Compte rendu, concert, récital de piano. Paris, le 29 mai 2015. Cité Universitaire, Fondation des Etats-Unis. Ivan Ilic, piano. Cage, Debussy, Chopin, Scriabine, Feldman (Palais de Mari).

IVAN-ilic-piano-N&B-582-594Le pianiste amĂ©ricain d’origine serbe, Ivan Ilic est bien l’une des personnalitĂ©s du clavier les plus originales de l’heure, un tempĂ©rament hors normes, ne refusant ni les programmes audacieux d’une rare cohĂ©rence ni des conditions parfois alĂ©atoires voire risquĂ©es pour les dĂ©fendre. Ainsi ce soir, jouer des pièces aussi introspectives et plannantes oĂą le silence est capital que Debussy, Cage ou son compositeur emblĂ©matique Feldman, au moment de la fĂŞte musicale qui cĂ©lèbre Ă  la citĂ© universitaire les 90 ans  du site, relève …. effectivement d’un courage artistique premier. Avec d’autant plus fait l’ombre que le pianiste fait fi  de toute turbulence extĂ©rieure.

Le Cage initial (In a Lansdcape) pose d’emblĂ©e les jalons d’un concert qui est surtout cheminement, traversĂ©e … gĂ©ographie des sons. L’interprète travaille sur la texture, les lueurs sonores, la longueur des notes, les rĂ©sonances suspendues qui convoquent les climats allusifs. Chaque avancĂ©e au clavier ajoute un peu plus de gravitĂ© sur une Ă©chelle de plus en plus Ă©tendue,  comme l’onde sur une eau immobile qui se propage en surface, Ă©largissant son rayon s’Ă©tendant jusqu’Ă  l’immatĂ©riel. Ivan Ilic cultive la vibration jusqu’au murmure, glissant dans le silence qu’il sculpte comme un magicien. Le sens est celui d’un Ă©cho interrogatif, un questionnement qui traverse le temps et l’Ă©chelle sonore, tout en enrichissant un certain hĂ©donisme formel: enveloppe sonore tissĂ© tel un capuchon qui vibre avec en fin de parcours des basses lugubres et une guirlande de notes aiguĂ«s  qui suspendent leur Ă©noncĂ© Ă©largissant ainsi le spectre musical Ă  son maximum.

 

 

 

Iva Ilic : sculpter les sons et le silence

 

 

ilic-ivan-piano-magistral-cage-feldman-debussy-scriabine-juin-2015

 

 

Le Debussy (Des pas sur la neige) engage la suite du paysage mais celui-lĂ  plus Ă©thĂ©rĂ© encore : aĂ©rien et diffus. Il devient enneigĂ© mais malgrĂ© son titre pas moins ancré  dans la terre. … Ă©vanescent lui aussi oĂą le jeu suspendu d’Ivan Ilic dessine des arabesques qui se perdent et s’effilochent, d’une pure poĂ©sie. C’est une interrogation lĂ  encore, dès les premières notes Ă©noncĂ©es avec cette matière langoureuse et maladive voire sensuellement dĂ©pressive qui est si proche de Pelleas ou de l’attente inquiete des enfants dans La chute de la maison Usher, l’opĂ©ra inachevĂ©. On relève aussi la teinte plus claire d’une contine Ă  la lĂ©gèretĂ© enfantine et inquiète. Climats tendres et troubles… mais ici le propos n’est pas tant d’Ă©largir le spectre que de s’enfoncer dans le mystère de l’instant en un gouffre vertical dont le pianiste jalonne chaque marche en un long et progressif ensevelissement.

Jouer et enchaĂ®ner Chopin (Nocturnes Opus 9 n°1, Opus 62 n°2) dans ce parcours oĂą la brume et les vapeurs s’Ă©paississent, est un coup de gĂ©nie : comme une source soudainement claire, Chopin ruisselle dans l’Ă©vidence, tel un Ă©coulement bienfaisant, rassĂ©rĂ©nant mĂŞme. Le compositeur y paraissant Ă  la fois en magicien portĂ© vers le rĂŞve et aussi en proie Ă  une activitĂ© souterraine presque imperceptible dont Ivan Ilic restitue les accents impĂ©tueux. La fine texture chopinienne, s’y Ă©coule en aigus scintillants qui claquent aussi comme des joyaux japonisants.

Les deux PrĂ©ludes de Scriabine (Opus 16 n°1, Opus 31 n°1) font chatoyer leur tissu sonore ciselé et poli comme un magma, une matrice sonore d’oĂą jaillissent les Ă©clairs mĂ©lodiques du Scriabine finalement le plus assagi. .. pas de tensions du mystique ni mĂŞme l’ampleur de l’idĂ©aliste  (comme l’indiquent le souffle et la dĂ©mesure de ses oeuvres symphoniques). Le jeu emportĂ© d’Ivan Ilic enivre littĂ©ralement par la concentration atteinte oĂą retentissent Ă  l’extrĂ©mitĂ© de l’Ă©pisode, de profonds glas, ceux du superbe Finale aux accords lisztĂ©ens.

