emma Kirkby fait une Josabeth lumineuse et conquĂ©rante face Ă  l’Athalie, puissante et au timbre plus Ă©pais et dramatique de Joan Sutherland, dont la couleur trĂšs lyrique, exprime le fossĂ© entre les deux femmes. Contrastes trĂšs juste. Le Joad de James Bowman impose un standard de l’interprĂ©tation : la voix blanche, Ă©gale, dĂ©vibrĂ©e du haute-contre exprime directement le chant mystique, la voix divine incarnĂ©e, celle de la vĂ©ritĂ©.

haendel handel george-frideric-handel-1685-1759-german-composerSAUL, 1739. Saul affirme une premiĂšre maturitĂ© lors de sa crĂ©ation au King’s ThĂ©Ăątre de Haymarket, en janvier 1739. D’aprĂšs le livret de Charles Jennens, l’action musicale de Saul profite d’une genĂšse plus longue que d’habitude, avec des emprunts Ă  ses ouvrages prĂ©cĂ©dents (dont Agrippina, Faramondo ou La Resurrezione
) et aussi Ă  d’autres compositeurs lui transmettant des idĂ©es mĂ©lodiques qu’il enrichit ensuite avec le gĂ©nie que l’on sait (Urio, Telemann, Zachow, Kuhnau
). L’orchestration est encore plus riche et soignĂ©e que dans Athalia (comprenant trombones, trompettes, hautbois, flutes, bassons, harpe, thĂ©orbe
). L’ouvrage est portĂ© en triomphe devant la Cour royale. Jennens, dilettante Ă©rudit campagnard que la renommĂ©e a dĂ©crit comme « vaniteux ridicule » a soignĂ© le texte et son dĂ©roulement dramatique : le futur librettiste du Messie, affirme dans Saul, une intelligence indĂ©niable. Relisant les Livres de Samuel, Jennens souligne les errances du jeune David, Ă©prouvĂ© par le vieux politique Saul, et surtout l’épisode fantastique, hallucinĂ© de la SorciĂšre, en fin de drame (acte III) oĂč l’ombre de Samuel apprend au vieux jaloux Saul, sa mort prochaine ainsi que celle de son fils (l’ami de david), Jonathan
 LĂ  encore, Haendel exploite comme d’un opĂ©ra, tous les prĂ©textes Ă  fine caractĂ©risation et situations contrastĂ©es, prenantes. Une trame amoureuse donne de la consistance aux figures bibliques : dont les jeunes femmes Michal, fille de Saul, amoureuse du jeune David, alors conquĂ©rant de Goliath; puis Merab, soeur de Jonathan, que Saul promet Ă  David. Finalement mariĂ© Ă  celle qu’il aime, Michal, David doit faire face Ă  la jalousie croissante de Saul Ă  son Ă©gard. Jusqu’à la bataille dĂ©cisive, oĂč David vainc Saul, Jonathan, et les Philistins.

 

gardiner john eliot maestro-gardiner_voyage-automne-versailles classiquenewsoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Parfois un peu raide et sĂ©vĂšre, John Eliot Gardiner en 1991 laisse un Saul qui manque souvent de profondeur et d’humanitĂ©, de souffle, de poĂ©sie (l’épisode de la sorciĂšre au III est mis en dĂ©route par un Samuel imprĂ©cis et Ă  la justesse alĂ©atoire
). Pourtant dans l’écriture de l’oratorio nous tenons lĂ  un sommet dramatique oĂč Haendel libĂ©rĂ© des conventions de l’opĂ©ra (aria da capo entre autres) invente une nouvelle langue lyrique ; le choeur omniprĂ©sent est un personnage Ă  part entiĂšre,; s’y succĂšdent en un rythme dictĂ© par l’urgence du drame, de courts arias sans reprises. MĂȘme l’opulence nouvelle de l’orchestre sonne creuse et droite. L’orchestre affecte la sonoritĂ© gĂ©nĂ©reuse, flatteuse d’une belle mĂ©canique, mais souvent dĂ©pourvue de toute intention poĂ©tique rĂ©elle : voilĂ  qui distingue la richesse spirituelle et la vĂ©ritĂ© d’un Hogwood ou d’un Pinnock, comparĂ©s Ă  la facilitĂ© plus artificielle de Gardiner. De fait, Saul n’est pas le meilleur oratorio de Gardiner. Seule Donna Brown (Merab) et Lynne Dawson (Michal) se distinguent ; le David de Derek Lee Ragin assĂšne une intensitĂ© pincĂ©e, qui trĂ©pigne trop pour ĂȘtre le chant d’un hĂ©ros sage et juste. Lecture imparfaite, surtout inaboutie.

