COMPTE-RENDU, opéra. GENEVE, le 21 déc 2018. Donizetti : Le Convenienze ed inconvenienze teatrali. Madaras / Pelly.

Compte rendu, opĂ©ra. Genève, OpĂ©ra des Nations, le 21 dĂ©cembre 2018. Donizetti : Le Convenienze ed inconvenienze teatrali. Gergely Madaras / Laurent Pelly. Cette farsa aura traversĂ© presque deux siècles en conservant sa jeunesse et son actualitĂ©.  Fruit de l’union des arts et des compĂ©tences, l’opĂ©ra fait maintenant, le plus souvent, l’objet d’un consensus de tous ses acteurs autour d’un projet partagĂ©. C’est oublier ses enjeux de pouvoir durant les siècles passĂ©s, particulièrement du XVIIIe au XIXe S. C’est prĂ©cisĂ©ment ce que nous rappelle Donizetti, après Mozart (Der Schauspieldirektor, K 486). Bien avant Sografi et Gilardoni, Goldoni  (L’impresario delle Smirne) avait laissĂ© une vision drĂ´le et fĂ©roce du monde lyrique. Le livret qu’illustre le compositeur ne l’est pas moins.

Dans une salle d’opéra d’une petite ville italienne doit être créé le dernier opera seria de Biscroma, qui va en diriger les répétitions. Six chanteurs et quatre acteurs incontournables (le librettiste, le chef, l’imprésario, le directeur du théâtre) vont nous initier aux mystères de la création lyrique. Une prima donna prétentieuse, capricieuse, méprisante à l’endroit de la seconda, chacune d’elles étant promue avec conviction, la première par son mari, Procolo, la seconde par sa mère, Mamma Agata, ajoutez un ténor germanisant bouffi d’orgueil,  Guglielmo, et Pipetto, le contre-ténor, et vous aurez une distribution au sein de laquelle les jalousies, les vanités vont susciter des affrontements constants.

 

 

 

Comédie humaine éblouissante

 

 

 

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L’entente n’est pas davantage de mise entre les autres acteurs. Avant les démissions successives et  la débandade finale, les multiples rebondissements auront permis  de stigmatiser les travers de ce joli monde et de brocarder l’opera seria.
C’est l’occasion pour Donizetti, dont ce n’était pas la première farsa,  d’Ă©crire la musique la plus variĂ©e, chargĂ©e d’humour comme de sensibilitĂ©, rĂ©alisant ainsi une sorte de condensĂ© des productions musicales de son temps. Les textes parlĂ©s de la version initiale ont Ă©tĂ© abandonnĂ©s au profit de rĂ©citatifs. Quelques greffes  opportunes (deux airs d’autres ouvrages de Donizetti et un de Mercadante) permettent de hisser cette bouffonnerie au rang supĂ©rieur, en offrant aux solistes des occasions supplĂ©mentaires de dĂ©monstration belcantistes.
Laurent Pelly, qui signe la mise en scène, jette un regard attendri  sur cette salle d’opéra un peu désuète devenue parking, regard  évidemment partagé par les spectateurs. Sa direction d’acteurs est admirable. Les décors de Chantal Thomas, découverts lors de la création lyonnaise, en juin 2017, sont toujours aussi séduisants et efficaces, servis par les éclairages de Joël Adam. Habilement, c’est à flash-back que nous sommes conviés, le rideau se levant sur le parking très contemporain aménagé dans cet ancien opéra, et se baissant sur l’épisode préalable : sa destruction par une équipe maniant les marteaux-piqueurs. Entre les deux, c’est à la répétition que nous sommes conviés.  La comédie et ses épisodes ne se décrivent pas : toujours juste, elle donne vie à chacun des protagonistes, bien caractérisé, avec son humanité et ses travers. C’est un tourbillon qui nous emporte, où tout concourt au sourire comme à l’émotion.

 

 

 

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A peine sortie du remplacement au pied levĂ© de Joyce di Donato dans Maria Stuarda (au TCE), Patrizia Ciofi retrouve Daria,  la prima donna capricieuse, insolente qu’elle campa si bien Ă  Lyon. La voix est toujours aussi magique, avec un engagement total qui force l’admiration. L’agilitĂ©, les modelĂ©s, les mezza voce, toutes les qualitĂ©s sont bien lĂ , auxquelles il faut ajouter un art consommĂ© de comĂ©dienne. Elle brĂ»lera les planches, campant Ă  merveille cette diva avec un sens singulier de l’autodĂ©rision. Mais la vraie vedette de ce soir, c’est cette Mamma Agata en laquelle s’est muĂ© Laurent Naouri, monumentale mĂ©gère, protectrice et possessive de Luigia, qu’il veut promouvoir au premier rĂ´le. Bien sĂ»r le travestissement participe au comique, mais la maĂ®trise vocale (avec changements de registres) comme dramatique est exceptionnelle.  On adore.  Sa fille,  chantĂ©e ce soir par Melody Louledjian, gauche et timide Ă  souhait, se mue en une authentique diva dans l’air ajoutĂ© de Fausta. La voix est souple, claire et bien timbrĂ©e, longue, et n’appelle que des Ă©loges.  Procolo, David Bizic,  dĂ©fend bien les intĂ©rĂŞts de son envahissante Ă©pouse. Si son premier air connaĂ®t quelques dĂ©calages, celui qui suit « Viva il gran Procolo » est remarquable.  Le Guglielmo de Luciano Botelho ne fait pas oublier Enea Scala, que nous avions apprĂ©ciĂ© Ă  Lyon. Pour autant, ce tĂ©nor, voulu prĂ©tentieux au fort accent germanique, est fort bien campĂ©. Le compositeur-chef d’orchestre, Pietro di Bianco, est remarquable, tout comme le poète, Enric Martinez-Castignani. Les rĂ©citatifs sont toujours animĂ©s par un piano-forte inventif. Les trois grands ensembles dĂ©bordent de vie. La prĂ©cision de l’émission en est exemplaire, malgrĂ© les tempi imposĂ©s par le chef. Le chĹ“ur d’hommes du Grand Théâtre de Genève, robuste, nous vaut des figurants hors du commun (spĂ©cialistes du maniement des hallebardes !), de la première Ă  la dernière scène. Chaque air, chaque duo (celui de Daria et Mamma Agata, tout particulièrement), le sextuor de la lettre, la parodie de l’air du saule (de l’Otello de Rossini) par Mamma Agata, tout sĂ©duit et jamais l’intĂ©rĂŞt ne flĂ©chit. Gergely Madaras, maintenant familier de l’OpĂ©ra des Nations, dirige avec efficacitĂ© l’orchestre de Chambre de Genève. De la lĂ©gèretĂ© pĂ©tillante Ă  la pompe de la marche funèbre comme Ă  la grandiloquence de l’opera seria, toutes les expressions sont justes.

Une réussite achevée,  servie par une distribution d’excellence,  particulièrement bienvenue en cette fin d’année.

 

 

 

 

 

 

 

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Compte rendu, opéra. Genève, Opéra des Nations, le 21 décembre 2018. Donizetti : Le Convenienze ed inconvenienze teatrali. Gergely Madaras / Laurent Pelly. Crédit photographique © Carole Parodi