Si le questionnement du Cage savait rĂ©pondre Ă  la torpeur endormie du Debussy, le 2 ème PrĂ©lude de Scriabine enchante  autrement en flottement et frottements harmoniques incertains, Ă©noncĂ©s comme un balancement dont l’essence lizstĂ©enne sinscrit en Ă©lans ascensionnels de plus  en plus  Ă©nigmatiques : est ce le passage vers l’autre monde ? Dans ces paysages traversĂ©s, l’oreille devient conscience. En prolongeant le dernier Liszt, Scriabine, dernier romantique, rĂ©alise ce pont captivant vers le son de la modernitĂ©, celui du plein XXème siècle.

Cage, Debussy, Chopin, Scriabine installent peu Ă  peu un climat de doute, d’incertitude et profonde sagesse. C’est donc une marche initiale qui constitue un long prĂ©ambule qui prĂ©pare Ă  l’oeuvre ultime du programme : Palais de Mari de Morton Feldman (1986). L’Ă©largissement du spectre sonore, l’affirmation d’un temps musical recomposĂ© qui s’appuie dĂ©sormais sur la rĂ©sonance et le silence, nous plongent dans un espace-temps rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, successeur du Parsifal de Wagner. Ce sont les eaux lĂ©tales, lugubres, primitives, d’essence wagnĂ©rienne-; qui semblent prolonger la plaie langoureuse de Tristan ou la prière dĂ©munie d’Amfortas, lesquels sont hantĂ©s par le poids de la question sans rĂ©ponse. Mais cet immobilisme qui avance, a pour les auditeurs recueillis et comme en Ă©tat d’hypnose, l’apparence d’un monstre invisible qui recule les frontières de l’entendement et de l’expĂ©rience musicale et acoustique. Entre le dĂ©but et la fin de la pièce (soit près de 20mn), le temps s’arrĂŞte, se rĂ©gĂ©nère et recrĂ©e de l’inconnu et de l’Ă©trange qui ne laisse pas de plonger l’auditeur dans un bain dĂ©concertant, baignĂ© de mystère. Le jeu d’Ivan Ilic y est d’une maturitĂ© Ă©bouriffante. Au diapason enchanteur de son disque rĂ©cent intitulĂ© the Transcendentalist (CLIC de classiquenews). “Le jeu puissant, intense confine Ă  l’extĂ©nuation d’une formulation condamnĂ©e Ă  se rĂ©pĂ©ter sans trouver d’écho libĂ©rateur. A trop chercher, le penseur ne prend-t-il pas le risque de se perdre ? Sa question ne trouve-t-elle pas sa rĂ©ponse en lui-mĂŞme, au terme de cette traversĂ©e magicienne ? » , Ă©crivait notre confrère Lucas Iron, en mai 2014, dans sa critique dĂ©veloppĂ©e du CD d’Ivan Ilic, The Transcendentalist. Le propre des grands concerts se mesure au voyage intĂ©rieur qu’ils nous font parcourir. Le rĂ©cital d’Ivan Ilic Ă  Paris remplit l’espace et recompose le temps en mutlipliant les perspectives Ă  l’infini.

 

 

Compte rendu, concert, récital de piano. Paris, le 29 mai 2015. Cité Universitaire, Fondation des Etats-Unis. Ivan Ilic, piano. Cage, Debussy, Chopin, Scriabine, Feldman (Palais de Mari).

 

 

RĂ©cital du pianiste Ivan Ilic Ă  Paris

Ivan Ilic, le pianiste funambuleParis, le 29 mai 2015, 20h. RĂ©cital du pianiste Ivan Ilic. Sons de l’invisible… La Fondation des Etats-Unis Ă  Paris accueille le pianiste Ivan Ilic pour un rĂ©cital qui reprend en grande partie l’enchaĂ®nement des pièces enregistrĂ©es dans son dernier album intitulĂ© The transcendentalist : sĂ©lection de perles confinant Ă  l’abstraction et au renoncement signĂ© Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman (et son Ă©nigmatique Palais de Mari)… Le clavier d’Ivan Ilic vibre au diapason des sphères et de l’indicible… Derrière le jeu acrobate et la rĂ©alitĂ© matĂ©rielle du clavier, la pure Ă©manation de mondes inconnus, brossĂ©s comme des visions Ă  la fois introspectives et contemplatives se profilent ; des questionnement intimes qui font de la musique, l’émanation d’humanismes critiques Ă  l’œuvre, s’invitent : tel est le dĂ©fi de ce disque très personnel qui implique et rĂ©vèle derechef la grande sensibilitĂ© du pianiste Ivan Ilic, son exigence artistique comme sa fougue et son questionnement interprĂ©tatif (ainsi s’exprimait au moment de la sortie du disque notre rĂ©dacteur Lucas Irom).

