Musiques et tabous par Daniel Barenboim

barenboim maestro dirige scala de milan le-maestro-israelo-argentin-daniel-barenboim-dirige-l-orchestre-philharmonique-de-vienne-le-1er-janvier-2014-a-vienne_4925007arte_logo_2013ARTE. Dimanche 11 octobre, 23h15. Daniel Barenboim: Musique et tabous.   SoirĂ©e exceptionnelle avec le chef qui a la triple nationalitĂ© : argentine, israĂ©lienne et palestinienne. Il a toujours tentĂ© une conciliation entre les frĂšres ennemis : palestiniens et israĂ©liens. Mais au-delĂ  de cela, le chef Daniel Barenboim croit surtout Ă  la rĂ©solution pacifique des conflits au Proche Orient. Rien ne pourra s’apaiser sans dialogue et sans volontĂ© de pacification : la solution entre IsraĂ©liens et Palestiniens ne peut passer par les armes. Dans Les voies de la musique avec Daniel Barenboim (partie 1 & 2), le maestro, acteur principal de la vie lyrique et orchestrale de Berlin Ă  Milan,  milite viscĂ©ralement, indĂ©fectiblement pour l’amitiĂ© entre les peuples car c’est le seul moyen pour chacun de s’en sortir. Arte diffuse une sĂ©rie d’entretiens oĂč le chef et ses proches expliquent les enjeux qui se jouent ici, plaçant la musique au cƓur des rivalitĂ©s et des oppositions fratricides. L’épisode le plus saisissant demeure certainement le volet dĂ©diĂ© Ă  la musique de Wagner en IsraĂ«l. ConnotĂ©e hitlĂ©rienne, et clairement nazie en raison des opinions antisĂ©mites exprimĂ©es par l’intĂ©ressĂ© lui-mĂȘme, en raison de l’idĂŽlatrie radicale entretenue par Hitler pour Wagner,  la musique de Wagner n’a toujours pas sa place en IsraĂ«l, et le film dĂ©voile entre autres combien elle reste un sujet tabou, fortement clivant entre les gens, mĂ©lomanes ou non. Le tĂ©moignage des jeunes instrumentistes du West-Eastern Diwan orchestra, fondĂ© par Barenboim et composĂ© dans un esprit de construction et de dialogue fraternel de jeunes musiciens juifs et arabes, est particuliĂšrement poignant : dĂ©voilant l’envie d’avancer mais aussi la forte charge Ă©motionnelle qui naĂźt du fait de jouer Tristan und Isolde par exemple Ă  la fin d’un concert Ă  JĂ©rusalem… Au-delĂ  des thĂšmes abordĂ©s dans deux documentaires de la soirĂ©e, c’est tout le sens de la musique classique et de la culture en gĂ©nĂ©ral qui est ainsi analysĂ© et mis en question : doit-on se satisfaire d’une culture divertissante ou bien devons-nous prĂ©fĂ©rer malgrĂ© nos ancrages historiques et nos identitĂ©s, dĂ©fendre une culture engagĂ©e rĂ©solument fraternelle et pacifiste ? SoirĂ©e avec Daniel Barenboim en deux temps :

1. Musique et politique (52 mn)
Pour Daniel Barenboim, la musique, langue universelle, se joue des frontiĂšres. Avec elle pour seule arme, l’artiste cosmopolite tente de dĂ©passer tensions et conflits. Au sein de son jeune orchestre, le West-Eastern Divan Orchestra, il est ainsi parvenu Ă  faire jouer ensemble de jeunes musiciens venus d’IsraĂ«l et de pays arabes voisins. Un inlassable engagement dont sa visite dans la bande de Gaza l’an passĂ© a constituĂ© un point d’orgue au puissant retentissement.

