TOUT ANKH AMON : la derniĂšre enquĂȘte

toutankhamon-le-tresor-redecouvert-dvd-video-documentaire-arte-critique-annonce-exposition-par-classiquenewsARTE, Sam 27 avril 2019, 20:50 : TOUTANKHAMON, documentaire inĂ©dit. Toute la vĂ©ritĂ© sur les conditions de la dĂ©couverte en novembre 1922 de la tombe quasi intacte du jeune souverain Ă©gyptien du Nouvel Empire (XVIIIĂš dynastie) : Toutankhamon. Personne jusqu’alors n’avait supposĂ© l’emplacement de sa sĂ©pulture dans un site que l’on croyait avoir sondĂ© : la VallĂ©e des Rois.
Inconnu, non documentĂ© jusqu’à sa dĂ©couverte, le roi de l’Ancien Egypte ressuscite ainsi grĂące aux objets en or de sa sĂ©pulture, retrouvĂ© presque par hasard par l’égyptologue Howard Carter (financĂ© par Lord Carnavon).  On sait depuis quelques dĂ©cennies, grĂące aux derniĂšres trouvailles, que Toutankhamon Ă©tait loin d’ĂȘtre aussi beau et bien portant que son masque funĂ©raire et ses reprĂ©sentations multiples (sculptures, bas reliefs
) le laissent accroire. Il est mort Ă  19 ans, probablement assassinĂ©, et dĂ©jĂ  boiteux, d’une contexture plutĂŽt fragile. Effet de la consanguinitĂ© des souverains d’Egypte, Toutankhamon avait Ă©pousĂ© sa propre sƓur, laquelle Ă©tait dĂ©jĂ  l’épouse de leur pĂšre, l’hĂ©rĂ©siarque Akhenaton (le fou d’Aton)
 Son fils devenu Toutankhamon fut l’alibi des prĂȘtres d’Amon qui prirent soin de restaurer le culte du dieu cachĂ©, Amon. Remarquable enquĂȘte archĂ©ologique et historique qui lĂšve le voile sur l’un des souverains d’Egypte aussi mĂ©connu que fascinant


DVD événement. TOUTANKHAMON, le trésor redécouvert (Arte éditions 2017)

51k5pYei9iL._SX339_BO1,204,203,200_DVD Ă©vĂ©nement. TOUTANKHAMON, le trĂ©sor redĂ©couvert (Arte Ă©ditions 2017). En complĂ©ment de la grande exposition parisienne dĂ©diĂ© au jeune souverain Ă©gyptien du Nouvelle Empire (XVIIIĂš dynastie) – La Villette : 23 mars – 15 septembre 2019-, les Ă©ditions ARTE publient un dvd qui fait date : TOUTANKHAMON le trĂ©sor retrouvĂ© (2017, rĂ©alisĂ© par FrĂ©dĂ©ric Willner). L’ensemble du mobilier dĂ©couvert en 1922 par l’archĂ©ologue Howard Carter, dont le sublime masque en or, soulignant la mestriĂ  des orfĂšvres de l’Egypte Ancienne, est ici analysĂ© selon l’apport des derniĂšres dĂ©couvertes scientifiques. Les objets Ă©taient-ils bien Ă  l’origine destinĂ©s au mobilier funĂ©raire de la tombe du Pharaon ? Carter n’a t il pas au moment de la dĂ©couverte dĂ©robĂ© certaines piĂšces majeures afin de les rĂ©server pour lui puis les vendre Ă  des collectionneurs passionnĂ©s ?

toutankhamon-le-tresor-redecouvert-dvd-video-documentaire-arte-critique-annonce-exposition-par-classiquenewsC’est un tout autre visage que revĂȘt ainsi le tombeau du monarque Ă©gyptien le plus cĂ©lĂšbre de l’histoire ancienne. PrĂšs de 100 ans aprĂšs la dĂ©couverte dans la VallĂ©e des Rois, il Ă©tait temps de rĂ©viser nos croyances : il semble que la plupart des piĂšces de la sĂ©pulture Ă©taient d’abord destinĂ©es au tombeau de sa sƓur Meritaton
 MenĂ© comme une enquĂȘte, le documentaire de 1h32mn ne laisse rien au hasard et rĂ©tablit enfin la vĂ©ritĂ© sur la genĂšse de la seule tombe d’un pharaon, retrouvĂ©e intacte, avec tout le matĂ©riel enseveli suite Ă  son dĂ©cĂšs. Magistral immersion. Un must pour les amateurs d’éternitĂ©. Et une excellente façon de prĂ©parer la visite de l’exposition Ă  La Villette Ă  partir du 23 mars oĂč sont exposĂ©s 150 objets provenant du tombeau royal de Toutankhamon.