ilic ivanIvan Ilic rĂ©vèle les sensibilitĂ©s diverses des compositeurs qu’il a choisis mais qui tous convergent en un questionnement suspendu, emperlant les sons des mondes invisibles ; voici … ” le mysticisme de Scriabine, la pensĂ©e bouddhiste de Cage, l’approche hautement intuitive de Feldman aux questionnements hypnotiques, l’offrande synthĂ©tique d’un Wollschleger dont l’écriture synesthĂ©sique paraĂ®t rĂ©capitulative de tous.
La sérénité chantante et liquide, déjà éthérée, mystique du premier Scriabine (Prélude opus 16), puis sa face plus insouciante et comme libérée (Prélude opus 11) ; les climats suspendus énigmatiques de Cage (Dream, 1948), énoncés à l’infini comme des questions sans réponses, des broderies ou des arabesques projetées dansantes dans l’espace (In a Landscape, même date, liquide et cyclique) aux résonances de gong asiatiques (alors que s’agissant de Feldman, l’idée de gong basculerait plutôt vers l’annonce funèbre de glas).
Scriabine s’avère le plus inventif, le plus visionnaire et le plus expĂ©rimental, un mentor pour tous, une puissante source d’inspiration…. (…) MĂŞme accomplissement pour le dernier tableau, le plus long de tous : Palais de Mari (1986) signĂ© Feldman, oĂą le questionnement interroge la forme mĂŞme, et le silence et la rĂ©sonance ultime ; oĂą le bruit de la mĂ©canique du clavier participe d’une question qui touche l’essence et le sens de la musique comme langage de connaissance et de dĂ©passement. Le jeu puissant, intense confine Ă  l’extĂ©nuation d’une formulation condamnĂ©e Ă  se rĂ©pĂ©ter sans trouver d’écho libĂ©rateur. “

Près d’un an après la sortie de son disque événement intitulé The Transcendentalist, le pianiste Ivan Ilic, trop rare en France et surtout à Paris, offre le 29 mai 2015, un superbe voyage musical inspiré de son dernier disque. L’album avait retenu l’attention de la Rédaction cd de classiquenews qui n’hésitait pas à lui décerné le CLIC de classiquenews de mai 2014.

LIRE notre compte rendu critique complet du dernier CD “The Transcendentalist” d’Ivan Ilic par Lucas Irom . The Transcendentalist. Ivan Ilic, piano. Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman. 1 cd Heresy. DurĂ©e: 1h04. EnregistrĂ© en novembre 2013 Ă  Paris.

 

 

 

 

boutonreservationRĂ©cital du pianiste Ivan Ilic Ă  Paris
Festival “La Fête de la Cité”
Fondation des Etats-Unis Ă  Paris
15 Boulevard Jourdan – 75014 Paris
01 53 80 68 80

EntrĂ©e libre – rĂ©servation conseillĂ©e :
http://www.feusa.info/?p=1042

Au programme :

Frédéric Chopin
Nocturne Opus 9 no 1
Nocturne Opus 62 no 2

John Cage
In a Landscape (1948)

Alexandre Scriabine
Prélude Opus 16 no 1
Prélude Opus 31 no 1
Guirlandes Opus 73 no 2

Morton Feldman
Palais de Mari (1986)

 

 

 

Illustrations : Ivan Ilic ; Morton Feldman, photo d’Earle Brown (DR) / Paris, mai 1968.

Bordeaux, le 27 janvier 2015, 17h30 : RĂ©cital rencontre Ivan Ilic

mamco_concert_ivan_ilic_12_11_2014chead_baptiste_coulon_001Bordeaux, Librairie Mollat, le 27 janvier 2015, 17h30. Rencontre récital Ivan Ilic à propos du Livre cd dvd dédié à Morton Feldman : Detours which have to be investigated.  Detours which have to be investigated… c’est d’abord un objet inclassable, une œuvre d’art reflet ou prolongement d’un travail interdisciplinaire, entre arts visuels, piano et vidéo… centré sur l’écriture de Morton Feldman : amoureux de peinture, proche de Pollock, Rothko, le compositeur américain, véritable poète sensible a incarné les vibrations artistique new yorkaises des années 1960 et 1970. En sonorités énigmatiques, la musique de Feldman inspire l’interrogation, stimule la recherche, pose d’autres défis au créateur, suspendant le temps, étirant l’espace pour de nouveaux lieux et des sensations inédites : en témoigne le climat évanescent hypnotique que joue le pianiste d’origine californienne et résidant en France depuis 13 ans, Ivan Ilic dans ce livre d’un format et d’une conception inédits. 

