FESTIVAL BACH de Saint-DONAT, du 2 au 11 août 2019

Festival BACh de Saint DONAT classiquenewsFESTIVAL BACH de Saint-DONAT, du 2 au 11 août 2019. Conçu par le CMI BACH, Centre Musical International Jean-Sébastien Bach (créé en 1962), le Festival BACH de Saint-Donat sur l’Herbasse a repris des couleurs (depuis 2018) ; en 2019, il fait rayonner la magie du génie de Jean-Sébastien Bach dans la Drôme, cette année autour du thème « BACH et l’esprit féminin », du vendredi 2 août au dimanche 11 août 2019. A Saint-Donat (Collégiale, Palais Delphinal, …) mais aussi au prieuré de Charrière (le 8 août à 21h), le Festival sous la direction artistique de Franck-Emmanuel COMTE (depuis 207) présente sur 6 jours, 7 programmes qui propose la diversité des approches actuelles dédiées à l’interprétation des œuvres de JS BACH. Le concert de clôture, dimanche 11 août 2019, 21h reprend l’excellent cycle d’airs d’opéras de Poropora et Haendel / Handel par la jeune mezzo Giuseppina Bridelli et Franck Emmanuel Comte à la tête de son ensemble sur instruments ancien : Le Concert de l’Hostel-Dieu (programme DUEL Handel versus Porpora, une évocation de l’émulation lyrique entre les deux compositeurs à Londres au début du XVIIIè / CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2019).
Auparavant, plusieurs concerts nous semblent majeurs : concert d’ouverture (STABAT MATER de Pergolesi / Pergolèse, par Les Passions, JM Andrieu / Magali Léger / Paul Bündgen, vendredi 2 août 2019, 21h) ; Bach au marimba (dim 4 août, 21h) ; Naissance – Renaissance (La Chapelle Rhénane, mardi 6 août, 21h) ; en liaison avec la thématique de cette année, « Anna Magdalena » en deux volets : à 18h30, conférence « Anna Magdalena et l’entourage féminin de JS Bach »), puis à 21h, concert Anna Magdalena Bach (Myriam Arbouz, sop / B Alard, orgue et clavecin) ; l’excellent consort de flûtes Brouillamini (célébré par un CLIC de CLASSIQUENEWS pour leur cd BACH / Flûtes en fugues, édité par PARATY).

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TOUS les concerts du Festival BACH de Saint-Donat
sur le site du CMI JS BACH Centre Musical International Jean-Sebastian BACH
www.cmi-bach.com

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REPORTAGE. JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et Mémoire 2018 (25è édition)

musique-et-memoire-2018-vignette-carre-classiquenews-coup-de-coeur-festival-evenementVIDEO, reportage. MUSIQUE & MÉMOIRE, 25è édition : 13-29 juillet 2018. LABORATOIRE BAROQUE VISIONNAIRE… Peu à peu, le Festival Musique & Mémoire (Vosges du Sud) a révélé des conditions exceptionnelles pour favoriser l’émergence et l’approfondissement de gestes artistiques défricheurs, exigeants. C’est le bénéfice d’une ligne artistique qui fonde son action auprès des artistes dans le sens d’un compagnonnage inédit… des résidences qui se déclinent pour chaque ensemble invité et donc associé, à 3 années de recherche, d’expérimentation, de consolidation. L’écriture suprême de Jean-Sébastien Bach y tient une place en or – phénomène singulier en France : rares les festivals qui poursuivent sur le long terme, un questionnement continu sur l’œuvre de Jean-Sébastien.

En 2017, Alia Mens révélait des affinités évidentes, une sonorité critique aiguisant aussi l’écoute des spectateurs. A l’été 2018, c’était Vox Luminis qui réalisait aux côtés de la Messe en si, un programme mettant en perspective, le premier Magnificat de Bach avec celui de son prédécesseur à Leipzig, Kuhnau. Défricheur, audacieux, le Festival dans les Vosges du Sud, conçu par Fabrice Creux, proposait aussi à Vox Luminis de défendre une cantate de Pachebel, un proche de JS Bach, dont l’écriture reste injustement minorée… Reportage spécial dédié à la 25 ème édition de Musique & Mémoire : JS Bach par Vox Luminis – bilan & perspectives du Festival par Fabrice Creux, fondateur et directeur artistique. Réalisation : © studio classiquenews / Philippe-Alexandre PHAM 2019

CD, événement, ANNONCE. JS BACH : Markus Passion BWV 247 (1744) : Capella Reial Catalunya, Concert des Nations, Jordi Savall (2 cd Alia Vox, mars 2018).

JS-BACH-markus-passion-cd-alia-vox-jordi-savall-critique-cd-critique-review-opera-concert-musique-classique-news-actualites-infos-opera-classiquenewsCD, événement, ANNONCE. JS BACH : Markus Passion BWV 247 (1744) : Capella Reial Catalunya, Concert des Nations, Jordi Savall (2 cd Alia Vox, mars 2018). Aux côtés des sommets musicaux que sont les plus connues Passion selon Saint-Mathieu et surtout, celle plus dense, resserrée, contrastée, selon Saint-Jean, Jordi Savall et ses troupes s’intéressent ici à la troisième Passion de Bach basée sur l’évangile de Saint-Marc. JS Bach l’a bien présenté, pour le Vendredi Saint de 1731, sur un texte de Picander, que celui-ci édite une année plus tard en même temps que le troisième tome de ses poésies. En 2009, une version plus tardive du livret utilisé pour une nouvelle exécution de l’œuvre en 1744, est découverte à Saint-Pétersbourg. Par rapport au livret de 1732, elle comporte certaines modifications des textes, ainsi que des emplacements différents des chorals et des airs, et aussi l’ajout de deux nouveaux airs.

 
 
 

NOUVELLE RECONSTITUTION
DE LA PASSION SELON SAINT-MARC

 
 
 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianCette version offre un éclairage plus complet de la troisième Passion de Bach. Mais la musique que composa Bach demeure introuvable… pas de partition autographe, ni de copie, pas de partie séparée … il serait donc raisonnable de penser que le compositeur, comme il le fit souvent, a réutilisé du matériel musical précédent pour cette nouvelle Passion, selon le principe du « pasticcio », ou parodie. Le génie de Bach est d’assembler d’anciennes partitions, tout en préservant la grande cohésion à la fois musicale et spirituelle de l’ensemble ainsi rebâti.

Dans cette nouvelle approche de la Passion, Jordi Savall dévoile les sources qui lui ont permis de reconstituer l’architecture musical et le contenu poétique du cycle selon Saint-Marc.
D’après le Dr. Alfred Dürr, Bach réutilise ainsi une bonne partie des Chœurs et des Airs de son Trauerode (Ode Funèbre) BWV 198, donnée à Leipzig le 17 octobre 1727, en hommage funèbre à la princesse Christiane Eberhardine, Reine de Pologne et Princesse de Saxe; Laß Fürstin, laß noch einen Strahl (Laisse, princesse, laisse encore un rayon ) se transformant en Geh, Jesu, geh zu deiner Pein (Va, Jésus, va à ton supplice !).
Savall écarte tout matériel étranger à Bach (dont chœurs de foule /turbae, et récitatifs de la Passion selon saint Marc de son contemporain et collaborateur  Reinhard Keiser : 1674-1739).

Réalisant une révision globale pour unifier les parties diverses choisies pour la reconstruction, Jordi Savall suit à la lettre le texte de la version de 1744, – commentaires des chapitres 14 et 15 de l’évangile de Marc, depuis l’onction à Béthanie jusqu’à l’ensevelissement-. Pour respecter la progression du livret de Picander, le chef catalan réunit ainsi plusieurs groupes de musiques antérieures, toutes signées JS Bach : l’Ode funèbre, la Passion selon Saint Matthieu, différentes versions de la Passion selon Saint Jean et de certaines cantates… Grande critique à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 
 
 
 
 
 

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CLIC_macaron_2014CD, événement, ANNONCE. JS BACH : Markus Passion BWV 247 (1744) : Capella Reial Catalunya, Concert des Nations, Jordi Savall (2 cd Alia Vox, mars 2018 – AVSA9931). CLIC de CLASSIQUENEWS

 
 
 
 
 
 

Haute-Saône. Dernier week end Festival Musique et Mémoire : les 29, 30 et 31 juillet 2016

bach-vignette-portrait-carre-jean-sebastien-bach-582HAUTE-SAÔNE. Festival Musique et Mémoire : 29,30 et 31 juillet 2016. 3ème week end : JS BACH par Alia Mens. Suite des ensembles phares et percutants en résidence au Festival Musqiue et Mémoire 2016 ; après Les Timbres, d’une juvénilité ciselée, ardente, chambriste souvent époustouflante (le premier week end des 15, 16 et 17 juillet 2016), puis Les Cyclopes (ambassadeurs d’un grand week end passionnant dédié aux 400 ans de Froberger, les 20,21,22,23, et 24 juillet 2016), voici le dernier des ensembles qui sait exploiter le tremplin expérimental mis à disposition par Fabrice Creux, directeur du Festival Musique et Mémoire : week end 3 soit ” journées à nouveau passionnantes, les 29, 30 et 31 juillet 2016.

L’ensemble Alia Mens inaugure lors de ce week end sa première année de résidence (sur les habituelles 3 années réservées à chaque formation élue) : au programme 4 programmes inédits, tous créations et commandes du Festival ; soit un exemple unique en France d’accompagnement d’un festival vers ses formations invitées associées, lesquelles peuvent l’espace d’une résidence approfondir, oser, défricher, ciseler… tout ce qui fait aujourd’hui pour les publics du festival, les délices de la découverte et de l’engagement long terme.

 

 

 

Résidence d’Alia Mens, année 1, au Festival Musique et Mémoire
Jean-Sébastien Bach et Froberger en majesté

 

 

musique-et-memoire-2016-festival-vignette-intro-VIGNETTE-DEPECHE-juin-2016TEMPS FORTS d’ALIA MENS à Musique et Mémoire 2016. Dès vendredi 29 juillet, 21h, en la Basilique Saint-Pierre de Luxeuil les Bains (et son orgue XVIIè magnifiquement sculpté – lequel servait de décor naturel et spectaculaire à la recréation de Proserpine de Lully par Les Timbres : voir notre reportage vidéo Les Timbres en résidence à Musique et Mémoire, juillet 2015), pleins feux sur “La liturgie du verbe”… immersion dans l’univers recueilli, tour à tour grave, inquiet ou fervent et tendre du choral luthérien tel que l’immense Jean-Sébastien Bach l’a acclimaté à son génie de compositeur sacré. Fil rouge soutendant toute l’architecture de la partition (Motet Jesu mein freude, cantates BWV 4, 125…), ou citation alusivement confiée aux seuls instruments comme s’il s’agissait de commentaire, le choral innerve en profondeur et de façon très subtile toute la littérature sacrée de Bach.