 

Les drames sur des textes sacrés : Israel en Egypte et Le Messie.

Avant les derniers oratorios – le plus saisissants par leur architecture globale, dramatique et psychologique, Haendel gagne en maĂźtrise dans sa lecture et propre comprĂ©hension des textes sacrĂ©s : ainsi sont conçus, Israel in Egypt (Exodus) crĂ©Ă© Ă  Londres, Haymarket, King’s ThĂ©Ăątre en avril 1739, puis The Messiah / Le Messie, Ă  Dublin en avril 1742 ; tous deux, ouvrages dĂ©cisifs, sur le livret de Charles Jennens.

haendel handel londres oratorio anglaisDans Israel en Egypte (1739), c’est l’unitĂ© et la profonde cohĂ©rence du drame qui saisit, auquel rĂ©pondent force et concision de l’écriture musicale. Haendel fait se succĂ©der d’abord l’Exode (partie 1), puis Le Cantique de MoĂŻse (partie 2) : le choeur est l’élĂ©ment principal, – peuple des hĂ©breux outragĂ©s, humiliĂ©s, martyrisĂ©s, qui fuit Pharaon par la traversĂ©e des eaux de la Mer rouge ; en une Ă©criture contrapuntique des plus flexibles et dramatiques, Haendel dĂ©montre la science Ă©pique de son style choral (Ă©galant ainsi Bach), atteignant des prodiges de caractĂ©risation pour les choristes, particuliĂšrement sollicitĂ©s. Narratif, spectaculaire, le premier volet exprime la tĂ©nacitĂ© du peuple Ă©lu. Dans la seconde partie, d’aprĂšs le Cantique de MoĂŻse, Haendel chante la justice et la puissance divine, misĂ©ricordieuse et protectrice, en particulier le sort rĂ©servĂ© aux Egyptiens submergĂ©s et finalement vaincus
 entre proclamation et Ă©vocation spectaculaires, priĂšre et hymnes spirituels, d’une grande Ă©nergie mystique, les choeurs et arias affirment la maĂźtrise du compositeur dont la force du message s’appuie sur un orchestre et un choeur Ă  la fois, dĂ©taillĂ© et flamboyant. Ici c’est surtout l’inspiration sacrĂ©e des airs qui s’impose car les voix solistes n’incarnent pas de figures individuelles mais la conviction et la passion de sentiments partagĂ©s, produits par chaque situation Ă©voquĂ©e.

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. En 1995, Gardiner convainc surtout par ses choeurs bouillonnants d’expressivitĂ© cohĂ©rente et finement caractĂ©risĂ©e, doublĂ© par un orchestre des plus Ă©vocateurs (N°4 : He spake the word
 ; Ă©tonnant N°25a: « The people shall hear », grave et d’un lugubre, dĂ©sespĂ©rĂ©, de surcroĂźt le plus long des choeurs : plus de 7mn)
 l’excellent Monteverdi Choir fait montre d’une plasticitĂ© profonde, d’une force intĂ©rieure aux accents dramatiques souvent irrĂ©sistibles; on reste cependant plus rĂ©servĂ© sur le choix des solistes souvent peu justes, et trop lisses (duet n°24: alto/tĂ©nor: JP Kenny, totalement absent et dĂ©simpliquĂ© / Philip Salmon.

 

