VidĂ©o, clip : Nouvelle Chauve Souris Ă  l’OpĂ©ra de Tours, dĂ©cembre 2014

Épatante Chauve Souris Ă  l'OpĂ©ra de ToursVIDEO,clip. Tours, OpĂ©ra : nouvelle Chauve Souris. Dialogues en français, airs chantĂ©s en allemand, la nouvelle production de La Chauve-Souris de Johann Strauss II prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours les 27,28,30 et 31 dĂ©cembre 2014 rĂ©tablit l’Ă©lĂ©gance, la finesse d’une partition musicalement irrĂ©sistible et thĂ©Ăątralement pĂ©tillante : l’acteur et metteur en scĂšne Jacques Duparc rĂ©invente la saveur des situations sans les dĂ©naturer, dans la fosse, Jean-Yves Ossonce fait briller couleurs et caractĂšres des danses Ă©crites par Strauss, chez les Eisenstein, au bal du Prince Orlofsky, dans la prison de Franck oĂč chacun abat son masque… nuit de folie, nuit d’ivresse et de travestissements, La Chauve Souris est aussi la rĂ©alisation d’une vengeance, celle de Falke au dĂ©triment d’Eisenstein, dindon de la farce : le sĂ©ducteur impuni est dĂ©voilĂ© par sa femme Rosalinde masquĂ©e en comtesse hongroise… Au sein d’une distribution trĂšs homogĂšne et scĂ©niquement impliquĂ©e, brille le soprano suave et gĂ©nĂ©reux de Vannina Santoni (AdĂšle/Olga), rĂ©vĂ©lation de la production. Clip vidĂ©o © classiquenews.tv. Reportage vidĂ©o Ă  venir.

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Compte rendu, opéra. Tours. Opéra, les 27,28, 30 et 31 décembre 2014. Strauss II : La Chauve Souris. Aude Extremo, Vannina Santoni
 Jacques Duparc, mise en scÚne. Jean-Yves Ossonce, direction.

tours-opera-chauve-souris-bal-acte-II-ossonce-Une production dĂ©licieusement cohĂ©rente. C’est un opĂ©ra construit sur l’accomplissement d’une vengeance,  celle de Falke (Michal Partyka) qui entend bien ainsi laver l’humiliation que lui a infligĂ© Eisenstein (trĂšs efficace Dider Henry) – vrai petit bourgeois sans relief, Ă©poux infidĂšle dĂ©mangĂ© par la bagatelle…. de fait un piĂšge lui est tendu avec la complicitĂ© d’un collectif aux apparences hĂ©tĂ©rogĂšnes mais aux motivations et convergences bien soudĂ©es : la propre femme de chambre qui rĂȘve dĂ©jĂ  de briller sur la scĂšne des thĂ©Ăątres (AdĂšle), le directeur de la prison Franck,  jusqu’au prince Orlofsky (excellente Aude Extremo),  jeune millionnaire asexuĂ© dĂ©sabusĂ© parfaitement dĂ©pressif que l’argent ennuie mais que grise l’idĂ©e de railler un petit prĂ©tentieux : Le portrait idĂ©al d’un jeune oligarche dĂ©bauchĂ© ?. Il occupe le devant des planches Ă  l’acte II.

 

 

 

Epatante Chauve Souris Ă  Tours

 

En organisant un bal costumĂ© au II (rĂ©gal visuel en place des habituels fracs noirs et robes de mariĂ©es vues habituellement, façon Jean BĂ©raud), le jeune prince permet Ă  chacun de changer d’identitĂ© – mais on en est pas au vrai travestissement et identitĂ© inversĂ©e comme dans les meilleurs opĂ©ras vĂ©nitiens (voyez les ouvrages de Cesti ou Cavalli,  les deux suiveurs de Monteverdi). Ici chacun devient ce qu’il veut,  “chacun Ă  son goĂ»t” comme le prĂ©cise non sans cynisme et malice le mĂȘme Orlofsky. AdĂšle devient une trĂšs honorable lady de la haute : Olga qui se rĂȘve actrice (III : voir son trio avec Ida et Franck ; celui lĂ  mĂȘme y devient le Chevalier Renard. …); et Eisenstein qui devrait ĂȘtre en prison, a son habit de galant vert, sous le titre de marquis Renard.

Le tableau ne serait pas complet sans la figure de l’Ă©pouse dĂ©laissĂ©e,  vraie desperate housewife emmurĂ©e Ă  Pontoise (- l’opĂ©ra de Strauss adapte un boulevard parisien La RĂ©ception) : Rosalinde. Celle-ci ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle du masque… pour le bal d’Orlofsky au II, elle devient donc une comtesse hongroise en transit : le compositeur inspirĂ© par le sentiment nostalgique et patriote lui dĂ©die logiquement le seul grand air de la soirĂ©e, sublime Czardas qui pourrait faire l’air de concert parfait d’un programme de concert  (Mireille Delunsch s’y impose en actrice dĂ©lurĂ©e).

