CD, compte rendu critique. « A journey »  Pretty Yende, soprano. Bel canto et opĂ©ras romantiques français : Rossini, Bellini, Donizetti, Gounod, Delibes
 (1cd Sony classical)

YENDE-pretty-cd-a-journey-582-582-cd-review-cd-compte-rendu-classiquenews-clic-de-classiquenews-Pretty-Yende-CoverCD, compte rendu critique. «  A journey »  Pretty Yende, soprano. Bel canto et opĂ©ras romantiques français : Rossini, Bellini, Donizetti, Gounod, Delibes
 (1cd Sony classical)Jeune souveraine du beau chant
 Coloratoure exceptionnellement douĂ©e, la jeune soprano sud africaine Pretty Yende (Ă  peine trentenaire en 2016) fut rĂ©vĂ©lĂ©e avant tout dĂšs 2010, lors du premier Concours international de Bel Canto Vincenzo Bellini, seule compĂ©tition (française) dĂ©diĂ©e aux spĂ©cifiĂ©s du chant bellinien (c’est Ă  dire prĂ©verdien); son chant sĂ»r et raffinĂ© s’affirme ici au sommet de sa jeune carriĂšre, telle une nouvelle Jessye Norman, alliant la grĂące, le style, une technicitĂ© brillante et naturelle 
 au service des compositeurs lyriques d’avant Verdi : Rossini et son Ă©lĂ©gance virtuose ; Bellini et ses langueurs suaves d’une ineffable tendresse ; Donizetti, touche Ă  touche gĂ©niale autant dans la veine dramatique et tragique que comique et bouffone
 Soit de l’expressivitĂ© mordante et une noblesse naturelle doublĂ©e d’une technicitĂ© acrobatique avĂ©rĂ©e
 autant de qualitĂ©s qui lors du premier Concours prĂ©citĂ©, avait particuliĂšrement marquĂ© les esprits du Jury et du public.
Vraie coloratoure, douĂ©e d’une flexibilitĂ© saisissante, aux cĂŽtĂ©s de la beautĂ© d’un timbre qui demain, chantera Bellini Ă©videmment (Lucia Ă  l’OpĂ©ra Bastille en 2016), surtout Mozart, la jeune diva (nĂ©e en 1985) affirme sans dĂ©tours, une Ă©tonnante maturitĂ©, une plasticitĂ© riche et nuancĂ©e malgrĂ© son jeune Ăąge.
L’agilitĂ© des vocalises, la justesse de l’intonation, Ă  la fois sĂ©duisante et brillante illumine l’intelligence juvĂ©nile de sa Rosina (Una voce poco fa) : tout l’art de la jeune diva se dĂ©ploie ici : assurĂ©e, palpitante, d’un cristal inouĂŻ tant le brio pyrotechnique de ses vocalises reste remarquable de prĂ©cision et de musicalitĂ©. En elle, rayonne une coloratoure virtuose, Ă©lĂ©gante, noble, d’une grande finesse de style et d’une juvĂ©nilitĂ© expressive illimitĂ©es.
En Français, sa LakmĂ© dĂ©roule une suavitĂ© Ă  la fois opulente et enchantĂ©e, dans le duo des fleurs de LamĂ© (avec Kate Aldrich, Ă  l’émission bien basse et comme voilĂ©e
 de surcroĂźt sur un tempo trop lent Ă  notre goĂ»t). Si la tenue de Pretty Yende demeure sans faille, il n’en va pas de mĂȘme avec ses partenaires
 2Ăšme chanteuse ici et chef. La baguette lourde, trop dĂ©taillĂ©e, finit par enliser, malheureusement le duo qui en consĂ©quence, n’est pas le meilleur titre du rĂ©cital. Les rĂ©centes lectures sur instruments d’époque ont dĂ©voilĂ© une autre sonoritĂ©, pour les opĂ©ras romantiques français.

