CD, compte rendu critique. The Franchomme Project. Partitions récemment redécouvertes d’Auguste Franchomme (1 cd Delos

franchomme project auguste franchomme nouvelles partitions newly discovered scores review critique classiquenewsCD, compte rendu critique. The Franchomme Project. Partitions récemment redécouvertes d’Auguste Franchomme (1 cd Delos). Né Lillois à l’aube du XIXè, Auguste-Joseph Franchomme (1808-1884) est ce violoncelliste et compositeur français, professeur au Conservatoire de Paris qui affirme une belle créativité aux côtés de son activité pédagogique tout au long du XIXè. En 1832, il fait partie de la Musique du Roi Louis-Philippe (qui le tenait en grande estime au sein de son orchestre) et rencontre Chopin dont il transpose plusieurs partitions comme en témoigne la première oeuvre du programme(Andantino de la Ballade n°2 opus 38) ; Franchomme, comme ce dernier a la passion de Bellini (écouter ici l’air inspiré de la Norma pour violoncelle et piano : où jaillit entre autres Casta diva….). Elément pilier de trois l’orchestre de trois opéras parisiens, le compositeur avait tout loisir d’enrichir sa connaissance du répertoire lyrique dans l’exercice de son métier. Franchomme cultiva une solide amitié avec Chopin dont il aida à publier les oeuvres après sa mort en 1845.

Le violoncelle de Franchomme ressuscite avec éclat

Le frère de Chopin

Le présent récital éclaire la personnalité pragmatique et carrée, simple et rassurante, sobre et très musicale de Franchomme, qui ne fut pas seulement l’ami de Chopin à Paris, mais un violoncelliste particulièrement adulé et estimé, un pédagogue avisé et admiré.
CLIC D'OR macaron 200Sensibilité musicale d’envergure, Franchomme exprime plus précisément une certaine langueur nocturne et belcantiste que manifestent idéalement les deux partitions ici pour deux violoncelles (deux Nocturnes opus 15 et 14 n°1, emblématique des années 1838-1839 dans le genre fixé par John Field que Chopin transfigure et que Franchomme sublime lui aussi) d’une puissance ténue, à la fois tendre et virile. Une finesse que nous apprenons à redécouvrir et qui renseigne précisément l’exigence et l’élévation poétique d’un immense violoncelliste qui fonda aussi la très influente société de musique de chambre avec le violoniste Jean Delphin Alard, dont les lectures des quatuors et Sonates de Mozart et Beethoven furent particulièrement applaudies.
Ce que révèle le programme et la très subtile sélection de partitions choisies, c’est évidemment l’acuité d’une écriture instrumentale très influencée par l’opéra, où se mêlent l’esprit mélancolique de Schubert et la séduction de Mozart (Solo pour violoncelle opus 18 n°3) mais aussi l’esthétique portée sur l’intériorité et la suggestion (cf cette réserve extrême dont parle Berlioz) incarnée par les affinités en dialogue entre les personnalités que Franchomme a su réunir autour de lui : Chopin donc, mais aussi Hiller, Berlioz, Mendelssohn…
La prodigieuse musicalité de Franchomme comme compositeur se lit sans réserve dans la transposition de la marche funèbre d’après Chopin pour 4 violoncelles et piano (élément central de sa Sonate n°2 opus 35); d’une acuité hypnotique. Sans omettre l’élégance suave et faussement insouciante de la Mazurka opus 33. Autant de qualités d’une invention constante et perfectionniste que le chant intérieur des interprètes de ce disque (majoritairement américains) en tout point convaincants, cultive avec une sensibilité ardente, dramatique, sensuelle. Superbe révélation.

CD, compte rendu critique. The Franchomme Project. Partitions récemment redécouvertes d’Auguste Franchomme. Louise Dubin, Julia Bruskin, Sæunn Tortsteinsdottir, Katherine Cherbas, violoncelles. Hélène Jeanney et Andrea Lam, piano. 1 cd Delos. Durée : 1h07. Enregistrement réalisé en 2012 et 2014 au New Jersey.