Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 14 décembre 2014. Bonis; Offenbach; Chaminade; Fauré; Donizetti; Godard; Duparc; Debussy; Dubois; Boulanger; Hahn. Isabelle Druet, mezzo soprano; Quatuor Giardini.

isabelle druet au pays ou se fait la guerre 1870 1914 concert2014 est une annĂ©e particulière qui commĂ©more le centenaire du dĂ©but de la Grande guerre (1914-1918) et le soixante-dixième anniversaire des dĂ©barquements de Normandie (6 juin 1944) et de Provence (15 aoĂ»t 1944). Pour “cĂ©lĂ©brer” cette annĂ©e si spĂ©ciale, le Théâtre Auditorium de Poitiers a invitĂ© la mezzo soprano Isabelle Druet et le Quatuor Giardini pour un rĂ©cital certes un peu sombre mais très Ă©quilibrĂ©, alternant judicieusement musique de chambre, mĂ©lodies françaises, extraits d’opĂ©rettes et d’opĂ©ras. Ce programme, fort allĂ©chant au demeurant, bĂ©nĂ©ficie du soutien de la fondation Palazetto Bru Zane qui en assure Ă©galement la production.

Isabelle Druet au Théâtre Auditorium

Le Quatuor Giardini dĂ©bute le programme avec un Quatuor avec piano de la compositrice Mel Bonis (1858-1937). Très active, mais peu connue aujourd’hui, Mel Bonis compose aussi bien de la musique instrumentale que de la musique vocale (religieuse ou profane) laissant Ă  sa mort une oeuvre ompressionnante, plus de trois cents oeuvres, en cours de redĂ©couverte. Le Quatuor avec piano N°1 (composĂ© en 1915) dont seul le finale est donnĂ© en ce dimanche après midi est Ă  la fois emprunt de nostalgie et, en pleine guerre, de tristesse. Les Giardini interprète le Concerto de Bonis avec une sobriĂ©tĂ© et un engagement total; il en est de mĂŞme pour les deux Quatuors de Gabriel FaurĂ© (1845-1924) qui datent de la fin des annĂ©es 1870 pour l’un et de 1887 pour l’autre. Des RĂŞves d’enfants de ThĂ©odore Dubois (1837-1924), -nous n’Ă©coutons que le premier d’entre eux-, et le Quatuor avec piano de Reynaldo Hahn (1874-1947) nagent dans des eaux allusives, de tristesse pour l’un, de sĂ©rĂ©nitĂ© pour le second; sentiments subtilement exprimĂ©s par le Quatuor Giardini.

druet isabelle duparc guerre 1870 1914Quant Ă  la mezzo soprano Isabelle Druet, la rĂ©gionale de la soirĂ©e puisqu’elle est d’origine niortaise, elle alterne judicieusement opĂ©rette, opĂ©ra et mĂ©lodies françaises. Elle entame son “show” avec La Grande duchesse de Gerolstein de Jacques Offenbach (1819-1880) : mĂŞme si les graves sont parfois poitrinĂ©s, notamment dans le rĂ©citatif de “Ah que j’aime les militaires”, la jeune femme assume crânement une partition difficile. ComĂ©dienne accomplie, Isabelle Druet provoque des Ă©clats de rires en cascade dans une salle pourtant bien vide ce que nous regrettons d’ailleurs tant le programme est riche, variĂ© et très Ă©quilibrĂ©. Martiale, pleine de vie et d’ambition dans La Grande duchesse, la mezzo joue avec une moue charmante, les veuves Ă©plorĂ©es dans La vie parisienne ; ou les grandes dames terrorisĂ©es dans La fille du rĂ©giment de Gaetano Donizetti (1797-1848). Ă€ cotĂ© des oeuvres du rĂ©pertoire lyrique, Isabelle Druet interprète avec sobriĂ©tĂ© et sensibilitĂ© des mĂ©lodies de compositrices et compositeurs post-romantiques ou modernes. Ainsi, après la musique de chambre de Mel Bonis en ouverture de concert, ce sont CĂ©cile Chaminade (1857-1944) et Nadia Boulanger (1887-1979),- soeur de la violoniste Lilli Boulanger, qui, trop rarement jouĂ©es, sont mises Ă  l’honneur au travers de deux mĂ©lodies Ă©mouvantes : incarnĂ©es avec une justesse de ton confondante par une diseuse soudainement grave, sincère, profonde , très inspirĂ©e. C’est “Au pays oĂą se fait la guerre”, une mĂ©lodie d’Henri Duparc (1848-1933), qui donne son titre au rĂ©cital de l’artiste : la mĂ©lodie emblĂ©matique fait passer son public par toutes sortes de sentiments, soulignant aussi l’horreur de la guerre et les dĂ©gâts collatĂ©raux qu’elle impose des deux cĂ´tĂ©s du front. Si le public connait Claude Debussy (1862-1918) plus pour son opĂ©ra PĂ©llĂ©as et MĂ©lisande (crĂ©Ă© en 1902) que pour ses mĂ©lodies, c’est pourtant l’une d’entre elles, «  Recueillement » tirĂ©e du recueil “cinq poèmes de Charles Baudelaire” qu’Isabelle Druet chante après avoir mis Ă  l’honneur Benjamin Godard (1849-1895) lui aussi quasiment inconnu alors que sa musique gagne grandement Ă  ĂŞtre connue.

