CD événement, annonce. MER(S) : Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, contralto / Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel – 1 cd ERATO

lemieux-MERS-erato-cd-homepage-concerts-cd-critique-classiquenewsCD événement, annonce. MER(S) : Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, contralto / Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel – 1 cd ERATO. Somptueux programme sur le thème marin et ici selon l’esthétique et les fantasmes propres à la fin et l’extrême fin du XIXè, wagnérienne et post wagnérienne. Le disque est avant tout une immersion majeure dans l’orchestre hollywoodien fin de siècle / Belle-Époque, celle de Richard Strauss, de Puccini, et bientôt de Ravel… C’est d’abord sur le plan chronologique, la première mondiale de la MER, ode – symphonie du très wagnérien Victorin Joncières dont on connaît bien la Symphonie romantique, récemment révélée : ici la partition de 1881 pour choeur, mezzo et grand orchestre déploie des effluves vaporeuses, celle des facettes de l’océan, tout à tour, qui berce, fascine et hypnotise, emporte, foudroie et enveloppe… mer tueuse et mer sirène, l’océan selon Joncières est un animal indomptable d’une puissance poétique manifeste, qui profite ici de ses avancées après son opéra triomphal Dimitri de 1876.

MN Lemieux chante Elgar, Chausson, Joncières
Extases marines…

Toute aussi wagnérienne est la lyre d’Ernest Chausson qui dans le triptyque du Poème de l’amour et de la mer (1892), de la décennie suivante, déploie une plus grande révérence à Wagner tout en la renouvelant totalement : la délicatesse picturale de l’orchestre renforce néanmoins la profonde langueur dépressive de l’écriture qui plonge dans les tréfonds de l’âme humaine (la mort de l’amour)… Enfin, en anglais, et sublimés par la formidable musique de Sir Edward Elgar, le plus impérial des compositeurs du british empire, les 5 poèmes symphoniques ou SEA PICTURES de 1899, offrent une flamboyante fresque orchestrale inspirée des éléments océaniques dont le premier, « Berceuse de la mer » (Sea slumber song), le plus enivré et extatique, exprime un émerveillement perpétuel… La voix ample, chaude, si charnelle et maternelle de Marie-Nicole Lemieux, en guest star, apporte ce grain humain fraternel souvent irrésistible. Critique complète à venir le jour de la parution du cd MER(S) Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel, le 13 sept 2019.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD événement, annonce. MER(S) : Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, contralo / l’Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel – 1 cd ERATO – CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2019

CD. Reportage vidéo : Dimitri de Victorin Joncières (1876)

joncieres_victorin_dimitri_1876_schiller_opera_bru_zane_PalazzettoJoncières : Dimitri (1870-1876). Recréation. Les recréations lyriques du Palazzetto Bru Zane. Créée en 1876, la partition de Dimitri, l’opéra le plus abouti de Joncières est probablement achevé dès 1870. Il s’agit d’une fresque historique où le compositeur impose son génie dramatique, comme fin psychologue et immense symphoniste. Bilan à l’occasion de l’enregistrement qui paraît en mars 2014 à l’initiative du Palazzetto Bru Zane — Centre de musique romantique française. Engagé dans la redécouverte et la diffusion des opéras romantiques français oubliés, le Palazzetto Bru Zane ressuscite en 2013 Dimitri de Victorin Joncières, journaliste et critique musical devenu compositeur, fervent wagnérien qui se passionne en 1876 pour l’histoire russe. Son œuvre incarne une alternative époustouflante au sujet traité à l’opéra par Moussorsgki dans Boris Godounov. Mais le français, sur les traces de Schiller, éclaire la figure controversée du jeune prince Dimitri, rival du Tsar Boris, finalement démasqué par celui qui avait soutenu son irrésistible ascension, le comte de Lusace dont Joncières fait le véritable héros de son drame lyrique. Il s’agit d’une suite à un précédent défrichement: en 2011, le Palazzetto recréait à Venise, la superbe symphonie romantique de Joncières qui en 1876 porte le même souffle impétueux d’une fluidité échevelée de Dimitri. Résurrection événement. En lire +, lire notre dossier spécial Dimitri de Victorin Joncières

Approfondir
Lire notre dossier spécial Dimitri de Victorin Joncières, partition achevée dès 1870, créée en 1876 à l’Opéra de Paris …