haendel handel classiquenewsLE MESSIE, 1742. Le Messie Ă©voque le succĂšs de Haendel, hors de Londres, en particulier Ă  Dublin, rĂ©pondant Ă  l’invitation du Lord Lieutenant d’Irlande : crĂ©Ă© en avril 1742, Le Messie suscite un triomphe immense (prĂšs de 700 spectateurs dĂšs sa crĂ©ation). A Londres, les spectateurs furent plus rĂ©servĂ©s, hostiles mĂȘmes, choquĂ©s d’écouter des textes sacrĂ©s au thĂ©Ăątre. Il fallut attendre 1750 pour que Le Messie s’impose Ă  Londres quand Handel, reprenant la vocation altruiste de ses concerts, imagina de le donner au Foundling Hospital au profit des nĂ©cessiteux de Londres. Enrichie de hautbois et de bassons, la partition devait connaĂźtre une faveur croissante au point d’ĂȘtre jouĂ©e devant une salle comble, chaque annĂ©e. Dans la premiĂšre partie, les ProphĂštes annoncent l’arrivĂ©e du Messie, sauveur, lumiĂšre du monde en une succession d’airs, hymnes, priĂšres d’une joie Ă©perdue
 tandis que le choeur, plus inspirĂ© et mystique que prĂ©cĂ©demment, en exprimant son omnipotence, glorifie Dieu. La seconde partie s’interroge sur le sens de la Passion ; puis la troisiĂšme et courte derniĂšre partie, se concentre surtout sur le sens de la RĂ©surrection. ElĂ©gantissime, inspirĂ©, plein d’espoir et de tendresse lumineuse, Haendel Ă  la diffĂ©rence des Passions de Bach, plus Ăąpre (Saint-Jean) ou dĂ©ploratif (Saint-Matthieu) explore une ferveur des plus Ă©tincelantes oĂč les promesses du pardon envoĂ»tent l’auditeur Ă  force de nobles et trĂšs humaines priĂšres. Architecte inspirĂ©, il sait ciseler la dĂ©licate modĂ©nature entre choeurs mĂ©ditatifs, airs solos, parure orchestrale de plus en plus raffinĂ©e et inspirĂ©e.

 

pinnock maestro trevor-pinnock_2704847boratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423EBLOUISSANT TREVOR PINNOCK. En 1988, Trevor Pinnock et ses musiciens de l’English Concert sĂ©duisent immĂ©diatement par un sens miraculeux du texte : caractĂ©risation fluide et Ă©tonnamment nuancĂ©e de l’orchestre, surtout Ă©lĂ©gance, fluiditĂ© et naturel du tĂ©nor au sommet de ses possibilitĂ©s vocales et expressives, le lĂ©gendaire Howard Crook dans l’un de ses emplois les mieux chantants. Son entrĂ©e, rĂ©citatif accompagnĂ© puis air, sont d’une irrĂ©sistible intensitĂ©, effusion et narration tendre et habitĂ©e par la noblesse du livret de Jennens. En comparaison, Gardiner au mĂȘme moment ennuierait presque par une sonoritĂ© plus lisse, ronde, donc plus prĂ©visible. Eblouissante, d’une virtuositĂ© flexible et toujours nuancĂ©e, si proche du texte Arleen Auger Ă©blouit elle aussi (N°16, Rejoyce greatly, daughter of Zion
 illuminĂ© par son timbre Ă©vident). MĂȘme couleur brillante et instinct irrĂ©prochable pour la haute contre Michael Chance (noblesse et certitude aĂ©rienne d’une fluiditĂ© liquide du n°13 : « Thou art gone up on high. »  Reconnaissons que la sĂ»retĂ© des solistes rĂ©unis autour de lui par Trevor Pinnock laisse pantois ; rien Ă  voir avec les solistes plus incertains de Gardiner, presque dix ans plus tard.

 

 

 

 

DERNIERS ORATORIOS : 1743-1750
Les derniers oratorios. VĂ©ritables opĂ©ras sacrĂ©s (sauf les deux mythologiques : SĂ©mĂ©lĂ© et Hercules), les derniers ouvrages anglais de Haendel sont des drames de plus en plus intĂ©rieurs oĂč brillent grĂące aux contrastes rĂ©alisĂ©s des choeurs – vrais personnages collectifs ou force morale faisant commentaire, le profil pur et hautement moral des protagonistes comme le relief dramatiquement efficace et magistralement colorĂ© de l’orchestre.