Devant une salle aux trois-quart vide, Isabelle Druet offre un rĂ©cital de haute volĂ©e. Son talent d’actrice, passant de la frivolitĂ© Ă  la gravitĂ© s’associe en finesse avec l’excellent Quatuor Giardini ; suggestifs et convaincants, les interprètes proposent de la redĂ©couverte de compositrices encore trop mĂ©connues, Bonis, Chaminade, Boulanger, associĂ©es Ă  part Ă©gale Ă  des musiciens aussi connus qu’Offenbach, Donizetti, FaurĂ©, Debussy ou Duparc. Peut-ĂŞtre pourrions nous espĂ©rer un CD rassemblant tant de compositeurs qui mĂ©ritent largement d’ĂŞtre remis au gout du jour tant ils/elles ont produit des oeuvres de qualitĂ©. La diversitĂ© n’entame en rien l’intĂ©rĂŞt du programme : elle nuance davantage la profonde cohĂ©rence du thème choisi. Avec pudeur et justesse. RĂ©ussite totale.

Compte rendu, concert. Poitiers. TAP, Auditorium le 14 dĂ©cembre 2014. Mel Bonis (1858-1937) : quatuor avec piano N°1 opus 69; Jacques Offenbach (1819-1880) : La grande duchesse de GĂ©rolstein (“Ah! que j’aime les militaires”, couplets du sabre), La vie parisienne (“Je suis veuve d’un colonel); CĂ©cile Chaminade (1857-1944) : Exil; Gabriel FaurĂ© (1845-1924) : quatuor avec piano opus 45, quatuor avec piano opus 15; Gaetano Donizetti (1797-1848) : La fille du rĂ©giment (“Pour une femme de mon rang”); Benjamin Godard (1849-1895) : Les larmes; Henri Duparc (1848-1933) : Au pays ou se fait la guerre; ÉlĂ©gie; Claude Debussy (1862-1918) : cinq poèmes de Charles Baudelaire (Recueillement); ThĂ©odore Dubois (1837-1924) : Petits rĂŞves d’enfants : N°1, chansons de Marjolie (En paradis); Nadia Boulanger (1887-1979) : ÉlĂ©gie; Reynaldo Hahn (1874-1947) : quatuor avec piano; L’heure exquise (bis). Isabelle Druet, mezzo soprano; Quatuor Giardini.

Concert, annonce. Isabelle Druet au Pays oĂą se fait la guerre

isabelle druet au pays ou se fait la guerre 1870 1914 concertPoitiers, TAP.  Le 14 décembre 2014, 17h.  Au Pays où se fait la guerre…. Saintes, Venise… les escales de ce programme hors normes sont déjà prometteuses mais pas uniques puisque le concert est l’objet d’une tournée en 2015. Privilégiant les compositeurs « romantiques français », le choix des partitions évoque surtout le destin d’un soldat de la grande guerre (1914-1918), centenaire oblige, à travers des témoignages directs ou par le regard de ses proches ou de sa famille. En vérité le prétexte martial et sanglant, intéresse aussi d’autres conflits et d’autres époques que le premier conflit mondial, remontant le curseur chronologique jusqu’aux événements de 1870… Voici assurément le meilleur spectacle spécialement écrit pour célébrer la Grande Guerre.

