OPERA. Jessye Norman est morte

jessye norman tiens droite et chante biographie de jessye norman préface de James Levine en fevrier 2014 CLIC de classiquenews compte rendu critique du livreJessye Norman est morte. La soprano Jessye Norman s’est éteinte hier, lundi 30 septembre 2019 à l’âge de 74 ans à la suite d’une septicémie. La longueur du souffle, la recherche d’un son idéal, le sens du texte qui la rendu mémorable dans l’interprétation des héroïnes françaises, en particulier baroque (sublime Phèdre dans Hippolyte et Aricie de Rameau, à Aix et à Paris) ou romantique (délicieuse Hélène dans La Belle Hélène d’Offenbach. Jessye Norman fut aussi un grande diseuse, experte du verbe, de la nuance. Elle chanta aussi (essentiellement pour Philips et Decca) un vaste répertoire où sont préservés, certes le beauté dutimbre et l’élégance du chant comme du style, surtout, le sens du texte et le relief du drame.
De toute les grandes divas noires, – Grace Bumbry, Kathleen Battle,…, Jessye Norman Ă©gale les meilleures et les plus bouleversantes. Un lien particulier l’unissait avec la France oĂą elle chantait la marseillaise pour les commĂ©morations de la RĂ©volution en 1989.
Il y a 4 ans (2015), Fayard publiait la traduction française de sa biographie : « Tiens toi droite et chante ! » : un témoignage poignant sur l’ascension de la chanteuse, « née à Augusta en Georgie, outre ses dons vocaux prodigieux, (Jessye Norman) traverse des événements politiques et sociétaux majeurs qui ont marqué l’après guerre : dans son pays, les lois racistes et la ségrégation qui ont suscité tout un mouvement populaire pour l’égalité des citoyens américains ; puis jeune cantatrice passée à Berlin dans les années 1960, écoutes discrètes et loi du secret comme du soupçon à l’époque de la guerre froide. Il faut lire ses souvenirs d’enregistrements à Dresde par exemple pour comprendre le climat et les conditions d’une époque troublante et surréaliste. »

 

 

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L’acmé de sa carrière s’est déroulé dans les années 1980 et 1990. Parmi les grands rôles de Jessye Norman, à jamais au panthéon des étoiles du beau chant, distinguons Jocaste d’Oedipus Rex (chanté au festival de Matsumoto en 1993 sous la direction d’Ozawa), Didon (Purcell et de Berlioz), Phèdre (certains soirs enchanteurs de 1982 au Festival d’Aix en Provence), Erwartung naturellement… ; un travail tout autant remarquable avec les compositeurs vivants tels Tippett (A child of our time, célébration déchirante contre l’inhumanité de la guerre et de la Shoah) ou Messiaen (Poème pour Mi) ; Schubert, Mozart, Wagner, surtout Richard Strauss (Ariane d’Ariadne auf Naxos) dont elle fait une héroïne détruite mais hallucinée, prête à être sauvée par le miracle de sa rencontre inespérée avec Bacchus (voir les archives vidéo ci après)… Il existe aussi un document filmé de son récital symphonique avec Herbert von Karajan, dans la Mort d’Isolde de Wagner, temps suspendu où la diva au timbre de miel travaille avec le plus grand chef d’orchestre d’alors, celui là même qui au soir de sa vie laisse respirer comme peu, chaque ligne instrumentale … (1988).

 

Reposez en paix Madame Norman ; vous qui avez bercé nos cœurs et comblé notre âme, nous ne vous oublierons pas.

 

 

 

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 Jessye Norman chante Ariadne auf Naxos – Metropolitan Opera NY, 1988

 

 

 

 

 

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LIRE aussi

notre compte rendu critique du Livre : Jessye Norman : « Tiens-toi droite et chante ! » (Fayard)
http://www.classiquenews.com/livres-compte-rendu-critique-jessye-norman-tiens-toi-droite-et-chante-fayard/

 

 

 

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VIDEO

Jessye Norman répète le rôle d’Ariadne auf Naxos sous la direction de James Levine
https://www.youtube.com/watch?v=8xVEtwnT3aE
Metropolitan Opera House, New York, 1988.

