Compte rendu, opĂ©ra.Innsbruck, Festival de Musique ancienne (Autriche). Tiroler Landestheater Oper, le 16 aoĂ»t 2015. Superbe recrĂ©ation d’Il Germanico de Nicola Porpora (Rome, 1731). Alexander Schulin, mise en scène. Alessandro de Marchi, direction.

germanico-porpora-innsbruck-2015Innsbruck. Compte rendu, opĂ©ra. Superbe recrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora par Alessandro De Marchi Ă  Innsbruck. Très belle surprise Ă  Innsbruck pour la recrĂ©ation d’Il Germanico de 1732 de Nicola Porpora, compositeur Ă  torts Ă©tiquettĂ© (et expĂ©diĂ© en mĂŞme temps) comme exclusivement “virtuose” c’est Ă  dire dĂ©monstratif voire dĂ©coratif et creux. Rien de tel en vĂ©ritĂ© tout au long du spectacle comprenant trois actes et dans lesquels le chef Alessandro De Marchi avec un zèle passionnant, joue toutes les reprises des airs : tremplin excitant pour les chanteurs mais aussi loupe radicale pour ceux qui tenteraient de masquer des dĂ©fauts techniques ou stylistiques.

 

 

Germanico-innsbruck-david-hansen-patricia-bardon-compte-rendu-review-classiquenews-2015La vedette attendue de la soirĂ©e Ă©tait le contre-tĂ©nor David Hansen dont un premier disque (“Rivals”) paru sous Ă©tiquette DHM avait alors convaincu la RĂ©daction de classiquenews (rĂ©cital dĂ©diĂ© Ă  “Farinelli and Co”). Certes, le soliste a du cran de pousser sa voix dans les aigus atteignant des accents puissants et de mieux en mieux couverts, mais dès le dĂ©but, un dĂ©faut majeur gâte l’Ă©coute : son Ă©mission serrĂ©e presque engorgĂ©e (le temps de chauffer la voix est long) et surtout, son italien laisse vraiment Ă  dĂ©sirer, comparĂ© Ă  celui dĂ©fendu par les autres chanteurs. L’articulation patine, reste imprĂ©cise et flottante : un charabia Ă©nigmatique pour les plus fines oreilles italophiles. Un conseil, il ne s’agit pas de forcer et de projeter des aigus mĂ©talliques spectaculaires, il faut encore savoir articuler et nuancer… On invite donc le chanteur Ă  suivre une formation sĂ©rieuse d’articulation de l’italien : avec cette maĂ®trise, l’interprète devrait gagner encore en conviction d’autant qu’il est aujourd’hui au sommet de ses possibilitĂ©s vocales. La seule performance montre ses limites tant il faut de la subtilitĂ©.

En ressuscitant Il Germanico, Alessandro de Marchi dévoile la profondeur de Porpora

Seria subtil et humain

 

Car c’est lĂ  la surprise de la soirĂ©e : on attendait un Porpora rien que superfĂ©tatoire et virtuose, on dĂ©couvre un théâtre oĂą les scènes hĂ©roiques et historiques (confrontation du romain Germanico / Germanicus et du germain rebelle Arminio / Arminius) sont finalement prĂ©texte Ă  de superbes dĂ©voilements Ă©motionnels, oĂą les protagonistes ne sont pas ceux que nous espĂ©rions. Certes face Ă  l’Arminio de David Hansen, le Germanico de Patricia Bardon ne manque pas d’allure et campe mĂŞme une figure du pouvoir mobile, très juste : d’abord dure, inflexible, puis de plus en plus troublĂ©e et atteinte, jusque dans la scène finale, augurant Les Lumières, en pardonnant au vaincu Arminio… lequel suscite dans l’esprit du vainqueur romain, un pur sentiment d’admiration et de compassion.

