Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra, le 28 novembre 2019. Borodine : Le Prince Igor. Philippe Jordan / Barrie Kosky.

BorodineCompte-rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra, le 28 novembre 2019. Borodine : Le Prince Igor. Philippe Jordan / Barrie Kosky. OpĂ©ra inachevĂ© de Borodine, (portrait ci contre), Le Prince Igor semble devoir enfin trouver une reconnaissance en dehors de la Russie, comme le prouvent les rĂ©centes productions de David Poutney (Ă  Zurich et Hambourg) ou de Dmitri Tcherniakov Ă  New York (voir le compte-rendu du dvd Ă©ditĂ© Ă  cette occasion http://www.classiquenews.com/tag/borodine), et surtout l’entrĂ©e au rĂ©pertoire de cet ouvrage Ă  l’OpĂ©ra national de Paris, avec un plateau vocal parmi les plus Ă©blouissants du moment. Si l’ouvrage reste rare, le grand public en connait toutefois l’un de ses « tubes », les endiablĂ©es Danses polovtsiennes, popularisĂ©es par le ballet Ă©ponyme de Serge Diaghilev montĂ© en 1909.

Comme Ă  New York, on retrouve l’un des grands interprĂštes du rĂŽle-titre en la personne d’Ildar Abdrazakov, toujours aussi impressionnant d’aisance technique et de conviction dans son jeu scĂ©nique, et ce malgrĂ© un timbre un peu moins souverain avec les annĂ©es. A ses cĂŽtĂ©s, Ă©galement prĂ©sente dans la production de Tcherniakov, Anita Rachvelishvili n’en finit plus de sĂ©duire le public parisien par ses graves irrĂ©sistibles de velours et d’aisance dans la projection. AprĂšs son interprĂ©tation musclĂ©e ici-mĂȘme voilĂ  un mois (voir le compte-rendu de Don Carlo : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-paris-bastille-le-25-oct-2019-verdi-don-carlo-fabio-luisi-krzysztof-warlikowski/), la mezzo gĂ©orgienne se distingue admirablement dans un rĂŽle plus nuancĂ©, entre imploration et dĂ©sespoir.

 

 
 

Le Prince Igor / Barrie Kosky / Philippe Jordan / Alexandre Borodine /

 

 

L’autre grande ovation de la soirĂ©e est rĂ©servĂ©e Ă  Elena Stikhina, dont on peut dire qu’elle est dĂ©jĂ  l’une des grandes chanteuses d’aujourd’hui, tant son aisance vocale, entre veloutĂ© de l’émission, impact vocal et articulation, sonne juste – hormis quelques infimes rĂ©serves dans l’aigu, parfois moins naturel. Cette grande actrice, aussi, se place toujours au service de l’intention et du sens. Pavel Černoch (Vladimir) est peut-ĂȘtre un peu plus en retrait en comparaison, mais reste toutefois Ă  un niveau des plus satisfaisants, compensant son Ă©mission Ă©troite dans l’aigu et son manque de puissance, par des phrasĂ©s toujours aussi raffinĂ©s. On pourra aussi reprocher au Kontchak de Dimitry Ivashchenko des qualitĂ©s dramatiques limitĂ©es, heureusement compensĂ©es par un chant aussi noble qu’admirablement posĂ©. A l’inverse, Dmitry Ulyanov compose un Prince Galitsky Ă  la faconde irrĂ©sistible d’arrogance, en phase avec le rĂŽle, tout en montrant de belles qualitĂ©s de projection et des couleurs mordantes. Enfin, Adam Palka et Andrei Popov donnent une Ă©nergie comique savoureuse Ă  chacune de leurs interventions, sans jamais se dĂ©partir des nĂ©cessitĂ©s vocales, surtout la superlative basse profonde d’Adam Palka.
Pour ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra national de Paris, le chevronnĂ© Barrie Kosky ne s’attendait certainement pas Ă  pareille bronca, en grande partie immĂ©ritĂ©e, tant les nombreuses idĂ©es distillĂ©es par sa transposition contemporaine ont au moins le mĂ©rite de donner Ă  l’ouvrage un intĂ©rĂȘt dramatique constant, que le faible livret original ne peut raisonnablement lui accorder. Si on peut reprocher Ă  ces partis-pris une certaine uniformitĂ©, ceux-ci permettent toutefois de placer immĂ©diatement les enjeux principaux au centre de l’intĂ©rĂȘt. Ainsi de la premiĂšre scĂšne qui montre Igor comme une figure messianique Ă©loignĂ©e des contingences matĂ©rielles, tout Ă  son but guerrier au dĂ©triment de son Ă©pouse dĂ©laissĂ©e. A l’inverse, Kosky dĂ©crit Galitsky comme un hĂ©ritier bling bling et violent, seulement intĂ©ressĂ© par les loisirs et autres attraits fĂ©minins. La scĂšne de la piscine et du barbecue, tout comme le lynchage de la jeune fille, donne Ă  voir une direction d’acteur soutenue et vibrante – vĂ©ritable marque de fabrique de l’actuel directeur de l’OpĂ©ra-Comique de Berlin.
Ce sera lĂ  une constante de la soirĂ©e, mĂȘme si la deuxiĂšme partie surprend par le choix d’une scĂ©nographie glauque et sombre : Kosky y prend quelques libertĂ©s avec le livret, en donnant Ă  voir un Igor ligotĂ© et torturĂ© psychologiquement par ses diffĂ©rents visiteurs. DĂšs lors, le ballet des danses polovtsiennes ressemble Ă  une nuit de dĂ©lire, oĂč Igor perd pied face au tourbillon des danseurs masquĂ©s autour de lui. L’extravagance pourtant audacieuse des costumes, d’une beautĂ© morbide au charme Ă©trange, provoque quelques rĂ©actions nĂ©gatives dans le public, dĂ©concertĂ© par les contre-pieds avec le livret – de mĂȘme que lors de la scĂšne finale de l’opĂ©ra, oĂč les deux chanteurs annoncent le retour d’Igor. Kosky refuse la naĂŻvetĂ© de l’improbable retournement final : comment croire qu’un peuple hagard va suivre deux soulards factieux pour chanter les louanges d’un sauveur absent ? Au lieu de cela, le groupe se joue des deux malheureux en un ballet satirique tout Ă  fait justifiĂ© au niveau dramatique.