 

Jessye Norman chante ARIADNE auf Naxos
https://www.youtube.com/watch?v=_H9LTixHHug
AMpleur du legato, articulation, sens du texte, couleurs intérieures… tout l’art de la tragédienne Jessye Norman capable d’exprimer l’hallucination est là.. sublime diamant

 

 

 

 

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https://www.youtube.com/watch?v=_H9LTixHHug

 

 

 

 

Livres, compte rendu critique. Jessye Norman : « Tiens-toi droite et chante ! » (Fayard)

jessye norman tiens droite et chante biographie de jessye norman prĂ©face de James Levine en fevrier 2014 CLIC de classiquenews compte rendu critique du livreLivres, compte rendu critique. Jessye Norman : « Tiens-toi droite et chante ! » (Fayard). Moins autobiographie que mĂ©moires au fil de l’humeur et des thĂ©matiques qui lui sont chères, le texte de Jessye Norman reste surtout un “merci” Ă  la vie, une profession de foi, un hymne aux valeurs humaines supĂ©rieures qui permettent de rendre notre existence et notre monde meilleurs… Si tant est que nous puissions influencer le cours des choses. Dans le cas de la diva amĂ©ricaine dont la carrière dĂ©bute en 1960 et s’achève officiellement Ă  la fin des annĂ©es 2000, la dĂ©termination et l’optimisme (“tiens toi droite et chante!”) sont un moteur exceptionnel pour rĂ©aliser les rĂŞves d’accomplissement d’une voix phĂ©nomĂ©nale. Pourtant l’itinĂ©raire de cette enfant nĂ©e Ă  Augusta en Georgie, outre ses dons vocaux prodigieux, traverse des Ă©vĂ©nements politiques et sociĂ©taux majeurs qui ont marquĂ© l’après guerre : dans son pays, les lois racistes et la sĂ©grĂ©gation qui ont suscitĂ© tout un mouvement populaire pour l’Ă©galitĂ© des citoyens amĂ©ricains ; puis jeune cantatrice passĂ©e Ă  Berlin dans les annĂ©es 1960, Ă©coutes discrètes et loi du secret comme du soupçon Ă  l’Ă©poque de la guerre froide. Il faut lire ses souvenirs d’enregistrements Ă  Dresde par exemple pour comprendre le climat et les conditions d’une Ă©poque troublante et surrĂ©aliste.

Les combats de Jessye

CLIC D'OR macaron 200L’enfant s’est construite grâce aux valeurs lĂ©guĂ©es par sa famille, sa grand mère qui chantait les spirituals Ă  l’Ă©glise en traversant les allĂ©es pour saluer ses voisins ; ses parents, responsables, justes, et surtout engagĂ©s pour l’Ă©mancipation des droits des noirs. La chanteuse, star du lyrique au XXème garde chevillĂ© au corps, cet amour de la libertĂ©, mais aussi du travail, de la discipline, de la dignitĂ© partout, toujours, comme un phare tournĂ© vers les autres.
Le mĂ©lomane comme l’admirateur de la personne humaine retrouvera sa “Jessye” : une conscience pleine et libre soucieuse d’empathie, de reconnaissance et de fraternitĂ©. Les chapitres sur le travail artistique, la collaboration avec les chefs et les confrères sont rares, donc très apprĂ©ciĂ©s, dissĂ©minĂ©s au fil des pages.