 

 

Germanico innsbruck ensemble classiquenews review aout 2015

 

 

Les rĂ©vĂ©lations de la soirĂ©e sont du cĂ´tĂ© des “seconds rĂ´les” : celle des deux soeurs germaines (toute deux filles de Segeste, fidèle du clan Romain), Rosmonda et Ersinda, respectivement soprano et mezzo, remarquablement caractĂ©risĂ©es par deux solistes idĂ©alement convaincantes, jeunes tempĂ©raments d’une musicalitĂ© nuancĂ©e, au jeu crĂ©dible : Klara Ek et Emilie Renard ; cette dernière confirme les promesses dĂ©jĂ  exprimĂ©es quand nous l’avions dĂ©couverte comme laurĂ©ate de l’AcadĂ©mie de William Christie, Le Jardin des Voix 2013 ; la mĂŞme annĂ©e, la jeune britannique remportait aussi le Concours de chant Cesti… d’Innsbruck. Grâce Ă  Emilie Renard, Ersinda s’impose sur la scène par sa franche et souple sensualitĂ©, et le couple amoureux d’une lascivitĂ© assumĂ©e (voire explicite dans cette mise en scène) qu’elle forme avec le très correct Cecina (Hagen Matzeit, 2ème contre tĂ©nor de la production, s’impose superbement dans ses “affrontements” et duos suaves, qui sont autant de contrepoints conjugaux, rĂ©flexion sur la fidĂ©litĂ© et le dĂ©sir, Ă  l’action politique. Ces deux lĂ  sont l’antithèse du couple Ă©prouvĂ© par l’autoritĂ© de Germanico : Rosmonda et son Ă©poux, Arminio. Ainsi dans le rĂ´le de Rosmonda, Klara Ek incarne Ă  l’inverse, l’effroi de la soeur plutĂ´t gagnĂ©e au clan des germains rebelles, tous les vertiges et les tiraillements de la jeune femme, âme piĂ©gĂ©e, prise entre la rĂ©sistance au Romain, son lien filiale Ă  Segeste (père dĂ©vouĂ© au parti de Germanico) et surtout son amour pour son Ă©poux, Arminio (figure splendide de la rĂ©sistance). Les rapports entre les personnages sont parfaitement calibrĂ©s, d’autant que chaque protagoniste dĂ©fend son pĂ©rimètre expressif avec une autoritĂ© qui ne faiblit jamais.

Saluons Ă©galement l’engagement, la projection, l’aisance, la prĂ©cision linguistique (naturels pour un natif) du tĂ©nor Carlo Vincenzo Allemano qui apporte au personnage mĂ©dian de Segeste, un relief particulier: le rĂ´le assure le lien entre les cercles mĂŞlĂ©s : cour de Germanico dont il est le serviteur, et cercle sentimental des deux soeurs Rosmonda et Ersinda dont il est le père. HĂ©roĂŻques, ses airs sont redoutables et cĂ©lèbrent continĂ»ment la gloire romaine.

 

Collection de séquences enivrantes

 

Parmi les meilleurs moments de la soirĂ©e : citons quelques instants vocalement très rĂ©ussis, fruits d’une complicitĂ© entre les solistes et d’un esprit d’Ă©quipe qui demeure manifeste et s’affirme mĂŞme de façon croissante jusqu’Ă  la dernière mesure de cette 3ème et dernière reprĂ©sentation Ă  Innsbruck.

 

 

Insbruck-germanico-renard-emilie-ersinda-review-compte-rendu-critique-classiquenews-august-aout-2015

 

 

Au I, c’est d’abord, l’enchaĂ®nement des airs d’Ersinda puis de son fiancĂ©, Cecina, le second reprenant la mĂŞme mĂ©lodie comme une surenchère Ă©motionnelle qui rĂ©pond en miroir Ă  son aimĂ©e, avec une Ă©vidente coloration Ă©rotique (scène 6 : enchaĂ®nĂ©s, les airs “Al Sole lumi d’Ersinda”, puis “Splende per mille amanti” de Cecina) : ce jeu de dĂ©clarations successives relève d’une exigence dramaturgique et inspire particulièrement Porpora (s’inspirerait-il pour le couple d’amoureux Ersinda/Cecina, des couples emblĂ©matiques de l’opĂ©ra vĂ©nitien : un hommage imprĂ©vu de Porpora Ă  Vivaldi finalement, et plus loin encore Ă  Cesti et Cavalli ?).

