Livres. Compte rendu critique. Les Concerts de la Reine (1725-1768) par David Hennebelle. Éditions Symétrie

Concerts de la reine 1725-1768 Marie Leczinska à Versailles editions symetrie compte rendu classiquenews décembre 2015 isbn_978-2-36485-030-9Livres. Compte rendu critique. Les Concerts de la Reine (1725-1768) par David HennebelleÉditions SymétrieDe 1725 à 1768, les Appartements de la Reine à Versailles, entendez Marie Leczinska reçoivent concerts et extraits d’opéras, selon une tradition instituée par Louis XIV et qui fait du prince, un esthète protecteur des musiciens et des compositeurs : Versailles aura de ce fait institutionnaliser le patronage monarchique. Le goût de la Reine, pourtant personnage effacé et peu versé dans la nouveauté, la modernité, l’audace, se précise ainsi à l’aulne des partitions présentées et jouées dans ses appartements versaillais.  Si l’on prend pour acquis aujourd’hui que le choix des programmes ainsi défendus chez la Reine, relève d’une conception volontaire, alors s’établissent les marques d’une esthétique et d’un goût  dont la cohérence est ainsi révélée et explicitée. Au même moment que les spectacles des petits cabinets initiés et développés par la favorite en titre, La Pompadour,- simultanément aux Concerts de Mesdames (les filles de Louis XV), les Concerts de la Reine illustrent aussi le tempérament artiste de la souveraine, moins effacée qu’on l’a dit. A partir du fonds archivistique disponible et accessible, qu’il était temps de consulter méthologiquement (Menus Plaisirs, comptes rendus du Mercure de France, complétés par la lecture des Mémoires du duc de Luynes, intime de la Reine Marie et dont l’épouse était dame d’honneur de la souveraine). L’intitulé donne une idée de l’importance des Concerts de la Reine dans l’essor de la vie musicale à Versailles : à partir de 1745, quand Rameau triomphe comme compositeur officiel de Louis XV, les Concerts de la Reine, deviennent les “Concerts de la Cour”.

Tout en dévoilant très précisément l’ensemble des programmations présentées dans les appartements royaux, le texte ambitionne d’élargir le phénomène du Concert curial en le rattachant à ses enjeux sociaux, culturels, musicaux et bien sûr politiques : tout concert chez la Reine est lié à un dispositif de représentation du pouvoir qui oblige ses participants à un decorum qui sera de plus en plus aménagé selon les dispositions de la Souveraine et le lieu où elle organise le concert.

Depuis la naissance des Concerts dans les années 1720, c’est l’engagement réel et concret de la Souveraine qui est ainsi dévoilé, comme le déroulement des concerts en un rituel codifié par l’étiquette… (concert de cour ou concert à la cour ?) et aussi les lieux où s’est déployée la musique de Marie (Versailles, Marly, Compiègne, Fontainebleau…). L’étude des répertoires (sujet du V ème chapitre) est de loin le plus captivant car ici, un goût se manifeste, emblématique de l’art curial, avec une évolution parfois très sensible du choix des oeuvres : ainsi au moment de la présence à Versailles de l’Infante Marie-Thérèse d’Espagne, la première Dauphine en 1745, puis la seconde Dauphine Marie-Josèphe de Saxe en 1747… Les Concerts de la Reine sont une récente conquête de notre connaissance de la musique officielle au XVIIIè. Quels sont les musiciens de l’Administration chargés de proposer à la Reine les musiques de ses Concerts (Destouches, Rebel, Colin de Blamont, Francœur) ? Pourquoi l’Institution si florissante dans les années 1740 et 1750, se dilue progressivement et finit par se taire ? Pourquoi les concerts sont-ils de façon croissante “contremandés”, ainsi qu’il est noté dans les archives… ? voilà autant de questions passionnantes auxquelles le texte des 6 chapitres offrent une réponse de plus convaincantes et des plus riches.

Livres. Compte rendu critique. Les Concerts de la Reine (1725-1768) par David Hennebelle. Éditions Symétrie, collection Symétrie Recherche, série Histoire du Concert. ISBN 978-2-36485-030-9. 17 x 24 cm, cousu broché, 352 pages, 668 g. Prix public indicatif  TTC : 30 €

 

 

 

Marie Leczinska : grande mécène musicale ?

 

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