 

 

musique-et-memoire-2016-festival-vignette-intro-VIGNETTE-DEPECHE-juin-2016Samedi 30 juillet à Luxeuil les Bains, 21h (Basilique Saint-Pierre) : Bach en “la cité céleste” de Weimar... au début du XVIIIè, le compositeur avant de rejoindre Leipzig, livre tout un cycle de partitions sacrées et instrumentales pour la Cour locale très amatrice de musique. Au programme 3 Cantates créées in loco entre 1711 et 1714 : Bach qui est nommé Concertmeister découvre aussi les auteurs italiens dont il assimile avec le génie que l’on sait la manière et l’esprit. Le compositeur excelle dans l’art de l’éloquence musicale, produisant chez les auditeurs, vertiges et contrastes émotionnels propres à exalter la ferveur et revivifier la croyance. Bach y atteint des sommets de profonde solitude (celle du croyant inquiet et critique) et d’exultation collective célébrant l’harmonie des cimes célestes… Répétitions ouvertes au public à 17h. Concert à 21h.

 

 

musique-et-memoire-2016-festival-vignette-intro-VIGNETTE-DEPECHE-juin-20163 concerts à LURE, le dimanche 31 juillet 2016. La journée finale est digne d’un marathon musical pour artistes et publics : 11h, Auditorium de Lure (“Le discours sans parole : Sonate et Suite de JS Bach) ; à 16h, Grand salon de l’Hôtel de Ville de Lure : récital pour clavecin par Jean-Luc Ho (clavicorde à pédalier de 2012), évocation de la joute musicale de Froberger et de Weckmann à Dresde en 1649. Oeuvres de Weckmann, Weiss, Bruhns… extraits du manuscrit Hintze Manuscript offert par Froberger à Weckmann…
Enfin, le dernier concert, est un temps fort de l’édition 2016 du Festival en Haute-Saône : “Collegium musicum” (LURE, à 21h, Eglise Saint-Martin) : essor du génie de JS Bach, à la fin de son séjour à Weimar quand il découvre et recycle l’écriture vivaldienne et le genre du Concerto italien. L’invention dont le compositeur est capable alors, désigne un maître audacieux et virtuose de l’expérimentation totale… au programme : les Concertos Brandebourgeois (6 Concertos à plusieurs instruments, en particulier les BWV 1049 pour 2 flûtes à bec, languissant, pastoral ; le BWV 1051 qui reprend le principe du consort de violes…), le Concerto pour violon et cordes BWV 1042… Chez Bach, tout concourt à faire chanter les instruments solistes et parler la musique.

 

 

Alia Mens au Festival Musique et Mémoire : le génie de JS Bach et Froberger en vedette, 5 concerts événements, les 29, 30 et 31 juillet 2016. INFOS et RESERVATIONS sur le site du Festival Musique et Mémoire 2016

 

 

Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flûte et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty, 2015)

PARATY julien wolfs clavecin clic de classiquenews juillet 2016 bach_3760213650344Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flûte et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty, 2015). Pour l’interprète, exprimer dans le jeu certes la rhétorique de l’éloquente musique, surtout la poésie du coeur et de l’esprit… Ainsi est signifié le défi de toute partition de Jean-Sébastien, qui semble de facto avoir réussi la fusion idéale, du sentiment et de la virtuosité : toucher l’âme, bercer l’esprit. Autant de caractères, éléments d’une esthétique vivante, qui s’écoulent ici, portés par la connivence des deux interprètes en tous points, convaincants. Ligne claire et sans affèterie, posée, portée, canalisée par la gestion du souffle de la flûtiste Stefanie Troffaes. Discours fluide, précis et sobre du claveciniste véritable orfèvre de l’articulation, Julien Wolfs. On connaît bien le claviériste comme membre fondateur de l‘extraordinaire ensemble Les Timbres, en résidence au Festival Musique et Mémoire. L’hypersensibilité expressive des deux instrumentistes affirment la vitalité et la justesse du Jean-Sébastien, à la fois imaginatif, expérimental, suprêmement élégant. De toute évidence, Julien Wolfs défend l’approche partagée avec ses habituels partenaires des Timbres : faire parler la musique. Le Baroque est un vaste laboratoire où la note ambitionne peu à peu l’impact expressif du verbe. Lea fête traversière, même si elle n’exprime pas le sentiment du compositeur, – processus romantique, séduit ici par son éloquence proprement baroque : dans la diversité des accents, l’articulation des nuances… toute une intelligence dynamique qui dans le pacte discursif à deux voix : flûte / clavecin (BWV 1030 et 1032), affirme ce langage palpitant des partitions ici réunies (profondeur contemplative en dialogue de l’Andante du 1030).


 

Toucher le cœur, plaire à l’esprit

 

 

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CLIC_macaron_2014Ailleurs on relève la parfaite connaissance qu’avait Bach, du répertoire expressif classé par Mathewson, servi, compris particulièrement par les interprètes : effusion venant du coeur du si mineur (1030) ; tristesse recueillie du mi mineur (1034), activité brillante du la majeur (1032)… enfin, joie irradiante conquérante irrésistible du mi majeur (1035). Innervant pour chaque pièce, ce jeu ténu, vibrant des contrastes,, un soin spécifique dans la réalisation des répétitions (toujours variées et caractérisées), les interprètes éclairent le génie d’un Bach, maître du langage musical. Sa langue est encore davantage intense et investi dans la séquence où Julien Wolfs joue seul la Partita BWV 830 : la clarté nerveuse du clavecin (copie B Kennedy d’après M. Mietke de 1703) apporte à la succession des 7 épisodes, sa noblesse discursive d’une éloquente tendresse… sa sincérité intérieure (crépitement d’une liquide ardeur de l’exceptionnelle Corrente) : parfois sombre et pudique (Sarabande), sans omettre le prélude (Toccata) qui est questionnement dépassant le prétexte d’une Suite de mouvements diversités et caractérisés : l’interrogation variant les séquences enchaînées, affirme peu à peu une interrogation sur le sens même de la forme musicale : en cela le souci de précision contrapuntique, comme de sobriété expressive rendent compte du génie d’un Bach démiurge pensant la musique comme d’un matériau vivant et organique. Le jeu tout en finesse et en sobriété du claveciniste saisit d’un bout à l’autre par sa gestion de la tension, d’une lumineuse intelligence (fluidité magicienne, entre tendresse et nostalgie de l’Allemande ; acuité intériorisée du Tempo di Gavotte puis Gigue au souffle philosophique universel, sidérant). Superbe programme, emblématique de la maturité de la jeune génération baroqueuse actuelle. Suivez ces deux tempéraments là : ils ne jouent pas ; ils vivent la musique, de l’intérieur. Leur sobriété interprétative fait la différence : tout pour la musique, rien que la musique. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2016.

 

 

 

Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flûte et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty 165142, 2015) – Parution : septembre 2016

 

 

Approfondir : reportage vidéo de la Résidence des Timbres, année 2, juillet 2015, au Festival Musique et Mémoire (Haute Saône, 70).

 

 

 

 

Messe en si de Jean-Sébastien Bach

BACH-JS-jean-sebastian-582-390-BACH-JS-4johann-sebastian-bachDOSSIER. Jean-Sébastien Bach : Messe en mineur. Des 5 Messes que Bach composa (le compositeur utilisant de facto le nom même de Messe), la Si mineur est la plus ambitieuse sur le plan de son architecture, de sa durée et de son instrumentation ; c’est celle aussi qui a suscité une période de composition longue et chaotique – soit de 1733 voire avant à 1749, c’est à dire juste avant de s’éteindre-,  et dont la destination finale reste énigmatique. Même si comme on le verra, des hypothèses sérieuses se sont précisées récemment. Par ses proportions, sa profondeur, le génie de son déroulement – alors que la partition que nous connaissons n’a probablement jamais été jouée ainsi du vivant de l’auteur, la Messe en si demeure le testament musical, spirituel, philosophique de Bach. Par sa justesse, son équilibre et sa vérité, Bach nous lègue l’un de piliers de la la musique sacrée occidentale, préfigurant la Grande Messe en ut de Mozart (d’autant que Wolfgang a pu consulter la partition léguée par Bach père à son fils CPE, et que le baron von Swieten, nouveau détenteur, put la montrer à Mozart…). Mais la Messe en si de Bach annonce directement aussi la Missa Solemnis de Beethoven. La conscience spirituelle qu’elle sous tend, la conception inédite à l’époque, il faut certainement chercher dans les oratorios de Handel et les plus tardifs, une telle grandeur morale et mystique, annonce également La Création de Haydn. Ici Bach transcende le rituel liturgique et atteint une somme spirituelle qui au delà des dogmes et des sensibilités, atteint à l’universel. Malgré la longueur de la conception et les diverses sources auxquelles puisse l’écriture de Bach, la Messe saisit par son unité et sa cohésion d’ensemble.

 

 

 

Une Arche spectaculaire qui frappe par son unité

 

 

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RECYCLER, PARODIER…
Parmi les éléments les plus certains, le Sanctus fut composé quelques semaines après que Bach ait été nommé Director musices à Saint-Thomas de Leipzig. L’originalité de la Missa, ainsi que Bach la nomme lui-même, vient déjà de son instrumentation : aucune source précise n’atteste de la tradition de la musique liturgique à Leipzig avec instruments, et de surcroît comme ici, avec un orchestre comprenant cordes, trompettes, et selon les sections, un instrument obligé, violon, flûte, cor… Les Kyrie et Gloria ont été écrit de façon plus précise pour l’Electeur Frederic August II lorsque ce dernier succède à son père décédé en 1733 à Dresde : la Cour dresdoise est catholique et la livraison du diptyque ainsi identifié paraît tout a fait naturelle dans ce contexte d’allégeance. En outre, Bach, génie de la « parodie » (autocitation ou reprise), aime reprendre et recycler nombre de ses airs déjà anciens, dans ses nouvelles oeuvres. De sorte que au fur et à mesure de la genèse de l’œuvre, Bach ne cesse de reprendre d’anciennes séquences, les adapter pour de nouvelles formations et effectifs, assemble, expérimente comme un orfèvre. Le résultat est confondant par son unité et sa profonde cohésion globale, ce malgré la diversité des sources, et l’éclectisme des airs ici et là recyclés. Quelques exemples ? Le choral de 1731 « Wir dansent dir, Gott » de la Cantate 29 devient en 1733, le Gratias aigus tibi (Gloria) ; puis la même section en 1740, quand Bach reprend encore l’architecture globale de la Messe, devient finalement l’ultime section : Dona nabis pacem, chœur final plein de quiétude exaltée d’une sérénité lumineuse et céleste. De même, l’air de la cantate 171, composé en 1729, devient en 1748, la structure mélodique de Patrem omnipotentem… de la Partie II de la Messe (Symbolum Niceum)… Un tel agencement sur la durée est le propre des grands auteurs, Bach ouvrant la voie des Proust ou Picasso.

bach-jean-sebastien-pastel-582-portrait-2015-messe-en-si-classiquenews-william-christie-582-Pastell_Terry_kleinCOMPOSER POUR LES VIRTUOSES DE DRESDE… Aujourd’hui on s’accorde à concevoir la Missa en si mineur telle une œuvre expérimentale destinée à la seule délectation de son auteur qui aurait comme Monteverdi au siècle précédent, s’agissant de ses Vêpres à la Vierge / Vespro della Beata Vergine de 1611-, ambitionné de démontrer la singularité supérieure de son génie musical dans une oeuvre dont il avait seul le secret et qu’il aurait pu destiner secrètement pour la Cour de Dresde, afin d’obtenir un poste plus confortable qu’à Leipzig : les employeurs de Bach à Leipzig sont loin de mesurer le génie du compositeur qui travaille pour eux ; de surcroît son fils ainé, Wilhelm Friedemann a obtenu un poste officiel à Dresde dès 1733 (organiste attiré à St. Sophia), ce qui a pu encourager le père dans ses espoirs de changement comme de reconnaissance.