L’air de Rosmonda qui conclut l’acte (avec hautbois obligĂ©), outre qu’il souligne le dĂ©chirement intĂ©rieur qui dĂ©vore l’Ă©pouse d’Arminio comme on l’a dit, dĂ©voile aussi un jeu d’acteurs et une conception scĂ©nographique très justes : Klara Ek est la seule Ă  se dĂ©placer. La soprano va de l’un Ă  l’autre des 5 autres protagonistes, comme si soudainement l’action se dĂ©roulait de son point de vue, rĂ©vĂ©lant l’horreur de sa situation personnelle : son impuissance et sa souffrance. La subtilitĂ© qu’apporte la chanteuse Ă©claire ce personnage central dans l’action, comme Emilie Renard cisèle la sensualitĂ© lĂ©gère mais profonde d’Ersinda : les deux portraits de femmes (antagoniques) sont dans cette production idĂ©alement restituĂ©s.

 

 

germanico-patricia-bardon-classiquenews-review-compte-rendu-critique-innsbruck-2015

L’Acte II est centrĂ© sur le couple politique affrontĂ© : Germanico qui a contrario de son pouvoir omnipotent, s’inflĂ©chit intĂ©rieurement ; et Arminio qui dans sa prison, laisse fuser une plainte sombre qui Ă©gale les grands Haendel, par sa grandeur tragique et son esprit de rĂ©sistance. “Nasce da  valle impura” (ici s’adressant Ă  Arminio) rĂ©vèle un Romain dĂ©fait humainement et profondĂ©ment troublĂ© (mĂŞme sentiment dĂ©voilĂ© face Ă  Ersinda dans l’air qui suit : “Per un moment ancora” – scène 3 oĂą dans cette mise en scène, le Romain s’effondre en larmes en fin d’air) ; puis,  ”Parto, ti lascio, o Cara” (s’adressant alors Ă  son Ă©pouse Rosmonda) souligne pour Arminio, une autre facette chez David Hansen, la gravitĂ© lugubre, oĂą perce le masque de la mort : mĂŞme si l’italien s’enlise, le style s’assagit, les couleurs sont plus nuancĂ©es, le souffle surgit. Ses deux grands airs distinguent nettement les deux guerriers affrontĂ©s et accrĂ©ditent le très grand intĂ©rĂŞt de la partition crĂ©Ă©e Ă  Rome. Il paraĂ®t Ă©vident que Haendel Ă  puiser chez le Napolitain, et que plus tard Ă  Vienne, le jeune Haydn profite des enseignements de son maĂ®tre Porpora.

fewo_2015_il_germanico_(c)rupert_larl_innsbrucker_festwochen_finale_ensemble

 

Tout cela rĂ©vèle la sĂ©duction d’une esthĂ©tique théâtrale qui Ă©claire diffĂ©remment notre connaissance de Porpora : la combinaison des deux mondes (politique avec Germanico et Arminio, et sentimental avec les deux soeurs, Rosmonda et Ersinda) fonctionne Ă  merveille. Le jeu des contrastes produit la diversitĂ© du spectacle et dans sa continuitĂ©, sa grande diversitĂ© de climats. On comprend mieux ainsi que le compositeur napolitain ait pu dĂ©fier Haendel sur ses terres londoniennes justement dans les annĂ©es 1730.

de-marchi-alessandro-innsbruck-maestro-academia-montis-realisL’artisan d’une telle rĂ©ussite est le chef, Alessandro de Marchi qui est aussi le directeur artistique du Festival : direction souple, affĂ»tĂ©e, très soucieuse de l’Ă©quilibre voix/chanteurs, le maestro convainc pleinement dans cette rĂ©surrection d’un seria en rien indigeste malgrĂ© sa longueur. Le continuo est idĂ©alement souple et subtil, travaillant surtout une fine caractĂ©risation des sĂ©quences selon les enjeux politiques ou sentimentaux. La vivacitĂ© des enchaĂ®nements, la rĂ©partition des airs, le profil dramatique de chacun des caractères, d’autant mieux servi ici par une troupe très cohĂ©rente, de surcroĂ®t dans une mise en scène intelligente et fine (avec changements Ă  vue grâce Ă  une machinerie tournante) soulignent la justesse du choix musical ; la partition mĂ©rite absolument d’ĂŞtre connue et dans ce dispositif (de prochaines reprises sont vivement souhaitĂ©es). VoilĂ  qui dĂ©montre que la transmission est assurĂ©e et que l’ancien assistant-continuiste de RenĂ© Jacobs, devenu son successeur pour la direction du festival autrichien, retrouve ce goĂ»t si essentiel du dĂ©frichement et de la prise de risques. Jacobs s’Ă©tait engagĂ© pour l’opĂ©ra vĂ©nitien (rĂ©vĂ©lant le premier les perles mĂ©connues de Cesti et Cavalli), De Marchi fait de mĂŞme aujourd’hui, au service d’autres compositeurs, dont Porpora et son Germanico dĂ©sormais mĂ©morable. Très belle rĂ©vĂ©lation.