BELLINIENNE ENCHANTERESSE
 Ecartons ces infimes rĂ©serves qui d’ailleurs ne concernent pas la jeune diva mĂ©ritante mais plutĂŽt ses partenaires. Car l’évidence vient aprĂšs ces Rossini et Delibes du dĂ©but : le plat de rĂ©sistance reste le premier air Bellinien : BĂ©atrice di Tenda, « Respiro io qui 
 puis Ah, la pena in lor Piombo » ; l’expĂ©rience bellinienne spĂ©cifique de Pretty Yende se distingue nettement dans cette sĂ©quence vocalement convaincante – dommage lĂ  encore que la direction de Marco Armiliato en fait des tonnes, Ă  contrecourant de la finesse Ă©lĂ©gantissime requise (que rĂ©alise sans faute la soprano pour sa part). Tendresse initiale du rĂ©citatif, – Ă  l’évocation de la fleur flĂ©trie, condamnĂ©e ; Pretty Yende exprime avec une subtilitĂ© irrĂ©sistible la noblesse d’une Ăąme sacrifiĂ©e. Puis Ă  l’énoncĂ© de l’air proprement dit (par le cor et les flĂ»tes), la suavitĂ© enchantĂ©e du timbre impose dĂ©finitivement la cantatrice belcantiste. C’est une femme qui dĂ©voile une conscience nouvelle, celle qui lui fait mesurer son aveuglement prĂ©cĂ©dent, une princesse d’une subtilitĂ© impressionnante que son repentir rend davantage admirable sur le plan moral: les vocalises et le legato sont parfaits de prĂ©cision, d’intensitĂ©, et dans une vision globale, relĂšvent d’une intelligence musicienne capable de construire l’air en une vision architecturĂ©e idĂ©alement Ă©noncĂ©e. Pretty Yende nuance son expressivitĂ© sans jamais sacrifier l’élĂ©gance du chant, la noblesse de l’intonation, affirmant des variations d’une justesse dĂ©chirante (avec le choeur affligĂ©, compassionnel). La cabalette de la souveraine fraternelle impose le mĂȘme souci esthĂ©tique et un sens du texte qui se dĂ©roule comme une caresse, capable de vocalises qui Ă©galent indiscutablement celles de l’impĂ©ratrice actuelle du genre, Edita Gruberova (souhaitons la mĂȘme intelligence et la mĂȘme longĂ©vitĂ© Ă  sa jeune hĂ©ritiĂšre Pretty Yende).

 
 
CD. PRETTY YENDE, nouvelle diva belcantiste

 
 

Ambassadrice de charme et d’un style raffinĂ© chez Rossini, Bellini, Donizetti


Pretty Yende : nouvelle et sublime diva belcantiste

 

L’idĂ©al esthĂ©tique, Ă©lĂ©gantissime, d’une tendresse souriante, toujours raffinĂ©e, portant le Rossini du Comte Ory, se dĂ©ploie pareillement et en français dans la grande scĂšne suivante : « En proie Ă  la tristesse  » : « La Yende » maĂźtrise le texte, reste intelligible, douĂ©e de nuances et de couleurs d’une suavitĂ© lĂ  encore irrĂ©sistible. Sa Comtesse s’alanguit, semble sculpter son superbe miel vocal sans limites, assĂ©nant des aigus supersoniques d’une clartĂ©, intensitĂ©, couleur remarquablement sĂ»res (remerciement Ă  l’ermite : « CĂ©leste providence », puis cabalette qui suit : « Cher Isolier  »).

Plus sombre, la couleur de la Juliette de Gounod, confirme les affinitĂ©s de la diva avec le romantisme français : « Dieu quel frisson court dans les veines  » ; l’amoureuse pure et la mort, s’affirment ici dans un tableau terrible, pathĂ©tique, hĂ©roique, d’essence fantastique aussi dont la froide volontĂ© impose une morbide dĂ©termination (Ă©vocation du poignard), auquel le lyrisme Ă©perdu de « verse toi-mĂȘme ce breuvage » convoque immĂ©diatement l’intensitĂ© de l’actrice tragique et tendre. LĂ  encore on regrette la lourdeur de la baguette, mais la finesse de la chanteuse Ă©blouit totalement. La versatilitĂ© expressive et dans chaque sĂ©quence Ă©motionnelle, le style et l’intelligibilitĂ© de l’interprĂšte imposent une exceptionnelle flexibilitĂ© dramatique.