DIMITRI_1015_front_coverL’art de l’écoulement symphonique : l’ouverture de Dimitri. Symptôme d’une écriture concise et admirablement construite, toujours soucieuse de fluidité agréable à l’oreille, l’ouverture de Dimitri est un modèle du genre, à la fois récapitulation, formidable lever de rideau, et appel à l’imaginaire frappant par son souffle épique et grandiose : la succession des épisodes musicaux assure un condensé remarquablement structuré de l’ouvrage … thème sombre et slave de Vanda en amorce (c’est elle la protagoniste du drame lyrique), motif cynique de Lusace (la main vengeresse de Vanda), célébrations festives au palais de Vanda pour l’entrée du roi de Pologne au II… puis exposition du thème d’amour fusionnant Marina et Dimitri, auquel répondent ses successives réitérations dans la partition. Se développant sur près d’un tiers de l’ouverture, l’évocation amoureuse rétablit cet amour empêché qu’aurait du vivre le couple des jeunes amants, si l’inflexible Vanda n’avait pas réalisé son plan machiavélique avec l’aide de Lusace… Chaque motif s’imbrique ici l’un à l’autre, comme les éléments emboîtés d’un puzzle musical, avec un sens magistral de la transition et de l’écoulement. Joncières réussit son ouverture avec la même intelligence (architecture, couleurs instrumentales) que dans sa Symphonie romantique. Si l’ouverture de Dimitri avait seule survécu, le compositeur aurait été indiscutablement reconnu comme un immense symphoniste. C’est dire la valeur d’un opéra dont l’enregistrement discographique (première mondiale) est annoncé en mars 2014 (Livre 2 cd). Prochaine grande critique complète dans le mag cd de classiquenews.com

Dimitri de Victorin Joncières (1870)

Dimitri de Victorin Joncières (1870). Créée en 1876, la partition de Dimitri, l’opéra le plus abouti de Joncières est probablement achevé dès 1870. Il s’agit d’une fresque historique où le compositeur impose son génie dramatique, comme fin psychologue et immense symphoniste. Bilan à l’occasion de l’enregistrement qui paraît en mars 2014 à l’initiative du Palazzetto Bru Zane — Centre de musique romantique française.

Aborder le grand opéra

joncieres_victorin_dimitri_1876_schiller_opera_bru_zane_PalazzettoLa réussite de Dimitri créé en 1876, auquel a précédé Sardanapale (1867) et Le dernier jour de Pompéi (1869), est évidemment préparée par son étonnante Symphonie romantique de 1870 (au souffle wagnérien, oeuvre également ressuscité par le Palazzetto). Le compositeur sait aussi s’imposer dans le milieu musical parisien comme critique musical (pour La Liberté entre autres), comme l’avait été Berlioz, illustre rédacteur et souvent pertinent dans le Journal des Débats. Joncières y défend entre autres Franck ou Chabrier, tous wagnériens qu’une sensibilité propre conduit à un wagnérisme extrêmement original.
Peu de musique de chambre, pas de partitions amorçant une oeuvre qui immédiatement s’est confrontée au grand genre lyrique. Ses derniers opéras (La Reine Berthe, 1878 ; le Chevalier Jean, 1885 enfin Lancelot 1900) ne réussissent pas à inscrire son nom dans la lumière : de son vivant, Joncières restera malgré son tempérament indiscutable, un «  second maître ».

Achevée dès 1870, la partition de Dimitri est créée le 5 mai 1876. Ce report est du à l’incendie du Théâtre Lyrique par les pétroleurs communards survenu en 1871, scène pour laquelle Joncières avait conçu Dimitri. La nouvelle scène du Théâtre Lyrique devenu « national », temple des auteurs modernes accueille donc l’ouvrage de Joncières dont le sens du grandiose appelle déjà une scène plus ample encore, l’Opéra-Comique où la reprise est programmée dès 1890. Défenseur du flux continu wagnérien, Joncières demeure attaché au style italien à numéros, soignant cependant les transitions et les passages pour adoucir souvent les contrastes nés dans l’enchaînement d’un lent cantabile et d’une strette ou cabalette pointées) par exemple. La fresque de Dimitri se déroule en tableaux. La diversité des événements, leur imbrication permanente dans l’action suscitent nombre d’épisodes que Joncières traite par motifs et séquences sans les développer. Ici l’air le plus long dure 3mn. Si le critique se montre exclusivement wagnériste et rien d’autres (gare à ceux qui n’ont pas assimilé les avancées du maître de Bayreuth), le compositeur dévoile un éclectisme apparemment contradictoire qui regarde outre du côté des Meyerbeer, Verdi, Halévy déjà cités, mais aussi vers Gounod et même Chopin, Thomas et Bizet (à une année près, Dimitri est créé au moment de Carmen). En dépit de ses diverses sources, Dimitri frappe d’emblée par sa sincérité et sa clarté soulignant l’oeuvre de synthèse dramatique dont est capable son auteur.