de-marchi-alessandro-maestro-alessandro_de_marchi__c_innsbrucker_festwochen_thomas_schrottInnsbruck, Festival de Musique ancienne (Autriche). Tiroler Landestheater Oper, le 16 août 2015. Nicola Porpora : Il Germanico (Rome, 1731). Recréation. Livret de Niccolo Coluzi. Patricia Bardon, Germanico. David Hansen, Arminio. Klara Ek, Rosmonda. Emilie Renard, Ersinda. Hagen Matzeit, Cecina. Carlo Vincenzo Allemano, Segeste. Academia Montis Regalis (Olivia Centurioni, premier violon). Alexander Schulin, mise en scène. Alessandro de Marchi, direction.

Illustrations : © R.IarI / Festival d’Innsbruck 2015

 

légendes des 6 photographies :
1- Arminio / Germanico : David Hansen / Patricia Bardon
2- Ensemble, de gauche Ă  droite : Segeste, Rosmonda, Ersinda et Germanico
3- Ersinda : Emilie Renard
4- Germanico et sa suite (Patricia Bardon)
5- finale de l’opĂ©ra
6- finale du II

 

 

 

 

 

 

 

 

Prochains temps forts du Festival d’Innsbruck 2015 :

 

Suite de la prĂ©cence de l’opĂ©ra napolitain du XVIIIè mais dans le genre buffa, avec l’intermezzo pĂ©tillant facĂ©tieux, Don Trastullo de Jommelli (1714-1774), les 19 puis 20 aoĂ»t 2015 Ă  20h (Spanischer saal, Château d’Ambras)

 

Armide de Lully avec les laurĂ©ats du dernier concours de chant baroque Cesti d’Innsbruck, les 22,24,26 aoĂ»t 2015

 

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site du Festival d’Innsbruck / Innsbrucker Festwochen Der Alten Musik 2015

 

 

LIRE notre prĂ©sentation complète du Festival d’Innsbruck 2015 “Stylus Phantasticus”

 

 

Innsbruck. RecrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora

germanicus-expirant-poussin-tableau-classiquenews-critique-description-germanico-porpora-innsbruck-aout-2015-582Innsbruck. RecrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora : les 12,14,16 aoĂ»t 2015. Alors que Beaune 2015 ressucite en première mondiale son oratorio clĂ© : Il Trionfo della Giustizia (lire notre prĂ©sentation “Il Trionfo della Giustizia: un oratorio inĂ©dit Ă  Beaune”, le 24 juillet 2015 ), le Festival autrichien d’Innsbruck, propose l’un des temps forts de l’Ă©tĂ© lyrique, en programmant en recrĂ©ation mondiale, Il Germanico de Nicolo Porpora (1868-1768), les 12, 14, 16 aoĂ»t 2015 (au Tirol Landstheater), sous la direction du directeur du Festival, l’heureux successeur de RenĂ© Jacobs Ă  ce poste, Alessandro de Marchi. Porpora reste mĂ©connu, cantonnĂ© Ă  l’ombre de Haendel dont il fut le rival flamboyant Ă  Londres dans les annĂ©es 1730. MaĂ®tre de Haydn, Porpora incarne l’âge d’or de l’opĂ©ra napolitain, trouvant un Ă©quilibre subtil entre suprĂŞme virtuositĂ© et Ă©lĂ©gance mĂ©lodique, alliĂ© parfois Ă  un sens dramatique aigu. A Naples, il est le professeur de chant des plus grands chanteurs napolitains, en particulier du castrat Farinelli pour lequel il compose nombre d’ouvrages mettant en avant la facilitĂ© vocale de son Ă©lève favori.