Le chƓur de l’OpĂ©ra de Paris donne une prestation des grands soirs, portant le souffle Ă©pique des grandes pages chorales, assez nombreuses en premiĂšre partie, de tout son engagement. Dans la fosse, Philippe Jordan montre qu’il est Ă  son meilleur dans ce rĂ©pertoire, allĂ©geant les aspects grandiloquents pour donner une lecture d’une grĂące infinie, marquĂ©e par de superbes couleurs dans les dĂ©tails de l’orchestration. Un grand spectacle Ă  savourer d’urgence pour dĂ©couvrir l’art de Borodine dans toute son Ă©tendue.

 

 
 

 
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Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra, le 28 novembre 2019. Borodine : Le Prince Igor. Philippe Jordan / Barrie Kosky. Ildar Abdrazakov (Prince Igor), Elena Stikhina (Yaroslavna), Pavel Černoch (Vladimir), Dmitry Ulyanov (Prince Galitsky), Dimitry Ivashchenko (Kontchak), Anita Rachvelishvili (Kontchakovna), Vasily Efimov (Ovlur), Adam Palka (Skoula), Andrei Popov (Yeroschka), Marina Haller (La Nourrice), Irina Kopylova (Une jeune Polovtsienne). ChƓur et Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris, Philippe Jordan, direction musicale / mise en scĂšne Barrie Kosky. A l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris jusqu’au 26 dĂ©cembre 2019. Photo : OpĂ©ra national de Paris 2019 © A Poupeney

 
 

CD critique. VERDI : Ildar Abdrazakov / Orchestre Métropolitain de Montréal, Yannick NEZET-SEGUIN (1 cd DG Deutsche Grammophon)