Le très haut niveau musical et technique requis pour jouer certaines sections de la Missa en si laisse aussi supposer que Bach les destinait justement aux virtuoses célébrés de la Cour dresdoise (ainsi la partie du cor, redoutable dans l’air de basse : Quoniam.)… très probablement, la partition de la Messe dès 1733, dans sa destination supposée à la Cour de Dresde, comporte déjà 21 sections (sur les 27 actuelles). De fait, la démarche de Bach à Dresde porte ses fruits puisqu’il ne tarde pas à obtenir de principe, le titre de « compositeur de la Cour » pour Frederic August II. Mais le compositeur a t il réellement livré partie de sa Missa ? Fut-elle jouée à Dresde ? Le mystère demeure.

 

 

 

Jean-Sébastien Bach : la Messe en si mineurLA MESSE, section par section. Courte analyse de la partition, section par section. L’étude des 27 séquences met en lumière, comme le Vespro de Monteverdi-, une diversité de formes et d’effectif inouïe pour l’époque, démontre outre l’ampleur du métier de Bach, véritable compositeur d’opéra (les duos sont ici digne d’un théâtre amoureux), son génie pour cultiver les contrastes (du murmure inquiet à l’exclamation la plus triomphante), et aussi sur le plan spirituel, un parcours dont les jalons, de plus en plus grave et méditatif, conduisent à une conscience mystique intelligemment exprimée… tout convergeant vers le dernier air solo pour alto (Agnus Dei) qui est le chant ultime d’un renoncement embrasé, serein, absolu.

La Messe comprend Trois parties : I. Missa / II. Cymbalum Niceum / III. Sanctus.

1. Missa (12 sections) ; la première section : ou premier Kyrie est essentielle. Elle confronte l’assemblée des auditeurs croyants à l’ampleur de l’architecture et ce sont les sopranos qui s’élèvent jusqu’au sommet pour exprimer immédiatement la grandeur céleste, encore inatteignable, ses proportions vertigineuses. A la reprise, les hommes entonnent plus gravement le texte comme s’ils en mesuraient pas à pas l’échelle colossale et donc les cimes inatteignables. La diversité des sections chorales s’affirme (première évocation de la mort avec les flûtes symbolisant les os des dépouilles, dans le Qui tolis peccata mundi). Contrastant avec la prière des voix collectives, les airs solo incarnent la certitude du croyant dans la lumière : c’est le cas du Laudamus te pour soprano (et violon solo) ; enfin surtout de l’air de la basse : Quoniam tu solus sanctus, dont la sérénité rayonnante passe aussi par le chant complice du cor, d’une souplesse majestueuse. Bach conclue cette première partie par un choeur exalté (Cum sancto spirito) dont le clair accent des trompettes triomphantes indique la présence des cimes célestes qui se dévoilent à nouveau.

2. Symbolum Niceum (10 sections) : c’est pour le choeur une partie essentielle passant par toutes les nuances de la palette affective et émotionnelle : de l’ivresse et de la détermination collective (Credo initial) ; à la profondeur tragique d’un questionnement sans réponse, inscrit dans l’impuissance et la terreur du dénuement solitaire (enchaînés : les doloristes Et incarnatus est, puis Crucifixus – cf le lugubre des flûtes). Quel contraste avec le fracassant et abolissant Et resurrexit, qui s’abat comme une vague d’éclairs saisissants. Il faut bien la sérénité retrouvée de la basse solo pour adoucir tensions et vertiges inquiets (douceur rassurante du Et in Spiritum sanctum). Après le Confiteor, Et expecto laisse s’épanouir en un temps étiré, suspendu, le mystère qui couvre tout le choeur dont la gravité renouvelle les sections enchaînées des Et incarnatus est, puis Crucifixus.

3. Sanctus : 6 sections. C’est la plus courte des parties. Et aussi l’un des plus contrastées. Le Sanctus est un sommet d’exaltation conquérante, d’une rayonnante espérance ; l’air avec flûte pour ténor solo (Benedictus) est traversé par la grâce et une sérénité inédite alors. Puis, son double dans le renoncement, est aussi l’air le plus dépouillé (sans orchestre, uniquement le continuo) : Agnus Dei pour alto, expression d’un dénuement solitaire assumé et accompli. La profondeur et la vérité de cet air est un sommet spirituel, l’étape ultime dans l’expérience du croyant. Enfin le dernier air pour le choeur referme la cathédrale sonore (Dona nabis pacem) en un sentiment de paix enfin recueilli.

 

 

 

LIRE notre compte rendu complet de la nouvelle Messe en si mineur de JS Bach par William Christie (Cuenca, Espagne, Semana de Musica religiosa, avril 2016) 

Bouleversant Bach de Bill

Messe en si de Bach par William ChristieParmi les joyaux de cette réalisation, soulignons l’éblouissante compréhension de la Messe dans sa globalité, comme l’intelligence des enchaînements des séquences solistiques, chorales, instrumentales… car si l’on prend presque toutes les entrées des arias, ce sont les instruments (flûtes, hautbois d’amour, violon…) qui sont aux côtés des chanteurs, particulièrement exposés. Sous la direction de William Christie, les vertigineux contrastes d’un épisode l’autre, se révèlent avec une acuité dramatique exceptionnelle ; chaque choeur d’une exultation jubilatoire, affirme le sentiment d’avoir franchi un seuil dans l’ascension de la montagne. Peu à peu, chaque épisode choral marque les jalons d’une élévation collective, – gradation d’une ascension, emportant musiciens et public, en un continuum ininterrompu de près d’1h30mn. EN LIRE +

 

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Messe en si de JS Bach par William Christie et Les Arts FLorissants — Concert à Barcelona, Palais des Arts, le 16 juin 2016 © studio CLASSIQUENEWS 2016

 
 

Haute-Saône. 3ème week end Festival Musique et Mémoire : les 29, 30 et 31 juillet 2016

bach-vignette-portrait-carre-jean-sebastien-bach-582HAUTE-SAÔNE. Festival Musique et Mémoire : 29,30 et 31 juillet 2016. 3ème week end : JS BACH par Alia Mens. Suite des ensembles phares et percutants en résidence au Festival Musqiue et Mémoire 2016 ; après Les Timbres, d’une juvénilité ciselée, ardente, chambriste souvent époustouflante (le premier week end des 15, 16 et 17 juillet 2016), puis Les Cyclopes (ambassadeurs d’un grand week end passionnant dédié aux 400 ans de Froberger, les 20,21,22,23, et 24 juillet 2016), voici le dernier des ensembles qui sait exploiter le tremplin expérimental mis à disposition par Fabrice Creux, directeur du Festival Musique et Mémoire : week end 3 soit ” journées à nouveau passionnantes, les 29, 30 et 31 juillet 2016.

L’ensemble Alia Mens inaugure lors de ce week end sa première année de résidence (sur les habituelles 3 années réservées à chaque formation élue) : au programme 4 programmes inédits, tous créations et commandes du Festival ; soit un exemple unique en France d’accompagnement d’un festival vers ses formations invitées associées, lesquelles peuvent l’espace d’une résidence approfondir, oser, défricher, ciseler… tout ce qui fait aujourd’hui pour les publics du festival, les délices de la découverte et de l’engagement long terme.

 

 

 

Résidence d’Alia Mens, année 1, au Festival Musique et Mémoire
Jean-Sébastien Bach et Froberger en majesté

 

 

musique-et-memoire-2016-festival-vignette-intro-VIGNETTE-DEPECHE-juin-2016TEMPS FORTS d’ALIA MENS à Musique et Mémoire 2016. Dès vendredi 29 juillet, 21h, en la Basilique Saint-Pierre de Luxeuil les Bains (et son orgue XVIIè magnifiquement sculpté – lequel servait de décor naturel et spectaculaire à la recréation de Proserpine de Lully par Les Timbres : voir notre reportage vidéo Les Timbres en résidence à Musique et Mémoire, juillet 2015), pleins feux sur “La liturgie du verbe”… immersion dans l’univers recueilli, tour à tour grave, inquiet ou fervent et tendre du choral luthérien tel que l’immense Jean-Sébastien Bach l’a acclimaté à son génie de compositeur sacré. Fil rouge soutendant toute l’architecture de la partition (Motet Jesu mein freude, cantates BWV 4, 125…), ou citation alusivement confiée aux seuls instruments comme s’il s’agissait de commentaire, le choral innerve en profondeur et de façon très subtile toute la littérature sacrée de Bach.

 

 

musique-et-memoire-2016-festival-vignette-intro-VIGNETTE-DEPECHE-juin-2016Samedi 30 juillet à Luxeuil les Bains, 21h (Basilique Saint-Pierre) : Bach en “la cité céleste” de Weimar... au début du XVIIIè, le compositeur avant de rejoindre Leipzig, livre tout un cycle de partitions sacrées et instrumentales pour la Cour locale très amatrice de musique. Au programme 3 Cantates créées in loco entre 1711 et 1714 : Bach qui est nommé Concertmeister découvre aussi les auteurs italiens dont il assimile avec le génie que l’on sait la manière et l’esprit. Le compositeur excelle dans l’art de l’éloquence musicale, produisant chez les auditeurs, vertiges et contrastes émotionnels propres à exalter la ferveur et revivifier la croyance. Bach y atteint des sommets de profonde solitude (celle du croyant inquiet et critique) et d’exultation collective célébrant l’harmonie des cimes célestes… Répétitions ouvertes au public à 17h. Concert à 21h.