 
 

 

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Plus d’infos sur le site des Ă©ditions ARTE
https://boutique.arte.tv/detail/toutankhamon_le_tresor_redecouvert#
 
 

RĂ©servez votre place pour l’exposition TOUTANKHAMON, le trĂ©sor du Pharaon – Grande Halle de la Villette
https://www.ticketmaster.fr/fr/manifestation/toutankhamon-le-tresor-du-pharaon-billet/idmanif/450008/idtier/22425636/codtypadh/FCM/numadh/01/codeconf/FTMS01?_ga=2.126697163.791193157.1551277289-1205416613.1551277289

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Richard Strauss : HĂ©lĂšne Ă©gyptienne (1928-1933)

Poussin_la-sacre-d-apollon_strauss-helene-egypteLa quĂȘte d’HĂ©lĂšne Ă©gyptienne … Dernier opĂ©ra conçu par Hofmannsthal et Strauss, HĂ©lĂšne Ă©gyptienne crĂ©Ă© en 1928 confirme l’AntiquitĂ© comme une source rĂ©guliĂšre et inĂ©puisable : aprĂšs Elektra, Arianne, voici donc HĂ©lĂšne mais dans un Ă©pisode moins connu, celui indirectement lĂ©guĂ© par Euripide. HomĂšre retrouve HĂ©lĂšne et MĂ©nĂ©las, heureux comme rĂ©conciliĂ©s, malgrĂ© la sĂ©quence d’HĂ©lĂšne enlevĂ© par Paris jusqu’Ă  Troie… Or selon Euripide, soucieux d’expliquer les retrouvailles des Ă©poux, imagine qu’en rĂ©alitĂ©, PĂąris aurait enlevĂ© le fantĂŽme d’HĂ©lĂšne ; la vraie HĂ©lĂšne se serait enfuie en Egypte Ă  la cour du ProtĂ©e oĂč l’Ă©poux dubitatif et d’abord trompĂ©, la retrouve ; elle lui aurait toujours Ă©tĂ© loyale.
HĂ©lĂšne Ă©gyptienne raconte l’histoire d’une femme en quĂȘte de son Ă©poux, cherchant Ă  rĂ©tablir la confiance dans leur couple en dĂ©pit d’une rĂ©putation tronquĂ©e mais nĂ©faste… en dĂ©pit de l’infidĂ©litĂ© dont elle s’est rendue coupable. Contre la fatalitĂ© et le poison du soupçon, HĂ©lĂšne veut croire au serment du mariage : ĂȘtre fidĂšle Ă  son Ă©poux, c’est enfin accomplir son destin. Il n’est jamais trop tard. Voici encore une fois, la figure d’une femme admirable qui souffrante dĂ©sire ĂȘtre sauvĂ©e.

 

 

Vaincre le soupçon, honorer la vérité

 

Pour Hofmannshtal l’idĂ©e des retrouvailles est excellente mais il n’accepte pas le truchement (artificiel) du fantĂŽme. Quand commence l’opĂ©ra, les deux Ă©poux voguent sur un bateau, MĂ©nĂ©las est prĂȘt Ă  tuer sa femme : l’enchanteresse AĂŻthra par solidaritĂ©, suscite une tempĂȘte, et fait Ă©chouer les hĂ©ros sur son Ăźle ; grĂące Ă  ses philtres, elle fait croire Ă  MĂ©nĂ©las que HĂ©lĂšne pendant la guerre de Troie, est toujours demeurĂ©e avec elle hors des conflits, sur son Ăźle…
Ainsi se rĂ©alise l’action de l’acte I. Mais pour HĂ©lĂšne qui regrette sa dĂ©loyautĂ©, il s’agit de reconquĂ©rir MĂ©nĂ©las sur un pacte de vĂ©ritĂ© ; cette exigence morale structure tout le second acte. Tout charme est annulĂ© et HĂ©lĂšne veut affronter les reproches de son Ă©poux… qui furieux menace de la tuer, puis renonce et lui pardonne. La vĂ©ritĂ© a payĂ© et HĂ©lĂšne est rachetĂ©e.