Verdi ildar abdrazakov cd annonce critique classiquenews verdi orch metropolitain de montreal classiquenewsCD critique. VERDI : Ildar Abdrazakov / Orchestre Métropolitain de Montréal, Yannick NEZET-SEGUIN (1 cd DG Deutsche Grammophon). Voilà le déjà 2Ú cd réalisé par la basse vedette et le chef à qui tout semble réussir, pour Deutsche Grammophon.
ATTILA fait valoir l’élasticitĂ© sombre et noble du ruban mĂ©lodique dont est capable la basse Ildar Abdrazakov : le chanteur colore, Ă©tire, sur le souffle, sans jamais Ă©craser. Dans la priĂšre langoureuse du roi Felipe II, monarque auquel est refusĂ© le bonheur et l’amour : Ella giamma m’amo! (DON CARLOS), il faut un diseur capable de nuancer toutes les couleurs de l’amertume frustrĂ©e, mais lĂ  aussi, dignitĂ© de la personne, dans la noblesse et aussi une certaine tendresse, car cet air contrairement Ă  ce qui prĂ©cĂšde dans l’opĂ©ra, concerne la dĂ©voilement d’un sentiment (voire d’une tragĂ©die) intime : osons dire que la basse malgrĂ© son souci du texte et du caractĂšre de la piĂšce, Ă©crase un peu, lissant le tout dans une couleur monochrome
 Dans NABUCCO I (« Sperate, o figli » de Zaccaria), le soliste plafonne davantage dans un air qui manque de ciselure, déçoit par son gris terne, rond certes mais dĂ©pourvu de relief caverneux, ce qui est d’autant plus dommage car le chƓur et l’orchestre (basson) sont impeccables, riches en vitalitĂ© intĂ©rieure. Dans la cabalette, la voix pourtant intense, manque de brillant ; finit par ĂȘtre couverte par les choristes et les instrumentistes. Et si les vrais vedettes de ce rĂ©cital verdien orchestralement passionnant, Ă©taient les instrumentistes montrĂ©alais et leur chef charismatique ?

Ildar Abdrazakov est-il un verdien affûté ?

Basse moyenne, un rien monochrome.
Par contre l’orchestre


Verdi a soignĂ© les barytons et basses. L’opĂ©ra Boccanegra offre des caractĂšres inoubliables pour tout chanteur acteur : l’air A te l’estremo de Fiesco respire la lassitude de l’homme, tourmentĂ©, dĂ©vorĂ© (au sens strict comme symbolique). LĂ  encore malgrĂ© la puissance (peut-ĂȘtre renforcĂ© par le niveau du micro), le timbre tend Ă  la monochromie, certes sa teinte grise et sombre Ă©clairant le mal qui ronge le hĂ©ros : « A te l’estremo addio » (plage 8 et 9), air d’adieu, de renoncement encore Ăąpre et tendu, lugubre, surtout imploratif et introspectif, la basse russe perd dans l’étendu de la ligne, sa justesse, se dĂ©timbre, manque l’éclat de sidĂ©ration et d’accent fantastique, en cela soutenu, dialoguĂ© avec le choeur, hallucinĂ© ; regrettable manque de couleurs, de nuances, d’autant que l’orchestre lui offre une palette de rĂ©fĂ©rences souvent saisissante, sous la baguette abbadesque du quĂ©bĂ©cois Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Le second air de Zaccaria de Nabucco dĂ©voile les limites d’une voix qui tend Ă  rester dans son medium, engorgĂ©e, lissant tout le texte, au vibrato de plus en plus omniprĂ©sent. MĂȘme lassitude et vibrato gras pour son Procida (i Vespri Siciliani). Partition lumineuse et fantastique, Luisa Miller scintille ici par le jeu de l’orchestre, millimĂ©trĂ©, nuancĂ©. HĂ©las, le Walter de Abdrazakov reste d’un terne vibrĂ© qui finit par lasser tant il aplatit tout le texte.
Dommage. La direction de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin est, elle, inspirĂ©e, hallucinĂ©e, dĂ©taillĂ©e
 d’une conviction nuancĂ©e Ă©gale Ă  son rĂ©cent Mozart en direction de Baden Baden (Die Zauberföte / La FlĂ»te enchantĂ©e : clic de classiquenews de l’étĂ© 2019). Abdrazakov n’est pas Nicolai Ghiaurov : verdien autrement mieux colorĂ©s et diseurs, mĂȘme avec sa voix ample et caverneuse.

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CD critique. VERDI : Ildar Abdrazakov / Orchestre MĂ©tropolitain de MontrĂ©al, Yannick NEZET-SEGUIN (1 cd DG Deutsche Grammophon) – Parution en France : le 15 aoĂ»t 2019.

