Paris, Berlioz 2019 : Nouveaux Troyens à Bastille

berlioz-hector-582-portrait-par-classiquenews-concerts-festivals-operasPARIS, Bastille. BERLIOZ : LES TROYENS. 28 janv – 12 fev 2019. Nouvelle production attendue à l’Opéra Bastille, temps fort de l’année BERLIOZ 2019 : 150è anniversaire de sa mort (en 1869). L’ouvrage en 5 actes et 9 tableaux remonte à 1863. Il a été créé en morceaux et de façon incomplète du vivant de son auteur, qui le considérait comme son grand œuvre, et aussi l’objet de son amertume car non réconnu à sa juste mesure, celui qu’admirait Liszt et Wagner, ne connut jamais la gloire espérée. D’après Virgile, Berlioz régénère la noblesse de la tragédie inspirée par la Mythologie. Ses modèles sont évidemment Gluck, – élégance et raffinement de la déclamation, expressivité dramatique inféodant toute l’architecture musicale, – surtout Berlioz s’inspire de Rameau et de ses tragédies en musique, parmi les plus achevées : Hippolyte, Cator et Pollux, Les Boréades… Berlioz prolonge le goût des timbres, le chant de l’orchestre, la souveraineté de la musique, valeurs très affirmées chez le Dijonais baroque. En deux parties imposantes et expressives, où c’est le texte et son intelligibilité, où s’imposent les mouvements de l’orchestre, Les Troyens s’articulent d’abord par « La Prise de Troie » où Cassandre se distingue par son humanité tragique ; puis dans « Les Troyens à Carthage », volet final qui doit sa puissance poétique au portrait du couple maudit car impossible, Didon et Énée. Berlioz renouvelle aussi la leçon de Meyerbeer, ce grand opéra à la française, comprenant divertissement, ballets, de grands tableaux collectifs qui contrastent avec l’intimité de duos, trios déchirants. Comme chez Meyerbeer, l’opéra de Berlioz est tragique et moral : rien ne résiste à la marche de l’Histoire ; les grandes amoureuses (Didon) y sont sacrifiées, et laissées suicidaire face au héros (Enée) qui suit son devoir, coûte que coûte. L’opéra s’achève sur la mort de Didon, en un vaste incendie qui signifie la fin d’un monde, quand un autre se précise : Rome car Enée quitte Didon pour fonder la nouvelle dominatrice de l’Europe…
Il est des productions qui affirment dans les deux rôles moteurs de Cassandre puis Didon, la même interprète, gageure pour la chanteuse, – défi annoncé qui s’est souvent révélé … suicidaire.

Heureusement à notre avis, l’Opéra Bastille choisit deux excellentes donc prometteuses interprètes : Stéphanie d’Oustrac en Cassandre ; Elina Garanca d’abord programmée ayant déclarée forfait le 31 déc 2018, est remplacée par Ekaterina Semenchuk, pour le rôle de Didon. Chacune a son aimé, Chorèbe, mâle martial habité par la grâce et la tendresse (Stéphane Degout) ; Didon aime sans retour Enée (Bryan Hymel).
Cette nouvelle mise en scène attendue certes, devrait décevoir à cause du metteur en scène choisi Dmitri Tcherniakov dont l’imaginaire souvent torturé et très confus devrait obscurcir la lisibilité du drame, cherchant souvent une grille complexe, là où la psychologie et les situations sont assez claires. Son Don Giovanni dont il faisait un thriller familial assez déroutant ; sa Carmen plus récente, qui connaissait une fin réécrite… ont quand même déconcerté. De sorte que l’on voit davantage les ficelles (grosses) de la mise en scène, plutôt que l’on écoute la beauté de la musique. Le contresens est envisageable. A suivre…

LIRE notre dossier BERLIOZ 2019, 150 ans de la mort de Berlioz
https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/opera/lestroyens