RĂŽle qu’elle connaĂźt parfaitement Ă  prĂ©sent pour l’avoir chantĂ© au Concours Bellini dĂšs 2010, sa Lucia saisit par la mĂȘme maturitĂ©, une intelligence dramatique exquise, son incandescente juvĂ©nilitĂ©. alors que ses consoeurs attendent l’Ăąge mĂ»r pour triompher des vocalises entre autres, Pretty Yende Ă©blouit par la jeunesse de son chant. Longuement prĂ©sentĂ© Ă  la harpe, « Ancor non giunse!  » est plainte Ă©thĂ©rĂ©e d’une tristesse infinie (du caractĂšre qui marqua tant Chopin), ensuite l’énoncĂ© de « Regnava tel silenzio » affirme la profondeur de la diva, puis enfin sa priĂšre irrĂ©pressible, creuse sa joie infinie : la palette des nuances et des couleurs Ă©blouit par son intensitĂ©, la carrure irrĂ©prochable des vocalises dĂ©montre une maĂźtrise coloratoure Ă©poustouflante


La derniĂšre plage confirme les dispositions belcantistes, prĂ©cisĂ©ment belliniennes de la jeune diva : d’un caractĂšre immĂ©diatement enivrĂ© et enchantĂ©, ciselant une Elvira (I Puritani, un rĂŽle que Pretty Yende avait dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© lors du Concours Bellini 2010), d’une surprenante intensitĂ©, la soprano Ă©blouit par sa facilitĂ© acrobatique, la flexibilitĂ© des vocalises, la justesse des notes tenues couvertes, et dans l’ensemble de l’architecture dramatique, une intensitĂ© continue jamais mise Ă  mal, jamais dĂ©placĂ©e, jamais forcĂ©e, toujours sincĂšre et d’une finesse absolue. En plus de sa vocalisation habitĂ©e, Pretty Yende affirme une intelligence et une vĂ©ritĂ© expressive indiscutables.
« Qui la voce sua soave  » exprime le rĂȘve, la fragilitĂ©, l’hypersensibilitĂ© d’une Ăąme prĂȘte Ă  sâ€˜Ă©vanouir Ă  force d’épreuves surmontĂ©s, de traumatismes vĂ©cus. L’autoritĂ© vocale, l’élĂ©gance et la finesse du chant effacent toute rĂ©serve : Pretty Yende impose un talent d’actrice tragique irrĂ©sistible dans la grande scĂšne de la folie : la derniĂšre sĂ©quence aprĂšs 11mn d’effusion coloriste, tragique, de candeur hĂ©bĂ©tĂ©e, affirme une ardeur Ă©chevelĂ©e : « Vien diletto Ăš in ciel la luna! / Viens mon bien aimĂ© la lune est dans le ciel »  , celle d’une femme sacrifiĂ©e, devenue folle
 la vocalitĂ© rayonnante, rĂ©alisant toutes les variations possibles, de Pretty Yende impose une exceptionnelle intelligence virtuose, le chant exprimant le paroxysme Ă©motionnel qui emporte la jeune femme mariĂ©e contre son grĂ© et rendue criminelle. Stupenda.

Aucun doute, le Concours Bellini 2010 avait bien raison de couronner le gĂ©nie belcantiste de la jeune diva
 que toutes les scĂšnes du monde s’arrachent non sans raison Ă  prĂ©sent. C’est pourquoi malgrĂ© l’entourage musical parfois dĂ©cevant (chef, orchestre et chanteurs n’ont certes pas la finesse musicale de la diva), ce premier disque est davantage qu’une carte de visite : c’est bien la confirmation qu’un immense talent belcantiste est maintenant prĂȘt Ă  Ă©blouir le monde lyrique. On ne peut que s’incliner devant une telle perfection vocale. Bravissimo Pretty.