2. Musique et tabous : jouer Richard Wagner en Israël (26 mn)
En IsraĂ«l, la musique de Richard Wagner est indissociablement liĂ©e au rĂ©gime nazi. En 2001, Daniel Barenboim essuie la fureur du public et de la classe politique israĂ©lienne, aprĂšs avoir dirigĂ© Ă  JĂ©rusalem le prĂ©lude et la mort d’Isolde de Tristan et Isolde. Comment dissocier la musique du gĂ©nial Wagner, du compositeur antisĂ©mite prĂ©fĂ©rĂ© d’Hitler ? Convaincu qu’il le faut, Daniel Barenboim tente de lever un tabou. Des rĂ©pĂ©titions du West-Eastern Divan Orchestra Ă  la rencontre avec des amis du chef d’orchestre, parmi lesquels Pierre Boulez et Joschka Fischer, le film offre un Ă©clairage sur le parcours engagĂ© du maestro et le sens qu’il rĂ©serve Ă  l’acte musical : un geste rĂ©solument engagĂ© en faveur de la rĂ©conciliation des peuples.

arte_logo_2013ARTE, dimanche 11 octobre 2015. 23h. Les voies de la musique avec Daniel Barenboim. Une rĂ©flexion sur la musique et son pouvoir en compagnie du chef d’orchestre, Daniel Barenboim. Documentaire de Paul Smaczny (Allemagne, 2012, 57mn et 26mn) . Production : Accentus music UG

Chefs. Le Chef Daniel Barenboim est interdit en Iran parce qu’IsraĂ©lien

Chefs. Le Chef Daniel Barenbpim est interdit en Iran parce qu’IsraĂ©lien. Probablement programmĂ© Ă  TĂ©hĂ©ran oĂč il envisageait de diriger son orchestre la Staatskapelle de Berlin, le chef Daniel Barenboim s’est vu interdire le territoire d’Iran parce au motif qu’il Ă©tait « israĂ©lien » selon un communiquĂ© transmis ce dimanche 30 aoĂ»t 2015 par le porte-parole du ministĂšre iranien de la Culture.

barenboim maestro dirige scala de milan le-maestro-israelo-argentin-daniel-barenboim-dirige-l-orchestre-philharmonique-de-vienne-le-1er-janvier-2014-a-vienne_4925007Nous n’avons aucune opposition quant Ă  la venue de l’orchestre national allemand en Iran, notre opposition concerne la personne qui dirige l’orchestre. Cette personne a plusieurs nationalitĂ©s dont la nationalitĂ© israĂ©lienne“, a dĂ©clarĂ© Hossein Noushabadi selon l’agence Isna. En vĂ©ritĂ©, le chef Daniel Barenboim qui oeuvre pour l’accĂšs de musique pour tous, au delĂ  des questions identitaires, religieuses, politiques est aussi palestinien et argentin. Une triple nationalitĂ© (avec celle israĂ©lienne) qui honore le combat d’une vie, celui qui ose contre tous, dĂ©fendre l’idĂ©e que la culture et surtout la musique est le meilleur rempart contre la guerre. Ses actions au sein du West-Eastern Divan Orchestra (orchestre fondĂ© avec son ami le palestinien Edward SaĂŻd aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©), composĂ© Ă  son origine de jeunes musiciens juifs et musulmans tĂ©moigne aujourd’hui d’une vision universelle, tolĂ©rante, humaniste. ControversĂ©, critiquĂ© par les partis le plus radicaux de tous bords, Daniel Barenboim, 72 ans, continue de vouloir jouer Wagner en Israel, comme il avait dirigĂ© Ă  Ramallah (Cisjordanie) en 2005 un mĂ©morable concert

Notre enquĂȘte montre que le chef d’orchestre a un lien national et identitaire avec IsraĂ«l, il a Ă©tĂ© Ă©levĂ© en IsraĂ«l et ses parents vivent lĂ -bas. Il est suspectĂ© d’avoir un lien avec ce pays qui est illĂ©gitime“, a ajoutĂ© M. Noushabadi. Et de prĂ©ciser “toute personne, dans le cadre d’un groupe culturel, sportif ou touristique, suspectĂ©e d’avoir un lien avec le rĂ©gime sioniste“.

