Compte rendu, opéra. Nantes. Angers Nantes Opéra, le 9 janvier 2016. Hervé : Les Chevaliers de la Table Ronde.Pierre-André Weitz

herve chevaliers table ronde opera herve critique review annonceL’annĂ©e 2016 nantaise commence avec une heureuse rĂ©surrection : celle du père de l’opĂ©rette, Louis-Auguste-Florimond Ronger, dit HervĂ© (1825-1892). Ainsi grâce Ă  Angers Nantes OpĂ©ra, la partition oubliĂ©e du premier grand opĂ©ra-bouffe en trois actes d’HervĂ© « Les Chevaliers de la Table Ronde » revient en vie, et ce avec la fabuleuse participation de la compagnie lyrique Les Brigands, soit treize chanteurs-acteurs et douze instrumentistes. La partition est adaptĂ©e par Thibault Perrine. Le directeur musical de la compagnie, Christophe Grapperon, est Ă  la baguette et la mise en scène, les costumes et la scĂ©nographie sont assurĂ©es par le dĂ©corateur complice d’Olivier Py : Pierre-AndrĂ© Weitz (NDLR : lequel fait donc ses premières armes comme metteur en scène) !

 

 

 

« On ne peut plus rentrer quand on en est dehors » : l’opĂ©ra bouffe oĂą l’on mange bien…

On ne sait pas ce que c’est, mais que c’est bon !

 

 

herve chevaliers de la table ronde 3 classiquenews annonce review critique 20151122-chevaliers-3La rĂ©surrection du compositeur auparavant controversĂ© est une rĂ©habilitation, tellement l’artiste et son Ĺ“uvre sont nĂ©gligĂ©s, tant la production est bonne. Les reprĂ©sentations nantaises faisant partie d’une tournĂ©e nationale et internationale du spectacle, nous en augurons le plus vif succès. L’œuvre en trois actes est dĂ©licieusement invraisemblable et parodique. L’histoire se passe quelque part, dans un pays improbable entre le Moyen Age et 2017, dans une « baraque de fĂŞte foraine en bois, un château en quelque sorte », une bande de chevaliers errants dĂ©cide d’enlever le chevalier Roland qui, Ă©pris de MĂ©lusine l’enchanteresse, affiche une mollesse domestique insupportable, honteuse Ă  leurs yeux. L’occasion d’agir est donnĂ©e par le tournoi du Duc Rodomont dont la rĂ©compense est la main de sa fille AngĂ©lique, qu’il veut faire Ă©pouser Ă  un homme courageux mais surtout riche pour l’aider dans sa propre dĂ©tresse financière. Il soupçonne la Duchesse Totoche d’avoir un amant qui l’entretient. Une succession de qui pro quo s’enchaĂ®ne et se dĂ©chaĂ®ne ; après maints couplets dĂ©licieusement lĂ©gers, ariettes grandiloquentes, faux rĂ©citatifs expressionnistes et caricaturaux, avec une bonne dose de danse folle, d’amour, d’humour, de citations et parodies musicales, de chanteurs dĂ©guisĂ©s en singe, des murs cassĂ©s (surtout le 4e), nous en arrivons au lieto fine, oĂą « ils vĂ©curent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

C’est toute la potion magique dont nous avons besoin cet hiver quelque peu terrifiant, et en cette Ă©poque de manière gĂ©nĂ©rale, avec ses grandes parts de trauma, de terreur, de violences. D’une dĂ©licieuse lĂ©gèretĂ©, la production apporte du baume au cĹ“ur en ce dĂ©but 2016. Ce breuvage ne peut ĂŞtre autre qu’une production dont la libertĂ© jouissive, la dĂ©sobligeance jubilatoire et pĂ©tillante, l’auto-dĂ©rision insolente et percutante, ravissent les cĹ“urs et font mal au ventre tellement c’est drĂ´le.
Un bijoux retrouvĂ© et redorĂ© qui mĂ©ritait Ă©videmment d’être exhumĂ©. Une production avec tant de vertus que nous ne pourrons pas toutes aborder, mais qui mĂ©rite quantitĂ© de louanges. A commencer par le travail d’Ă©dition et de transcription musicale, de la part de Thibault Perrine, qui a gardĂ© l’essentielle et le particulier de la partition orchestrale pour un effectif de 12 instrumentistes, privilĂ©giant ainsi les voix. Suivant en cela la lĂ©gère adaptation de l’œuvre (deux versions de l’auteur existent, la première de 1866 et l’autre de 1872), dans le plus typique esprit de l’opĂ©rette. Ceci va des costumes intemporels en noir et blanc, mĂ©langeant styles et genres (nous avons droit mĂŞme aux chevaliers errants habillĂ©s en footballeurs sponsorisĂ©s par une marque de bière française), jusqu’aux affectations particulières et caractĂ©ristiques dans les dialogues et façons de parler (Roland a l’accent le plus facĂ©tieux d’un « gars » de banlieue populaire, par exemple). Un travail qui rĂ©vèle une Ă©quipe soudĂ©e et dont la bonne entente et la complicitĂ© sont Ă©videntes et stimulantes !