 
 

CLIC D'OR macaron 200CD événement, compte rendu critique. PRETTY YENDE, soprano. A Journey : airs de Rossini (Le Barbier de Séville, Le Comte Ory) ; Bellini (Béatrice de Tende / Beatrice di Tenda, I Puritani), Donizetti (Lucia di Lammermoor), Delibes, Gounod. Orchestra sinfonica nazionale della RAI. Marco Armiliato, direction (1 cd SONY classical). Enregistrement réalisé à Turin (Italie) en août et septembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS.COM (rentrée 2016). Parution : le 16 septembre 2016.

 
 

AGENDA : Pretty Yende aprĂšs avoir chantĂ© Rosina du Barbier de SĂ©ville Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris, revient du 14 octobre au 16 novembre 2016, dans le rĂŽle de Lucia, Lucia di Lammermoor. VISITER le site de l’OpĂ©ra national de Paris, page dĂ©diĂ©e Ă  Lucia di Lammermoor avec Pretty Yende

CD, compte rendu critique. Dorothea Röschmann : Mozart Arias (1 cd Sony classical)

Dorothea_Ro_schmann_Mozart_Arias_Sony_Classical_Daniel_HardingCD, compte rendu critique. Dorothea Röschmann : Mozart Arias (1 cd Sony classical). Le timbre mĂ»r, Ă©loquent, charnel et aussi trĂšs investi de la soprano allemande Dorothea Röschmann (nĂ©e en Allemagne, Ă  Flensbourg en juin 1967) nous touche infiniment : depuis sa coopĂ©ration avec RenĂ© Jacobs dans des rĂ©alisations qui demeurent Ă©blouissantes (Alessandro Scarlatti: Il Primo Omicidio, entre autres – pilier de toute discographie pour les amoureux d’oratorios et d’opĂ©ras baroques du XVIIĂš), la chanteuse sait colorer, phraser, nuancer et surtout articuler le texte comme peu, avec une intelligence de la situation qui Ă©claire son sens de la prosodie. Un chant intĂ©rieur, souvent embrasĂ© qui la conduit naturellement aux emplois lyriques Ă©videmment mozartiens.

Cantatrice pour le lied (LIRE notre compte rendu du rĂ©cent cd rĂ©alisĂ© avec Mitsuko Ushida : liederkreis, Frauenliebe une leben de Schumann, live londonien de mai 2015, Ă©ditĂ© par Decca), elle est mozartienne accomplie, par la justesse sobre du timbre, une Ă©lĂ©gance intĂ©rieure qui prĂ©serve l’intelligibilitĂ© et aussi le naturel expressif, dĂ©voilant l’architecture Ă©motionnelle de chaque sĂ©quence, y compris pour des rĂŽles dont elle n’a apparemment ni le caractĂšre ni la tessiture ; or on y relĂšve et mesure la mĂȘme finesse d’élocution qui donne vie et sang, mais aussi chair aux incarnations ainsi formidablement rĂ©alisĂ©es. Diamantin, incarnĂ©, le timbre de Dorothea Röschmann s’affirme par sa plasticitĂ© ardente et ciselĂ©e.

Ici Elettra d’Idomeneo peut surprendre (d’autant qu’elle chante l’autre rĂŽle, positif-, du second seria mozartien, aprĂšs Lucio Silla : celui d’Ilia). MĂȘme sublime caractĂ©risation pour La ClĂ©mence de Titus, de dernier seria de Wolfgang (1791), oĂč jaillit la noire mais compassionnelle Vitellia et son (ici 2Ăšme) grand air bouleversant « non piĂč di fiori : un air de renoncement qui laisse ahuri par la justesse lugubre du texte et sa mise en musique d’un tendresse inĂ©dite jusque lĂ . C’est un air de bascule Ă©videmment, longuement commentĂ© : Röschmann y exprime le dĂ©nuement sincĂšre d’une Ăąme touchĂ©e par la grĂące : une mĂ©chante qui se rĂ©pand : quoi de plus bouleversant sur la scĂšne lyrique et thĂ©Ăątrale ? La soprano lui apporte sa chair Ă©ruptive qui dit la profonde et silencieuse mĂ©tamorphose qui se rĂ©alise alors. Une incarnation passionnante.