FidĂšle Ă  ses valeurs, le librettiste nourrit l’action de ce qui n’aurait pu ĂȘtre qu’une comĂ©die lĂ©gĂšre : plus opĂ©rette que grand opĂ©ra, HĂ©lĂšne d’Egypte (ou HĂ©lĂšne Ă©gyptienne) est d’abord une conversation en musique Ă  la façon de ce que sera Capriccio ; le drame, le verbe, la psychologie avant toute Ă©vocation grandiose. Mais Strauss ne sacrifie pas pour autant les accents furieusement et sensuellement orientaliste de la partition qui inscrit dans la comĂ©die lyrique les parfums d’une Égypte bien prĂ©sente. L’AntiquitĂ© sous le filtre des deux concepteurs est un huit clos domestique, souvent proche d’un vaudeville. Mais la finesse de l’orchestration, l’architecture des scĂšnes et la progression des Ă©pisodes comme l’Ă©volution des caractĂšres, MĂ©nĂ©las transfigurĂ©, HĂ©lĂšne mĂ©tamorphosĂ©e entre espĂ©rance et culpabilitĂ©, portĂ©e par la complicitĂ© d’AĂŻthra … composent in fine une oeuvre maĂźtresse dans la carriĂšre lyrique de Strauss… hĂ©las constamment absente des scĂšnes d’opĂ©ras en raison de la difficultĂ© du rĂŽle titre (n’est pas Gwyneth Jones qui veut… l’auditeur se reportera ainsi avec bĂ©nĂ©fice sur le seul enregistrement disponible et valable chez Decca).

AidĂ© de Klemens Krauss, Strauss opĂšre une nouvelle version pour l’acte II en 1933 : plus directe moins circulaire et rĂ©pĂ©titive, l’action psychologique se resserre sur la relation complexe des deux Ă©poux vers leur rĂ©conciliation salvatrice; au final, MĂ©nĂ©las efface toute aspiration vengeresse et stĂ©rile, accepte d’ĂȘtre sauvĂ© de sa folie meurtriĂšre… HĂ©lĂšne rĂ©ussit dans son Ɠuvre d’expiation. De beautĂ© fatale et Ă©gocentrique, souhaitant le pardon de son mari, la jeune femme tend vers l’humanitĂ©, l’amour, l’humilitĂ©. C’est de ce point de vue l’une des mĂ©tamorphoses fĂ©minines la plus aboutie dans le thĂ©Ăątre de Strauss et Hofmannsthal. Ici le salut de chaque Ă©poux ne peut ĂȘtre rĂ©alisĂ© sans l’accord des deux dans le processus parallĂšle de leur salut progressif. Pour qu’HĂ©lĂšne soit sauvĂ©e, il faut que MĂ©nĂ©las accepte de l’ĂȘtre aussi. Une thĂ©rapie Ă  deux en quelque sorte. C’est Ă  nouveau l’application du principe allomatique dĂ©jĂ  abordĂ© dans La Femme sans ombre, oĂč lĂ  aussi, le salut des quatre protagonistes ne peut se produire que si tous sont sauvĂ©s, car leur destin est indissociable.

Strauss : HĂ©lĂšne d’Egypte (1928)