 

 

musique-et-memoire-2016-festival-vignette-intro-VIGNETTE-DEPECHE-juin-20163 concerts à LURE, le dimanche 31 juillet 2016. La journée finale est digne d’un marathon musical pour artistes et publics : 11h, Auditorium de Lure (“Le discours sans parole : Sonate et Suite de JS Bach) ; à 16h, Grand salon de l’Hôtel de Ville de Lure : récital pour clavecin par Jean-Luc Ho (clavicorde à pédalier de 2012), évocation de la joute musicale de Froberger et de Weckmann à Dresde en 1649. Oeuvres de Weckmann, Weiss, Bruhns… extraits du manuscrit Hintze Manuscript offert par Froberger à Weckmann…
Enfin, le dernier concert, est un temps fort de l’édition 2016 du Festival en Haute-Saône : “Collegium musicum” (LURE, à 21h, Eglise Saint-Martin) : essor du génie de JS Bach, à la fin de son séjour à Weimar quand il découvre et recycle l’écriture vivaldienne et le genre du Concerto italien. L’invention dont le compositeur est capable alors, désigne un maître audacieux et virtuose de l’expérimentation totale… au programme : les Concertos Brandebourgeois (6 Concertos à plusieurs instruments, en particulier les BWV 1049 pour 2 flûtes à bec, languissant, pastoral ; le BWV 1051 qui reprend le principe du consort de violes…), le Concerto pour violon et cordes BWV 1042… Chez Bach, tout concourt à faire chanter les instruments solistes et parler la musique.

 

 

Alia Mens au Festival Musique et Mémoire : le génie de JS Bach et Froberger en vedette, 5 concerts événements, les 29, 30 et 31 juillet 2016. INFOS et RESERVATIONS sur le site du Festival Musique et Mémoire 2016

 

 

CD coffret événement, annonce. Johann-Sebastian Bach : Musica Antiqua Köln, Reinhardt Goebel (13 cd Archiv Produktion – 1979-1987)

BACH JS reinhardt goebel archiv produktion box coffret cd CLASSIQUENEWS musica antiqua KOLNCD coffret événement, annonce. Johann-Sebastian Bach : Musica Antiqua Köln, Reinhardt Goebel (13 cd Archiv Produktion – 1979-1987). Compilation de rêve. Né en 1952 à Siegen, le violoniste Reinhardt Goebel, fin musicien formé à Cologne, aura marqué l’interprétation baroque par la création de son ensemble Musica Antiqua Köln (1973), un collectif électrisé aussi convaincant que les groupes formés par Harnoncourt, Christie ou Jacobs… L’artiste doué d’un tempérament unique, lettré, curieux, travailleur comme peu (aussi forcené, discipliné dans la joie comme William Christie peut-être) a du interrompre son activité en 1990 à cause de sa main gauche saisie par une paralysie foudroyante. Pas découragé pour autant, le violoniste réapprend toute la technique instrumentale avec son autre main… Voilà qui en dit long sur la force d’un musicien à la volonté et la détermination, admirables. Finalement le chef et son ensemble cesseront leur activité en 2006 pour cause de santé de son chef fondateur. Qu’importe le legs musical et surtout la conception interprétative incarnés par les quelques 30 années d’activité et de travail musicaux s’imposent à nous par leur intransigeance foudroyante, leur audace et leur intelligence, leur expressivité mordante dont l’âpreté et les contrastes dynamiques bondissants ont semblé régénéré les premières lectures sur instruments d’époque signé par ses ainés Harnoncourt ou Christie.

Aujourd’hui, le chef transmet sa connaissance exceptionnelle de l’articulation historiquement informée y compris auprès des orchestres sur instruments modernes. Le chef, violoniste fiévreux, impulsif, d’une énergie communicative a surtout signé des lectures de JS BACH absolument irrésistible par leur entrain grâce à la sonorité rayonnante de ses instrumentistes, tous engagés comme lui dans une approche critique, recréative des œuvres de Bach.
CLIC_macaron_2014Goebel-Reinhard-4En témoignent les 12 cd de ce coffret totalement incontournable qui remontant à la fin des années 1970, affirme surtout l’impact musical d’un collectif d’une motricité régénératrice absolument mûre dans les années 1980. Ainsi les Concertos Brandebourgeois, joyaux de cette sensibilité partagée (cd1 et 2, 1987), qui affirment comme l’entrain gorgé d’espérance des Ouvertures (BWV 1068-1070, cd3, 1982 / 1986) la personnalité cohérente des instrumentistes de Musica Antiqua Köln… Rien que pour l’assurance poétique et la maîtrise technicienne de ce cycle d’une rare grâce autoritaire, le coffret édité par Archiv Prouktion mérite le meilleur accueil. Les autres cd regroupe une bonne partie de la musique concertante et purement instrumentale de Jean-Sébastien : L’Offrande musicale BWV 1079 (cd4), L’Art de la Fugue BWV 1080 (cd5 et 6); les Sonates en trio (BWV 1036-1039, cd 7), les Sonates pour violon et clavecin, violon et basse continue, les Sonates pour flûte… sans omettre les ouvertures… Avec un cd Bonus regroupant des témoignages audio d’entretiens réalisés par le chef violoniste au cours de sa carrière d’une phénoménale audace artistique. Prochaine critique complète et développée du coffret Jean-Sébastien Bach par Reinhardt Goebel et Musica Antiqua Köln édité par Archiv Produktion, dans le mag cd dvd livres de classiquenews

Oratorio de Pâques de Jean Sébastien Bach (BWV 249)

bach_jean_sebastien_portrait-eisenach-haussmann-1730Jean-Sébastien Bach : Oratorio de Pâques BWV 249. Comme à l’accoutumée, s’agissant de Bach, l’Oratorio de Pâques tel que nous le connaissons actuellement, et tel qu’il est joué par les ensembles les plus informés, regroupe plusieurs partitions sur le thème pascal qui remonte à plusieurs époques, certains opus étant réécrits, modifiés selon l’idéal esthétique du compositeur, selon aussi les effectifs à sa disposition au moment de la commande. La première version remonte à 1725 pour les célébrations pascales, en particulier pour le Dimanche de Pâques. Bach recycle une cantate de voeux (donc originellement profane) de février 1725 dédié à l’anniversaire de son patron, le Duc Christian de Saxe-Weissenfels (Entfliet verschwindet, entweichet ihr Sorgen, BWV 249a). Puis il en déduit une nouvelle célébration, d’essence sacrée: Kommt, eilet und laufet, ihr flüchtigen Füsse … (BWV 249), cantate célébrant la dévotion de la feria I de Pâques au 1er avril 1725.

Christ est ressuscité !Puis dans un nouveau texte de Picander, la même cantate sert une nouvelle célébration profane en août 1726 pour l’anniversaire de son autre mécène le Comte Joachim Freidrich von Flemming (BWV 249b). Pour livrer une nouvelle musique pascale, Bach recycle entre 1732 et 1735, les partitions déjà écrites et intitule le nouveau cycle “oratorium”. Comme pour la Messe en si mineur, il s’agit grâce au génie synthétique dont il est capable, de combiner des éléments épars en une totalité dont la cohérence et l’architecture nous stupéfient. Soucieux d’unité, le compositeur reprend encore son ouvrage après 1740, et fixe désormais ce que nous connaissons sous le nom d’Oratorio de Pâques.

Oratorio en 11 numéros

Plan en 10 numéros/épisodes
Véritable opéra sacré, l’Oratorio de Pâques de JS Bach saisit par la maîtrise des contrastes, l’absolu génie des réemplois et aussi, le raffinement d’une grande culture musicale qui utilise selon un plan dramaturgique éblouissant, les styles italiens et français.

N°1 à 3. Au début, les 3 premiers numéros (Sinfonia avec flûtes et hautbois d’amour, Adagio, Chorus) composent un triptyque d’ouverture selon le schéma d’un concerto italien (vif, lent, vif), avec une même tonalité de ré majeur) pour unifier le cycle pour les volets 1 et 3. Dans ce dernier épisode, le texte convoque les fidèles qui pressent le pas vers la sépulture de Jésus.
Le n°4 fait paraître les 4 solistes, sombres et graves, qui se retrouvent près du tombeau : Maria Jacobi (soprano), Maria Magdalena (alto), Petrus (ténor), Johannes (basse). Se détache surtout l’aria adagio en si mineur (avec traverso) de Maria Magdalena dans laquelle la chanteuse invite à renoncer aux parfums et onguents de l’embaumement pour choisir les lauriers, annonciateurs de la victoire du Christ ressuscité (n°5).
CHRIST-endormi-programmes-brava-hd-noel-2015-582-390N°6-7 : surviennent Petrus et Johannes qui découvrent la tombe vide et la pierre déplacée. Maria Magdalena précise alors qu’un ange est venu annoncer la Résurrection du Sauveur. Ainsi Petrus (ténor, en sol majeur) adopte le calme serein d’une bourrée pour exprimer avec les flûtes à bec, la profonde certitude de la paix intérieure, après la proclamation du Miracle christique. N°8 à 10 : les airs des deux Marie basculent dans l’arioso, portés par l’impatience de revoir Jésus : tendre et compatissante, Maria Magadalena se demande où le Christ lui apparaîtra (air en la majeur, avec hautbois d’amour sur rythme de gavotte). Tandis que Johannes invite chacun à se réjouir. Jean-Sébastien Bach conclut par un chœur de réjouissance (n°11) où l’éclat des trompettes dit la réalisation de la transfiguration finale. Le dernier épisode suit un plan en deux parties : format et esprit français et d’une élégance haendélienne tout d’abord ; puis gigue fuguée d’une ivresse collective irrésistible.

Livres, compte-rendu, critique. Gilles Cantagrel : La rencontre de Lübeck: Bach et Buxtehude (Éditions Desclée de Brouwer)

cantagrel bach et buxtehude livre declee de brouwer critique compte rendu classiquenews CLIC de classiquenewsLivres, compte-rendu, critique. Gilles Cantagrel : La rencontre de Lübeck: Bach et Buxtehude (Éditions Desclée de Brouwer). La maison d’édition DDB Desclée de Brouwer réédite un texte capital pour comprendre d’où vient JS Bach, ce que le génie du baroque germanique doit à son mentor lübeckois : Dietrich Buxtehude (1637-1707). Une pensée universaliste, une exigence artistique qui fusionnant foi et art, fait de la musique, un savoir rhétorique qui détient les clés de la vie humaine… Rien de moins. C’est cette vertu de la musique, son essence harmonique et parfaite, miroir de la perfection divine que le vieux maître transmet à son jeune successeur. Transmission d’une leçon, d’un enseignement, d’une sagesse, le sujet de ce livre plus proche de la vérité historique que fiction romanesque, permet de mesurer ce qu’ont eu de commun, deux grands créateurs du Baroque germanique : Buxtehude et JS Bach.