 

 

 

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Mozartienne superlative

Dorothea Röschmann, diamant vocal, palpitant incarné

 

A contrario du visuel de couverture et de la coiffure d’un goĂ»t biscornu et fantasque, un rien inutilement sophistiquĂ©, le chant de Dorothea Röschmann demeure fort heureusement, simple et flexible, absolument naturel, soignant et la ligne et l’articulation du verbe.

A Salzbourg, elle a pu montrer sa subtilitĂ© d’actrice et son intelligence dramatique comme chanteuse chez Mozart : Suzanne ardente (il y a dĂ©jĂ  20 ans), et surtout derniĂšrement, Rosina devenue Comtessa dans les Noces de Figaro : Ăąme Ă©perdue mais nostalgique d’un temps d’amour rĂ©volu. Arte diffusera d’ailleurs depuis Berlin sa comtesse sous la direction de Gustavo Dudamel, le 13 novembre 2015 prochain.

Ainsi ce rĂ©cital Sony rĂ©capitule une sorte d’offrande personnelle, trĂšs engagĂ©e, de ses incarnations mozartiennes oĂč s’imposent particuliĂšrement les deux airs de la Comtesse des Noces justement : « Porgi amor », puis « Dove sono i bei momenti  » instant suspendus, oĂč flotte prĂ©servĂ©e l’intensitĂ© d’un dĂ©sir qui s’est Ă©vanoui. Les deux airs d’Idomeneo (1781), outre l’activitĂ© scintillante de l’orchestre suĂ©dois sous la direction habile de Daniel Harding mais parfois lisse et imprĂ©cise, affirme la tenue linguistique de la diva : airs caractĂ©risĂ©s chacun dans son registre, furieuse voire hystĂ©rique pour Electre, suave, angĂ©lique pour Ilia (il est vrai que c’est elle qui par son amour sincĂšre sauve Idamante du sacrifice auquel son pĂšre Idomeneo, le roi de CrĂȘte, le destinait


Son Elvira (Don Giovanni : “In quali eccessi, o Numi”) frappe par sa cadence pulsionnelle palpitante : une amoureuse qui Ă  dĂ©faut de la Comtesse, ne maĂźtrise pas ses Ă©motions, toute reproches et injonctions.

CLIC D'OR macaron 200roschmann - soprano portrait critique review cd classiquenews dorothea-roeschmann_1Enfin cerise sur le gĂąteau: le dernier air isolĂ©, trĂšs sturm und drang, c’est Ă  dire habitĂ© par une conscience sombre voire dĂ©sespĂ©rĂ©e, aux Ă©clairs passionnĂ©s superbement contrastĂ©s (l’orchestre y est somptueux) : « Bella Flamma, addio » K528, air de Titano saisit par sa grĂące mesurĂ©e, son intensitĂ© sincĂšre oĂč brĂ»le et son consume une Ăąme ardente et aimante.  La chanteuse y dĂ©veloppe une carrure dramatique retenue, digne et introspective, finement colorĂ©e par le sentiment tragique : son dĂ©bit, son art de la phrase dans le rĂ©citatif prĂ©alable convoque le grand Racine, noblesse, dignitĂ© mais souffrance ultime, transfigurĂ© elle aussi par une succession de visions radicale auxquelles l’orchestre diffuse des harmonies hypnotiques, sensuelles, mystĂ©rieuses. L’articulation de la diseuse, la finesse nuancĂ©e de l’interprĂšte Ă©clairent toutes les connotations du texte mis en musique Ă  l’origine par Mozart pour Josefa Dusek pendant son sĂ©jour Ă  Prague en 1787. A suivre pas Ă  pas ce travail unique en son siĂšcle sur la langue et le poĂšme musical, on se dit que Mozart, s’il n’était pas mort si tĂŽt en 1791, aurait participĂ© directement Ă  l’Ă©mergence du romantisme europĂ©en, apportant son offrande personnelle d’une troublante vĂ©ritĂ©.