C’est elle qui piĂšge son «  mufle » de mari: en se laissant courtiser par lui,  elle se fait offrir sa fameuse montre,  piĂšge Ă  filles ; en possession de l’épouse vengeresse, l’objet dĂ©lictueux lui permet au III, de dĂ©voiler l’infidĂ©litĂ© du coquin : la honte de l’Ă©poux dĂ©masquĂ© fera la vengeance de Falke.

tours-opera-chauve-souris-jacques-duparc-582En cours de soirĂ©e, le spectacle va crescendo: le I est clairement et trĂšs efficacement d’exposition; le II se savoure comme une coupe de champagne, – en prĂ©sence de leur hĂŽte Orlofsky,  les convives masquĂ©s fĂȘtent et trinquent Ă  la santĂ© du «  roi Champagne » (un tableau rĂȘvĂ© pour les directions marketing de tous les producteurs champenois) et une succession de perles solistes et chorales signĂ©es du roi de la valse;  le III captive par sa verve thĂ©Ăątrale oĂč perce l’intelligence du metteur en scĂšne Jacques Duparc dont le talent d’acteur,  dĂ©voilĂ© au I en policier cleptomane,  s’affirme davantage dans l’acte de la prison : il fait du chef geĂŽlier  Frosch, un loup dĂ©sabusĂ©, dĂ©jantĂ©, hilare, portĂ© sur la bouteille (son sketch sur la « fine » est mĂ©morable), qui rĂ©tablit le thĂ©Ăątre Ă  gags,  dĂ©lirant,  raffinĂ©,  un contrepoint purement thĂ©Ăątral dans l’enchaĂźnement des airs chantĂ©s en allemand.

 

 

Épatante Chauve Souris Ă  l'OpĂ©ra de Tours

 

Vannina Santoni, Ă©patante AdĂšle / Olga

 

 

La rĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e – dans toute production il y en a forcĂ©ment une-, reste la pĂ©tulante et si subtile AdĂšle/Olga de Vannina Santoni, nature incandescente pour l’indomptable et malicieuse servante qui se rĂȘve actrice. Au I, son AdĂšle est capricieuse et indiscrĂšte ; au II, elle du chien en aristocrate improvisĂ©e. Puis son air du III dans lequel elle veut convaincre Franck d’ĂȘtre son protecteur est un sublime moment de fragilitĂ© virtuose, dans lequel l’actrice pĂ©tille et convainc par ses dons d’imitatrice versatile : une vĂ©ritable soeur de Zerbinette dans l’opĂ©ra Ariadne auf Naxos de l’autre Strauss (Richard). Quel timbre gĂ©nĂ©reux et fruitĂ©,  suavement articulĂ©,  aux aigus agiles, faciles, colorĂ©s. Sa performance est saisissante. Car l’actrice dĂ©jĂ  remarquĂ©e dans le Cosi fan tutte de Mozart ici mĂȘme,  avait Ă©tĂ© tout autant convaincante.

Dans la fosse,  Jean-Yves Ossonce dĂ©livre le parfum sensuel et voluptueux,  les couleurs nostalgiques d’une partition parmi les plus raffinĂ©es qui soient. Vrai plus de la production,  si les dialogues sont en français,  tous les airs sont en allemand: de quoi mieux comprendre enjeux et situations comme s’il s’agissait d’une comĂ©die de boulevard tout en savourant les dĂ©lices de chaque air dĂ©fendu dans la prosodie originelle. De quoi confirmer l’Ă©tonnante sensibilitĂ© de Strauss sur la scĂšne lyrique.  De quoi aussi constater l’excellence artistique de l’opĂ©ra de Tours: une vraie troupe et un chef dĂ©fendent ici l’art lyrique et symphonique avec engagement et finesse. Preuve est faite pour qui en doute toujours que les initiatives lyriques en province tiennent trĂšs haut les promesses de leur affiche. Production idĂ©ale pour fĂȘter l’an neuf 2015.  La Chauve Souris de Johann Strauss prĂ©sentĂ© par l’OpĂ©ra de Tours les 27, 28, 30 et 31 dĂ©cembre 2015.

Comte-rendu, opéra. Tours. Opéra, les 27,28, 30 et 31 décembre 2014. Strauss II : La Chauve Souris. Aude Extremo, Vannina Santoni
 Jacques Duparc, mise en scÚne. Jean-Yves Ossonce, direction.

 

 

Illustrations : © Fr. Berthon pour l’OpĂ©ra de Tours 2014

 

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