Nicola_Antonio_PorporaLe style de Porpora (chaĂ®non flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIème : le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 Ă  1721 ; il devient le maĂ®tre du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulĂ©s Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare Ă©quilibre entre virtuositĂ© technique et fine caractĂ©risation des personnages qu’il s’agisse d’opĂ©ras ou d’oratorios. Porpora, gĂ©nie de l’art vocal, voyage beaucoup, atteignant mĂŞme avant Gluck ou Piccinni, un statut europĂ©en : il quitte Naples en 1726 pour Venise (oĂą il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est Ă  nouveau Naples puis Venise en 1742 (crĂ©ation de Statira au Grisostomo) oĂą il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 Ă  1752, Porpora rejoint Dresde oĂą se produit son Ă©lève Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son Ă©lève enfin, recevant sa maĂ®trise exceptionnelle de l’écriture lyrique. Pour sa crĂ©ation Ă  Rome au Capranica, il Germanico in Germania de Porpora est crĂ©Ă© par Cafarelli, castrat vedette Ă  Naples qui chante aussi pour Haendel Ă  Londres. L’oeuvre est emblĂ©matique du gĂ©nie lyrique de Porpora : elle est composĂ©e entre sa rĂ©sidence Ă  Venise (comme directeur musical de l’Ospedale degli Incurabili, nommĂ© dès 1726) et son arrivĂ©e Ă  Londres en 1733 comme directeur du nouveau théâtre rival de celui de la Royal Academy of Music de Haendel, l’Opera of the Nobility. Il Germanico renseigne donc sur l’Ă©criture de Porpora avant qu’il ne compose pour Londres, près de 5 ouvrages majeurs (dont Arianna in Nasso).

Germanicus, héros julio claudien

germanicus-porpora-poussin-julio-claudien-general-classiquenews-juillet-2015Drusus Germanicus (nĂ© en 15 avant JC – mort en 19 après JC). Le gĂ©nĂ©ral romain Germanicus appartient Ă  la famille impĂ©riale julio-claudienne (c’est le petit-fils de Marc Antoine et d’Octavie, la soeur d’Auguste) : hĂ©ritier de Tibère (son père adoptif) mais dĂ©cĂ©dĂ© avant la mort de celui-ci, Germanicus est l’archĂ©type du guerrier romain, loyal, couvert de gloire grâce Ă  ses compagnes victorieuses au profit de la puissance impĂ©riale romaine. Epoux d’Agrippine l’aĂ®nĂ©e, il a pour enfants : Julius Cesar, Agrippine (monstre politique et mère de NĂ©ron). En 10 av JC, Drusus devient Germanicus en raison de ses victoires contre les Germains en 15 et 16 après JC.  C’est le vainqueur du guerrier germain Arminius Ă  Idistaviso.

Avant d’ĂŞtre Germanicus, stratège vainqueur des barbares, Drusus fut un lettrĂ© dès sa jeunesse : Ovide lui dĂ©die ses Fastes (alors que Drusus n’a que 20 ans). En 18, Germanicus est nommĂ© consul romain dans les provinces d’Orient : pour Tibère, le loyal guerrier transforme la Cappadoce en province romaine et rattache la Commagène Ă  la Syrie. Il meurt Ă  Antioche probablement empoisonnĂ© par Piso, gouverneur de Syrie. Nicolas Poussin, gĂ©nie pictural du classicisme baroque, a peint la mort de Germanicus, l’un des plus beaux tableaux du XVIIè français, aujourd’hui au Louvre : disposition (composition) en fresque, chatoiement des couleurs nĂ©ovĂ©nitiennes (titianesques), clartĂ© et hĂ©roĂŻsme des attitudes et des gestes, accessoires minutieusement restituĂ©s dans le souci d’une reconstitution archĂ©ologique…).

Il Germanico in Germania (1732) de Nicolo Porpora Ă  Innsbruck, recrĂ©ation lyrique attendue / Germanico in Germania, crĂ©Ă© Ă  Rome en 1732, de Porpora, avec mise en scène sous la direction d’Alessandro de Marchi, le directeur  artistique du Festival : première mondiale les 12 et 14 aoĂ»t, 18h puis le 16 Ă  15h)… Avec Patricia Bardon (Germanico), David Hansen (Arminio), Carlo Vincenzo Alemanno (Segeste), Hagen Matzeit (Cecina)… Academia Montis Regalis. Alexander Schulin (scĂ©nographie). + d’infos sur la page Il Germanico du festival d’Innsbruck