Le rĂ©cital peut s’entendre comme un parcours sensible et scintillant Ă  travers l’échiquier de la passion amoureuse mozartienne, c’est aussi une contribution trĂšs subtile Ă  l’éloquence poĂ©tique d’un Mozart, connaisseur et poĂšte du cƓur humain. Voici une mozartienne au chant superlatif, juste, vrai, irrĂ©sistible. Chapeau bas Ă  Dorothea Röschmann.

 

 

 

CD, compte rendu critique. Dorothea Röschmann, soprano. Mozart Arias. Sony Classical. Enregistrement réalisé en SuÚde en novembre 2014. 1 cd Sony classical

 

 

LIRE aussi notre critique complÚte du cd Robert Schumann : liederkreis, Frauenliebe une leben de Schumann, live londonien de mai 2015 par Dorothea Röschmann et Mitsuko Ushida (1 cd Decca).

Anna Netrebko chante Elvira des Puritains au Met (2007)

netrebko anna elvira Met 2007 I puritani BelliniMezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. Anna Netrebko chante Elvira des Puritains de Bellini (Metropolitan Opera de New York 2007). PassionnĂ©ment romantique, l’Europe et les grands Ă©crivains se mettent au diapason italien
 la Mignon de Goethe chante sa fascination pour le spectacle d’un oranger florissant ; Stendhal surtout et sa Chartreuse de 
 Parme, et mĂȘme Heine choisissent entre autres Florence et Rome comme dĂ©cors de leurs intrigues romanesques. Et le russe, Glinka se ressource dans l’opĂ©ra italien pour forger l’élan vital de ses propres ouvrages lyriques. En 1835, Bellini avant d’expirer Ă  Puteaux livre son manuscrit d’un nouvel opĂ©ra destinĂ© au ThĂ©Ăątre Italien: I Puritani, sommet du gĂ©nie de Catane, crĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e Ă  Paris, par quatre des plus grands chanteurs de l’heure, la Grisi, Rubini, Tamburini et Lablache 
 quatuor vocal lĂ©gendaire qui demeure depuis emblĂ©matique du Paris romantique. Puritains contre royalistes. L’intrigue est trĂšs librement et dĂ©corativement inspirĂ© du conflit entre Puritains et Royalistes dans l’Angleterre du XVIIe siĂšcle. Elvira, fille d’un gouverneur puritain Ă  Ă©tĂ© promise en mariage Ă  Riccardo, mais elle est finalement donnĂ©e Ă  Arturo, secret partisan des Stuart dont elle est Ă©prise. Cela grĂące Ă  l’intervention de son oncle Giorgio auprĂšs du pĂšre. Peu avant leur cĂ©rĂ©monie de mariage, Arturo retrouve la veuve du roi Enrichetta, reine d’Angleterre : il dĂ©cide de fuir avec elle. Elvira sombre dans la folie, atteinte et dĂ©truite pendant deux actes, jusqu’au retour d’Arturo et sa mort imminente. Les sympathisants des Stuart sont au final pardonnĂ©s et le couple retrouve le bonheur. TrĂšs peu de drame alors, mais presque 3 heures de belle musique.

 

