Feuersnot de Richard Strauss Ă  Dresde

150 ème anniversaire de Richard StraussDresde. Semperoper. R. Strauss: Feuersnot. 7,9,10 juin 2014. Munich, à une époque indéterminée. L’histoire pourrait être une anecdote : Kunrad, l’héritier du magicien Reichart, profite de la nuit de la Saint-Jean où les enfants recueillent le bois du grand feu, de maison en maison, pour déclarer sa flamme à la jeune Diemut, qu’il embrasse en public. Pour se venger d’une telle audace, la jeune fille le piège et le fait suspendre depuis le balcon de sa chambre, où le jeune homme espérait bien la conquérir.
Usant de ses pouvoirs, Kunrad plonge la ville (Munich) dans l’obscurité, disposé à rétablir l’ordre que si Diemut lui ouvre son cœur … ce qui advient en fin d’action. Strauss poursuit musicalement la leçon de Wagner, exploite toutes les ressources dramatiques du livret pour enflammer son orchestre et profite ici des situations pour épingler la pensée étroite des munichois bien conformes (n’avaient-ils pas chassé Wagner et Cosima ?) De sorte que l’on voit en général une allusion et défense de Wagner dans le personnage du maître de Kunrad, Reichart.

Kunrad, le double vengeur de Richard Strauss …
Comme dans son (premier) opĂ©ra antĂ©rieur, Guntram, le hĂ©ros de Feuersnot (crĂ©Ă© Ă  Munich en novembre 1895), Kunrad, apprenti magicien, exprime sa relation aux forces sublimes et supĂ©rieures de la nature en un chant admiratif cĂ©lĂ©brant le miracle du printemps – comme d’ailleurs Wagner dans ses MaĂ®tres Chanteurs, faisait chanter son propre hĂ©ros Walter, initiĂ© par Hans Sachs – le dĂ©tenteur du savoir et de l’art-, «  la loi du printemps ». De fait, proche de l’esprit nietzschĂ©en de Till l’Espiègle (ample et savoureux poème symphonique), Kunrad, vĂ©ritable double du compositeur, comme investi d’une mission remarquable, Ă©pingle aussi sans les mĂ©nager, l’imbĂ©cilitĂ© crasse des « honnĂŞtes » et bourgeoises gens du bourg de Munich. Comme Verdi dans La Traviata et Wagner dans ses mĂŞmes MaĂ®tres-Chanteurs, Strauss rĂ©ussit un portrait satirique et vitriolĂ© de la bĂŞtise collective humaine Ă  son Ă©poque ou de toutes les Ă©poques : Strauss y règle ses comptes avec les Munichois qui avaient si mal accueilli Guntram… ; une dĂ©nonciation sociale qu’exacerbe la construction de l’ouvrage qui confronte le hĂ©ros et le reste de la sociĂ©tĂ©.
Strauss s’est déclaré très proche de ce deuxième ouvrage lyrique dont il a aimé souligné la part autobiographique. D’autant que Kunrad serait la face comique sarcastique de la tragique silhouette de Guntram. En somme au début de l’oeuvre lyrique de Strauss, déjà un portrait ambivalent et complet de lui-même. Comme Guntram, Kunrad oppose le destin de l’individu contre la société des hommes, et même s’il réussit en fin d’action son intégration supposée, elle relève plus d’un effet propre au canevas comique que d’un accomplissement psychologique naturel et longuement muri.
Après l’échec de Guntram, Strauss espérait se refaire une réputation comme auteur lyrique… grâce à Feuersnot. Rien n’y fait : le second opéra est taxé de wagnérisme excessif, trop parsifalien, trop lourd et pompeux, maladroit même dans son schéma dramatique. Un nouvel échec.
Feuersnot est une farce certes, habilement tissĂ©e dont le climat nocturne (acte unique le temps de la Saint-Jean) ressuscite l’acte II des MaĂ®tres Chanteurs de Nuremberg de Wagner (qui se dĂ©roule la nuit). En fait le propos drĂ´latique est l’écrin d’un hymne très sĂ©rieux voire acerbe pour l’art comme moteur de dĂ©passement de la sociĂ©tĂ©. La malĂ©diction que le jeune Kunrad rĂ©alise contre les Munichois (superbe et ample air dramatique, l’épine dorsal de l’opĂ©ra) est la vengeance de Strauss – et de son librettiste, Wolzogen-, Ă  l’endroit d’un auditoire sourd Ă  ses conceptions lyriques et dramatiques. Kunrad/Strauss y dĂ©fend le principe d’un art libre et moralement exigeant qui Ă©lève la fange collective vers un destin et une conscience supĂ©rieure. Les rĂ©fĂ©rences du modèle Wagner y sont Ă  peine masquĂ©es. Feuersnot est donc plus qu’une simple comĂ©die : la partition d’un compositeur qui y transmet sa connaissance profonde de Wagner, en particulier du sens philosophique et esthĂ©tique des MaĂ®tres Chanteurs…

Dresde. Semperoper
R. Strauss: Feuersnot
Les 7,9,10 juin 2014

Feuersnot de Richard Strauss Ă  Palerme

STRAUSS_R_moustache_juene_golden_age_composer_straussOpĂ©ra. Palerme : Feuersnot de Strauss au Teatro Massimo, 18-26 janvier 2014. Nouvelle production. L’annĂ©e Strauss (150è anniversaire en 2014) commence bien avec cette production palermitaine d’un opĂ©ra mĂ©connu de Strauss, Feuersnot (1901). C’est le second opĂ©ra de Strauss après Guntram (première version 1894), et l’opus qui prĂ©lude directement Ă  SalomĂ© et Elektra, qui impose dĂ©finitivement le compositeur sur la scène lyrique (respectivement (1905 et 1909). C’est un poème Ă  chanter (Singgedicht) en un acte d’après les lĂ©gendes flamandes de Wolf (1843).

Palerme, Teatro Massimo
Richard Strauss : Feuersnot
Du 18 au 26 janvier 2014
6 représentations
Les 18, 21, 22, 24, 25, 26 janvier 2014
18h30,20h30

Poema cantato in un atto
Libretto di Ernst von Wolzogen

Gabriele Ferro, direction
Emma Dante, mise en scène
voir distribution sur le site du Teatro Massimo de Palerme

Strauss_richard_404_portraitMunich, Ă  une Ă©poque indĂ©ternimĂ©e. L’histoire pourrait ĂŞtre une anecdote : Kunrad, l’hĂ©ritier du magicien Reichart, profite de la nuit de la Saint-Jean oĂą les enfants recueillent le bois du grand feu, de maison en maison, pour dĂ©clarer sa flamme Ă  la jeune Diemut, qu’il embrasse en public. Pour se venger d’une telle audace, la jeune fille le piège et le fait suspendre depuis le balcon de sa chambre, oĂą le jeune homme espĂ©rer bien la conquĂ©rir.
Usant de ses pouvoirs, Kunrad plonge la ville (Munich) dans l’obscuritĂ©, disposĂ© Ă  rĂ©tablir l’ordre que si Diemut lui ouvre son cĹ“ur … ce qui advient en fin d’action. Strauss poursuit musicalement la leçon de Wagner, exploite toutes les ressources dramatiques du livret pour emflammer son orchestre et profite ici des situations pour Ă©pingler la pensĂ©e Ă©troite des munichois bien conformes (n’avaient-ils pas chassĂ© Wagner et Cosima ? De sorte que l’on voit en gĂ©nĂ©ral une allusion et dĂ©fense de Wagner dans le personnage du maĂ®tre de Kunrad, Reichart.