jessye_norman1Heureusement, Jessye parle de ses rĂ´les fĂ©tiches, de ses compositeurs de prĂ©dilection, de ses rencontres : Jocaste d’Oedipus Rex (chantĂ© au festival de Matsumoto en 1993 sous la direction d’Ozawa), Didon (Purcell et de Berlioz), Phèdre (certains soirs enchanteurs de 1982 au Festival d’Aix en Provence), Erwartung naturellement… ; travail avec les compositeurs vivants tels Tippett (A child of our time, cĂ©lĂ©bration dĂ©chirante contre l’inhumanitĂ© de la guerre et de la Shoah) ou Messiaen (Poème pour Mi) ; Schubert, Mozart, Wagner, surtout Richard Strauss dont elle explique la portĂ©e poĂ©tique et spirituelle des Quatre derniers lieder sur près de 2 pages !  On passe volontiers les nombreuses rĂ©compenses, distinctions, mĂ©dailles et invitations prestigieuses dont Ă©videmment les cĂ©lĂ©brations en 1989 de la RĂ©volution française oĂą Jessye fut notre Marianne, entonnant la Marseillaise, drapĂ©e dans les couleurs tricolores telle la pythie d’une ère nouvelle (que l’on attend toujours). C’Ă©tait l’Ă©poque oĂą Paris crĂ©ait l’Ă©vĂ©nement… comme Berlin dont le mur tombait. Jessye Norman raconte alors l’enregistrement Ă  Dresde qu’elle rĂ©alisait et qui tombait Ă  pic : Fidelio de Beethoven et son hymne Ă  la libertĂ©. Cela ne s’invente pas.
De page en page, se prĂ©cise une femme qui affirme ses valeurs humaines, son humilitĂ© face Ă  la vie, sa gratitude pour ceux qui l’ont aimĂ©e et qui continuent de l’accompagner.

Au final c’est plus une leçon de vie que le catalogue d’anecdotes scrupuleusement inscrites selon les productions et les enregistrements vĂ©cus. Il en ressort un portrait de femme admirable qui brille par son exigence autant artistique qu’humain, son dĂ©sir d’empathie et sa curiositĂ© pour les autres. Les divas d’aujourd’hui ferait bien de mĂ©diter sur ce qu’elles apportent de concret Ă  la sociĂ©tĂ©, après avoir tant reçu de leur public et admirateurs. Jessye Norman serait-elle la dernière reprĂ©sentante des divas aussi charismatiques que gĂ©nĂ©reuses ? Tant de dĂ©clarations pour le respect, l’Ă©galitĂ©, le don sont mĂ©ritoires de la part d’une artiste qui a profitĂ© du star system des annĂ©es 1980 et aussi du marketing vertigineux du classique Ă  l’Ă©poque florissante du compact disc. Pudiquement, l’Ă©diteur ne communique pas l’annĂ©e de naissance de la Diva (15 septembre 1945) : il s’agit donc aussi d’une publication soufflant les 70 ans de la cantatrice inoubliable. Bonne anniversaire, Jessye !

Livres. Jessye Norman : «  Tiens-toi droite et chante ! »   (Fayard). EAN : 9782213686189.  Parution : le 29 avril 2015. 350pages. Format : 135 x 215 mm. Prix public TTC:  20.90 €.

LIRE aussi notre annonce du Livre : Tiens toi droite et chante ! par Jessye Norman (Fayard)

Livres, annonce. Jessye Norman : « Tiens-toi droite et chante ! » (Fayard)

jessye norman tiens droite et chante biographie de jessye norman préface de James Levine en fevrier 2014 CLIC de classiquenews compte rendu critique du livreLivres, annonce. Jessye Norman : «  Tiens-toi droite et chante ! »   (Fayard). L’immense et légendaire soprano américaine Jessye Norman publie en 2015 ses mémoires : sorte d’autobiographie d’où jaillit une personnalité forte et généreuse qui ayant depuis l’enfance la passion du chant et de l’opéra, a mené une carrière musicale hors norme grâces à sa discipline, son sens du verbe, un dramatise qui enchanté, émerveillé, halluciné a souvent produit la grâce sur les planches : instants inouïs, partagés avec une Lorraine Hunt par exemple et qui restent à jamais gravés dans la mémoire de ceux qui ont eu la chance de l’écouter directement… Fayard nous régale nous français avec qui la diva cultiva une relation très spéciale : comme le rappelle le visuel de couverture. En juillet 1989, pour le bicentenaire de la Révolution française, Jessye chantait la Marseillaise place de la Concorde, drapée dans le drapeau tricolore telle une pythie épique et jubilante.