DVD. Borodine : Prince Igor (Ildar Abdrazakov, Tcherniakov, 2014)

prince igor borodine metrropolitan opera new york dvd deutsche grammophon noseda tcherniakovDVD. Borodine : Prince Igor (Ildar Abdrazakov, Tcherniakov, 2014). CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg le 4 novembre 1890, Prince Igor illustre le rĂȘve impĂ©rialiste russe et offre aux patriotes une idĂŽle Ă  la fois puissante et autodĂ©terminĂ©e mais aussi (surtout) humaine. C’est d’ailleurs, la figure de l’époux aimant, de l’homme qui doute et qui se laisse dĂ©border par la culpabilitĂ© (dĂ©fait, il est prisonnier du KhĂąn), plutĂŽt que le guerrier portĂ© par un indĂ©fectible espoir de grandeur, qui captive du dĂ©but Ă  la fin. InspirĂ© d’une chronique historique d’aprĂšs l’histoire russe datĂ©e de la fin du XIIIĂš, l’Ă©popĂ©e d’Igor contre les Polovtsiens (hordes  tatares nomades terrassant les chrĂ©tiens russes de l’Est) exalte l’hĂ©roĂŻsme d’un guerrier tenace que les Ă©preuves renforcent : d’un chevalier battu et prisonnier, Igor devient grĂące Ă  son retour miraculeux parmi les siens, une figure politique de la reconstruction. ExaltĂ©, Borodine, grĂące Ă  son orchestre impĂ©tueux, Ă©nergique, s’intĂ©resse aux chocs et aux Ă©preuves qui Ɠuvrent Ă  produire le hĂ©ros idĂ©al : ses doutes et ses visions aussi qui en font un ĂȘtre Ă  part, un visionnaire et peut-ĂȘtre un guide pour rebĂątir l’avenir de la Russie non encore unifiĂ©e, comme le laisse prĂ©sager la fin de l’opĂ©ra (le dernier acte raconte le retour d’Igor dans sa citĂ© et sa nouvelle stature de bĂątisseur). La ville de Poutivle dĂ©truite par les tatares trouvera-t-elle en Igor, qui s’est lui-mĂȘme libĂ©rĂ©, un nouveau champion pour renaĂźtre de ses cendres ?

Unknown-1CLIC D'OR macaron 200PrĂ©sentĂ©e en mars 2014 et diffusĂ©e en direct au cinĂ©ma, la production signĂ©e Dmitri Tcherniakov (sa premiĂšre new yorkaise) convainc Ă  moitiĂ©. Visuellement les projections vidĂ©os vĂ©ritables amplifications par l’image des sauts temporels rĂ©alisĂ©s par l’orchestre gĂȘnent considĂ©rablement la continuitĂ© du spectacle. Trop de vidĂ©o tue l’opĂ©ra. Ou alors il aurait fallu soigner la rĂ©alisation visuelle et faire de cette captation une Ɠuvre cinĂ©matographique comme le laissaient supposer les images et affiches d’un marketing esthĂ©tiquement allĂ©chant mais dans la rĂ©alitĂ© dĂ©formant (Igor en hĂ©ros sublime, gisant dans le champs de fleurs
). Les Ă©pisodes s’enchaĂźnent mal et la comprĂ©hension des situations en patĂźt. Ainsi aprĂšs le prologue et le dĂ©part pour la guerre, quand l’orchestre Ă©voque la dĂ©faite d’Igor et les morts accumulĂ©s, paraĂźt ce sublime champs de coquelicots rouges, avec tour Ă  tour les deux airs du soldat et de son Ă©pouse qui se languissent
 On croit alors assister Ă  un oratorio cĂ©lĂ©brant l’amour que ne connaĂźtront plus les guerriers d’Igor sacrifiĂ©s sur le champs de bataille
 Or dans le dĂ©roulement de l’opĂ©ra, il s’agit de la premiĂšre scĂšne d’amour entre le fils d’Igor, Vladimir (prisonnier des Tatares comme lui) et la fille du Khan, qui sont tombĂ©s amoureux. Confusion ou superposition volontaire ? La vision des fleurs maculĂ©es est gĂ©niale en soi, forte et poĂ©tique, mais restant Ă  la vue gĂ©nĂ©rale trop longtemps et de façon statique, s’effondre dramatiquement; heureusement que les plaisirs orientaux que Khan Ă©voque Ă  Igor, l’invitant Ă  demeurer Ă  sa cour et Ă  vivre comme lui, rĂ©alisent un autre tableau fort parmi les fleurs : Igor assiste comme Parsifal au milieu des filles en fleur, Ă  un ballet (orgiaque : les fameuses danses polovtsiennes) composĂ©es de figures dĂ©nudĂ©es cĂ©lĂ©brant le KhĂąn, apĂŽtre d’un Ă©den lascif et suave qui s’offre Ă  son prisonnier trĂšs estimĂ©.