Très fine caractérisation psychologique des personnages. Tous ses choix dont l’exemple d’une strette vocalisante et ornée pour exprimer la noirceur superficielle de Lusace est la plus emblématique, indiquent un génie des situations, capable d’exalter l’intensité d’une épisode. Dimitri sous son prétexte historique est un drame amoureux dont la force et la sauvagerie viennent du personnage de l’éconduite haineuse : Vanda. Elle aime Dimitri qui lui préfère Marina. Vanda se vengera en faisant tuer le jeune Tsar en manipulant l’ennemi de Dimitri, Lusace, figure de l’intrigant manipulateur d’un cynisme repoussant. Pour parfaire le raffinement de l’écriture psychologique, Joncières utilise le principe du « motif récurrent » ou leitmotiv comme marqueur d’une situation émotionnelle (ou d’un personnage) : le même motif caractérise l’amour de Dimtri pour Marina, celui -maternel de Marpha, quand Dimitri évoque l’attachement dont lui témoigne Vanda… quand le Tsar contemple amoureusement Moscou… Joncières extrapole son principe pour caractériser aussi un personnage : motif trillé grimaçant démoniaque de Lusace ; cellule mélancolique et sombre de Vanda, l’inconsolable amoureuse… La sobriété des options, leur usage parcimonieux et jamais dilué indiquent clairement le génie de Joncières. Voilà qui rend fascinant une comparaison du Boris de Moussorgski (version originelle de 1869) et du Dimitri de Joncières : son texte reste à rédiger mais il s’agit bien là de la même histoire,, composée à la même époque de part et d’autre de l’Europe post romantique, deux œuvres qui abordent le même épisode mais en privilégiant des personnages différents.

DIMITRI_1015_front_coverL’art de l’écoulement symphonique : l’ouverture de Dimitri. Symptôme d’une écriture concise et admirablement construite, toujours soucieuse de fluidité agréable à l’oreille, l’ouverture de Dimitri est un modèle du genre, à la fois récapitulation, formidable lever de rideau, et appel à l’imaginaire frappant par son souffle épique et grandiose : la succession des épisodes musicaux assure un condensé remarquablement structuré de l’ouvrage … thème sombre et slave de Vanda en amorce (c’est elle la protagoniste du drame lyrique), motif cynique de Lusace (la main vengeresse de Vanda), célébrations festives au palais de Vanda pour l’entrée du roi de Pologne au II… puis exposition du thème d’amour fusionnant Marina et Dimitri, auquel répondent ses successives réitérations dans la partition. Se développant sur près d’un tiers de l’ouverture, l’évocation amoureuse rétablit cet amour empêché qu’aurait du vivre le couple des jeunes amants, si l’inflexible Vanda n’avait pas réalisé son plan machiavélique avec l’aide de Lusace… Chaque motif s’imbrique ici l’un à l’autre, comme les éléments emboîtés d’un puzzle musical, avec un sens magistral de la transition et de l’écoulement. Joncières réussit son ouverture avec la même intelligence (architecture, couleurs instrumentales) que dans sa Symphonie romantique. Si l’ouverture de Dimitri avait seule survécu, le compositeur aurait été indiscutablement reconnu comme un immense symphoniste. C’est dire la valeur d’un opéra dont l’enregistrement discographique (première mondiale) est annoncé début mars 2014. Prochaine grande critique complète dans le mag cd de classiquenews.com

Victorin Joncières : Dimitri (1876)

les recréations lyriques du Palazzetto Bru Zane

Engagé dans la redécouverte et la diffusion des opéras romantiques français oubliés, le Palazzetto Bru Zane ressuscite en 2013 Dimitri de Victorin Joncières, journaliste et critique musical devenu compositeur, fervent wagnérien qui se passionne en 1876 pour l’histoire russe. Son œuvre incarne une alternative époustouflante au sujet traité à l’opéra par Moussorsgki dans Boris Godounov. Mais le français, sur les traces de Schiller, éclaire la figure controversée du jeune prince Dimitri, rival du Tsar Boris, finalement démasqué par celui qui avait soutenu son irrésistible ascension, le comte de Lusace dont Joncières fait le véritable héros de son drame lyrique. Il s’agit d’une suite à un précédent défrichement: en 2011, le Palazzetto recréait à Venise, la superbe symphonie romantique de Joncières qui en 1876 porte le même souffle impétueux d’une fluidité échevelée de Dimitri. Résurrection événement.