“Si l’orchestre allemand change de chef, il peut de nouveau prĂ©senter sa demande” pour venir en Iran » a conclu le reprĂ©sentant iranien pour la culture.

fayard daniel barenboim la musique est un toutDaniel Barenboim, 72 ans, nĂ© Ă  Buenos Aires en 1942 est une figure controversĂ©e en IsraĂ«l, notamment car il milite pour le rapprochement pacifiste entre IsraĂ©liens et Palestiniens, pour y vouloir jouer Wagner, « le compositeur d’Adolf Hitler ». Il a Ă©galement jouĂ© Ă  Ramallah, en Cisjordanie, Ă  l’étĂ© 2005, en dĂ©montrant la puissance de la musique classique comme moyen de pacification grĂące Ă  l’entente et l’expĂ©rience partagĂ©e au sein de l’orchestre entre les jeunes artistes de toute nationalitĂ©s et de toute confession.

LIRE aussi LA MUSIQUE EST UN TOUT, le dernier livre de Daniel Barenboim (Fayard). CLIC de classiquenews d’avril 2014.

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Livres. Daniel Barenboim : La musique est un tout (Fayard)

fayard daniel barenboim la musique est un toutLivres. Daniel Barenboim : La musique est un tout… VoilĂ  un opuscule que beaucoup d’artistes devraient mĂ©diter, assimiler, rĂ©guliĂšrement consulter et interroger : leur place dans la sociĂ©tĂ©, la relation salvatrice de l’art et de l’engagement philosophique, sociĂ©tal Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre politique, y gagnent un manifeste qui vaut tĂ©moignage exemplaire. Il n’est pas d’Ă©quivalent en France Ă  la personnalitĂ© transnationale du chef charismatique Daniel Barenboim aujourd’hui : une telle hauteur de vue, une telle pensĂ©e musicale et artistique se font rare et qui dans sa suite dĂ©fendront les mĂȘmes valeurs ? Humaniste engagĂ©, en particulier au service de la rĂ©conciliation des peuples au Moyen Orient, Daniel Barenboim qui a la double nationalitĂ© (palestinienne et israĂ©lienne) s’exprime ici en textes choisis, dĂ©jĂ  connus et publiĂ©s, mais rassemblĂ©s avec quelques autres plus rĂ©cents (premier chapitre ” Ă©thique et esthĂ©tique ” oĂč l’acte musical est dĂ©sormais investi d’une exigence morale). Le chef argumente sa vision de la musique, une chance pour l’humanitĂ© de sauver son destin trop marquĂ© par la guerre, la destruction, l’incommunicabilitĂ©. En homme de paix qui a cĂŽtoyĂ© les plus grands politiques, Daniel Barenboim prĂ©cise aussi ici une maniĂšre d’idĂ©al de vie, une formule personnelle qui s’appuyant sur l’expĂ©rience et les rencontres, brosse le  (l’auto)portait d’un homme de bonne volontĂ©, prĂ©occupĂ© par le sens de l’histoire et de la sociĂ©tĂ©, l’avenir des peuples pour lesquels l’offrande musicale pourrait s’avĂ©rer salutaire. Une forme de vivre ensemble, de penser autrement le monde qui suscite Ă©videmment l’admiration.

 

Penser la musique

l’acte musical, un humanisme concret

CLIC_classiquenews_2014En intitulant cet ouvrage ” La musique est un tout “, Daniel Barenboim relie l’activitĂ© artistique Ă  une pensĂ©e critique, soucieuse d’amĂ©liorer le destin des sociĂ©tĂ©s ; l’homme de lettres prend pour son compte, l’Ɠuvre de la musique dans nos vies, en particulier dans l’histoire belliciste des IsraĂ©liens et des Palestiniens, programmĂ©s Ă  une lente mais irrĂ©sistible autodestruction s’il n’Ă©tait des espaces d’Ă©changes et de reconnaissance comme ceux que permet la musique, en dehors du champs politique et militaire. La musique n’est pas une activitĂ© dĂ©connectĂ©e du monde et des hommes : Daniel Barenboim en son combat admirable nous le prouve ici dans le texte.
S’il y a une solution entre palestiniens et israĂ©liens, celle ci peut voir le jour par la culture et la musique : tel est son combat, la motivation premiĂšre de son orchestre abolissant les barriĂšres et les frontiĂšres, le West Eastern Diwan Orchestra, composĂ© de jeunes musiciens de toutes les nationalitĂ©s et toutes les confessions.