mezzo logo 2014une-anna-netrebko-une-tele-320-470Notre avis. Dans la production du Metropolitan, c’est moins la contribution des hommes que la jeune et jolie Anna Netrebko, vive, ardente, certes pas d’un bel canto prĂ©cis et idĂ©alement nuancĂ©, surtout dans les cabalettes emportĂ©es voire Ă©chevelĂ©es oĂč la diva patine avec des aigus et des intervalles pas toujours trĂšs stables, qui pourtant Ă©blouit. Sa candeur, son angĂ©lisme blessĂ© touchent particuliĂšrement. Quand il s’agit d’incarner un cƓur amoureux dĂ©truit, abandonnĂ©, la soprano donne tout ce qu’elle a (scĂšne de folie, dĂ©but du II, soit une demi heure d’extase vocale suspendue oĂč l’hĂ©roĂŻne trahie par Arturo – c’est du moins ce qu’elle croit, pense monter Ă  l’autel pour son mariage qui aurait du avoir lieu au I… si Arturo ne l’avait pas abandonnĂ© subitement…). Avec le recul sa Leonora verdienne (Ă©vĂ©nement de Berlin en dĂ©cembre 2013 puis Salzbourg Ă  l’étĂ© 2014) a frappĂ© par sa profondeur et sa justesse expressive (le dvd vient de sortir, dans la version berlinoise sous la direction de Barenboim chez DG); en 2007, soit 7 ans avant, la Netrebko est dĂ©jĂ  une cantatrice assurĂ©e, un sacrĂ© tempĂ©rament
 Etoile du Met, d’une vĂ©ritĂ© souvent dĂ©chirante. La rĂ©alisation est d’un classicisme… qui a les avantages de ses inconvĂ©nients : pas de mise en scĂšne trĂšs pertinente mais sa neutralitĂ© sans surprise laisse parfaitement lisible le dĂ©roulement de l’action. BONUS : au moment de l’entracte entre les deux actes, RenĂ© Fleming joue les intervieweuse et pose des questions sensĂ©es Ă  la jeune diva austro-russe dans sa loge : ” mĂȘme si je chante pendant 70% de mon texte, Reviens reviens Arturo, je fais attention Ă  mon jeu sur scĂšne” (d’autant que les camĂ©ras guettent la moindre maladresse), prĂ©cise l’envoĂ»tante Anna… On lui sied grĂ© de chanter et de jouer : sa performance n’en a que plus de charme.

 

 

 

Paris, 1835 : le dernier opéra de Bellini. Un hymne pacifiste

L’intrigue se dĂ©roule dans l’ Angleterre baroque du XVII eme. Au deuxiĂšme acte, parce qu’elle se croit abandonnĂ©e et trahie par celui qu’elle aime-, Elvira paraĂźt folle, exhalant une mĂ©lodie d’une dĂ©chirante puretĂ© qui inspirera un nocturne Ă  FrĂ©dĂ©ric Chopin. La vogue des Puritains emporta tout avec elle et mĂȘme Bellini qui fatalement s’éteignit quelques mois aprĂšs la crĂ©ation en France non loin de Paris, curieusement abandonnĂ© de tous. Le gĂ©nie lyrique ne laissait pas alors son ultime ouvrage : il s’agissait aussi d’ un nouveau sommet de l’opĂ©ra romantique italien marquant dĂ©finitivement l’histoire de l ‘opĂ©ra Ă  Paris. Quelques mois plus tard, les parisiens recoivent un second choc bellinien avec la crĂ©ation parisienne de Norma : Bellini Ă©tait mort mais il n’avait jamais Ă©tĂ© plus cĂ©lĂ©brĂ© dans la Capitale française.

Bellini_vincenzo_belliniLe dernier opĂ©ra de Vincenzo Bellini (portrait ci-contre) indique clairement de nouvelles Ă©volutions pour l’opĂ©ra italien romantique des annĂ©es 1830: rĂŽles plus aigus, foisonnement dramatique de l’orchestre et vocalitĂ  aĂ©rienne et suspendue voire crĂ©pusculaire d’une puretĂ© absolue, celle lĂ  mĂȘme qui captiva Chopin. Le vrai dĂ©fi des Puritains comme pour Norma, reste les chanteurs
 vrais dĂ©tenteurs de ce bel canto si difficile Ă  rĂ©aliser. Comment retrouver cette couleur et ce style qui n’a rien de commun avec Rossini, qui ne peut se satisfaire de l’abattage verdien ou du vĂ©risme pathĂ©tique puccinien? Il s’agit bien de retrouver cet art fragile (morbidezza) entre vocalitĂ  et agilitĂ  qui s’éloigne de l’idĂ©al rossinien, sans possĂ©der encore le dramatisme verdien.

