Nouveau Don Giovanni Ă  Nantes et Ă  Angers

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Angers Nantes OpĂ©ra. Don Giovanni : 4-12 mars 2016. Nouvelle production attendue Ă  Nantes puis Ă  Angers. Un Don Giovanni comme condamnĂ©, acculĂ© Ă  expirer, exprime en une course derniĂšre et enivrĂ©e, ses derniĂšres forces vitales, rĂ©solument tournĂ©es sur le dĂ©sir et la sĂ©duction manipulatrice, dominatrice, dĂ©vorante. C’est donc un “tĂ©nĂ©breux” sĂ©ducteur, conscient de la mort et du nĂ©ant, un cynique malgrĂ© lui qui au crĂ©puscule d’une existence creuse et dĂ©jĂ  angoissĂ©e qui surgit sur les planches ; en somme un hĂ©ros dĂ©jĂ  romantique. Chaque tableau met en scĂšne comme une sĂ©rie rĂ©pĂ©titives, la mise Ă  mort de ses victimes, chacune selon sa propre sensibilitĂ© : “Il est trop tard pour le fidĂšle et droit Leporello, trop tard pour la vengeresse Donna Anna, l’aimante Elvire, la naĂŻve Zerline, Don Juan n’est dĂ©jĂ  plus de ce monde. DĂ©cadent par lassitude de vivre, moquant les amants trompĂ©s, esquivant les coups, il a perdu sa noblesse Ă  la roulette du dĂ©sespoir, dĂ©fie encore l’ici et l’au-delĂ . Et croque la mort Ă  belles dents,” comme le prĂ©cise la prĂ©sentation de la nouvelle production sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra.

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Agent d’une nouvelle clairvoyance, Don Giovanni transmet Ă  ses victimes la conscience de la mort…

Don Giovanni, opĂ©ra de l’effroi

VoilĂ  donc le portrait d’un jouisseur qui ne croyant plus en rien, s’amuse Ă  dĂ©truire et Ă  manipuler, se dĂ©lectant de l’effroi spĂ©cifique qu’il fait naĂźtre dans l’esprit de chacune de ses victimes trop conciliantes, ou trop naĂŻves. Qui est vraiment Don Giovanni ? Un ami noir qui nous ouvre les yeux, dĂ©cille notre Ăąme sur son propre aveuglement ? La fin a-t-elle rĂ©ellement le sens d’une rĂ©demption ?  L’agent de la clairvoyance est certes chĂątiĂ© car son message Ă©tait trop violent et trop brutal mĂȘme s’il Ă©tait juste et vrai… L’insolence et la libertĂ© de Don Giovanni sont le dernier cri de l’homme rebelle Ă  sa propre fin.

FUSSLI hamlet DOn Giovanni 1793
Le dramma giocoso de Mozart et de Da Ponte
, son librettiste enchantĂ©/enchanteur, – crĂ©Ă© Ă  Prague avec un phĂ©nomĂ©nal succĂšs en 1787-,  joue sur l’ambivalence des genres mĂȘlĂ©s : sĂ©rieux et tragique (le couple Donna Anna et Ottavio), le naif et lĂ©ger, un rien comique (Leporello, Masetto et Zerlina) ; plus attachante reste l’amoureuse loyale, aimante, gĂ©nĂ©reuse et misĂ©ricordieuse pour l’infĂąme bourreau qui la fait souffrir (Elvira)… Comme Ă  chaque fois, Mozart perce le cƓur de chacun des protagonistes, hĂ©ros solitaire de sa propre destinĂ©e qui dans l’opĂ©ra, se rĂ©vĂšle, sans vraiment trouver d’apaisement ni de rĂ©solution. Car au final, aprĂšs la chute du hĂ©ros dans les enfers, chacun se retrouve face Ă  lui-mĂȘme, confrontĂ© Ă  son effrayante impuissance… Pourtant la fin de Don Giovanni est Ă  la mesure de son geste existentiel : radicale, exacerbĂ©e, jusqu’auboutiste. Face Ă  son destin, le convive de pierre / la statue du commandeur, le hĂ©ros tend une main sĂ»re et solide, tout en sachant qu’il en sera pĂ©trifiĂ© / condamnĂ©, foudroyĂ©. Comme pour tous les chefs d’oeuvre, Don Giovanni nous renvoie le miroir de notre illusion perpĂ©tuelle. AprĂšs Tirso de Molina et son Abuseur de SĂ©ville et l’InvitĂ© de pierre (1630), aprĂšs MoliĂšre (fĂ©vrier 1665), la partition mozartienne s’inspire ouvertement de l’opĂ©ra de Giuseppe Gazzaniga de 1786 (et du livret mixte, poĂ©tiquement dĂ©jĂ  trouble de Giovanni Bertali) comme du dĂ©lire fantasque d’un Goldoni. Alors qui croire ? La grave et sincĂšre Elvira ? Le bouffon Leporello, double rĂ©aliste du sĂ©ducteur, et son complice en tout, au point de revĂȘtir l’identitĂ© de son maĂźtre pour mieux tromper et sĂ©duire ? La vĂ©ritĂ© est cachĂ©e dans la musique classique et romantique, tragique et lĂ©gĂšre d’un Mozart dĂ©cidĂ©ment universel, intemporel.
La nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Nantes du 4 au 12 mars 2016 crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement, - premiĂšre rĂ©alisation mozartienne pour le duo Caurier et Leiser Ă  Angers et Ă  Nantes (Ă  l’initiative de Jean-Paul Davois, directeur du ThĂ©Ăątre),  est jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Graslin. Toute programmation lyrique se doit un jour ou l’autre d’aborder la question fondamentale posĂ©e par Don Giovanni, Mozart et Da Ponte… mais aussi insidieusement par l’aventurier sĂ©ducteur Casanova – modĂšle du XVIIIĂšme pour notre hĂ©ros-, car il a effectivement participĂ© Ă  l’Ă©laboration de l’opĂ©ra pour sa crĂ©ation praguoise…  Nouvelle production attendue, donc incontournable. Reprise ensuite les 4, 6 et 8 mai 2016 Ă  Angers (Grand ThĂ©Ăątre).

 

 

 

 

Don Giovanni de Mozart Ă  Nantes et Ă  Angers
Livret de Lorenzo da Ponte.‹CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre des États de Prague, le 29 octobre 1787.

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
vendredi 4, dimanche 6, mardi 8, jeudi 10, samedi 12 mars 2016

ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 mai 201
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

DIRECTION MUSICALE : MARK SHANAHAN
MISE EN SCÈNE : PATRICE CAURIER ET MOSHE LEISER
DÉCOR : CHRISTIAN FENOUILLAT
COSTUMES : AGOSTINO CAVALCA
LUMIÈRE : CHRISTOPHE FOREY

avec
John Chest, Don Giovanni
Andrew Greenan, Le Commandeur
Gabrielle Philiponet, Donna Anna
Philippe Talbot, Don Ottavio
Rinat Shaham, Donna Elvira
Ruben Drole, Leporello
Ross Ramgobin, Masetto
Élodie Kimmel, Zerlina

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹Orchestre National des Pays de la Loire

 

 

 

Informations, rĂ©servations, distribution sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra / Don Giovanni de Mozart

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