La ville de Lubeck (qui est aussi le personnage principal de ce texte) ayant été bombardée en 1942, rien ne reste de la ville qu’a connu le jeune Bach âgé de 20 ans, venu y écouter et rencontrer son modèle d’alors : l’illustre et génial organiste Buxtehude, véritable dieu vivant de la musique. Disparus à jamais les monuments baroques de la riche cité de 1705, comme les archives documentant l’une des rencontres les plus importantes de l’histoire de la musique : celle du jeune Jean-Sébastien avec Dietrich Buxtehude, à partir du 30 octobre 1705 : Bach est un jeune homme de 20 ans, organiste à Arnstadt. Buxtehude est à la fin de sa vie, il mourra 2 ans après la rencontre : c’est plus qu’un musicien virtuose et le premier sur son territoire : un génie qui a fusionné exigence artistique et pensée religieuse.
Pour Bach, c’est le pèlerinage de sa vie. Ayant parcouru 100 lieues, d’Arnstadt en Thuringe (le berceau de la famille Bach) à la ville hanséatique de Lübeck, il a quitté son poste d’organiste, sa famille, parcouru à pieds la distance nécessaire passant par Lünebourg, enfin arrivé le 30 octobre 1705 au terme d’un périple de près de 12 jours.

 

 

 

Transmission d’un savoir

 

 

buxtehude aux cotes de Reincken 1674 soiree musicaleC’est que Dietrich Buxtehude (1637-1705) est une personnalité unanimement reconnue, célébrée, vénérée par un cercle de jeunes disciples dont les musiciens les plus prometteurs de leur génération. Bach fait partie de ces jeunes apprentis désireux de comprendre le mystère d’une célébrité si universelle. Son voyage lui apportera les fruits espérés. Aux côtés de Haendel qui lui aussi a fait le voyage et qui composant son opéra Rodrigo, s’apprête à quitter Lübeck pour Rome, Bach vit une véritable initiation, un périple dans la ville, aux côtés de Buxtehude qui organise les fameux concerts du mercredi et du jeudi (Abdenmusiken), auxquels la foule se presse… Le jeune organiste est ainsi sensibilisé au métier, au savoir musical, aux secrets de l’orgue, du jeu au pédalier, au sens profond de la composition musicale. Au soir de sa vie, le vieux Buxtehude (sexagénaire) pense à sa succession, regrette la mort de son élève le plus talentueux (après Bach), Bruhns, décédé à 30 ans ; jouant à l’orgue lors de soirées mémorables et fastueuses où toute la ville de Lübeck se présente, (mercredi 2 puis jeudi 3 décembre 1705 dont le programme est précisément décrit), livrant toute la musique des grandes fêtes religieuses, Buxtehude livre une leçon de maîtrise, trouvant en la personne du jeune Jean-Sébastien, un assistant d’une exceptionnelle sensibilité. Les deux hommes se comprennent ; et la transmission de la pensée musicale qui se réalise ici, structure fondamentalement l’esprit et l’éthique du jeune organiste d’Arnstadt, qui est alors au début de son immense carrière. La langue est précise et sobre ; le souci d’exactitude historique et de véracité humaine rétablit la richesse et la profondeur d’une rencontre clé dans l’histoire de la musique.
L’histoire musicale est une affaire de rencontre, de partage, de transmission, de valeurs et de visions explicitées, nuancées, reconnues. La rencontre de Lubeck est un moment essentiel pour la vie du vieux Buxtehude et du jeune Bach. Les deux en sortiront différents et plus sincères encore qu’auparavant. Buxtehude, grandi parce qu’il a pu expliciter sa vision musicale, sa pensée la plus personnelle ; Jean-Sébastien Bach, parce qu’il n’aura plus jamais une expérience et une formation aussi élevée sur le plan artistique, technique, théorique, esthétique et philosophique. Les pages évoquant la musique comme savoir et source symbolique éclairant le mystère divin de la vie et de la nature, comme rhétorique et discours doué d’un sens supérieur et essentiel sont les plus captivantes. Dans la clarté de l’évocation, le lecteur recueille toutes les composantes d’une exigence morale et spirituelle qui font de Buxtehude et de Bach, les créateurs les plus raffinés, complexes et pourtant accessibles qui soient. Lecture incontournable.

 

 

Livres, compte-rendu, critique. Gilles Cantagrel : La rencontre de Lübeck, Bach et Buxtehude (Réédition- Éditions Desclée de Brouwer). 190 pages. Parution : septembre 2015. EAN : 9782220075846. Prix indicatif : 17,90 €. Illustrations: la couverture du livre La Rencontre de Lubeck par Gilles Cantagrel et le détail de notre article sont des extraits du tableau peint en 1674 par Johannes Voorhout (Une société musicale), représentant Buxtehude à la viole et son ami, élève, le riche Reinken résident à Hambourg (DR)

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CD, compte rendu critique. J-S Bach : Die Kunst der fuge / L’art de la fugue. Martha Cook, clavecin (2 cd Passacaille 2013)

bach art de la fugue die kunst der fuge martha cook cd livre fayard review presentation classiquenews septembre 2015CD, compte rendu critique. J-S Bach : Die Kunst der fuge / L’art de la fugue. Martha Cook, clavecin (2 cd Passacaille 2013). Formidable lecture et surtout projet artistique voire philologique exemplaire entrepris par l’américaine Martha Cook et qui vit en France depuis 1980. .. A l’heure où les nouvelles générations de baroqueux assidus manquent singulièrement de sens critique comme d’audace dans leur geste, leur choix de programme et de répertoires, leur vision de la musique en général,  tout en jouant remarquablement bien, voici une approche scientifiquement passionnante qui a cherche et trouve la finalité de toute création musicale : son sens profond. Sur le métier de L’Art de la fugue d’un Jean-Sébastien abstrait, impressionnant et finalement mystérieux, la claveciniste audacieuse étonne par la pertinence et la finesse de son analyse concernant les partitions parvenues depuis le XVIIIème siècle.

 

COOK BACH art dela fugue cd passacaille review presentation sur classiquenews CLIC de septembre 2015 martha-cook-claveciniste-de-renom-en-concert-ce-soir-a_2500901_353x405pAlors qu’on le tenait pour un recueil inclassable, à la structure bancale et inexpliquée, comme un cycle d’exercices moins comme un ouvrage abouti et réfléchi, et comme une masse incohérente à l’ordre non validé par Bach, Martha Cook la visionnaire ose rétablir la valeur de la première partition parvenue, datée vers 1740, et même dans ses inachèvements, la claveciniste démontre surtout que son plan correspond à un programme sémantique précis conçu tel quel et voulu ainsi par Jean-Sebastien. La puissance de la musique baroque réside dans son éloquence et sa rhétorique : rien de plus vrai pour L’art de la fugue dont la partition recueille une méditation profonde et personnelle sur la mort d’après la lecture de l’évangile selon Luc.

 

 

Bach : retour au sens

 

bach_jean_sebastien_portrait-eisenach-haussmann-1730Les 12 fugues et deux canons sont même agencés en deux parties égales aux correspondances retrouvées, d’une cohérence qui déconcerte sur le génie et la pensée universelle d’un Bach mûr, concepteur et architecte visionnaire. Les corrections apportées par l’auteur jusqu’à sa mort 10 années plus tard  (ajout de deux fugues et de deux canons) vont dans le sens d’une précision  et d’un enrichissement du plan originel ainsi dévoilé. Comme manifeste d’une prière personnelle ou comme testament dévotionnel, le recueil L’art de la fugue (que le titre soit ou non de Bach), renvoie à la profondeur et la sincérité d’une écriture certes intellectuelle, surtout perfectionniste avant toute autre. C’est un face à face avec Dieu et au pied de la divinité, l’humble réflexion sur la condition humaine. Comme la manifestation de la dévotion intime du director musices de Leipzig, le manuscrit fut toujours précieusement conserve par la famille. Signe de respect pour une œuvre surtout personnelle.  La corrélation avec l’évangile de Luc et la mention précise du texte mis en musique  (14:27) est livrée par la valeur numérique des initiales JS (=27), et du nom de Bach (=14). Il s’agit donc du dictum, paraboles et exhortation finale du sermon de Jésus lors de son second séjour à Jérusalem. Offrande des plus intimes en réflexion à la parabole de la  Croix et du Sacrifice de Luther, les 16  sections ainsi agencées / révélées par Martha Cook dans une perspective qui heurtera tous les puristes évidemment, renseignent de façon inédite et imprévue sur la pensée du dernier Bach.

La sincérité comme la grande cohérence, l’exigence sur le plan du sens et de la finalité de la musique trouvent ici une interprète passionnante, dont le jeu et l’écriture d’un livre complémentaire paru chez Fayard  (L’art de la fugue, une méditation en musique, Fayard Paris 2015 CLIC de classiquenews de l’été 2015) apportent un éclairage lumineux sur l’un des plus grands génies de la musique baroque.

 

 

CD, compte rendu critique. J-S Bach : Die Kunst der fuge / L’art de la fugue. Martha Cook, clavecin.  2 cd Passacaille 1014. Enregistré à Nogent le Rotrou en novembre 2013.

 

fayard art de la fugue jean sebastien bach compte rendu critique classiquenews clic ete 2015LIRE aussi notre compte rendu critique complet du livre de Martha Cook édité chez Fayard : L’art de la fugue, une méditation en musique, CLIC de classiquenews de l’été 2015. Et si Bach grand lecteur des Écritures, avait souhaité exprimer musicalement l’enseignement du Nouveau Testament, comme un vrai travail pédagogique et d’évangélisation ? Le parcours ainsi jalonné offre une formidable méditation sur le sens de la Foi, la présence tangible de Dieu, et comme musicien sincère, l’acte musical et de composition comme un témoignage spirituel…

 

 

Livres. Martha Cook : L’art de la fugue, une méditation en musique (Fayard)

fayard art de la fugue jean sebastien bach compte rendu critique classiquenews clic ete 2015Livres, annonce. Martha Cook : L’art de la fugue (Fayard). Dernier grand œuvre de Jean-Sébastien Bach, L’Art de la Fugue se dévoile ici, sous une plume particulièrement argumentée et documentée, sous un double aspect : sa perfection musicale, le témoignage qu’il constitue manifestant comme nul autre œuvre dans la catalogue du Cantor, la ferveur d’un Bach, inspiré, perfectionniste, mystique et intellectuel, musicien et sincèrement croyant à défaut d’être comme Kuhnau, véritable érudit de la question religieuse, théologue. Sa bibliothèque théologique est digne d’un pasteur avisé, critique, actif. L’unité de l’oeuvre nous offre une totalité esthétique et musicale qui interroge la forme musicale et plus loin, le sens de la composition dans le cas de Bach, génie baroque. Partition abstraite quelle est au juste sa destination (clavier – clavecin, orgue ? orchestre ? quatuor à cordes ?) ? Quelle est sa genèse ? et comment expliquer sa dernière pièce laissée inachevée par Bach pourtant soucieux de perfection et d’achèvement de ses propres oeuvres ? L’auteure analyse un opus impressionnant et finalement mystérieux, formellement parfait, historiquement et musicalement énigmatique. Et si Bach grand lecteur des Écritures, avait souhaité exprimer musicalement l’enseignement du Nouveau Testament, comme un vrai travail pédagogique et d’évangélisation ?