 

 

 

 
Le pianiste Ivan Ilic réalise un hommage atypique à Morton Feldman

Détours prolifiques…

ilic ivanDetours Which Have to Be Investigated… le titre est une invitation à la divagation et aux rencontres… une intention d’ouverture et de métissage que le pianiste Ivan Ilic sait cultiver depuis sa formation à Berkeley. Au carrefour des approches, entre design, graphisme, musique et vidéo, Ivan Ilic cultive ses champs atypiques :il les prolonge même en une nouvelle formulation grâce à ce livre grand format qui est d’abord un objet au graphisme épuré. On sent bien ici que le choix de la typographie, l’implantation des lettres dans l’espace de la page, le positionnement des textes et celui des photographies signifie autant que leur contenu ; l’esthétisme est vecteur de sens : il a été réalisé par l’école HEAD (Haute école d’art et de design) de Genève en Suisse, avec l’artiste Benoît Maire. Le message du livre formule un hommage original à l’oeuvre du new yorkais Morton Feldman. Le vide de la page renvoie à l’éloge de la lenteur, à l’imaginaire de l’espace infini, à l’exploration de l’invisible. Des champs sensibles que l’on croyait définitivement inatteignables (depuis Scriabine) mais que le pianiste s’est fait une spécialité singulière de transmettre et rendre … intelligibles (son dernier cd The Transcendantalist : -Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman…-, aux explorations suggestives en témoigne particulièrement).

Morton FeldmanConcret / Abstrait. Le livre Detours which have to be investigated offre une parure concrète Ă  une musique d’essence abstraite : c’est son dĂ©fi et le succès de sa rĂ©alisation. Le dvd prĂ©cise ce en quoi, autre facette passionnante du travail avec les Ă©lèves plasticiens de Genève, la musique planante et introspective – « atmosphĂ©rique » dit Ivan Ilic, colle parfaitement Ă  une mise en images. Chaque vidĂ©o, comme une miniature prĂ©paratoire est le prĂ©lude Ă  l’écoute intĂ©grale des oeuvres du compositeur. Documentaire pĂ©dagogique d’un cĂ´tĂ©, essai visuel de l’autre conçu comme un film lui aussi d’atmosphère. L’ image est le meilleur vecteur pour mieux apprĂ©cier l’écriture contemporaine : c’est le sentiment qui a inspirĂ© ce travail rĂ©unissant les jeunes graphistes et plasticiens genevois et l’intervenant BenoĂ®t Maire qui a invitĂ© dans ce sens le pianiste Ivan Ilic. Musique sans drame, les partitions de Feldman sont des portes vers l’infini. C’est un terreau riche et prometteur qui stimule la pensĂ©e vagabonde d’un pianiste singulier. Dont les choix imprĂ©vus et le goĂ»t confirment le dĂ©sir du renouvellement et une curiositĂ© exigeante : on se souvient de ses prĂ©cĂ©dents albums aux programmes inĂ©dits, vrais dĂ©fis pour le technicien, grand accomplissement pour l’interprète : 53 Etudes de Leopold Godowsky, d’après les 27 Etudes de Chopin ; puis rĂ©cemment l’album prĂ© citĂ© : The Transcendentalist (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman) oĂą dĂ©jĂ  Palais de Mari de Feldman rayonne par son atmosphĂ©risme suggestif et poĂ©tique.

LIRE notre présentation complète du récital rencontre Ivan Ilic à Bordeaux, Librairie Mollat, le 27 janvier 2015, 17h30 à la Librairie Mollat

 

Ivan Ilic, piano. Entretien. A propos de Feldman, Satie, de la vidĂ©o et de la musique…

Transcendance irrĂ©sistible d'Ivan IlicIvan Ilic, piano. Entretien. Feldman spirituel, aussi allusif et infini qu’un immense tableau de Rothko… le pianiste Ivan Ilic explique son rapport Ă  la musique de Feldman. Le compositeur est au centre d’un travail particulier rĂ©alisĂ© entre vidĂ©o et musique avec les Ă©tudiants de l’HEAD Ă  Genève… Son concert in loco, ce 12 novembre 2014 est un nouveau jalon d’une approche très investie de la musique contemporaine au piano, comme en tĂ©moigne son dernier album, CLIC de classiquenews, intitulĂ© The Transcendantalist (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman…). Entretien avec le pianiste hors normes Ivan Ilic.

 

Vous aimez croiser les disciplines autour de la musique. Ici l’apport des images et d’une narration vidéo renouvelle la perception des œuvres que vous jouez, mais aussi la façon de les vivre pendant le « concert ». Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela profite à la compréhension du style de Feldman par exemple, en particulier pour Palais de Mari ?