handel_london haendel a londres hanovre square rooms concerts of handel in londonSAMSON, fĂ©vrier 1743. ComposĂ© en 1741 et finalement prĂȘt au moment oĂč le compositeur crĂ©e son Messie Ă  Dublin, Samson est mis de cĂŽtĂ© pour Londres. Sur un livret de Milton, l’oratorio reprend le canevas du drame biblique laissĂ© depuis Saul (1739). CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Royal Covent Garden de Londres, l’ouvrage de Handel s’intĂ©resse surtout Ă  la fin de la vie de Samson : quand le hĂ©ros juif ayant rĂ©vĂ©lĂ© Ă  Dalila le secret de sa force, donc sa faillibilitĂ©, est l’esclave des Philistins, victime de la haine collective, ne dĂ©sirant plus que la mort. Au dĂ©but, il doit divertir le peuple au moment de la fĂȘte de Dagon
 L’oeuvre est plus psychologique que dramatique. Et c’est la puissance et le surtout le raffinement de la musique qui en exprime la subtile mĂ©tamorphose intĂ©rieure (ouverture brillante avec cors). L’homme trahi se reconstruit peu Ă  peu, en particulier par la conscience reconquise de sa force supĂ©rieure grĂące Ă  la brutalitĂ© du gĂ©ant Harapha dont il partage la puissance
 mais dans son cas, plus avisĂ©e, plus affĂ»tĂ©e. C’est cette conscience qui lui permet ensuite de dĂ©truire les Philistins sous les ruines de leur temple. Admirateur des tragĂ©dies antiques grecques, Milton invente telle une figure prophĂ©tique, la coryphĂ©e Micah, voix solitaire dĂ©tachĂ©e du choeur et doublĂ©e par lui, qui commente l’action et jalonne l’élĂ©vation spirituelle et morale de Samson, vrai hĂ©ros vertueux, qui a ressuscitĂ© de lui-mĂȘme. Handel recycle nombre des motifs de Telemann, Legrenzi, Carissimi et surtout de l’opĂ©ra Numitore de Porta, Ă©coutĂ© en 1720
 Novateur, le compositeur rĂ©serve le rĂŽle titre de Samson au tĂ©nor John Beard, quand la tradition lyrique prĂ©fĂ©rait jusque lĂ  un castrat.

 

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423christophers-harry-handel-oratorio-haendel-oratorios-harry-christophers-1266926603-article-0InterprĂ©tation. Ductile et expressive, d’une nervositĂ© intĂ©rieure (absente chez Gardiner), l’approche de Harry Christophers en 1999, saisit par son activitĂ© instrumentale, un sens de la caractĂ©risation musicale qui donne vie Ă  chaque jalon de l’itinĂ©raire d’un Samson en plein doute (N°17 : « Why does the God of Israel sleep ? » admirablement flexible); de fait, le chef a trouvĂ© un superbe tĂ©nor : Thomas Randle, d’une noblesse virile et tendre, dont le nerf reste constant. Tandis que le soprano souple et sombre de Catherine Wyn Rogers fait une Micah pleine de compassion et de tendresse admirative pour le hĂ©ros en pleine transformation : c’est elle la seconde protagoniste par l’importance de ses airs et la force expressive. Encore une fois la fine Ă©quipe anglaise rĂ©unis par Harry Christophers sĂ©duit par son approche trĂšs fine et raffinĂ©e, essentiellement vivante, du drame HaendĂ©lien.

 

 

 

Les Oratorios sur un sujet mythologique
(SEMELE, février 1744 / HERCULES, janvier 1745 )

 

 

 

 

SEMELE, février 1744

handel-haendel-portrait-582-grand-portrait-handel-haendelSur un prĂ©texte mythologique, sujet Ă  de somptueux effets dramatiques (le dĂ©voilement final de Jupiter Ă  la face d’une trop naĂŻve amoureuse, l’insouciante et Ă©cervelĂ©e SĂ©mĂ©lĂ© qui en meurt Ă©videmment), l’oratorio SĂ©mĂ©lĂ© est par sa construction en scĂšne fortement caractĂ©risĂ©es (et la faible prĂ©sence des choeurs), l’un de plus proches de l’opĂ©ra. ComposĂ© en juin 1743, la partition rĂ©utilise le livret ancien de Congreve (1706). La jalouse Junon, que Jupiter trompe sans vergogne se venge de SĂ©mĂ©lĂ©, nouvelle conquĂȘte du Dieu des dieux, en la poussant jusqu’à prier Zeus d’apparaĂźtre donc dans toute sa glorieuse majestĂ©, Ă©blouissante
 quitte Ă  en ĂȘtre rĂ©duite en cendres (air de SĂ©mĂ©lĂ© n°50). Ici peu de choeur, mais une action concentrĂ©e sur le sĂ©millant badinage des acteurs, tous unis pour perdre la pauvre beautĂ©, trop vaniteuse pour discerner le danger que sa soif d’immortalitĂ© suscite directement. La fantaisie poĂ©tique (figure du Sommeil Somnus), la tendresse comique, shakespearienne d’un Handel proche de Purcell, enchantĂšrent le public dĂšs la crĂ©ation le 10 fĂ©vrier 1744 au ThĂ©Ăątre royal de Covent Garden Ă  Londres