La vie et la carrière se raconte ici depuis son enfance en Géorgie, ses attaches et ses amours familiales où rayonne surtout la figure de sa grand mère, elle même chanteuse de cantiques et de spirituals à l’église, et qui aimait (ce que fera par la suite Jessye l’héritière) passer dans les allées parmi les fidèles pour leur offrir ce chant divin et remercier ses voisins. Cela ne s’invente pas et cela forme une relation privilégiée à la musique, au chant, aux autres.

Le texte débute après la préface signée James Levine, directeur musical au Metropolitan Opera de New York, par une évocation saisissante de sa participation au concours de chant de la Radio Bavaroise à Munich en 1968 : au moment des soulèvements parisiens, alors que les States sont aussi en flammes après l’assassinat de Martin Luther King, la jeune chanteuse raconte sa détermination d’acier malgré les pressions inimaginables du jury munichois pendant les sélections…

Avant Renée Fleming, Jessye Norman a incarné un idéal féminin à l’opéra, faisant surtout les soirées les plus mémorables du Met : sa voix ardente et ciselée fait une tragédienne exceptionnelle et une diseuse saisissante : Wagner, Weber, Strauss, Rameau, Mozart, Verdi, Brahms, Mahler et Schoenberg auront été ainsi renouvelés. Leurs héroïnes Isolde, Euryanthe, Ariadne, Phèdre, La comtesse… auront gagné une nouvelle vérité, une profondeur et un éclat singuliers.

jessye_norman1L’affinité avec la France s’incarne dans ses interprétations de Berlioz (Les Troyens, Les Nuits d’été), de Rameau et dans son goût pour la mélodie française (comme lorsque Cecilia Bartoli chantait Ophélie). Citoyenne, politiquement engagée, Jessye Norman a œuvré pour les droits civiques aux États-Unis, contre la radicalisation inquiétante de la société américaine ; dignité, respect, égalité ne sont pas de vains mots pour cette diva humaniste sensible. Lecture magistrale et nécessaire à l’heure où les valeurs de fraternité déclinent. Prochaine critique complète de « Tiens-toi droite et chante ! » de Jessye Norman dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com

 

 

Livres. Jessye Norman : «  Tiens-toi droite et chante ! »   (Fayard). EAN : 9782213686189.  Parution : le 29 avril 2015. 350pages. Format : 135 x 215 mm. Prix public TTC:  20.90 €.

 

norman jessye divaLIRE aussi : Jessye Norman : Roots, my life, my soul (2010) ; Jessye Norman a portrait (2008) ;  PrĂ©sentation de la collection de cd The Jessye Norman collection 2 : a tribute by Philips, Decca : 4 cd thĂ©matisĂ©s (A Wagner collection, Live at Hohenems et Sazlburg recital, Brahsm et Schubert lieder, The song books… et aussi The Jessye Norman collection 1 (5 cd thĂ©matisĂ©s dĂ©diĂ©s Ă  l’art de la diva amĂ©ricaine : Lieder de Schubert et Mahler, 1984 et 1971 ; mĂ©lodies françaises, 1979, Berlioz, et Ravel, 1976) ; Spirituals, 1978 + Schubert, Gounod, Franck, chants sacrĂ©s, 1981 ; Lieder de Richard Strauss , 1982 ; Erwartung de Schoenberg, 1990 + Oedipus Rex de 1992).

Portrait de Jessye Norman (Adrien de Vries, 2006)