herve opera chevaliers table ronde critique annonce review classiquenews 1 20151122-chevaliers-4Comme la musique d’ailleurs ! Pas de sĂ©rieux ni de snobisme quelconque dans cet opus revisitĂ©. Le personnage de la Duchesse Totoche, qui parle en rĂ©citatif beaucoup trop expressif et discordant par rapport Ă  son texte est LA parodie de la Diva d’Opera seria. Elle est superbement interprĂ©tĂ©e par la soprano Ingrid Perruche. Le MĂ©dor du tĂ©nor Mathias Vidal, est tellement solaire et incarnĂ© qu’on dirait que c’est vrai qu’il aime AngĂ©lique d’un amour « volcanique » et que son cĹ“ur est vraiment « brĂ»lĂ©, carbonisé » par sa beautĂ© « mirifique ». AngĂ©lique, la soprano Lara Neumann, est pĂ©tillante et ingĂ©nue Ă  souhait, nous n’oublions toujours pas son duo avec MĂ©dor au premier acte oĂą son cĹ“ur battait, battait, battait, pour notre plus grand bonheur. Le Duc Rodomont du tĂ©nor Damien Bigourdan joue la carte de l’expressionnisme mĂ©lodramatique hystĂ©ro-comique, galactique, dĂ©lirant, en verve comme personne, son air au premier acte est un tour de force théâtral et onomatopĂ©ique. Le personnage de l’enchanteresse MĂ©lusine sied parfaitement Ă  l’artiste complète qu’est la soprano Chantal Santon-Jeffery, avec la prestance sur scène qui est la sienne et sa puissance et agilitĂ© vocale, ses vocalises au finale du II, sont des plus redoutables. Les 4 chevaliers errants se distinguent surtout par leurs talents comiques, et deux d’entre eux pour la qualitĂ© de leurs danses et mouvements on ne peut mieux dĂ©jantĂ©s ! Le Roland du tĂ©nor RĂ©my Mathieu se distingue aussi par son talent de comĂ©dien (l’ancien enfant chanteur de maĂ®trise Ă  Monaco devient banlieusard particulièrement convaincant et de façon Ă©tonnante!). Remarquons Ă©galement que la diction de presque toute la troupe est Ă  la fois suffisamment percutante et claire pour que le public puisse concentrer sa vue comme son Ă©coute, sur l’action et non les sous-titres.

 

 

Nous sortons de la reprĂ©sentation avec une sensation de lĂ©gèretĂ© tout Ă  fait hilarante et vĂ©ritablement antidĂ©pressive. La compagnie Les Brigands avec ses chanteurs et musiciens offrent une prestation, pour cette première nantaise, de grand entrain et haute qualitĂ©. La mise en scène de Pierre-AndrĂ© Weitz (surtout connu comme le scĂ©nographe fĂ©tiche d’Olivier Py), dans ce lieu unique qu’on comprend très vite, est surtout efficace. La musique instrumentale rĂ©duite l’est aussi, et la performance des musiciens est concordante Ă  celle des chanteurs, donc très bien. Ce beau et drĂ´le projet mĂ©rite d’être connu d’un très grand public ; chacun des spectateur prĂ©sent ce soir s’est dĂ©lectĂ© de la gaĂ®tĂ© irrĂ©vĂ©rencieuse omniprĂ©sente dans l’œuvre et sa mise en valeur par la performance tonique des interprètes. A voir et revoir sans modĂ©ration les 12, 13 et 14 janvier Ă  Nantes, puis les 16, 17 et 19 janvier 2016 Ă  Angers.