Le pays où se fait la guerreAinsi de Jacques Offenbach à Nadia Boulanger, de très nombreux styles et auteurs sont sollicités : Cécile Chaminade, Benjamin Godard (sublime mélodies intitulée Les Larmes), Henri Duparc, Claude Debussy ou le désormais inévitable Théodore Dubois, académique audacieux que le Palazzetto Bru Zane à Venise a été bien inspiré de ressusciter récemment. Pourtant pas de référence à Albéric Magnard, auteur majeur qui a péri sous les armes (Tours en a fait heureusement un auteur favori régulièrement joué : Bérénice, Hymne à la justice)… Les quatre séquences du programme : le départ, au front, la mort, en paradis, évoquent le chemin de croix du guerrier par un chant instrumental préalable, celui de la formation requise : quatuor avec piano (Bonis, Fauré deux fois, enfin Hahn). Grande Duchesse de Gérolstein ou veuve d’un colonel (La vie parisienne), la mezzo Isabelle Druet endosse avec une verve mûre, les facettes de ses personnages; celle qui fut à Versailles, une Clorinde tragique et tendre chez Campra, retrouve dans ce programme romantico-moderne, les accents pudiques de l’hommage aux victimes sacrifiées sur les champs de bataille. Le titre du concert emprunte à la mélodie de Duparc « Au pays où se fait la guerre », sublime prière intérieure dont l’intensité égale la profondeur. Une traversée dans des paysages sombres mais dignes à laquelle les instrumentistes du Quatuor Giardini apportent des contours tout aussi suggestifs et recueillis.

druet-isabelle-pays-ou-se-fait-la-guerre-concert-1914-1870-Poitiers, TAP. Dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 17h. « Au pays oĂą se fait la guerre ». DurĂ©e approximative : 1h15 (hors entracte). LIRE notre prĂ©sentation complète du concert ” Au pays oĂą se fait la guerre” avec Isablle Druet, mezzo au TAP de Poitiers

 

 

Au pays où se fait la guerre. Après Poitiers le 14 décembre 2014, les autres dates de la tournée 2015 : 20 janvier à Aix-en-Provence, 22 janvier à Entraigues-sur-la-Sorgue, 25 janvier à Arles et 5 février à Périgueux.

 

 

Isabelle Druet chante les morts du Pays oĂą se fait la guerre…

isabelle druet au pays ou se fait la guerre 1870 1914 concertPoitiers, TAP.  Le 14 décembre 2014, 17h.  Au Pays où se fait la guerre…. Saintes, Venise… les escales de ce programme hors normes sont déjà prometteuses mais pas uniques puisque le concert est l’objet d’une tournée en 2015. Privilégiant les compositeurs « romantiques français », le choix des partitions évoque surtout le destin d’un soldat de la grande guerre (1914-1918), centenaire oblige, à travers des témoignages directs ou par le regard de ses proches ou de sa famille. En vérité le prétexte martial et sanglant, intéresse aussi d’autres conflits et d’autres époques que le premier conflit mondial, remontant le curseur chronologique jusqu’aux événements de 1870… Voici assurément le meilleur spectacle spécialement écrit pour célébrer la Grande Guerre.

Ainsi de Jacques Offenbach à Nadia Boulanger, de très nombreux styles et auteurs sont sollicités : Cécile Chaminade, Benjamin Godard (sublime mélodies intitulée Les Larmes), Henri Duparc, Claude Debussy ou le désormais inévitable Théodore Dubois, académique audacieux que le Palazzetto Bru Zane à Venise a été bien inspiré de ressusciter récemment. Pourtant pas de référence à Albéric Magnard, auteur majeur qui a péri sous les armes (Tours en a fait heureusement un auteur favori régulièrement joué : Bérénice, Hymne à la justice)… Les quatre séquences du programme : le départ, au front, la mort, en paradis, évoquent le chemin de croix du guerrier par un chant instrumental préalable, celui de la formation requise : quatuor avec piano (Bonis, Fauré deux fois, enfin Hahn). Grande Duchesse de Gérolstein ou veuve d’un colonel (La vie parisienne), la mezzo Isabelle Druet endosse avec une verve mûre, les facettes de ses personnages; celle qui fut à Versailles, une Clorinde tragique et tendre chez Campra, retrouve dans ce programme romantico-moderne, les accents pudiques de l’hommage aux victimes sacrifiées sur les champs de bataille. Le titre du concert emprunte à la mélodie de Duparc « Au pays où se fait la guerre », sublime prière intérieure dont l’intensité égale la profondeur. Une traversée dans des paysages sombres mais dignes à laquelle les instrumentistes du Quatuor Giardini apportent des contours tout aussi suggestifs et recueillis.

