CD, compte rendu critique. Belle Époque. Emmanuel Ceyson, harpe. Concerto de Henriette Renié, Pièces de Dubois, Pierné, Saint-Saëns. Orch. Régional Avignon Provence. Samuel Jean, direction. 1 cd Naïve. Enregistrement réalisé en septembre 2014 (Avignon).

ceysson emmanuel harpe belle epoque henriette renie, pierne, dubois saint-saens cd critique review, compte rendu CLASSIQUENEWSCD, compte rendu critique. Belle Époque. Emmanuel Ceyson, harpe. Concerto de Henriette Renié, Pièces de Dubois, Pierné, Saint-Saëns (1 cd Naïve, 2014). Il incarne le top en matière musicale : beauté, talent, réussite. Emmanuel Ceysson apporte en plus de tout cela, grâce à son nouveau cd, l’affirmation d’une sensibilité unique au service d’un choix audacieux qui met en avant des œuvres rares et aujourd’hui peu jouées : partitions Belle Epoque donc, signées Henriette Renié, Saint-Saëns, Pierné. Il fallait attendre un tempérament technicien et artiste de sa trempe pour les revoir à l’affiche… Harpe solo de l’Orchestre de l’Opéra de Paris depuis 10 ans (à 22 ans), Emmanuel Ceysonn poursuit une carrière exceptionnelle : il vient d’intégrer l’orchestre du Metropolitan de New York (mai 2015) et a inauguré son poste (Harpe solo du Metropolitan), avec une œuvre qu’il a déjà joué dans la fosse parisienne, Tannhaüser de Wagner (septembre 2015). Pour l’heure, enregistrée en septembre 2014, le programme de ce disque dévoile une perle inédite : le Concerto en ut mineur de Renié, élève du trop classique Dubois, aux côtés de l’éblouissant morceau de concert de Saint-Saint et des plus convenus voire sirupeux Pierné, surtout Dubois. Le sujet est ce romantisme début de siècle : hommage d’abord à Renié, artiste et interprète phare des années 1900 (le Concerto est créé avec l’Orchestre Lamoureux en 1901) et affirme la place exceptionnelle de la harpe dans l’imaginaire parisien et français grâce aussi aux oeuvres de Saint-Saëns et de Pierné, tout autant captivantes.

Le Concerto de Melle Henriette ReniĂ© met en avant les limites de l’orchestre : d’une âpretĂ© parfois raide, d’autant que la haute technicitĂ© digitale du soliste est particulièrement mise en avant (avec une prise trop proche qui contredit et dĂ©nature l’Ă©quilibre naturel soliste/orchestre telle qu’elle Ă©mane d’une salle de concert depuis le point d’Ă©coute d’un auditeur lambda). En mars 1901, date de crĂ©ation parisienne du Concerto de et par la harpiste, Henriette ReniĂ©, prodige de la harpe s’impose indiscutablement Ă  un Ă©poque oĂą la maĂ®trise de l’instrument Ă©tait affaire de femmes. L’Ă©lève de ThĂ©odore Dubois au Conservatoire se rĂ©vèle bavarde et loquace, prĂ©cisĂ©ment inspirĂ©e dans une partition qui cultive les contrastes de climats avec une rĂ©elle intelligence dramatique : son souci de la structure et sa soliditĂ© Ă©tant particulièrement vifs ici. Tessiture grave sollicitĂ©e dès le dĂ©but, larges et amples accords, la harpe orchestrale de Madame ReniĂ© est douĂ©e d’une saisissante palette expressive : associant tempĂ©rament affirmĂ© et recherche de sonoritĂ©s intĂ©rieures exigeant davantage de style et de phrasĂ©s de la part du soliste. Entre suavitĂ© et surtout douceur tendre, le second mouvement Adagio met en relief l’attention du soliste pour l’expression de climats tĂ©nus d’une irrĂ©sistible pudeur expressive, d’autant que ReniĂ© s’y montre très mĂ©lodiquement faurĂ©enne. Une intĂ©rioritĂ© recueillie que dĂ©ment l’allant surexpressif de caractère fantastique du  Scherzo Ă©crit bien après les deux premiers mouvements, plein d’Ă©clairs et de traits contrastĂ©s proche d’un tempĂ©rament hautement narratif.
ceysson 582 emanuel ceysson harpe solo review cd comptre rendu critique cd CLASSIQUENEWSPeu après la crĂ©ation du Concerto de Henriette ReniĂ©, soit en 1903, Dubois et PiernĂ© livrent leur copie : PiernĂ© (ConcertstĂĽck) Ă©blouit littĂ©ralement par son gĂ©nie de l’orchestration en un point supĂ©rieur Ă  la facilitĂ© pourtant rĂ©elle de ReniĂ© ; Dubois, maĂ®tre de la dite ReniĂ©, retrouve une sĂ©duction mĂ©lodique suave et mĂŞme voluptueuse, pourtant attĂ©nuĂ©e, pour ne pas dire gâchĂ©e par des effets d’une facilitĂ© parfois lourde (violon, cors très exposĂ©s). Le mĂ©tier est lĂ  mais l’inspirationsur la durĂ©e faiblit de part en part. Par comparaison, le ReniĂ© retient nettement l’attention par sa diversitĂ© de climats et son caractère expressif.  PiernĂ© comme Dubois, use(et abuse peut-ĂŞtre) des cuivres et du cor lointain, si suggestif et onirique ; mais tous deux, sans ĂŞtre eux-mĂŞme harpiste, affirment une connaissance de l’instrument qui n’a rien Ă  envier Ă  la foisonannte pièce de Saint-SaĂ«ns d’une sĂ©duction virtuose et de sa dernière pĂ©riode crĂ©atrice (Morceau de concert, 1918), que l’orchestre ne parvient pas ici Ă  exprimer dans sa lĂ©gèretĂ© voire sa facĂ©tie. Le geste de Samuel Jean paraĂ®t bien rustre: bien moins suggestif et lĂ©ger que dans le rĂ©cital rĂ©cent de Julie Fuchs (YES!), Ă©galement dĂ©diĂ© Ă  la Belle Époque (il est vrai que tout chef ne donne que ce qu’il peut en fonction de l’orchestre qu’il dirige…).  Dommage car ce que rĂ©alise Emmanuel Ceysson sur sa harpe relève d’une Ă©loquence emperlĂ©e, fine, prĂ©cise nĂ©anmoins puissante et autrement plus variĂ©e dans ses dynamiques allusives.

CD, compte rendu critique. Belle Époque. Emmanuel Ceyson, harpe. Concerto de Henriette Renié, Pièces de Dubois, Pierné, Saint-Saëns. Orch. Régional Avignon Provence. Samuel Jean, direction. 1 cd Naïve. Enregistrement réalisé en septembre 2014 (Avignon).