L’art bellinien Ă©tant par excellence celui de la mesure, de la finesse: on est en droit d’attendre de vrais interprĂštes acteurs et chanteurs, pour qui chanter signifie articuler, phraser, colorer, dire, articuler, respirer le texte. Qu’en sera-t-il par exemple du rĂŽle d’ Arturo Talbot, qui exige un tĂ©nor d’agilitĂ  et dramatique, alliant vaillance et angĂ©lisme, naturel et articulation ? De mĂȘme pour Elvira, Ăąme loyale et pure, incarnation fragile des hĂ©roĂŻnes fĂ©minines en proie au dĂ©sĂ©quilibre mental ? Le personnage de cette jeune Ăąme romantique qui est abandonnĂ©e par son fiancĂ©, le jour de ses noces, offre une composition des plus captivantes: OphĂ©lie dĂ©chirante, anĂ©antie
 son dernier air au I oĂč l’abandonnĂ©e, trahie, sombre dans la folie reste un trĂšs grand moment psychologique.
Et qu’espĂ©rer tout autant du rĂŽle de Giorgio Valton (l’oncle d’Elvira); Ă  la fois protecteur et pĂšre de substitution pour une Elivra dont le baryton basse capte les pulsions de folie grandissante


Il y eut I Capuletti e i Montecchi ; ici, les clans opposĂ©s, Puritains rĂ©formistes menĂ©s par Cromwell, Cavaliers royalistes partisans des Stuart (Valton), dĂ©fenseurs comme Arturo de la Reine veuve, se dĂ©chirent. A ce titre, bien que fiancĂ© Ă  la premiĂšre fille des Puritains, Arturo le monarchiste sait jurer sa foi et sa fidĂ©litĂ© Ă  la Reine qu’on emmĂšne Ă  l’échafaud
 Bellini resserre l’effet des contrastes en faisant paraĂźtre la jeune fiancĂ©e, Ă©tendard Ă©motionnel des Puritains en prĂ©sence du duo des royalistes (la Reine et son champion Arturo): exposition simultanĂ©e des tempĂ©raments, totalement gĂ©nial.

Netrebko Anna NetrebkoEcouter les Puritains permet de mesurer le gĂ©nie lyrique et dramatique du dernier Bellini: il ambitionnait de crĂ©er Ă  Paris, l’équivalent de Guillaume Tell, un opĂ©ra romantique français digne de ce nom (l’orchestre est plus colorĂ© et dĂ©licatement caractĂ©risĂ©, Ă©coutez la place des cors nobles et Ă©lĂ©gants dĂšs l’ouverture…). Les Puritains marquent Ă©videmment un cap dans son Ă©criture: l’exposition des caractĂšres n’y est jamais artificielle, comme le seront parfois les premiers opĂ©ras de Verdi. En choisissant d’intituler son opĂ©ra Les Puritains, Bellini se place du cĂŽtĂ© des “mĂ©chants”, ces antiroyalistes (les Valton) dont la mĂ©tamorphose est le sujet central de l’opĂ©ra : pour sauver la santĂ© mentale d’Elvira et son amour, ils savent pardonner Ă  leur pire ennemi Talbot. Un aspect psychologique que l’on oublie souvent (oĂč s’inscrit triomphant telle un nouvel humanisme bellinien dĂ©sormais assumĂ© : le sentiment de fraternitĂ© et de compassion) et qui fait cependant toute la modernitĂ© de cette action inspirĂ©e du roman gothique romantique


Le pardon n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde mais il est comme ici d’un effet salvateur pour la rĂ©solution des affrontements et des haines destructrices. Un modĂšle de message Ă©clairĂ©, philosophiquement Ă©voluĂ© qui appliquĂ© Ă  certains conflits (en particulier ceux modernes du Proche Orient) : les frĂšres ennemis peuvent ils se rĂ©concilier ? C’est au prix pourtant d’un pardon croisĂ© que les rivaux peuvent aspirer Ă  la paix : aucun des partis ne peut s’en sortir sans une pacification unilatĂ©rale. Cela ne vous rappelle t il pas quelque chose ? Les Puritains est un opĂ©ra moderne.

 

 

I Puritani avec Anna Netrebko au Met 2007 sur Mezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. 

mezzo logo 2014

Diffusion :
06 / 10 – 09h00
08 / 10 – 20h30
09 / 10 – 17h00
10 / 10 – 00h00
10 / 10 – 13h00
20 / 10 – 09h00
22 / 10 – 20h30
23 / 10 – 15h25
24 / 10 – 00h00
24 / 10 – 12h30