STRAUSS_R_moustache_juene_golden_age_composer_straussDossier opĂ©ra. Richard Strauss : HĂ©lĂšne d’Egypte (1928). GenĂšse, enjeux, synopsis. HĂ©lĂšne d’Egypte ou HĂ©lĂšne Egyptienne … Avec Elektra, DaphnĂ©, L’Amour de DanĂ©e,  HĂ©lĂšne Ă©gypienne raconte un Ă©pisode (inĂ©dit voire imaginaire) de l’histoire antique. Strauss n’a cessĂ© d’illustrer la force et la violence des mythes inspirĂ©s par l’AntiquitĂ© et la mythologie grecque. Mais dans deux directions apparemment antinomiques qui ne manquent pas d’enrichir la tension de chaque ouvrage : d’une part, la flamboyance d’une orchestre suractif, philharmonie permanente exprimant, commentant, infirmant parfois le chant des protagonistes sur la scĂšne ;  d’autre part, l’intimisme ardent d’une Ă©criture ciselĂ©e qui, mettant en avant le verbe (au point d’ĂȘtre taxĂ© souvent de bavardage), sert surtout les dialogues entre les hĂ©ros. Entre comĂ©die verbale oĂč rĂšgne le chambrisme du chant, et de superbes Ă©vocations orchestrales qui convoquent la profondeur de sentiments sertis ou qui rendent tangibles souffle et spectaculaire de l’Ă©popĂ©e hĂ©roĂŻque et lĂ©gendaire, chaque chef doit trouver le juste Ă©quilibre comme la bonne dynamique pour prĂ©server,  la solennitĂ© des tableaux, l’intelligibilitĂ© du texte et la continuitĂ© de l’action thĂ©Ăątrale.

 

 

HĂ©lĂšne d’Egypte,
opéra psychologique

 

Hofmannsthal_portraitEn outre, au moment de la conception thĂ©Ăątrale, Strauss et son librettiste entendent Ă©clairer la cohĂ©rence psychologique de chaque personnage et aussi servir un thĂšme que le compositeur aime illustrer sous l’influence du poĂšte Hugo von Hofmannsthal avec lequel il a constituĂ© un duo miraculeux : la mĂ©tamorphose qui rĂ©vĂšle le hĂ©ros ou l’hĂ©roĂŻne Ă  leur vĂ©ritable identitĂ©, dyonisienne ou apollinienne, introspective et solitaire ou compatissante, altruiste et fraternelle. Exclusion ou intĂ©gration, chaque protagoniste fait l’expĂ©rience d’une ” catastrophe ” qu’il partage avec le spectateur tout au long du drame jusqu’Ă  l’accomplissement de la scĂšne finale qui en est la rĂ©solution ultime. Le cas le plus flagrant ici en est la derniĂšre scĂšne de DaphnĂ© oĂč la nymphe fusionne avec la nature en se mĂ©tamorphosant en arbre laurier, car depuis le dĂ©but pourtant sollicitĂ©e par le dĂ©sir du berger Leucippe et d’Apollon dans un premier temps, DaphnĂ© n’aspire qu’Ă  rĂ©aliser sa nature contemplative et apollinienne, Ă©cartant dĂ©finitivement toute sensualitĂ© charnelle. En fin d’action, elle rĂ©alise parfaitement son essence solitaire et abstraite. Elle se pĂ©trifie (au sens premier du terme) : quittant son enveloppe humaine et organique pour un Ă©tat non Ă©motionnel.

 

révélation de sa nature profonde

Il s’agit dans tous les cas d’effacer l’oeuvre des artifices et des intrigues pour affronter en un rituel irrĂ©versible et dĂ©cisif voire salvateur, la vĂ©ritĂ© pour chacun. Cette rĂ©vĂ©lation ne peut se rĂ©aliser sans le concours de l’autre : rencontre, confrontation, comprĂ©hension profonde …  Tel serait le sens profond de l’opĂ©ra HĂ©lĂšne d’Egypte, une  clĂ© de comprĂ©hension qui explique la structure et la dramaturgie de l’opĂ©ra conçu par Hofmannsthal et Strauss. L’ouvrage sera ensuite rĂ©visĂ© par le chef Clemens Kraus avec l’aval du compositeur en 1933.  Il s’agit de la derniĂšre oeuvre recueillant les fruits d’une prodigieuse collaboration, celle de Strauss et de son librettiste, le poĂšte Hofmannsthal qui devait mourir en 1929.