EVASION en Autriche : le festival d'Innsbruck 2015Stylus fantasticus, festival d’Innsbruck 2015. Du 8 au 28 aoĂ»t 2015. Lire notre prĂ©sentation, les temps forts, les productions d’opĂ©ras Ă  ne pas manquer : Il Germanico, Don Trastullo, Armide… La recrĂ©ation du seria de 1732, Il Germanico de Nicola Porpora Ă  Innsbruck est l’un des temps forts du Festival autrichien 2015. L’atout majeur de cette première attendue reste les deux chanteurs dans les rĂ´les protagonistes antagonistes : l’excellente mezzo Patricia Bardon et le contre tĂ©nor David Hansen dans les rĂ´les respectifs de Germanicus et de son rival barbare : Arminius.

 

 

 

distribution de la recrĂ©ation d’Il Germanico Ă  Innsbruck

Première mondiale, recréation
Nicola Porpora (1686 – 1768)
Il Germanico
Opera seria en 3 actes
Livret de Niccolo Coluzzi
création à Rome, 1732

direction musicale : Alessandro De Marchi
mise en scène : Alexander Schulin
Academia Montis Regalis

 

 

hansen-david-contre-tenor-582-594-arminius-germanico-porpora-innsbruck-2015Patricia Bardon, mezzo : Germanico
David Hansen, contre ténor : Arminio (portrait ci contre)
Klara Ek, soprano : Rosmonda
Emilie Renard, mezzo : Ersinda
Hagen Matzeit, contre ténor : Cecina
Carlo Vincenzo Allemano, ténor : Segeste

 

TIROLER LANDESTHEATER Oper
Les 12 et 14 aout 2015 (18h), le 16 août 2015 à 15h 

 

 

David Hansen, maillon fort d’Il Germanico prĂ©sentĂ© en crĂ©ation Ă  Innsbruck. Partenaire de la mezzo Patricia Bardon, Germanico attendu Ă  Innsbruck, le contre tĂ©nor australien David Hansen, qui a sucitĂ© rĂ©cemment l’enthousiasme de la RĂ©daction de Classiquenews pour son premier cd Ă©ditĂ© par Sony (DHM), et intitulĂ© “RIvals” en rĂ©fĂ©rence aux joutes vocales de l’Ă©poque des castrats dont Ă©videmment le modèle Farinelli, est le jalon fort de la nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Innsbruck. LIRE notre compte rendu critique du cd de David Hansen, “Rivals” (DHM). EN voici un extrait :

David HansenInspiré par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relève les défis multiples de ce récital hors normes. En outre, audacieux défricheur, Hansen nous gratifie généreusement de plusieurs inédits dont quelques airs que le frère de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux… (Son qual Nave… restitué avec les notations du créateur de l’air).
Plein de santé juvénile et osons dire de testostérone prête à dégainer vocalement, le divo au look ravageur a décidément tout pour réussir et affirmer une très plaisante carrière. Les Cencic ou Scholl connaissent à présent leur successeur. Ce gars là a apparemment une présence, bientôt scénique, à revendre : voilà qui changera des voix étroites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’équilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici à n’en pas douter l’un des meilleurs représentants de la jeune génération de haute contre réellement sensationnels.

 

Festival d’Innsbruck (Autriche), du 8 au 28 aoĂ»t 2015

Innsbruck-festival-2015-austria-august--8-28-2015-classiquenews-selection-summer-2015Innsbruck (Autriche), festival estival 8 du 28 août 2015. Pourquoi aller à Innsbruck en août prochain ? Pour la qualité des œuvres programmées (Innsbruck est un festival de musique ancienne et baroque), les interprètes qui les défendent et aussi l’attrait du site comme les thématiques affichées : Fantastique, extravagance … voilà les clés d’accès, pour une invitation prometteuse, celle du 39ème festival de musique ancienne d’Innsbruck. Concerts et récitals au château d’Ambras (y paraissent entre autres les sopranos Roberta Invernizzi, Anna Prohaska, le violoniste Giulano Carmignola), recréation lyrique attendue (Germanico in Germania, créé à Rome en 1732, de Porpora, avec mise en scène sous la direction d’Alessandro de Marchi, le directeur  artistique du Festival : première mondiale les 12 et 14 août, 18h puis le 16 à 15h)… les événements ne manquent pas.