 

 

InterprĂ©tation. John Nelson rĂ©unit en 1993, la crĂšme des chanteurs lyriques anglo-saxons offrant Ă  la comĂ©die mythologique de Handel des tempĂ©raments opĂ©ratiques d’une prĂ©sence indĂ©niable : Samuel Ramey (Somnus), le tĂ©nor John Aller (Jupiter), surtout Sylvia McNair (Iris), Marilyn Horne (bavarde et suractive Junon), et dans le rĂŽle-titre, la superdiva, lolita aux caprices lĂ©gendaires, l’impossible mais ici si virtuose et sensuelle, Kathleen Battle. osons dire que son absence totale de profondeur colle parfaitement Ă  la figure de l’écervelĂ©e vaniteuse
 L’English Chamber Orchestra grĂące au chef s’est allĂ©gĂ© et veille particuliĂšrement Ă  caractĂ©riser chaque sĂ©quence d’une lecture admirablement sĂ©duisante. De sorte que sans dĂ©cor ni machinerie, SĂ©mĂ©lĂ© dĂ©ploie ses habits de vrai opĂ©ra. Les accrocs aux sonoritĂ©s mordantes, Ăąpres des cordes en boyaux, passeront leur chemin.

 

 

 

 

 

 

 

HERCULES, janvier 1745

handel-haendel-portrait-vignette-carre-handel-380AprĂšs SĂ©mĂ©lĂ©, Haendel aborde l’AntiquitĂ© et la mythologie mais alors que SĂ©mĂ©lĂ© est une comĂ©die, Ă©pinglant l’insouciante fatale d’une Ă©cervelĂ©e passablement vaniteuse, Hercules, en serait le pendant tragique, sombre voire terrifiant. Car ici d’aprĂšs Ovide et Sophocle, Handel fait crĂ©er au King’s ThĂ©Ăątre de Haymarket le 5 janvier 1745, -  juste avant son gĂ©nial Belshazzar, un Ă©pisode de la vie d’Hercule qui est son ultime : Nessus, centaure qui aimait DĂ©janire, se venger trĂšs cruellement quand la belle a prĂ©fĂ©rĂ© l’amour d’Hercule. Il fait croire Ă  la traitresse qu’une tunique tĂąchĂ©e de son sang lui permettra de reconquĂ©rir l’amour de son amant auquel elle prĂȘte une idylle avec la captive Iole. En vĂ©ritĂ©, la tunique que revĂȘt Hercule est empoisonnĂ©e et le hĂ©ros meurt dans d’atroces souffrances en maudissant DĂ©janire. Tout l’opĂ©ra est concentrĂ© sur le profil de DĂ©janire qui demeure l’un des rĂŽles dramatiques et tragiques pour mezzo, continĂ»ment passionnant. Le doute, la lolie, la jalousie haineuse et destructrice, l’aveuglement total qui passionne DĂ©janire au point de ne plus discerner la rĂ©alitĂ©, sont magistralement exprimĂ©s : l’amoureuse hystĂ©rique et criminelle finit hantĂ©e par les furies.

LibĂ©rĂ© des conventions de l’opĂ©ra avec dĂ©cors, donc du da capo, Handel affectionne une forme lyrique libre, Ă©pousant chaque sĂ©quence Ă©motionnelle, selon les personnages et leurs situations. MalgrĂ© ses qualitĂ©s, l’opĂ©ra ainsi dĂ©guisĂ© Hercules fut boudĂ© par le public qui attendait un drame sacrĂ© moral et spirituel, au lieu de quoi, Handel lui servit une tragĂ©die de la jalousie, opĂ©ra maquillĂ© en drame profane. L’échec fut bien compris : Handel dĂ©laissa dĂ©finitivement les sujets mythologique pour revenir aux figures Ă©difiantes en particulier fĂ©minines (Theodora, Jephtha).