 

le salut d’HĂ©lĂšne passe par la conscience de MĂ©nĂ©las

Poussin_muse_apollon_sireneHofmansthal choisit de faire d’HĂ©lĂšne une anti Isolde, femme sĂ©ductrice (douĂ©e de toutes les sĂ©ductions orientales) tournĂ©e non vers la nuit extatique, en une ivresse nocturne qui dissout toute conscience (Isolde au II)Ăše acte de Tristan und Isolde de Wagner), mais vers la lumiĂšre pour affronter le regard de l’Ă©poux qu’elle a trompĂ© (avec Paris) : MĂ©nĂ©las voit ainsi sa femme revenir Ă  lui : saura-t-il lui pardonner ? La volontĂ© d’assumer sa faute fait d’HĂ©lĂšne une figure admirable de loyautĂ© recouvrĂ©e ; elle permet surtout Ă  MĂ©nĂ©las d’Ă©voluer au delĂ  de ses propres limites. Le couple se trouve sublimĂ© et transfigurĂ© par cette expĂ©rience dĂ©sormais vĂ©cue Ă  2. Les deux concepteurs inventent l’Ă©pisode d’HĂ©lĂšne en Egypte (aprĂšs l’Ă©pisode homĂ©rique qui Ă©voque surtout le siĂšge de Troie pour y dĂ©livrer la belle retenue captive).
Revenue de son amour pour PĂąris jĂ  Troie, HĂ©lĂšne paraĂźt ici comme coupable et fautive, souhaitant s’amender vis Ă  vis de son Ă©poux de l’infidĂ©litĂ© qui la ronge et la dĂ©truit. L’Ă©pisode Ă©gyptien est pour HĂ©lĂšne, l’histoire de sa rĂ©demption non plus comme sirĂšne sensuelle mais comme Ă©pouse et femme loyale.

 

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A ses cĂŽtĂ©s, MĂ©nĂ©las (qui incarne comme l’ordre moral un rien psychorigide : la raison, le mariage, les lois de la famille) Ă©prouve aussi les Ă©tapes d’un itinĂ©raire en mĂ©tamorphoses qui le mĂšne du mari cocufiĂ© pĂ©trifiĂ© dans son humiliation vers un ĂȘtre nouveau capable de se rĂ©gĂ©nĂ©rer et de pardonner Ă  HĂ©lĂšne. Strauss et Hofmannsthal permettent donc deux carriĂšres simultanĂ©es et presque parallĂšles dont l’une permet la rĂ©demption de l’autre, et vice versa. MĂ©nĂ©las tente de se dĂ©faire de la collectivitĂ© masculine (conforme, absente au changement) pour atteindre cette individualitĂ© absente au dĂ©part, qui lui permet ensuite d’exprimer et de vivre enfin le salut du pardon. HĂ©lĂšne, l’HĂ©lĂšne polygame de l’Orient, sĂ©ductrice collectionneuse d’aventures et de conquĂȘtes souhaite elle aussi un nouveau statut ou une nouvelle conscience, appartenir entiĂšrement Ă  son Ă©poux, ĂȘtre reconnue de lui, ĂȘtre pardonnĂ© de ses fautes passĂ©es.
Il y a bien un parallĂšle avec La femme sans ombre : contrairement Ă  l’Empereur, MĂ©nĂ©las ici Ă©volue et change spirituellement, passant de la pĂ©trification psychique au pardon, MĂ©nĂ©las peut enfin comprendre son Ă©pouse et l’aimant pour ce qu’elle est viscĂ©ralement, refonder leur mariage contre le mensonge d’une frivolitĂ© sensuelle. De mĂȘme, les personnages clĂ©s de l’ImpĂ©ratrice comme de la TeinturiĂšre illustrent ce passage de l’Ă©goĂŻsme narcissique (la premiĂšre veut une ombre, la seconde veut s’enivrer au bras du jeune homme fantomatique) Ă  l’amour pur rĂ©conciliant les Ă©poux. C’est aussi l’application du principe de l’allomatie : chaque destin se trouve dĂ©pendant les uns des autres. Aucun ĂȘtre ne peut rĂ©aliser son salut sans le concours de l’autre. Une belle allĂ©gorie de la compassion et de la fraternitĂ©.