Pour nos oreilles habituées à la musique contemporaine, la musique tardive de Morton Feldman est relativement accessible… beaucoup plus que la plupart des morceaux de Xenakis, Nono, Stockhausen ou Boulez.  Elle est douce, lente, atmosphérique, mélancolique.  Elle fait appel à une technique instrumentale traditionnelle.  Par contre, elle est abstraite.  Pour un auditeur moins averti, l’expérience est bien éloignée de l’écoute d’une symphonie de Mozart.  Le problème qu’elle pose est celle de toute la musique contemporaine : on ne sait pas « comment » l’écouter.

En collaborant avec les jeunes artistes de la Haute école d’art et de design de Genève, en particulier Stefan Botez, j’ai réalisé que la musique de Feldman se marie exceptionnellement bien avec les images.  Elle installe immédiatement un climat particulier, et en regardant des images le spectateur se laisse plus facilement pénétrer par la musique.  C’est un mécanisme que je ne comprends pas complètement, mais dont l’efficacité est indéniable.

Paradoxalement peut-être, je reste pourtant sceptique quant aux spectacles multimédias.  Souvent l’idée est intéressante mais la réalisation me laisse sur ma faim. D’où l’idée de réaliser des petites vidéos à regarder en amont : ce « clip » familiarise l’auditeur et lui donne envie d’entendre le morceau « en vrai » dans de bonnes conditions, de préférence en concert ou éventuellement en disque avec un bon casque.

Ilic ivan video geneve feldman video baptiste-coulon-6Avec les étudiants nous avons exploré deux solutions différentes : une démarche documentaire voire pédagogique d’une part, et d’autre part, une recherche purement esthétique qui consiste à créer des images à partir de la musique.  Dans les deux cas, l’expérience visuelle ne remplace pas le concert, elle le complète. Avant le concert traditionnel, on essaie de préparer le spectateur grâce à la culture visuelle, qui est pour moi beaucoup plus développée et omniprésente aujourd’hui que la culture du son.  Sans compter que les spectateurs découvrent bien souvent la culture  chez eux, devant leur ordinateur, ou sur leurs smartphones, en cliquant sur un lien Twitter ou Facebook.  C’est le premier point d’accès.

La vidéo est une forme très efficace, même pour la musique abstraite, j’en ai eu la preuve : j’ai remarqué que lorsque je montre un clip avec le début de “Palais de Mari” de Feldman à quelqu’un qui n’est pas initié à la musique contemporaine, cette personne a beaucoup moins de mal à écouter et à “suivre” le morceau ensuite en écoutant le son sans les images.

Pour résumer, ce travail est un outil qui nourrit l’expérience musicale, mais qui reste distincte d’elle, un peu comme un texte qui enrichie la compréhension, mais qui ne se mélange pas avec la musique. C’est absolument passionnant en tout cas.

 

 

Comment relier ce nouveau travail avec les élèves vidéastes à Genève et votre propre travail sur Feldman ?

Mon travail n’a pas tellement changé.  Vous savez, le travail quotidien d’un musicien comme moi est assez modeste et « technique » finalement.  On se fait un cocktail avec la partition, l’instrument, et l’acoustique, et on mélange tout cela avec l’interprète (ou plus précisément avec son état psychologique et physique). Le goût du cocktail n’est jamais le même. Une chose est sûre : les recherches se font à huis clos.

Par contre mon regard sur la relation entre la musique et son public a énormément évolué.  Ces jeunes artistes représentent pour moi un public potentiel idéal : ils sont jeunes, curieux, et cultivés.  Ils ont chacun une pratique artistique et une identité forte.  En me confrontant à eux, ces jeunes qui sont si fins mais qui n’ont pas forcément de culture musicale, c’était comme si je devais présenter mon travail non pas aux auditeurs de France Musique, déjà initiés et mélomanes, mais à ceux de France Culture ou même France Inter.  J’ai réalisé que c’est ce public-là qui m’intéresse justement, puisque c’est à lui que je m’identifie.

Depuis des années maintenant je suis bien plus enrichi par les échanges avec les non musiciens qu’avec les musiciens.  L’une des rencontres les plus fortes fût celle de Benoît Maire, un artiste conceptuel français de ma génération.  D’ailleurs, c’est lui qui m’a invité à la HEAD à Genève.  Il m’a fait un beau cadeau.

 

 

 

Quelle expérience souhaitez-vous offrir au spectateur/auditeur le temps du concert ?

Ce concert associe Erik Satie, John Cage, et Morton Feldman.  La musique de Satie est un mélange très étonnant de modernité et d’accessibilité.  Le fait que ce mélange puisse exister m’intrigue beaucoup ; on a tendance à créer une dichotomie entre la modernité et l’accessibilité dans la musique classique, même si la culture pop a explosé ce mythe depuis des décennies.