 

 

minkowski marcInterprĂ©tation. De toute Ă©vidence, Marc Minkowski fait du Minkowski. Aucune profondeur mais une attention vive aux contrastes et effets dramatiques ; d’oĂč la sensation continue d’un geste embrasĂ©, parfois sec, mais oĂč fait cruellement dĂ©faut, la vĂ©ritĂ©. Le rĂŽle-titre est emblĂ©matique : superbe personnage de baryton basse pourtant, Gidon Saks aborde le profil de Hercules avec un panache linĂ©aire, absent de nuances intĂ©rieurs (III, scĂšne 2 : « O Jove!). Dommage. Plus raffinĂ© dans l’expressivitĂ© ardente, et les inflexions mĂ©ditatives : Lychas de David Daniels, et surtout le trĂšs hĂ©roĂŻque Hyllus – fils d’Hercule, du tĂ©nor Richard Croft (palpitant, inscrit dans l’urgence : « « Let not famĂ© the timings spread » / expression de l’amour filial sincĂšre de Hyllus pour son pĂšre). Velours colorĂ© au diapason d’une folie de plus en plus hystĂ©rique et haineuse (vis Ă  vis de Iole), la DĂ©janire de Von Otter ne manque pas d’intensitĂ©, mais il manque une certaine profondeur hallucinĂ©e, due certainement aux tempi parfois prĂ©cipitĂ©s du chef emballĂ© par sa fougue (Episode de folie du III : « Where shall I fly? », vaste rĂ©cit accompagnĂ© Ă  la gravitĂ© pourtant racinienne). Plus juste et d’une vĂ©ritĂ© proche du texte, la trĂšs dĂ©licate et si musicale Iole de Lynne Dawson (« My breast with tender pity swells » ), qui dans l’air le plus long du III, exprime ce sentiment humain de compassion, contrastant avec la violence barbare des Ă©pisodes qui l’environnent. Le nerf est bien prĂ©sent, offrant une belle caractĂ©risation mais pour DĂ©janire (trop lĂ©gĂšre pour un rĂŽle noir?), et un Hercules trop brut tempĂšre l’enthousiasme face Ă  une version qui cible souvent le clinquant, mais qui comportent des instants trĂšs justes (grĂące Ă  la tenue des solistes : dernier duo amoureux et victorieux Hyllus/Iole, Croft/Dawson).

 

 

 

 

 

 

BELSHAZZAR, mars 1745

handel-haendel-londres-london-vignette-dossier-haendel-2016-sur-classiquenewsEn mars 1745, Handel prĂ©sente son nouvel oratorio au Haymarket de Londres, sĂ»r de son Ă©criture orchestralement et fabuleusement raffinĂ©e. Le choeur et les instruments conduisent magistralement l’action (cf dans l’acte II, la Symphonie en urgence ouvrant la scĂšne du banquet de Belshazzar : sentiment panique et aussi couleur cynique et barbare pour dĂ©peindre l’arrogance dĂ©placĂ©e des Babyloniens). Dans le cas de Belshazzar, Handel fait comme Wagner dans l’élaboration de la TĂ©tralogie : il interrompt l’écriture de Belshazzar aprĂšs la fin du second acte, pour Ă©crire le souffle hĂ©roĂŻque et tragique d’Hercules ; le compositeur reprendra Belshazzar et son troisiĂšme et dernier acte, quand il recevra la fin du livret de Charles Jennens.
Bien que magistral par la diversitĂ© des portraits vocaux (Nitocris, Belshazzar, Daniel soit la tendresse maternelle / le cynisme et la cruautĂ© juvĂ©niles / la sagesse mystique), exigeant des choeurs, une articulation inouĂŻe ; d’un Ă©quilibre dramatique efficace sans temps morts, Belshazzar passe quasi inaperçu Ă  Londres, en raison d’une saison trop riche, dĂ©fendue par un Handel gĂ©nial et boulimique, difficile ainsi Ă  suivre dans cette saison 1745.

De la part de Charles Jennens, c’est assurĂ©ment l’un des oratorios les mieux Ă©crits sur le plan dramatique, vrai drame lyrique sacrĂ© qui saisit par la force des choeurs (prodigieux de diversitĂ© expressive : tour Ă  tour : Babyloniens arrogants et haineux ; hĂ©breux, humiliĂ©s, dĂ©sespĂ©rĂ©s ou fervents ; mais aussi Perses agressifs et bientĂŽt, sous la conduite de Cyrus, victorieux des babyloniens), le profil des hĂ©ros : certes la juvĂ©nilitĂ© perverse et bornĂ©e donc fatale du jeune Belshazzar ; surtout les deux Ăąmes spirituellement « amoureuses » : Nitocris, mĂšre aimante qui reste animĂ©e par la quĂȘte de rĂ©demption en faveur de son fils perdu mais aimĂ© ; surtout le prophĂšte Daniel, d’une autoritĂ© vocale supĂ©rieure, essentiellement spirituelle : son monde contraste avec les vilainies bassement terrestres de l’action continue.