 

 
Porpora, Lully, Hasse, Jommelli…

Germanico, Armide, Romolo ed Ersilia…

Moissons d’événements lyriques à Innsbruck

 

lully_portrait_mignard_lebrunMais fiertĂ© hexagonale oblige, c’est peut-ĂŞtre en plus de ce Germanico du Napolitain Porpora (le maĂ®tre et compositeur attirĂ© du prodige Farinelli… lequel crĂ©e le rĂ´le titre), une autre production attendue est celle de l’Armide de Lully, – les 22, 24 et 26 aoĂ»t 2015 : la partition tragique majeure traite du mythe de la guerrière enchanteresse, proie dĂ©munie et si humaine, dĂ©passĂ©e par l’amour brĂ»lant que suscite Ă  ses yeux, le beau chevalier chrĂ©tien Renaud. InspirĂ© du Tasse, et dĂ©jĂ  traitĂ© par le Monteverdi madrigalesque des dĂ©buts (le plus audacieux, le plus sensuel, le plus expĂ©rimental aussi, celui du Livre II de madrigaux de 1590), le profil fĂ©minin inspire aussi en 1686, le compositeur de Louis XIV Ă  Versailles : la distribution Ă  Innsbruck rĂ©unit la fine fleur du jeune chant baroque, distinguĂ©e l’annĂ©e dernière (Ă©tĂ© 2014, lord du premier Concours Cesti de chant baroque : Elodie Hache, Daniela Skorka, Miriam Albano…). Première tragĂ©die française crĂ©Ă©e Ă  Innsbruck (avec chorĂ©graphie de la compagnie suĂ©doise spĂ©cialisĂ©e Nordic Baroque dancers), Armide est aussi le chef d’oeuvre de Lully, ultime offrande du Florentin au genre lyrique français qu’il a crĂ©Ă© pour Louis XIV. Le spectacle pilotĂ© en partie par le CMBV Centre de musique baroque de Versailles, met Ă  l’honneur la puretĂ© digne du chant baroque versaillais, tel que l’aimait le Roi-Soleil : Ă©loquence sensible d’un chant expressif aussi articulĂ© et convaincant que le théâtre parlĂ©. Tous les chanteurs sont coachĂ©s par BenoĂ®t Dratwicki et Jeffrey Francis dans leur approfondissement du chant baroque Ă  la française  (en particulier pour la rĂ©ussite des recitatifs).

Autre événement d’Innsbruck 2015, Romolo ed Ersilia, opéra seria de Hasse pour les noces à Innsbruck de l’archiduc Pierre-Léopold avec l’Infante Marie-Louise d’Espagne en août 1765. Le festival renoue avec les fastes des cérémonies dynastiques liées à la vie des Habsbourg (Gala pour Marie-Thérèse, le 13 août 2015, 20h) dont Innsbruck est l’une des résidences officielles. La production réunit au Landstheater la soprano Sunhae Im, le contreténor Valer Varna Sabadus au chant irradié particulièrement expressif (comme son confrère de la même génération et lui aussi révélé par Max Emanuel Cencic : Franco Fagioli).

Donc Innsbruck n’est pas seulement un laboratoire de partitions méconnues et pourtant captivantes, c’est aussi un festival particulièrement défricheur, dénicheur de jeune tempéraments lyriques…

Jommelli_portrait_250Enfin, saluons la comédie, Don Trastullo, perle buffa de Jommelli, autre napolitain de la fin XVIIIè, qui renaît ici dans la Salle espagnole du Château d’Ambras (les 19 et 20 août) ; et le récital de la soprano Sandrine Piau dans un programme consacré aux héroïnes de Rameau : la cantatrice française offre un chant instrumental d’une sensibilité étonnante, d’autant bienvenue ici qu’elle avait marqué les esprits lors des concerts Rameau à l’Opéra royal de Versailles dans la recréation de Zaïs où son incarnation sensible de Zélidie, âme amoureuse éprouvée, avait atteint une justesse poétique bouleversante… (récital Sandrine Piau : Les Surprises de l’amour, le 27 août, 20h).

Soit Porpora, Lully, Hasse, Jommelli… quel festival européen offre une telle richesse artistique dans le domaine baroque ?

 

 

boutonreservationToutes les infos et les modalités pratiques de réservation sur le site du festival de musique ancienne d’Innsbruck : Innsbruck Festwochen der Alten Musik, du 8 au 28 août 2015.