 

LĂ  encore, la fresque antiquisante sert un drame construit comme l’approfondissement d’une reconnaissance partagĂ©e (qui s’achĂšve par l’apologie du couple comme La Femme sans ombre), d’un humanisme individuel aussi (car la rĂ©ussite des deux dĂ©pend de la transformation individuelle de chaque) ; une rĂ©vĂ©lation vĂ©cue Ă  deux qui prend souvent la forme d’un thĂ©Ăątre domestique car comme c’est le cas de beaucoup d’opĂ©ras de Strauss, contredisant la flamboyance symphonique de la fosse (ou plutĂŽt la complĂ©tant et l’enrichissant), l’ouvrage est trĂšs bavard, imposant toujours la force et la tension du texte, un verbe souvent symbolique et spirituel, propre Ă  l’idĂ©al fraternel et humaniste de Hugo von Hofmannsthal.  Ici le mythe rejoint le rĂ©alisme d’un fait divers.

 

 

Synopsis

Acte I. Les sortilĂšges d’AĂŻthra sauve HĂ©lĂšne de MĂ©nĂ©las. Sur son Ăźle non loin du littoral Ă©gyptien, AĂŻthra attend le retour de son amant PosĂ©idon. La conque omnisciente lui dĂ©voile alors ce que se trame sur l’ocĂ©an : sur un navire proche de l’Ăźle, MĂ©nĂ©las furieux tente de tuer son Ă©pouse traĂźtresse HĂ©lĂšne. AĂŻthra suscite une terrible tempĂȘte pour sauver la femme ; le couple fait naufrage sur l’Ăźle. AĂŻthra pour tromper MĂ©nĂ©las lui fait boire la coupe de l’oubli : la magicienne l’informe que la guerre de Troie reprend et qu’HĂ©lĂšne l’attend toujours en son palais Ă©gyptien. En outre, HĂ©lĂšne rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e (Ă  qui AĂŻthra a fait boire un filtre de jouvence !) paraĂźt dans toute sa beautĂ© saisissante : MĂ©nĂ©las pense alors avoir rĂ©llement tuer HĂ©lĂšne et Paris ; son Ă©pouse fidĂšle l’attend toujours, alors qu’Ă  Troie, il s’agissait d’une illusion fantomatique.

 

Acte II. Une oasis dans une palmeraie de l’Atlas. MĂ©nĂ©las et HĂ©lĂšne sont accueillis par les vassaux d’AĂŻthra : AltaĂŻr, prince de l’Atlas et son fils Da-ud ; ces deux derniers Ă©blouis par la beautĂ© d’HĂ©lĂšne lui font aussitĂŽt une cour assidue. MĂ©nĂ©las qui pense cependant avoir tuĂ© HĂ©lĂšne et Paris, doute de l’identitĂ© de celle qui prĂ©tend ĂȘtre HĂ©lĂšne. La jeune beautĂ© dĂ©cide alors d’affronter son destin : elle fera boire le philtre du souvenir Ă  son Ă©poux soupçonneux pour qu’il comprenne ce qu’elle a fait, pour qu’il lui pardonne, comprenant enfin son dĂ©sarroi et sa volontĂ© refonder leur couple dans la fidĂ©litĂ© et le mariage. Le miracle se produit : MĂ©nĂ©las reconnaĂźt sa femme et l’accepte par amour. MĂ©nĂ©las tue Da-ud et AlthaĂŻr doit se soumettre aprĂšs l’intervention de PosĂ©idon priĂ© par AĂŻthra. Apologie du couple refondĂ©, le tableau final voit leur fille, Hermione, conduire ses parents pacifiĂ©s, MĂ©nĂ©las et HĂ©lĂšne jusqu’Ă  Sparte.

 