Handel_Belshazzar_William ChristieDans un rĂ©cent enregistrement, William Christie et ses Arts Florissants ont dĂ©montrĂ© le gĂ©nie expressif et poĂ©tique du Handel des annĂ©es 1745/1746 : douĂ© d’une intelligence introspective rare (l’amour de Nitocris dont le regard sur le dĂ©roulement de l’action est le fil conducteur de l’oratorio qui est donc accompli Ă  travers les yeux d’une mĂšre – superbe premier air d’ouverture : « Thou, God most high »- ; mĂȘme comprĂ©hension superlative de l’élĂ©vation spirituel voire mystique de Daniel : les 2 caractĂšres y sont prodigieusement rĂ©alisĂ©s). LIRE notre critique de Belshazzar par William Christie (enregistrĂ© en 2012, paru en 2013) / VOIR notre reportage vidĂ©o exclusif de Belshazzar par William Christie.

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Comme dans son fabuleux Messie de 1988, Trevor Pinnock poursuit une comprĂ©hension profonde des enjeux psychiques et spirituels du drame haendĂ©lien grĂące Ă  un geste trĂšs articulĂ© et ciselĂ©, en un continuum orchestral trĂšs nuancé  Soucieux de la caractĂ©risation la plus juste et la plus intime des personnages, Pinnock rĂ©serve le superbe rĂŽle de Nitocris, mĂšre aimante et compassionelle Ă  sa soprano favorite (dĂ©jĂ  prĂ©sente dans son Messie) : Arleen Auger (sobriĂ©tĂ© exemplaire et tendre vĂ©ritĂ© de son second grand air : N°37 « Regard, oh son  », acte II)) ; Anthony Rolfe Johnson souligne l’incisive barbarie de Belshazzar, son ignorance de toute sagesse ; James Bowman rend Daniel, vibrant et habitĂ© par ses visions. Sans atteindre la grĂące mystique, le raffinement spirituel rĂ©alisĂ© par William Christie dans son approche de l’oratorio, Trevor Pinnock lui ouvrait dĂ©jĂ  la voie par son attention Ă  l’extrĂȘme sensibilitĂ© humaine de l’écriture.

 

 

Judas Maccabaeus, 1747

Hogarth,_William_-_Portrait_of_a_Man_-_Google_Art_ProjectLe HWV 63 est crĂ©Ă© Ă  Londres au ThĂ©Ăątre royal de Covent Garden, le 1er avril 1747. La partition suit le livret de Thomas Morell et en liaison avec le contexte politico-religieux de l’époque cĂ©lĂšbre la victoire du Comte de Cumberland contre les jacobites. Avec les oratorios Joshua, Alexander Balus, il s’agit aux cĂŽtĂ©s de l’Occasionna Oratorio, d’une tĂ©tralogie sacrĂ©e particuliĂšrement guerriĂšre et militante, grĂące Ă  laquelle Handel reconquiert son public aprĂšs l’échec de ses opĂ©ras italiens de 1745. Contrairement Ă  Saul, Samson, ou Belshazzar (gĂ©nial mais nous l’avons vu, ignorĂ© purement et simplement par l’audience), Judas est une oeuvre complaisante, rĂ©pondant opportunĂ©ment Ă  une commande qui doit cĂ©lĂ©brer et exalter la fibre patriotique, Handel n’hĂ©sitant pas Ă  allĂ©ger mĂȘme le profil psychologique des protagonistes, singuliĂšrement lĂ©gers. Dans l’acte I, les Juifs pleurent leur chef Mattathias rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ©.Son fils, Simon est sollicitĂ© pour dĂ©signer un nouveau leader : il nomme son frĂšre Judas. De fait ce dernier, inspirĂ© par la Paix, exhorte les Juifs Ă  reprendre les armes pour assurer leur libertĂ©. Au II, la fiĂšre Ă©nergie des Juifs menĂ©s par Judas est mise Ă  mal par Antiochus et ses armĂ©es, mais dans le III, les prĂȘtres israĂ©lites louent le courage de Judas Maccabaeus et sa victoire Ă  Capharsalama. Judas Maccabaeus est une vaste cantate de guerre, emportĂ©e finalement par un allant victorieux.