Les œuvres de Cage comme « In a Landscape » et « Dream » datent de 1948. Cage avait 36 ans, mon âge, et il était alors obsédé par Satie.  Cela s’entend. Feldman, lui aussi, a créé une musique sans drame, il a une patience hors normes.  Pour moi, Feldman, plus que tous, évoque l’infini, c’est la musique la plus spirituelle que je connaisse.

Pour répondre à la question, écouter cette musique offre un espace unique de contemplation et d’introspection. C’est comme si l’on était devant un immense tableau de Mark Rothko pendant une heure, en silence.  Pour moi la contemplation est un acte noble, et essentiel.  Et je pense que c’est la source de la puissance de cette musique.

 

 

 

Au Musée d'Art moderne de Genève, le pianiste Ivan Ilic joue Satie et Feldman, mercredi 12 novembre 2014, 18h30...

Au MusĂ©e d’Art moderne de Genève, le pianiste Ivan Ilic joue Satie et Feldman, mercredi 12 novembre 2014, 18h30…

 

 

 

Ivan Ilic, piano. Récital au MAMCO de Genève, mercredi 12 novembre 2014, 18h30. 

Satie, Cage, Feldman… 
RĂ©cital du pianiste Ivan Ilic
Mercredi, 12 novembre 2014
Genève, Musée d’art moderne et contemporain (Mamco)
rez-de-chaussée, 18h30, entrée libre

Programme :

Erik Satie
Nocturne no 1 (1919)
Gnossienne no 3 (1890)
Gnossienne no 5 (1889)
Sarabande no 1 (1887)

John Cage
In a Landscape (1948)
Dream (1948)

Morton Feldman
Palais de Mari (1986)

Illustration : Ivan Ilic, Morton Feldman, Ivan Ilic au piano © Ker Xavier

 

 

CD. Ivan Ilic, piano. The Transcendentalist (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman)

Ilic-ivan-the-transcendentalist-piano-cd-heresy-clic-classiquenewsCD. Ivan Ilic, piano. The Transcendentalist (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman). Piano cosmique, piano intellectuel, clavier dĂ©fricheur d’autres mondes… en quĂŞte d’invisible, l’excellent pianiste Ivan Ilic ne cède pas Ă  la facilitĂ© (il l’avait dĂ©montrĂ© dans un album prĂ©cĂ©dent dĂ©diĂ© Ă  Godowski, dĂ©fi mĂ©ritoire idĂ©alement accompli Ă  la main gauche -presque un comble pour un pianiste qui a la pleine maĂ®trise de ses deux mains agiles). Revoici notre interprète voyageur au diapason des univers Ă  la fois grandioses, visionnaires, surtout, intimistes de Scriabine, Cage, Feldman… ou le moins connu du quatuor, Scott Wollschleger,  dont il sait pour chacun ciseler l’intense et volubile nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure, caractĂ©riser l’activitĂ© de la pensĂ©e autant que la virtuositĂ© du jeu digital.
La rĂ©fĂ©rence esthĂ©tique des photos de couverture et du livret renvoie Ă  un cĂ©lèbre tableau surrĂ©aliste de Dali, adepte du discours superphĂ©tatoire et lui aussi tant dĂ©lirant que … transcendant. L’art ne dĂ©crit pas: il suggère. Cette règle s’applique Ă©videmment au programme superlatif dont il est question. Or rien d’artificiel ici dans un choix d’abord souverain sur le plan des Ĺ“uvres mises en perspective. La pertinence d’un rĂ©cital de piano, outre le style et la sensibilitĂ© du toucher, rĂ©side premièrement dans l’articulation du programme ; Ivan Ilic aborde de fait le mythe mĂŞme du piano : au-delĂ  des dĂ©fis techniciens, le jeu du pianiste fait entendre et rĂ©sonner concrètement les vibrations sublimes qui dans le dĂ©roulement de l’Ĺ“uvre abolissent temps et espace. Un temps romantique par essence qui se perd en perspectives Ă  l’infini et se rĂ©tablissent comme le miroir intĂ©rieur des auteurs invitĂ©s, comme de l’interprètes qui en est l’instigateur.
C’est donc un hommage Ă  l’instrument de Liszt et de Wagner, Schubert et Beethoven, sans omettre Debussy et Ravel qui de facto font oublier les seuls Ă©lĂ©ments de la performance digitale (rapiditĂ©, agilitĂ©, contrĂ´le…) pour atteindre Ă  cette conscience musicale d’oĂą coule et se dĂ©ploie une … pensĂ©e en action.