Comme manifeste d’une prière personnelle ou comme testament dévotionnel, le recueil L’art de la fugue (que le titre soit ou non de Bach), renvoie à la profondeur et la sincérité d’une écriture certes intellectuelle, surtout perfectionniste avant toute autre. C’est un face à face avec Dieu et au pied de la divinité, l’humble réflexion sur la condition humaine. Comme la manifestation de la dévotion intime du director musices de Leipzig, le manuscrit fut toujours précieusement conservé par la famille. Signe de respect pour une œuvre surtout personnelle.  La corrélation avec l’évangile de Luc et la mention précise du texte mis en musique  (14:27) est livrée par la valeur numérique des initiales JS (=27), et du nom de Bach (=14). Il s’agit donc du dictum, paraboles et exhortation finale du sermon de Jésus lors de son second séjour à Jérusalem. Offrande des plus intimes en réflexion à la parabole de la  Croix et du Sacrifice de Luther, les 16  sections ainsi agencées / révélées par Martha Cook dans une perspective qui heurtera tous les puristes évidemment, renseignent de façon inédite et imprévue sur la pensée du dernier Bach.

Le parcours ainsi jalonné offre une formidable méditation sur le sens de la Foi, la présence tangible de Dieu, et comme musicien sincère, l’acte musical et de composition comme un témoignage spirituel. Fayard édite l’un des essais consacrés à l’Art de la Fugue de Bach parmi les plus originaux et passionnants. Une pierre nouvelle dans le jardin enchanté du Cantor.

Livres, annonce. Martha Cook : L’art de la fugue (Fayard). EAN : 9782213681818. Parution : août 2015. 250 pages. 17 €. 120 x 185 mm. LIRE AUSSI la critique du cd J-S Bach : Die Kunst der fuge / L’art de la fugue. Martha Cook, clavecin.  2 cd Passacaille 1014. Enregistré à Nogent le Rotrou en novembre 2013, titre paru simultanément au livre édité chez Fayard.

Tourcoing : Jean-Claude Malgoire joue la Messe en si

Tourcoing. JS Bach : Messe en si. JC Malgoire. Les 16 et 18 janvier 2015. Jean-Claude Malgoire et ses troupes abordent la montagne magique du Baroque sacré : un massif spectaculaire et intime, juste et profond d’une diversité d’approche souvent déconcertante. Même hétéroclite, composée de multiples partitions d’époque diverses, l’œuvre qui en résulte et que Bach n’a jamais écoutée comme nous aujourd’hui d’une seule traite, captive par son unité et sa cohérence.

bach_js jean sebastianLe chef-d’œuvre de Bach ? Au regard du génie et des sommets atteints par le Cantor de Leipzig, gardons-nous de tout absolu. Mais cette œuvre (nommée Messe en si mineur alors qu’elle est principalement en Ré majeur !) est symbolique à plus d’un titre. Tout d’abord, elle est la dernière composition pour chœur de Bach. De plus, elle incarne la somme du style baroque à son apogée, mais aussi de la polyphonie façon Machaut ou encore des modes et teneurs antiques. Enfin, son histoire n’est pas ordinaire. Composée durant près de 25 ans, elle réunit des partitions d’époques différentes, l’Allemand ayant puisé dans ses œuvres antérieures et ajouté des créations originales – dont les chœurs du Credo. Le résultat ? Une messe de liturgie catholique pour deux sopranos, un contralto, un ténor, une basse, un orchestre et un chœur. Cette pièce-phare conclut depuis des années le festival Bach de Leipzig mais n’avait pas été jouée par l’Atelier depuis près de quinze ans.

Le souffle solennel voire funèbre qui emporte le Kyrie introductif; le Gloria impétueux dont les trompettes claironnantes disent ce sentiment de jubilation festive adressé au nouveau Roi de Pologne (Auguste III); le mystère de l’Et incarnatus est (et sa tierce picarde dans ses 5 dernières mesures); l’exclamation des choeurs, la guirlande des cordes, flûtes et hautbois, sans omettre la prière individuelle si intérieure, entre sérénité et inquiétude (Benedictus pour ténor, Agnus Dei pour alto)… tout est dans la Messe en si mineur, une affaire de défis, de risques à surmonter, d’épreuves à vaincre, d’options à assumer (que l’on opte pour l’option des chanteurs à un par voix)…

Il faut bien l’expérience et le feu sacré d’un chef aguerri pour atteindre les fervents sommets d’une montagne magique, monument de la musique sacrée baroque comprenant 21 sections , -dont Kyrie et Gloria sont les plus anciens, remontant aux années 1730).

Le chef doit transmettre sa passion du timbre et de la sonorité, de la respiration, du flux… sans diluer ni affaiblir l’intensité de la prière collective ou solistique.

 

 

 

La Messe en si de Jean-Sébastien Bach

Le Grand oeuvre (1724-1749)

malgoire_jean_claudeLa Messe en si est une partition monumentale que porte l’auteur pendant 25 ans: c’est l’oeuvre d’une vie, l’aboutissement d’une écriture et d’une expérience musicale portée tout au long de la carrière et de la vie, comme un journal.  Bach y dépose toute sa science et sa sensibilité, mais ne l’entendit jamais de son vivant.
Director Musices de Leipzig, Bach doit fournir nombre de musique pour les églises de Saint-Thomas et de Saint-Nicolas, assurer la formation des élèves à Saint-Thomas, mais aussi l’ordinaire musical de la ville entière, pour tous les événements de la vie social. On comprend aisément que le compositeur fut capable d’une organisation méthodique qui comprend le recyclage de sa musique (principe parodique), diversement utilisée selon les circonstances. Le compositeur municipal est en outre depuis 1729, chef d’orchestre, dirigeant le Collegium musicum, fondé par Telemann.
Fort heureusement si l’on peut dire, alors qu’en cette année 1733, Rameau fait son entrée à l’opéra avec son chef d’oeuvre scandaleusement génial, Hippolyte et Aricie, le patron du musicien, Frédéric Auguste Ier, prince électeur de Saxe, meurt le 1er février. Le deuil institué pendant 5 mois interdit toute musique. Bach peut ralentir le rythme.

 

 

Un poste à Dresde…
Le changement de prince régnant laisse espérer un meilleur traitement et surtout des salaires mieux payés, car comme Monteverdi à Mantoue au siècle passé, Bach a du mal à se faire livrer les sommes qui lui reviennent pour ses nombreux services. Aussi décide-t-il de commencer une oeuvre grandiose, dédiée à son nouveau protecteur, Frédéric-Auguste II. De Leipzig où il se sent à l’étroit non reconnu, comme relégué, Bach adresse sa partition nouvelle à Dresde, siège de la Cour de Saxe, tout en formulant son désir d’être membre de la Chapelle de la Cour (d’autant que son fils Wilhelm Friedmann a obtenu à Dresde, un poste enviable d’organiste). La messe catholique célèbre la ferveur du Souverain dresdois qui est aussi Roi de Pologne sous le nom d’Auguste III. Bach n’est pas pour autant dépaysé par la liturgie catholique car dans le cadre luthérien peuvent être aussi écoutés Magnificat et Sanctus à Noël, pour Pâques, à la Pentecôte. Le Kyrie (perfection du style fugué) et le Credo ainsi livrés en 1733 (formant une messe latine conforme, mais brêve selon l’usage luthérien, c’est à dire sans Gloria, Sanctus et Agnus Dei), forment la première moitié de notre actuelle Messe en si.  Bach y recycle des choeurs déjà écrits provenant des cantates BXV 29 et 46.

 

 

Synthèse artistique
Mais le compositeur ne laisse pas son grand projet en chemin. il ajoute le Sanctus qui puise dans une partition liée à la Nativité, datant de 1724. Ensuite, celui qui au soir de sa vie, est engagé dans son testament musical sur le mode strictement instrumental, L’art de la fugue, dans les années 1748/1749, écrit la seconde moitié de la Messe en si.
Sorte de catalogue de toutes les écritures dont était capable le musicien, l’ensemble concentre la maîtrise d’un Bach universel, encyclopédique, synthétique. Peut-être destinait-il son oeuvre à Auguste III, souhaitant plus que jamais quitter Leipzig pour Dresde… Ou encore s’agit-il d’une commande privée dont la monumentalité est liée au goût et à la volonté du Comte Johann Adam von Questerberg (mort en 1752), riche mélomane, membre de la Cour impériale Viennoise qui aurait pu financer le grand oeuvre choral du musicien toujours en quête de projets audacieux.

 

 

 

J.-S. Bach : Messe en si
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
Jean-Claude Malgoire, direction

boutonreservationvendredi 16 janvier 2015, 20h
dimanche 18 janvier 2015, 15h30
Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos

Lundi 16 mars 2015, 20h
Paris, Théâtre des Champs Elysées

Olga Pasichnyk, soprano
Anne Magouët, 2ème soprano
Jean-Michel Fumas, contreténor
Robert Getchell, ténor
Alain Buet, baryton-basse

 

 

CD. JS BACH : Le Clavier bien tempéré. Pierre Laurent Aimard, piano (1 cd Deutsche Grammophon)

bach-clavier-tempere-well-tempered-pierre-laurent-aimard,-piano-cd-deutsche-GrammophonCD. JS Bach : Le Clavier bien tempéré. Pierre Laurent Aimard, piano (1 cd Deutsche Grammophon). Genèse, enjeux, esthétique. Sommet, Bible, Everest du clavier baroque – en fait du clavier tout court-, “le clavecin bien tempéré” ainsi qu’il était nommé du vivant de Bach, – encore que le choix de l’instrument soit laissé par Bach à la décision de l’interprète-, reste la pierre angulaire, l’accomplissement artistique de tout claveciniste comme de tout pianiste. C’est aussi la référence au Père vénéré : un retour à la source première,  auprès de celui dont la quête expérimentale pousse les possibilités du langage musical jusque dans ses ultimes limites ; celui qui semble tout reconstruire et repenser l’univers à l’aulne de sa pensée et de sa seule science musicale ; où l’oeuvre miraculeuse inspirée par le Créateur se retrouve ainsi récapitulée et comme célébrer grâce au seul chant des deux mains sur le clavier : chacun des deux Livres fait alterner comme une séquence primitive, un prélude suivi de sa fugue dans les 12 demi tons de la gamme chromatique soit 24 modes majeurs et mineurs. Ici le Premier Livre – BWV846 à 869-, achevé dès 1722 (mais révisé jusqu’à la mort de Bach en 1750) est écrit quand Bach est à Köthen ; suivra 22 ans plus tard (à Leipzig), le 2ème Livre en 1744 (BWV 870 à BWV 893) … il en découle l’impression d’une suite séquentielle qui par le processus de son développement logique et naturel engendre tout un cycle organique que l’interprète inspiré, – démiurge par transfert, favorise en une croissance cohérente. Le défi principal en est d’exprimer la prodigieuse pensée musicale d’un génie inégalé en écartant rien de ce qui fonde aussi sa force poétique : une vision de l’infini et aussi l’expression très juste de la vérité humaine. Intellect et sensibilité, grandeur abstraite et intimité secrète se mêlent de façon inédite, sans que beaucoup d’interprètes parviennent à en saisir la double nature. La complexité contrapuntique sous tend en vérité une prière personnelle dont on suit de séquence en séquence, de Préludes en Fugues, l’évolution linguistique comme la volonté de variété comme de caractérisation contrastée d’un dyptique à l’autre. Le ton dune progessive et absolue sincérité fait entre autres toute la valeur des 12 derniers épisodes du Livre I soit du numéro XIII au numéro XXIV : plus sobre, plus dense, de plus en plus dépouillé, le geste s’économise, les dynamiques sexacerbent, signes d’une maturité rayonnante et profonde non dénuée de gravité, de nostalgie, de grâce comme de tendresse … autant de caractères très subtilement énoncés et développés qui composent aussi comme le portrait profond et juste de l’auteur.