 

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423mackerras charles maestro handel haendelInterprĂ©tation. ReprĂ©sentatif de la fin des annĂ©es 1970, oĂč la nervositĂ© dĂ©poussiĂ©rĂ©e des orchestres sur instruments anciens n’a pas encore tout explorer, le geste prĂ©cis certes de Mackerrras en 1977, Ă  la tĂȘte des modernes instrumentistes de l’English Chamber orchestra, a bien du mal sur la durĂ©e Ă  nous tirer d’une assommante torpeur : les choeurs comme les rĂ©citatifs souffrent d’une mĂ©canique monolithique (continuo savonnĂ© et lisse), sans guĂšre de caractĂ©risation. Seules les superbes solistes, surtout fĂ©minins (Felicity Palmer et Janet Baker en respectivement une femme israĂ©lite et un homme israĂ©lite), saisissant par leur sens du texte et des enjeux dramatiques, principalement guerriers.

 

HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie I
A venir, la seconde partie de notre grand dossier Les Oratorios de Haendel Handel, partie II :

 

Entre autres, les drames bibliques :
Solomon, mars 1749
Theodora, mars 1750
Jephtha, février 1752

 

CONSULTER la Partie 2 de notre grand dossier Les Oratorios de Handel 

Conception du dossier Haendel : les oratorios... Benjamin Ballifh, Camille de Joyeuse  avec Elvire James et Lucas Irom

 

 

 

 

 

 

 

 

Teseo de Haendel (Londres 1713)

haendel_handel_costume_portraitFrance Musique. Haendel : Teseo. Dimanche 13 juillet 2014, 20h.  D’aprĂšs ThĂ©sĂ©e de Quinault et Lully (1675), Teseo de Handel entend renouer avec la concision tragique de l’opĂ©ra français hĂ©ritĂ© du Grand SiĂšcle. CrĂ©Ă© en 1713 au ThĂ©Ăątre de la Reine de Heymarket, sur le livret de Nicola Haym, Teseo est le troisiĂšme ouvrage londonien de Haendel : ThĂ©sĂ©e et la belle Agilea suscitent les foudres haineux de l’inflexible et terrifiante magicienne MĂ©dĂ©e… En 5 actes, respectant ainsi la tradition du cadre français, Teseo recueille les fruits triomphants de Rinaldo et remporte un Ă©gal succĂšs auprĂšs des londoniens. Haym concentre la tension dramatique sur le couple AeglĂ©/ThĂ©sĂ©e, mis Ă  mal par la jalousie de MĂ©dĂ©e et les avances d’EgĂ©e (Ă©pris d’AeglĂ©).La figure de MĂ©dĂ©e, irascible mais impuissante amoureuse, s’exprime dans des airs bouleversants qui en font la vraie hĂ©roĂŻne de l’ouvrage : puissante dĂ©itĂ© vouĂ©e au Mal mais femme dĂ©munie quand paraĂźt celui qu’elle aime en pure perte  : ThĂ©sĂ©e. Son caractĂšre annonce l’humanitĂ© Ă  vif d’Alcina et d’Orlando. L’orchestre dĂ©ploie une riche orchestration (trĂšs nombreux airs avec hautbois obligĂ© et violoncelle solo pour l’un deux). PrĂ©cis et dramatique, le chef Federico Maria Sardelli poursuit son exploration de la lyre haendĂ©lienne Ă  Londres, l’une des plus flamboyantes, avant l’essor des oratorios anglais.

Georg Friedrich Haendel
1685 – 1759‹
Teseo
Dramma tragico per musica en 5 actes.‹CrĂ©Ă© le 10 janvier 1713au Queen’s Theatre de Haymarket.‹Livret de Nicola Haym, d’aprĂšs ThĂ©sĂ©e de Philippe Quinault

Teseo : Lucia Cirillo, mezzo-soprano
Medea : Gaëlle Arquez, soprano
Agilea : Emmanuelle de Negri, soprano
Arcane : Damien Guillon, contre-ténor
Clizia : Francesca Boncompagni, soprano
Egeo : Delphine Galou, contralto

Ensemble Modo Antiquo
Federico Maria Sardelli, direction

France Musique. Haendel : Teseo. Dimanche 13 juillet 2014, 20h. Enregistré le 4 juillet à Beaune.  

Approfondir :  Haendel sur classiquenews

Haendel Ă  Londres (1710-1759)

Haendel et les castrats

Haendel, l’aventure lyrique : les opĂ©ras pas Ă  pas

Teseo : le Thésée de Haendel