Compte-rendu, opéra. Reims. Opéra, le 16 janvier 2015. Haydn : Armida. Chantal Santon, Juan Antonio Sanabria, Enguerrand De Hys, Laurent Deleuil, Dorothée Lorthiois, Francisco Fernandez-Rueda. Mariame Clément, mise en scène. Julien Chauvin, direction.

haydn-joseph-portrait-perruqueAprès L’Empereur d’Atlantis de Viktor Ullman la saison passĂ©e, c’est l’Armide de Joseph Haydn que l’Arcal – la compagnie de théâtre lyrique et musical fondĂ©e par Christian Gangneron en 1983 (dĂ©sormais dirigĂ©e par Catherine Kollen) – a retenu comme titre cette annĂ©e. ÉtrennĂ©e en octobre dernier au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, c’est Ă  l’OpĂ©ra de Reims que la production – signĂ©e Mariame ClĂ©ment – continue sa tournĂ©e, avant Massy, Besançon ou encore Clermont-Ferrand. Armida, dans la production dramatique de Haydn, c’est un peu comme La Clemenza di Tito dans celle de Mozart : alors que toute son Ă©volution montre une dramatisation progressive du buffa, un rĂ´le croissant de l’orchestre et des ensembles vocaux plus dĂ©veloppĂ©s, avec, notamment, de superbes finales, Armida est, comme La Clemenza di Tito, un retour aux conventions de l’opera seria : le bouffe n’y a aucune part, les rĂ©citatifs secs abondent. Est-ce la raison pour laquelle cet opĂ©ra, le dernier que Haydn ait Ă©crit pour Esterhaza, en 1783 (ce qui le situe chronologiquement juste après Idomeneo et Die EntfĂĽhrung aus Serail) – et qui contient tant de pages sublimes qui ne le cèdent en rien aux grands opĂ©ras de Gluck et de Mozart – reste si ignoré ?

 

 

 

 

 

Pro et anti gays…

 

 

 

armida reims (6)Pour cette histoire de croisĂ©s et d’ensorceleuse ensorcelĂ©e par l’amour, cent fois mise en musique, et qui remonte, au moins, Ă  la JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e du Tasse, Mariame ClĂ©ment n’a pas choisi la reconstitution historique, mais dĂ©cidĂ© de transposer l’action de nos jours, en substituant aux guerres de religion (pourtant d’une brĂ»lante et douloureuse actualitĂ©) le combat entre les « pro » et les « anti » Mariage pour tous. Armida est ici un homme, dont Rinaldo est tombĂ© amoureux, au grand dam de ses compagnons d’armes et du Roi sarrasin Idreno, farouchement anti-gay. Si l’idĂ©e peut se dĂ©fendre – mĂŞme si on la trouve, Ă  titre personnel, quelque peu rĂ©ductrice -, on sera beaucoup plus circonspect sur la banalitĂ© et la laideur de la scĂ©nographie, qui entre en constante opposition avec la beautĂ© de la partition.

Musicalement, Armida exige beaucoup des chanteurs. La jeune soprano française Chantal Santon, au timbre riche et expressif, a la prĂ©sence dramatique, la flamme et les moyens vocaux d’Armida. Elle trouve en Juan Antonio Sanabria (Rinaldo) un partenaire Ă  sa hauteur : timbre suave, aigus glorieux et virtuositĂ© Ă  l’avenant font de ce tĂ©nor canarien un talent Ă  suivre. Tous d’eux sont entourĂ©s d’autres jeunes chanteurs remarquables, Ă  commencer par Enguerrand de Hys (Ulbado), favorablement remarquĂ© dernièrement (malgrĂ© sa courte apparition) dans l’Otello rossinien au TCE, et qui semble Ă©galement promis Ă  un bel avenir. De son cĂ´tĂ©, DorothĂ©e Lorthiois (Zelmira) possède l’ampleur vocale exigĂ©e par sa partie (et une belle maĂ®trise de la ligne vocale), tandis que Laurent Deleuil (Idreno) se montre parfaitement convaincant dans le rĂ´le du mĂ©chant de service.

Formation nouvelle (avec des musiciens essentiellement issus du Cercle de L’Harmonie) dirigĂ©e (dans les deux sens du terme) par le talentueux violoniste français Julien Chauvin, La Loge Olympique s’avère remarquable, la soirĂ©e durant, par la prĂ©cision rythmique, l’articulation, le souci de la couleur : ils ont Ă©tĂ© les justes triomphateurs – avec l’Ă©quipe vocale, de cette rĂ©surrection d’Armida.

 

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Compte-rendu, opéra. Reims. Opéra, le 16 janvier 2015. Haydn : Armida. Chantal Santon, Juan Antonio Sanabria, Enguerrand De Hys, Laurent Deleuil, Dorothée Lorthiois, Francisco Fernandez-Rueda. Mariame Clément, mise en scène. Julien Chauvin, direction.

 

Illustrations : © Enrico Bartolucci