CLIC_macaron_2014Estimation, fortune critique, réception de les Livres. Avant le XIXème redécouvreur (grâce à Mendelssohn et la recréation de la Saint Matthieu à Berlin en 1829 – un an après la mort de Schubert à Vienne…), l’éditeur Rellstab souhaita publier les deux recueils du Clavier bien tempéré dès 1790. Bach était mort depuis 40 ans mais son aura et sa légende, minutieusement entretenus par son fils ainé, le fidèle Carl Philipp Emmanuel, étaient intacts.  Les plus grands compositeurs des Lumières et du siècle romantique vénéraient les 2 Cahiers : Haydn, Mozart (qui instrumenta des fugues à 3 pour ensemble de cordes)… et Beethoven qui étudiait et travaillait les préludes et fugues des deux recueils avec son maître Neefe. La somme est d’autant plus précieuse que les manuscrits autographes nous sont parvenus. Le premier jet du Cahier 1 remonte à  l’automne 1722 : tout y est déjà précisé et abouti (construction harmonique, contrepoint, ornementation) même si Bach affine encore son intention de très nombreuses années après. C’est un chantier jamais fermé que le compositeur perfectionne toute sa vie.
Les contemporains de Bach reconnaissent avoir été éblouis par la technique du Bach claviériste : souplesse, chant, intériorité gomment ici la rudesse, et les difficultés accumulées dans chaque séquence (Prélude puis Fugue).  La légende suggère que le cycle ait été composé pendant le temps d’incarcération de Bach, soit presque un mois à compter du 6 novembre 1722 : son patron, le Duc de Weimar étant particulièrement furieux d’avoir constater à maintes reprises le désir de son serviteur musicien de le quitter.
Bach devait à l’issue de son emprisonnement rejoindre la Cour de Coethen qui avait négocié son transfert. Auparavant destiné exclusivement à l’orgue, l’enchaînement Prélude et Fugue peut désormais être joué sur tous les claviers dont évidemment le plus répandu: le clavecin. La formule ne suscita guère d’enthousiasme et le succès du cycle revient surtout à son usage comme extraordinaire recueil d’exercices. Or comme nous l’avons dit, il dépend de l’interprète de dépasser les défis techniques pour en exprimer l’éloquente ivresse sonore, dansante. Au-delà de la performance contrapuntique, saisir et exprimer le chant intime et les enjeux expressifs de la musique pure.

Intimité, clarté, sensibilité de Pierre-Laurent Aimard

 

aimard-pierre-laurent-piano-Bach-debussy-messiaen-Deutsche-GrammophonAimard-LrgAprès avoir proposé chez Deutsche Grammophon également une lecture de l’Art de la fugue, affirmant déjà une sûreté technicienne doublée d’un superbe instinct musical, le pianiste Pierre Laurent Aimard s’attaque ici à un autre volet spectaculaire du génie de Bach père. D’emblée, le jeu touche par son élocution sincère et naturelle, une discrétion toute en finesse qui sait préserver la clarté de l’écriture et surtout le contenu poétique voire intime du complexe tissu sonore. Si les 12 premiers volets sont en soi magistralement conçus révélant l’ampleur et la force expérimentale de la pensée de Bach, les 12 derniers numéros indiquent une évidente transformation plus introspective, plus dense voire fulgurante : y surgissent de nouveaux caractères -plus confidentiels dans les 12 précédents- : profondeur, gravité, silence, repli, énigme. Autant de valeurs clés qui sortent de l’ombre grâce à la sensibilité du Pierre-Laurent Aimard.

Au tout début du Livre I, l’entrée dans le cycle passe par l’enchantement du premier Preludium sculpté comme l’invitation dans un jardin enchanté (l’Arcadie rêvée ?… celle des amants qu’a peint Watteau et dont les silhouettes ou la trace imperceptible semble inspirer JSBach). Le jeu de Pierre Laurent Aimard parcourt chaque climat du paysage mental et musical, creusant d’incessants contrastes lorsque s’affirme l’ivresse juvénile irrépressible du Preludium III, sa légèreté trépidante et insouciante comme un printemps primitif (grâce enivrée du jeu digital … annonciatrice de l’ivresse et du crépitement exalté du Préludium X), puis le déterminisme de la Fugue VII, en une volonté qui affirme la toute puissance de la musique pure. Entre pensée et incarnation, la savant architecte se fait poète : son jardin, nouveau labyrinthe de l’âme désireuse. Mais le pianiste soigne tout autant failles et replis en d’inquiétants vertiges : sérénité plus sombre du Preludium VIII enchaîné avec la fugue VIII grave et retenue, de loin la plus méditative.

Le cd 2, présente le cycle des 12 derniers épisodes ; corpus plus mûr, plus essentiel, moins démonstratif ; autant dans les 12 premiers, Bach semble tricoter et tisser longtemps avant de produire la profondeur ; ici en quelques mesures, il atteint une gravité pleinement épanouie (jouant du silence et des ombres) en une urgence irrésistible… Cette pensée qui s’affirme peu à peu est d’autant plus spectaculaire et impressionnante que le pianiste excelle tout autant à exprimer dans le Preludium XIII, sa grâce ingénue, et mieux dans la Fugue qui suit (et le complète) : la broderie aérienne, insouciante, sa fluidité essentielle, son esprit dansant qui jaillit avec une simplicité primitive. Quelle science des contrastes. Et pour l’interprète, quel défi dans la gestion d’autant de climats changeants, volubile, fugaces… pourtant admirablement canalisés.
En plus de la gravité et de la profondeur, Pierre-Laurent Aimard fait jaillir avec une grande subtilité la tension et la gravité à fleur de peau du Preludium XIV, puis dans la Fugue qui suit, le temps suspendu de méditation, cette plongée et cette immersion lente cette retenue et cette pudeur, celles d’une fine allusion, surtout introspective (Watteau là encore…). A la vivacité précise, intense, enlevée comme un bambochade (excitation de l’irrésistible Preludium XV), au feu dansant qui traverse et habite le flux des entrelacs croisés de la Fugue XV, répond aussi le songe insouciant du Prélude suivant (XVI).
Le pianiste suit l’itinéraire mental progressif d’un Bach arpenteur de l’univers : l’édifice contrapuntique se fait colossal (affirmation de la pensé musicale) dans les deux Fugues XVI et XVII. Voici le Bach constructeur de cathédrales. Et pourtant le jeu de Pierre-Laurent Aimard se montre ciselé, simple, enfantin, d’un naturel limpide, souvent désarmant par sa fragilité.

bach_js jean sebastianCycle de maturité oblige, et donc immersion dans la profondeur voire la gravité, place au Prélude XVIII : le plus touchant, où saisit une sensibilité introspective la plus ténue, pudeur grave, là encore d’une élocution très simple… à laquelle répond sa Fugue, long développement complexe auquel l’élocution et le jeu très nuancé et dépouillé jouent surtout sur le clarté ; il restitue sa grâce éloquente son allant irrépressible, son équilibre olympien. La grâce mozartienne du Prélude XIX, sa délicatesse musicale indique que Bach a mûri et va droit à l’essentiel ; il touche immédiatement car la science est surtout proche du coeur.
Il y aurait tant à dire d’un épisode à l’autre. Le Prélude et Fugue XX en seraient la quintessence affirmant et la pensée universelle de Bach et la sensibilité du pianiste qui en détecte et en exprime l’expérience intime : l’énergie conçue comme une urgence torrentielle est un élément nouveau : brio, flexibilité, clarté, simplicité et ici synthèse frappe l’écoute (il annonce la vivacité du XXI). Puis l’ambition de la structure contrapuntique  (de la Fugue, l’une de plus développée et des plus longues… qui annonce l’absolu, sommet final, la XXIV), sa gravité et son ascèse (variation abstraite de la musique) affirme une certitude jamais écoutée avant (l’affirmation du génie musicien du Bach alors emprisonné ?). Son caractère universel, construit une éllipse sans fin comme un mouvement perpétuel illimité qui étire le souffle jusqu’au delà l’humain. Il faut bien des accords martelés finaux pour en réaliser la fin et l’élan conclusif. Vertigineux. Alors comment ici ne pas évoquer la Fugue ultime, la XXIV, de près de 7mn : son énoncé simple, sobre, profond et aussi d’une grande tristesse exprimeraient-ils le renoncement comme si Bach, tirait la révérence avec mélancolie et une grâce pudique elle aussi irrésistible ? Au pianiste revient le mérite, d’apporter la brume ensorcelante d’un balancement hypnotique.

Malgré la grande disparité des climats, la succession vertigineuse des contrastes enchaînés et l’architecture complexe de l’écriture, on demeure saisit du début à la fin par la grâce volubile et insouciante du jeu, la finesse du toucher. Un très grand album… qui laisse espérer déjà le Livre II.