Dimitri: l’histoire russe réécrite par un fervent wagnérien

Victorin Joncières : Dimitri (1876)

joncieres_victorin_dimitri_1876_schiller_opera_bru_zane_PalazzettoAprès avoir livré le Dernier Jour de Pompéi, Victorin Joncières s’intéresse au Démétrius de Schiller, un épisode de l’histoire russe : le tableau est digne de la peinture d’histoire, sombre et épique. Après la mort d’Ivan IV, Boris Godounov œuvre pour son ascension au trône suprême, quitte à éliminer les fils héritiers dont Dimitri. La figure du jeune prétendant hante d’ailleurs l’opéra que Moussorgski compose sur le même thème. Le compositeur écrit et livre sa partition au Théâtre Lyrique qui devait le créer en 1871. C’était compter sans l’incendie du théâtre par les Communards. Finalement, Dimitri, opéra en 5 actes, est produit au Théâtre Lyrique le 5 mai 1876.
Dès l’ouverture avec choeur en coulisses, la partition étonne par son dramatisme sombre et impétueux.
L’inspiration de Joncières depuis toujours ardent wagnérien, et décrié pour son militantisme, éclate en particulier dans la séduction mélodique de la rêverie de Marina au I, comme dans les prétextes folkloriques (choeurs des cosaques, des tziganes), le compositeur sait renouveler son écriture avec un indiscutable sens dramatique. Aux côtés du personnage en titre, le caractère du Comte de Lusace est approfondi et affiné avec goût (magnifique duo Dimitri/Lusace au II): l’envoyé et sbire missionné par Boris Godounov pour tuer Dimitri y gagne une profondeur psychologique captivante. Il trahit l’ordre de Boris et se range d’emblée du côté de Dimtri, lui assurant désormais un appui indéfectible pour son couronnement. Soutiens à sa cause, deux femmes aiment le jeune héritier: Vanda, malheureusement écartée au profit de Marina.

Au III, perce le duo des personnages secondaires, Marpha et l’archimandrite Job, deux profils terribles et très caractérisés. Marpha y dévoile un tempérament dramatique irrésistible, haineuse et tendre pour son fils. Justement paraît Dimitri devant Moscou (cantilène rêveuse toujours très plébiscitée et bissée par le public).
Devant la ville où s’est réfugiée Boris, Dimitri est triomphant, porté par l’appui des Ukrainiens et des Polonais.
Le souffle symphonique de Joncières se révèle dans le ballet qui suit (mazurka, hongroise, …), touche d’un exotisme russe finement slave sans vulgarité.

L’acte IV est de loin le plus abouti, sans temps morts dramatiques et d’une fine structure expressive. Chant déclamé du tenace et manipulateur Lusace, duo Marpha et Dimitri, air de Dmitri seul (Si Dieu, Marpha, qui nous compte les heures), … confirment la maîtrise de Joncières très inspiré par la source shillérienne.
C’est alors que surgit le vrai visage de Lusace dont la menace dévoile l’imposture qui porte la carrière du jeune Dimitri: le jeune prétendant n’est qu’un usurpateur, un faux Dimitri (hypothèse clairement développée dans l’opéra de Godounov), Lusace entend sa part du pouvoir où il dénonce Dimitri; celui-ci tente de le poignarder mais échoue…

Au V, le compositeur affine encore la sombre prière tragique et sans illusion de Vanda, le duo d’amour Dimitri et Marina, et référence wagnérienne explicite, la marche du couronnement de Dimitri, égalé par la fièvre méditative du dernier chœur liturgique: alternative au théâtre de Moussorgski, l’opéra de Joncières relève les défis de l’évocation historique et tragique. Son écriture puissante rappelle Weber, Meyerbeer et Wagner. Sous sa plume flamboyante, le rêve politique du faux Dimitri s’efface, s’épuise: le soupçon a gagné le cœur du peuple oublieux et versatile; quand Marpha, la veuve d’Ivan hésite à reconnaître son fils en Dimitri qui monte les marches vers l’église de son sacre, tout s’écroule. Lusace miraculé assassine fièrement comme un justicier, la frêle silhouette de l’usurpateur.

visionner notre reportage vidéo dédié à la Symphonie romantique de Victorin Joncières (1876), Venise, avril 2011