Poitiers, TAP. Dimanche 14 décembre 2014, 17h. « Au pays où se fait la guerre ». Durée approximative : 1h15 (hors entracte).

 

 

avec

Isabelle Druet, mezzo soprano

Quatuor Giardini

David Violi, piano

Pascal Monlong, violon

Caroline Donin, alto

Pauline Buet, violoncelle

Programme

1/ LE DÉPART

Mel BONIS : Quatuor avec piano n°1 op. 69 : Finale

Jacques OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein

Ah que j’aime les militaires

CĂ©cile CHAMINADE : Exil

Jacques OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein : Couplets du sabre

2/ AU FRONT

Gabriel FAURE : Quatuor avec piano op.45 : Allegro molto

Gaetano DONIZETTI : La fille du régiment : pour un femme de mon rang…

Benjamin GODARD : Les Larmes

Henri DUPARC : AU pays oĂą se fait la guerre

Entracte

3/ LA MORT

Gabriel FAURE :  Quatuor avec piano opus 15. Adagio

Claude DEBUSSY : 5 poèmes de Charles Baudelaire, Recueillement

Henri Duparc : Elégie

Jacques OFFENBACH : la vie parisienne, Je suis veuve d’un colonel

4/ EN PARADIS

Reynaldo HAHN : Quatuor avec piano : Andante

Lili BOULANGER : Elégie

Théodor DUBOIS : En Paradis

Théodore DUBOIS : Quatuor avec piano en la mineur

Andante molto espressivo

Bis 1 : OFFENBACH : La Fille du Tambour major, Que m’importe un titre éclatant ?

Bis 2 : FAURE : Après un rêve…

 

 

 

druet isabelle duparc guerre 1870 1914Patriotisme et guerres lointaines… Henri Duparc évoque la froide dépouille d’un soldat anonyme … tant de soldats morts au nom d’un patriotisme exacerbé, celui du XIXème et du XXème siècles. L’antagonisme primitif France  / Allemagne, revivifié encore sur la scène musicale dans le rapport radicalisé à Wagner fait aimer notre époque européenne où les nationalismes durcis ont heureusement été absorbés par la construction européenne. Prétexte à une relecture certes poétique mais surtout comique (Donizetti et Offenbach), la guerre est aussi l’acte ultime qui sacrifie le sang et la jeunesse. Les conflits de 1870 et de 1914 inspirent évidemment les compositeurs chacun bravant le sort, célèbre l’accomplissement du devoir, et le déchirement du départ. Au front, c’est l’angoisse née de l’attente et de l’horreur. Pourtant à peine adoucie par le souvenir de l’aimée, de la famille, du retour espéré… Courageux, le soldat n’en demeure pas moins homme : « mais les larmes qu’on peut verser, quand les têtes sont détournées, on ne les a pas soupçonnées… » Les Larmes de Banjamin Godard.

Et comme si le sujet trop brûlant ne pouvait être immédiatement compris, digéré, accepté, la plupart des auteurs usent du prétexte historique, font surgir une action empruntée au siècle antérieur plutôt que de s’inscrire dans la réalité contemporaine : ainsi Offenbach situe sa Grande Duchesse de Gerolstein au XVIIIè (vers 1720 ou « à peu près »), Henri Duparc dans Au Pays où se fait la guerre, ne peut évoquer les armes et les deuils que dans une distanciation pudique, qui renvoie à la conquête coloniale du … Second Empire ; même Donizetti, pourtant détenteur du truchement comique, élabore dans sa Fille du régiment de 1840, une action qui évoque des temps guerriers anciens eux aussi, ceux des campagnes de Bonaparte en Italie, Offenbach fait de même en 1879 pour La fille du tambour-major. Dans le programme, les adagios des Quatuors pour piano de Fauré (1887) ou Dubois (1907) éclairent le fond d’une époque tourmentée. Ils font retentir  mais allusivement dans les salons intimes, les déflagrations des guerres contemporaines.

 

 

Au pays où se fait la guerre. Après Poitiers le 14 décembre 2014, les autres dates de la tournée 2015 : 20 janvier à Aix-en-Provence, 22 janvier à Entraigues-sur-la-Sorgue, 25 janvier à Arles et 5 février à Périgueux.