Au-delĂ  des sons

Piano mystique et irrĂ©sistible d’Ivan Ilic

 

Piano pudique et mystique d'Ivan IlicDerrière le jeu acrobate et la rĂ©alitĂ© matĂ©rielle du clavier, la pure Ă©manation de mondes inconnus, brossĂ©s comme des visions Ă  la fois introspectives et contemplatives se profilent ; des questionnement intimes qui font de la musique, l’Ă©manation d’humanismes critiques Ă  l’Ĺ“uvre, s’invitent : tel est le dĂ©fi de ce disque très personnel qui implique et rĂ©vèle derechef la grande sensibilitĂ© du pianiste Ivan Ilic, son exigence artistique comme sa fougue et son questionnement interprĂ©tatif. Lire la suite de notre critique

CD. Ivan Ilic, piano. The Transcendentalist (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman)

Ilic-ivan-the-transcendentalist-piano-cd-heresy-clic-classiquenewsCD. Ivan Ilic, piano. The Transcendentalist (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman). Piano cosmique, piano intellectuel, clavier dĂ©fricheur d’autres mondes… en quĂŞte d’invisible, l’excellent pianiste Ivan Ilic ne cède pas Ă  la facilitĂ© (il l’avait dĂ©montrĂ© dans un album prĂ©cĂ©dent dĂ©diĂ© Ă  Godowski, dĂ©fi mĂ©ritoire idĂ©alement accompli Ă  la main gauche -presque un comble pour un pianiste qui a la pleine maĂ®trise de ses deux mains agiles). Revoici notre interprète voyageur au diapason des univers Ă  la fois grandioses, visionnaires, surtout, intimistes de Scriabine, Cage, Feldman… ou le moins connu du quatuor, Scott Wollschleger,  dont il sait pour chacun ciseler l’intense et volubile nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure, caractĂ©riser l’activitĂ© de la pensĂ©e autant que la virtuositĂ© du jeu digital.
La rĂ©fĂ©rence esthĂ©tique des photos de couverture et du livret renvoie Ă  un cĂ©lèbre tableau surrĂ©aliste de Dali, adepte du discours superphĂ©tatoire et lui aussi tant dĂ©lirant que … transcendant. L’art ne dĂ©crit pas: il suggère. Cette règle s’applique Ă©videmment au programme superlatif dont il est question. Or rien d’artificiel ici dans un choix d’abord souverain sur le plan des Ĺ“uvres mises en perspective. La pertinence d’un rĂ©cital de piano, outre le style et la sensibilitĂ© du toucher, rĂ©side premièrement dans l’articulation du programme ; Ivan Ilic aborde de fait le mythe mĂŞme du piano : au-delĂ  des dĂ©fis techniciens, le jeu du pianiste fait entendre et rĂ©sonner concrètement les vibrations sublimes qui dans le dĂ©roulement de l’Ĺ“uvre abolissent temps et espace. Un temps romantique par essence qui se perd en perspectives Ă  l’infini et se rĂ©tablissent comme le miroir intĂ©rieur des auteurs invitĂ©s, comme de l’interprètes qui en est l’instigateur.
C’est donc un hommage Ă  l’instrument de Liszt et de Wagner, Schubert et Beethoven, sans omettre Debussy et Ravel qui de facto font oublier les seuls Ă©lĂ©ments de la performance digitale (rapiditĂ©, agilitĂ©, contrĂ´le…) pour atteindre Ă  cette conscience musicale d’oĂą coule et se dĂ©ploie une … pensĂ©e en action.

Au-delĂ  des sons

Piano mystique et irrĂ©sistible d’Ivan Ilic

 