CD
strauss_helene_egypte_egyptienne_decca_cdLa seule version digne d’intĂ©rĂȘt demeure la lecture d’Antal Dorati, Ă  la tĂȘte du Detroit Symphony Orchestra (dont il fut directeur musical de 1977 Ă  1981), enregistrĂ©e Ă  Detroit en 1979. Inimaginable aujourd’hui depuis la crise financiĂšre, le projet s’avĂšre aussi somptueux que pertinent, Ă  la mesure d’une partition autant vocale que symphonique. La distribution Ă©tonne par sa fine caractĂ©risation : Barbara Hendricks (AĂŻthra fĂ©minine et complice d’HĂ©lĂšne, entre amoureuses, le courant passe  et cette Aithra est bien une fidĂšle protectrice pour la jeune grecque ; en dĂ©pit d’un piĂštre allemand, la soprano offre d’Aithra un portrait tendre et ardent); Ă  ses cĂŽtĂ©s, l’HĂ©lĂšne de Gwyneth Jones est stupĂ©fiante, d’embrasement lyrique, une muse hollywoodienne qui se montre de plus en plus proche de MĂ©nĂ©las (honnĂȘte Matti Kastu aux aigus trop faibles et savonnĂ©s). DĂ©jĂ  l’Altair de Willard White accroche l’Ă©coute par sa noblesse dĂ©bordante : arrogance et nervositĂ© du prince oriental, vite Ă©conduit. Les mille couleurs de l’orchestre offrent une fresque toute en accents, vitalitĂ©, rugissements, mais aussi ivresse flamboyante (les deux finals) sont ici passionnants. Une nuance d’humanitĂ© cependant manque Ă  cette intĂ©grale trĂšs recommandable. 2 cd Decca.

 

Lire aussi notre dossier spĂ©cial HĂ©lĂšne d’Egypte

 

DVD. Rossini : Mose in Egitto (Roberto Abbado, 2011). Opus Arte

Rossini: MoisĂš in Egitto (R. Abbado, Pesaro, 2011)
DVD_opus_arte_mose_in_egitto_Abbado_vickA Pesaro, Graham Vick rĂ©actualise dĂ©cors et mise en scĂšne du MoĂŻse de Rossini, dans le contexte de l’actuel conflit israĂ«lo-palestinien… ce qui n’a pas manquĂ© de susciter une vive polĂ©mique en 2011: les juifs ont des mines de terroristes enturbannĂ©s et les Egyptiens guĂšre mieux lotis dans leur barbarie de parvenus occidentalisĂ©s. De facto, l’action originelle parfois incohĂ©rente gagne une nouvelle force dramatique qui accentue la sĂ©duction musicale comme le dĂ©ploiement scĂ©nique de l’oeuvre… Mais pas dans ce fatras d’accessoires et de clins d’yeux parasites que le duo Caurier et Leiser avait imposĂ© au Giulio Cesare du dernier festival de PentecĂŽte de Salzbourg 2012 (Ă©galement empĂȘtrĂ© dans une rĂ©fĂ©rence rocambolesque aux conflits proche-oriental).

Rossini de référence

Si le MosĂš de Riccardo Zanellato est souvent lĂ©ger, le Pharaon d’Alex Esposito lui rafle nettement la vedette par l’assurance de son charisme autant vocal que scĂ©nique. MĂȘme superbe incarnation de Sonia Ganassi dans le rĂŽle d’Elcia, la jeune juive aimĂ©e par le fils de Pharaon. L’Aronne de Yijie Shi prouve encore que, quand ils sont servis par d’authentiques tempĂ©raments, les comprimari (seconds rĂŽles) renforcent nettement l’intelligence dramatique des situations comme l’architecture globale de l’action. Un plus Ă©videmment. Voici donc une version de rĂ©fĂ©rence de MoisĂš rossinien, flamboyant et mĂȘme souvent subtile sous la direction vive, affĂ»tĂ©e de l’excellent Roberto Abbado. Ne serait-ce pas alors l’une des meilleures rĂ©alisations rĂ©cente du festival de Pesaro ? Incontournable.

Gioachino Rossini (1792-1868) : MosĂš in Egitto, opĂ©ra en trois actes, crĂ©Ă© en 1818. MosĂš, Riccardo Zanellato (basse); Elcia, jeune juive aimĂ©e d’Osiride, Sonia Ganassi (soprano); Pharaon, Alex Esposito (baryton-basse); Osiride, le fils de Pharaon, Dmitry Korchak (tĂ©nor); Amaltea, Olga Senderskaya (soprano); Aronne, Yijie Shi (tĂ©nor); Amnenofi, Chiara AmarĂč (mezzo-soprano); Mambre, Enea Scala (tĂ©nor). Orchestre et choeur du ThĂ©Ăątre Communal de Bologne, Roberto Abbado, direction. Graham Vick, mise en scĂšne. EnregistrĂ© Ă  l’Arena Adriatica, Pesaro, Italie, 11-20 AoĂ»t 2011. DurĂ©e: 2h30. 1 dvd Opus Arte.