CD. JS Bach : Le Clavier bien tempéré, Livre I. Pierre Laurent Aimard, piano (1 cd Deutsche Grammophon)

CD. Jean-Sébastien Bach : le Clavier bien tempéré. Pierre Laurent Aimard, piano (1 cd Deutsche Grammophon). Annonce

bach-clavier-tempere-well-tempered-pierre-laurent-aimard,-piano-cd-deutsche-GrammophonCD. Jean-Sébastien Bach : le Clavier bien tempéré. Pierre Laurent Aimard, piano (1 cd Deutsche Grammophon). Sommet, bible, Everest du clavier baroque – en fait du clavier tout court-, “le Clavecin bien tempéré” ainsi qu’il était nommé du vivant de Bach, – encore que le choix de l’instrument et du clavier soit laissé par Bach à la discrétion de l’interprète-, reste la pierre angulaire, l’accomplissement artistique de tout claveciniste comme de tout pianiste. Après avoir enregistré entre autres pour Deutsche Grammophon, L’art de la fugue, le pianiste français Pierre-Laurent Aimard (ailleurs subtile interprète de Messaien ou Debussy…),  aborde les deux recueils du Clavier bien tempéré en un coffret de 2 cd à paraître également chez Deutsche Grammophon, le 25 août prochain.  Le Premier Livre – BWV846 à 869-, achevé dès 1722 (mais révisé jusqu’à la mort de Bach en 1750) est écrit quand Bach est à Köthen ; suivra 22 ans plus tard (à Leipzig), le 2ème Livre en 1744 (BWV 870 à BWV 893) … Outre les qualités hautement pédagogiques des pièces créées par le génie de Jean-Sébastien, les 2 cahiers fixent un genre désormais emblématique de la recherche musicale baroque : l’enchaînement prélude et fugue. Défricheur, expérimentateur, audacieux, en virtuose de l’écriture contrapuntique et des combinaisons harmoniques simultanées, Bach innove et éblouit par sa science poétique. Car l’interprète appelé à en relever les multiples défis techniques (carrure et clarté de la structure fuguée, ligne souple et aérienne de la mélodie, lisibilité des passages et changements harmoniques…), se doit aussi de révéler la transe chorégraphique, l’ivresse et les vertiges expressifs des pièces ainsi collectées et que Bach n’a cessé de réviser sa vie durant. Au point de constituer un testament artistique, l’emblème de sa pensée musicale… Aujourd’hui, le Clavier bien tempéré représente davantage qu’un formidable défi technicien lancé au claviériste (claveciniste ou pianiste). La réponse qu’en donne Pierre-Laurent Aimard en août 2014 sait accorder performance digitale et accomplissement poétique.

aimard-pierre-laurent-piano-Bach-debussy-messiaen-Deutsche-GrammophonAimard-LrgLe cd Le Clavier bien tempéré de Jean-Sébsstien Bach par Pierre-Laurent Aimard paraît chez Deutsche Grammophon le 25 août 2014. Critique complète du cd ” Le Clavier bien tempéré de Jean-Sébsstien Bach par Pierre-Laurent Aimard “, élu CLIC de classiquenews, dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com, à partir du 25 août 2014.

Peinture. Le nouveau portrait de Jean-Sébastien Bach à Leipzig

bach_jean_sebastien_portrait-eisenach-haussmann-1730Peinture. Le nouveau portrait de Jean-Sébastien Bach à Leipzig. Perruque grise à rouleaux et mise impeccable, voici le nouveau portrait authentifié de sa majesté Johann Sebastian Bach, Jean-Sébastien Bach (1685-1750), récemment acquis (2013) par la Bachhaus d’Eisenach auprès d’un collectionneur privé. Le portrait au pastel était connu depuis longtemps car il trônait parmi les portraits conservés à Hambourg par le fils génial de Jean-Sébastien, Carl Philipp Emmanuel. JS Bach y figure à l’âge de 45 ans soit vers 1730, grâce au talent du portraitiste Elias Haussmann. Bach est alors directeur de la musique (Director musices) de Leipzig depuis 7 ans (nommé en 1723), directeur du Collegium Musicum (1729-1737 puis 1739-1744), participant de fait aux réunions actives du Café Zimmermann. Il est aussi nommé en 1736, compositeur de la Chapelle royale de Saxe. Le portrait consacre donc la période la plus active du compositeur, responsable de l’activité musicale des deux églises majeures de Leipzig : Saint-Nicolas et Saint-Thomas. C’est l’époque aussi où le père ne manque aucun des opéras importants à Dresde où son autre fils, Wilhelm Friedemann est organiste.Le portrait sera visible désormais dans les collections permanentes du musée Bach d’Eisenach, la ville natale du compositeur baroque à partir du 1er mai 2014.

Murray Perahia : un pianiste hors du temps

perahia_Murray_PerahiaArte. Murray Perahia : pianiste hors du temps. Documentaire. Les 20 février puis 3 mars 2014, 5h05. Né dans le Bronx de New York (le 19 avril 1947), Murray Perahia fait figure de pianiste hors normes dans le paysage musical actuel. Son parcours s’inscrit comme un cheminement personnel ponctué et façonné selon les rencontres qu’il a faite, où comptent les amitiés et la complicité. Sa famille originaire de Grêce a été exterminée pendant l’Holocauste et le jeune prodige est né au Nouveau Monde après que son père ait émigré aux USA en 1935. Le jeune musicien suit les cours de Mieczyslaw Horzoxski, Rudolf Serkin et Pablo Casals (Marlboro college). Il devient aussi un disciple et un ami proche de Vladimir Horowitz. Lauréat du Concours Leeds 1972, Perahia participe aux côtés de Britten et de son compagnon Peter Pears à l’essor du festival britannique d’Aldenburgh dont il devient le codirecteur artistique de 1981 à 1989.

Le salut vient de JS Bach. Une coupure au doigt le tient éloigné des salles de concerts à partir de 1990. Atteint dans sa technique, le pianiste doit réfléchir à son art, à sa technique. Ayant recouvré ses capacités digitales, Murray Perahia se concentre après avoir enregistré Mozart, Beethoven (sous la direction de Bernard Haitink), sur Jean-Sébastien Bach. Intériorité, pudeur, sobriété façonnent alors l’une des lectures les plus personnelles et les mieux investies dédiées aux œuvres pour clavier de Bach : Suites anglaises (1999), Variations Goldberg, Partitas et Sonates, … frappent immédiatement par leur éloquence, leur profondeur, leur sincérité. Ses Chopins, ses Schubert (ultimes Sonates) profitent d’un art de plus en plus essentiel, ténu, souvent touché par la grâce.  Londonien depuis 2006, Murray Perahia poursuit bon an mal an sa carrière, frappé de nouveau par des problèmes de santé… incertitudes et doutes qui faisant la précarité du métier, rappellent combien l’artiste n’est pas une machine mais un être sensible dont l’acte interprétatif reste le fruit du hasard et de l’imprévu. Rien de mieux adapté dans le cas du pianiste Murray Perahia.

Le film suit le pianiste dans les divers lieux de son  “laboratoire musical”. En Suisse, dans sa résidence secondaire, quand le pianiste travaille certaines œuvres de Chopin ou de Schumann. À Berlin dans les légendaires studios Nalepa où il enregistre Brahms. À Hanovre pendant une master class. À Varsovie où il interprète Chopin – un moment de grâce –, et lors d’un concert avec l’Academy of St. Martin in the Fields.

arte_logo_2013Arte. Murray Perahia : pianiste hors du temps. Documentaire. Les 20 février puis 3 mars 2014, 5h05.

CD. JS Bach : masterworks (50 cd)

Coffret cd. JS Bach : masterworks (50 cd) … somme jubilatoire s’agissant de Bach, un Bach façonné par le chercheur d’âme et d’émotions sur instruments modernes (avec excusez du peu : Fischer Dieskau, Maria Studer, Edith Mathis, Ernst Haefliger entre autres… dans la Messe en si de février 1961 : un sommet de souffle, d’intensité palpitante) Karl Richter (1926-1981). L’ex enfant prodige et fils de pasteur qui fonda la société Bach de Munich (orchestre et chœur) au début des années 1950 et rayonna jusqu’à l’avènement des Harnoncourt et Leonhardt, s’offre ici une sorte de bain de jouvence : certes côté acuité des timbres, recherche instrumentale et phrasés instrumentaux, nous repasserons, mais… la finesse des équilibres, l’intonation, le style et l’attention expressive sont loin de démériter. De l’excellent ouvrage …  à l’ancienne.
Plus au fait des innovations organologiques et musicologiques, donc sur instruments anciens, Trevor Pinnock et son English Concert (incisives et pétillantes Suites orchestrales et ouvertures de 1978, non moins sémillants et raffinés, solaires et tendus Concertos pour clavecin de 1981),  Reinhardt Goebel du temps de son activité à la tête de Musica Antiqua Köln (L’Offrande musicale BWV 1079 réalisé à Munich en 1979), Hogwood (Cantates profanes du Café et des paysans de 1986) et Gardiner (Oratorio de Noël de 1987, Saint-Jean de 1989, Cantates éditées pour Archiv au début des 90′), mais aussi plus proche de nous l’excellent Paul McCreesh, lui aussi fervent amateur d’allègement surtout choral (jusqu’à une voix par partie pour sa Saint-Matthieu de 2002) compensent l’arrière garde pourtant inspirée de l’époque Richter. De ce dernier, la boîte miraculeuse contient donc l’essentiel : Cantates avec un plateau de superbes solistes, portés par la ferveur d’un choeur déjà articulé et diseur, ou le recueil Schemelli des chants sacrés avec Peter Schreier de 1978 …)
bach_50cd_masterworks_dg_archivDe sorte que le coffret de 50 cd nous offre une excellente opportunité pour traverser les époques, décennies et manières interprétatives s’agissant des Cantates, Passions d’un Bach dont on ne cesse alors de se délecter de la prodigieuse universalité poétique.
Côté clavier, vous pourrez savourez l’exhaustivité pluri stylistique de l’offre réunie : le clavecin de Pinnock (Goldberg, 1980) et Gilberth, le piano (volet  réellement impressionnant du coffret) de Argerich (secrète et envoûtante en 1979), Pires (1994, 1995 à la fois enfantine et funambule), Ivo Pogorelich, Aimard, Pollini (Clavier bien tempéré, 2008 et 2009) … quand même ;  l’orgue de Preston, surtout Helmut Walcha (somptueux album DG de  1962, 1970 alliant sobriété et élégance),  Richter soi même (ne peut comprendre l’oeuvre de Bach sans en maîtriser aussi les pièces pour l’instrument seul…)
On reste moins convaincus par les Brandebourgeois bavards et atones de Claudio Abbado et son Orchestra Mozart (2007), mais divertis diversement par les récitals de super solistes vocaux : Christine Schäfer (deux Cantates de mariage sous la direction de Goebel), Kathleen Battle et Itzhak Perlman (1990), Thomas Quasthoff (2004) … Dans cette quasi intégrale (des pièces majeures), laissez vous tenter aussi par le violon d’Hilary Hahn (Concertos pour violon, 2003) et de Nathan Milstein (1973), le violoncelle seul de Pierre Fournier (1961), … la reproduction des couvertures d’origine ajoute toujours son effet. Coffret incontournable pour les fêtes.

Jean-Sébastien Bach : Masterworks.  The Original Jackets Collection, 50 cd.