Dans ” Ă©thique et esthĂ©tique “, Barenboim prĂ©cise le statut et la mission de l’interprĂšte, au service de la musique, non de lui-mĂȘme (servir la musique plutĂŽt que se servir de la musique) ; la place active du spectateur qui rĂ©tablit le temps rĂ©el de la performance. Passionnantes les pages dĂ©diĂ©es Ă  Wagner et la question juive, l’hommage du chef aux habitants (de bonne volontĂ©) de Gaza, pris en otages par les IsraĂ©liens et leur blocus abusif.

Chapitres essentiels Ă  ce titre, le discours de Daniel Barenboim lorsqu’il reçut le prix Willy Brandt dont la personnalitĂ© politique reste un modĂšle Ă  mĂ©diter rĂ©alisant cet idĂ©al dont le chef fait son miel : «  vision, stratĂ©gie, courage » ; enfin on ne saurait trop recommander la lecture du chapitre intitulĂ© « Wagner, les IsraĂ©liens et les Palestiniens » : tout y est expliquĂ© et finement analysĂ©. Barenboim expose les sources de la haine des IsraĂ©liens envers les Palestiniens, remontant aux origines de l’Etat d’IsraĂ«l (1948) : un Ă©tat qui fut crĂ©er sans cependant chasser ni dominer un autre peuple
 A cela s’ajoute la question de jouer Wagner en IsraĂ«l : Barenboim sait de quoi il parle, lui qui a dirigĂ© PrĂ©lude et Mort d’Isolde devant un parterre d’IsraĂ©liens, non sans expliquer l’enjeu et le sens de sa dĂ©marche. Avant Hitler et les camps d’extermination, Wagner Ă©tait jouĂ© Ă  Tel Aviv par des juifs. La question n’est donc pas la musique de Wagner mais l’instrumentalisation qui en est faite par les extrĂ©mistes des deux bords.

Les derniers chapitres rĂ©unissent plusieurs transcriptions de conversations entre 2008 et 2011 oĂč Daniel Barenboim, chef lyrique Ă  la Scala, s’exprime sur diverses Ɠuvres : Carmen, Don Giovanni, La Walkyrie. L’Ă©pilogue examine la question du tempo et du rapport mĂ©tronomique chez Verdi, conception personnelle qui rĂ©vĂšle l’admiration tardive du maestro pour le compositeur italien (pour son Requiem principalement). Le cas Barenboim rĂ©tablit l’espace libre, plein d’espoirs et d’espĂ©rance, oĂč la culture se fait action concrĂšte. Que vaut l’art sans conscience ? Un divertissement sans enjeux ni consistance. Pour ceux qui pensent que l’art et la musique peuvent changer notre sociĂ©tĂ©, et pour tous les autres qui en doutent encore, voici une lecture incontournable. L’offrande trop rare de l’un des derniers musiciens humanistes et engagĂ©s, soucieux de l’avenir de la culture et des hommes.

Rappel biographique. Pianiste et chef d’orchestre de rĂ©putation internationale, Daniel Barenboim est directeur artistique de la Scala de Milan et chef Ă  vie de la Staatskapelle de Berlin, aprĂšs avoir dirigĂ© entre autres l’Orchestre de Paris (de 1975 Ă  1989) puis l’Orchestre symphonique de Chicago (de 1991 Ă  2006). Il est l’auteur de La musique Ă©veille le temps (Fayard, 2008).

Daniel Barenboim : La musique est un tout. EAN : 9782213678085. Parution :  02/04/2014. 176 pages. Format :135 x 215 mm. Prix public indicatif TTC: 15.00 €