A l’acte III ici rĂ©alisĂ© nouveau problĂšme qui gĂšne la comprĂ©hension des Ă©pisodes dans leur succession : alors que l’acte dernier s’ouvre sur les ruines fumantes de la citĂ© de Poutivle, aprĂšs l’attaque des Tatares et du Kahn Gzak, la fille du Khan paraĂźt en chemisette pour retenir Vladimir le fils d’Igor prĂȘt Ă  s’enfuir avec son pĂšre pour la Russie. Comment Igor, son fils et la jeune femme peuvent-ils surgir des dĂ©combres urbaines en un lieu qu’Igor s’apprĂȘte Ă  rejoindre ? Pour le reste, l’ultime scĂšne met en lumiĂšre la transe du prince vaincu qui s’est Ă©chappĂ© et qui peu Ă  peu reprend une stature de guide et de rebĂąptisseur face au peuple dĂ©truit. Borodine dĂ©veloppe un acte de fiertĂ© nationale : quand Igor suscite l’esprit des princes russes victorieux, lui qui a fait pĂ©rir son armĂ©e dans le Kayala, le prince reprend l’étoffe du hĂ©ros, du pĂšre, du guide que la nation attend toujours. Ici, Igor malgrĂ© son Ă©chec prĂ©pare dĂ©jĂ  la reconstruction : il permettra peut-ĂȘtre la rĂ©sistance et la victoire finale sur les Tatares.

UnknownVocalement la distribution s’appuie essentiellement sur le physique d’acteur et la voix trĂšs sĂ»re du baryton basse Ildar Abdrazakov dans le rĂŽle-titre : rien Ă  dire sur son chant mĂ»r et racĂ©, viril et fin mĂȘme si plus de dĂ©lire parfois, l’ombre d’une panique franchement exprimĂ©e se fassent attendre. A part le soprano aigre et trop tendu parfois Ă  la limite de la justesse de Oksana Dyka (Yaroslavna), aucun des autres chanteurs ne dĂ©mĂ©ritent ; tous assurent crĂąnement la tension continue d’un drame qui exalte surtout, Ă  travers de nombreux tableaux collectifs, le destin personnel d’un vĂ©ritable hĂ©ros. Dans la fosse, Gianandrea Noseda relĂšve tous les dĂ©fis d’une partition qui oscille constamment entre les profondeurs sombres et souterraines d’Igor, dĂ©vorĂ© par ses dĂ©mons intĂ©rieurs ou portĂ©s par son rĂȘve de gloire russe, et les tableaux collectifs, guerriers d’Igor partant au combat, transes polovtsiennes, folie collective des habitants de Poutivle
 l’exercice est dĂ©licat, le rĂ©sultat plutĂŽt rĂ©ussi. Au final, malgrĂ© nos rĂ©serves sur la comprĂ©hension rĂ©elle de Tcherniakov, de l’opĂ©ra de Borodine, et ses distorsions vidĂ©os et thĂ©Ăątrales, le spectacle reste spectaculaire mais proche d’une vision intimiste et psychologique du hĂ©ros Igor. De surcroĂźt chef et metteur en scĂšne offrent une partition nettoyĂ©e, complĂšte : malgrĂ© les nombreuses rĂ©Ă©critures par Rimsky et Galzounov, l’Ɠuvre de Borodine qui a laissĂ© un opĂ©ra inabouti dans son orchestration finale, paraĂźt exhaustive en un tout dĂ©sormais cohĂ©rent. C’est donc une parfaite entrĂ©e, propice Ă  mieux connaĂźtre un opĂ©ra pilier du rĂ©pertoire romantique russe. CLIC de classiquenews.

514-fitandcrop-405x320Borodine : Prince Igor. Ildar Abdrazakov (Prince Igor Svyatoslavich), Oksana Dyka (Yaroslavna), Anita Rachvelishvili (Konchakovna, la fille du Khùn), Sergey Semishkur (Vladimir Igorevich), Mikhail Petrenko (Prince Galitsky), Ơtefan Kocån (Khùn Konchak)
 The Metropolitan Opera orchestra, chorus and ballet. Gianandrea Noseda, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scÚne. 2 DVD Deutsche Grammophon 0440 073 5146 8. Enregistré en mars 2014.