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes. Angers Nantes OpĂ©ra, le 9 janvier 2016. HervĂ© : Les Chevaliers de la Table Ronde. Damien Bigourdan, Ingrid Perruche, Mathias Vidal… Compagnie Les Brigands. Thibault Perrine, transcription. Christophe Grapperon, direction musicale. Pierre-AndrĂ© Weitz, mise en scène, costumes et scĂ©nographie.

Hervé : Les Chevaliers de la Table Ronde, 1866. Recréation

herve opera chevaliers table ronde critique annonce review classiquenews 1 20151122-chevaliers-4Bordeaux. Hervé : Les Chevaliers de la table ronde : à partir du 22 novembre 2015. Création lyrique de novembre. La Table ronde d’Hervé réunit une galerie de portraits déjantés qui égratigne le profil des vertueux soldats du Graal… Pour faire rire, Hervé en vrai rival d’Offenbach n’hésite pas à parodier, détourner, mais avec finesse et subtilité. Les Chevaliers de la Table ronde, créé en 1866, est le premier volet des opérettes / opéra bouffes d’Hervé ; suivront L’Œil crevé, Chilpéric et Le Petit Faust. L’ouvrage prend prétexte des aventures arturiennes, de Lancelot ou Merlin pour déployer tout un nouvel imaginaire fortement inspiré par le fantastique et l’esprit de féérie dans le style médiéval. Hervé inaugure un comique délirant et potache, surréaliste et féerique dont la veine poétique annonce « Sacré Graal » des Monty Python.

HervĂ© : le vrai rival d’Offenbach

herve chevaliers table ronde opera herve critique review annonceEn vrai rival d’Offenbach dont Hervé connaît bien les ficelles pour en avoir chanter les rôles, l’ouvrage ainsi révélé, souligne la force et la cohérence d’une écriture dramatique souvent irrésistible : les nombreux personnages secondaires (dont les quatre chevaliers « ridicules ») impose sur la scène un spectacle ambitieux, capable de rivaliser avec les productions de l’Opéra-Comique contemporaines. Hervé s’y montre maître des quatre registres familiers à l’Opéra-Comique : la parodie (des genres sérieux, de la musique étrangère), la vitalité rythmique, une virtuosité décalée, une grande richesse mélodique immédiatement.

Dans la suite du style troubadour, depuis le Second moire qui s’intéresse aux citations historicistes dont le néogothique (souvent assimilé au registre sacré ou mystique), le Moyen Age est une forte source de fascination et de créativité musicale : chez Hervé, aux côtés des chevaliers souvent potaches ou parodiés (Rodomont, Roland et même le « sage » Merlin y sont fragilisés, et bien peu responsables), se distingue à l’inverse, l’intelligence des femmes :  Mélusine, Totoche, Angélique qui chacune à sa manière, incarne les caractères de l’expressivité féminine: l’amour, la jalousie, la cupidité, la sensualité. La production est la première mise en scène du machinsite et décorateur d’Olivier Py, Pierre-André Weitz.

En génie de l'opérette romantique : Hervé ressuscite

 

 

 

 

 

boutonreservationLes Chevaliers de la table ronde d’Hervé à Bordeaux
Création le 22 novembre 2015 à l’Opéra National de Bordeaux
Du 22 au 27 novembre à l’Opéra National de Bordeaux
Les 22 (15h), 23, 25, 26, 27 novembre 2015, 20h
Opéra-bouffe en 3 actes créé en 1866
Paroles de Henri Chivot & Alfred Duru
Musique de Florimond Ronger dit Hervé (1825-1892)
Version pour treize chanteurs et douze instrumentistes

 

 

et dans de nombreuses salles en France, à l’occasion d’une tournée événement : 35 dates en France, Belgique et Italie, jusqu’en mars 2016.

Direction musicale : Christophe Grapperon
Mise en scène : Pierre-André Weitz
Assisté de Victoria Duhamel

 

Avec Damien Bigourdan (le Duc Rodomont), Antoine Philippot (Sacripant), Arnaud Marzorati (Merlin), Manuel Nuñez Camelino (le jeune ménestrel Médor), Ingrid Perruche (la duchesse Totoche), Lara Neumann (Angélique), Chantal Santon-Jeffery (la magicienne Mélusine), Clémentine Bourgoin (Fleur de neige), Rémy Mathieu (Roland), David Ghilardi (Amadis),Théophile Alexandre (Lancelot), Jérémie Delvert (Renaud), Pierre Lebon (le Danois Ogier)…

Compagnie LES BRIGANDS
(avec les musiciens de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine du 22 au 27 novembre)