Piano pudique et mystique d'Ivan IlicDerrière le jeu acrobate et la rĂ©alitĂ© matĂ©rielle du clavier, la pure Ă©manation de mondes inconnus, brossĂ©s comme des visions Ă  la fois introspectives et contemplatives se profilent ; des questionnement intimes qui font de la musique, l’Ă©manation d’humanismes critiques Ă  l’Ĺ“uvre, s’invitent : tel est le dĂ©fi de ce disque très personnel qui implique et rĂ©vèle derechef la grande sensibilitĂ© du pianiste Ivan Ilic, son exigence artistique comme sa fougue et son questionnement interprĂ©tatif.
Pour Ă©tayer son propos pianistique et fonder la cohĂ©rence de ce programme, Ivan Ilic s’inscrit dans les pas du romantique amĂ©ricain Ralph Waldo Emerson, auteur argumentĂ© de The Transcendentalist (1842) : manifeste d’un courant esthĂ©tique opposĂ© aux notions de rationalisme et de matĂ©rialisme, proche des pensĂ©es sacrĂ©es orientales. Le pianiste semble heureux de dĂ©voiler l’Ă©vidence de sa dĂ©couverte en proposant donc dans ce rĂ©cital hors normes : le mysticisme de Scriabine, la pensĂ©e bouddhiste de Cage, l’approche hautement intuitive de Feldman aux questionnements hypnotiques, l’offrande synthĂ©tique d’un Wollschleger dont l’Ă©criture synesthĂ©sique paraĂ®t rĂ©capitulative de tous.
La sĂ©rĂ©nitĂ© chantante et liquide, dĂ©jĂ  Ă©thĂ©rĂ©e, mystique du premier Scriabine (PrĂ©lude opus 16), puis sa face plus insouciante et comme libĂ©rĂ©e (PrĂ©lude opus 11) ; les climats suspendus Ă©nigmatiques de Cage (Dream, 1948), Ă©noncĂ©s Ă  l’infini comme des questions sans rĂ©ponses, des broderies ou des arabesques projetĂ©es dansantes dans l’espace (In a Landscape, mĂŞme date, liquide et cyclique) aux rĂ©sonances de gong asiatiques (alors que s’agissant de Feldman, l’idĂ©e de gong basculerait plutĂ´t vers l’annonce funèbre de glas).
Scriabine s’avère le plus inventif, le plus visionnaire et le plus expĂ©rimental, un mentor pour tous, une puissante source d’inspiration : les quatre pièces enchaĂ®nĂ©es suivantes (Guirlandes opus 73, PrĂ©ludes opus 31, 39, 15) semblent dĂ©couler d’un processus radical qui dilate l’espace musical, repousse et abolit les frontières, rendant sensibles et tangibles tous ces mondes invisibles Ă  dĂ©couvrir. Jouant subtilement de la pĂ©dale, soignant les passages aux croisement des tonalitĂ©s et les transitions entre chaque Ă©pisode, Ivan Ilic convainc grâce Ă  une intelligence suggestive rĂ©ellement superlative. C’est un parcours construit comme une quĂŞte continue et sans retour d’oĂą la grande tension sous jacente Ă  chaque formulation : plus rĂ©cente entre toutes les pièces, Music Without Metaphor (2013) du contemporain trentenaire Wollschleger sait recueillir l’hĂ©ritage interrogatif et spirituel de ses prĂ©dĂ©cesseurs en une qualitĂ© d’onirisme pudique, -entre rĂ©sonance et silence, vibrations ciselĂ©es-, qui questionne et … enchante lui aussi. MĂŞme accomplissement pour le dernier tableau, le plus long de tous : Palais de Mari (1986) signĂ© Feldman, oĂą le questionnement interroge la forme mĂŞme, et le silence et la rĂ©sonance ultime ; oĂą le bruit de la mĂ©canique du clavier participe d’une question qui touche l’essence et le sens de la musique comme langage de connaissance et de dĂ©passement. Le jeu puissant, intense confine Ă  l’extĂ©nuation d’une formulation condamnĂ©e Ă  se rĂ©pĂ©ter sans trouver d’Ă©cho libĂ©rateur. A trop chercher, le penseur ne prend-t-il pas le risque de se perdre ? Sa question ne trouve-t-elle pas sa rĂ©ponse en lui-mĂŞme, au terme de cette traversĂ©e magicienne ?

CLIC_macaron_2014Le rĂ©cital est l’un des voyages intĂ©rieurs les mieux aboutis jamais Ă©coutĂ©s. Ce qui frappe le plus c’est peut-ĂŞtre moins la maĂ®trise technicienne, – qui le rend dĂ©jĂ  palpitant en un jeu ardent, crĂ©pusculaire, essentiellement Ă©nigmatique-, que l’intelligence prĂ©alable qui a sĂ©lectionnĂ© les diffĂ©rentes pièces choisies : des questionnements dĂ©roulĂ©s, tendus, presque terrifiants Ă  mesure qu’ils restent sans retour, le pianiste concepteur sait aussi libĂ©rer le flux et l’Ă©coute (RĂŞverie opus 49 et Poème languide de Scriabine, aux lueurs empruntant Ă  Liszt et Wagner)… leur parentĂ© exprime une correspondance secrète, des horizons insoupçonnĂ©s, des ivresses partagĂ©es, une claire ambition musicale et humaine qui dĂ©passent la seule et finalement restreinte performance pianistique. Comme un miroir riche en vertiges justes et habitĂ©s, l’interprète offre un modèle d’approfondissement, loin c’est Ă  dire très haut au dessus de la mĂŞlĂ©e nonchalante aux Ă©manations dĂ©monstratives et si vagues. Geste mesurĂ©, sensibilitĂ© affĂ»tĂ©e : Ivan Ilic nous sĂ©duit et nous captive du dĂ©but Ă  la fin de ce formidable programme. L’album The Transcendentalist d’Ivan Ilic est un coup de coeur et CLIC de Classiquenews.

The Transcendentalist. Ivan Ilic, piano. Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman. 1 cd  Heresy. Durée: 1h04. Enregistré en novembre 2013 à Paris. Parution annoncée : le 27 mai 2014.