TOUT ANKH AMON : la dernière enquête

toutankhamon-le-tresor-redecouvert-dvd-video-documentaire-arte-critique-annonce-exposition-par-classiquenewsARTE, Sam 27 avril 2019, 20:50 : TOUTANKHAMON, documentaire inédit. Toute la vérité sur les conditions de la découverte en novembre 1922 de la tombe quasi intacte du jeune souverain égyptien du Nouvel Empire (XVIIIè dynastie) : Toutankhamon. Personne jusqu’alors n’avait supposé l’emplacement de sa sépulture dans un site que l’on croyait avoir sondé : la Vallée des Rois.
Inconnu, non documenté jusqu’à sa découverte, le roi de l’Ancien Egypte ressuscite ainsi grâce aux objets en or de sa sépulture, retrouvé presque par hasard par l’égyptologue Howard Carter (financé par Lord Carnavon).  On sait depuis quelques décennies, grâce aux dernières trouvailles, que Toutankhamon était loin d’être aussi beau et bien portant que son masque funéraire et ses représentations multiples (sculptures, bas reliefs…) le laissent accroire. Il est mort à 19 ans, probablement assassiné, et déjà boiteux, d’une contexture plutôt fragile. Effet de la consanguinité des souverains d’Egypte, Toutankhamon avait épousé sa propre sœur, laquelle était déjà l’épouse de leur père, l’hérésiarque Akhenaton (le fou d’Aton)… Son fils devenu Toutankhamon fut l’alibi des prêtres d’Amon qui prirent soin de restaurer le culte du dieu caché, Amon. Remarquable enquête archéologique et historique qui lève le voile sur l’un des souverains d’Egypte aussi méconnu que fascinant…

DVD événement. TOUTANKHAMON, le trésor redécouvert (Arte éditions 2017)

51k5pYei9iL._SX339_BO1,204,203,200_DVD Ă©vĂ©nement. TOUTANKHAMON, le trĂ©sor redĂ©couvert (Arte Ă©ditions 2017). En complĂ©ment de la grande exposition parisienne dĂ©diĂ© au jeune souverain Ă©gyptien du Nouvelle Empire (XVIIIè dynastie) – La Villette : 23 mars – 15 septembre 2019-, les Ă©ditions ARTE publient un dvd qui fait date : TOUTANKHAMON le trĂ©sor retrouvĂ© (2017, rĂ©alisĂ© par FrĂ©dĂ©ric Willner). L’ensemble du mobilier dĂ©couvert en 1922 par l’archĂ©ologue Howard Carter, dont le sublime masque en or, soulignant la mestriĂ  des orfèvres de l’Egypte Ancienne, est ici analysĂ© selon l’apport des dernières dĂ©couvertes scientifiques. Les objets Ă©taient-ils bien Ă  l’origine destinĂ©s au mobilier funĂ©raire de la tombe du Pharaon ? Carter n’a t il pas au moment de la dĂ©couverte dĂ©robĂ© certaines pièces majeures afin de les rĂ©server pour lui puis les vendre Ă  des collectionneurs passionnĂ©s ?

toutankhamon-le-tresor-redecouvert-dvd-video-documentaire-arte-critique-annonce-exposition-par-classiquenewsC’est un tout autre visage que revêt ainsi le tombeau du monarque égyptien le plus célèbre de l’histoire ancienne. Près de 100 ans après la découverte dans la Vallée des Rois, il était temps de réviser nos croyances : il semble que la plupart des pièces de la sépulture étaient d’abord destinées au tombeau de sa sœur Meritaton… Mené comme une enquête, le documentaire de 1h32mn ne laisse rien au hasard et rétablit enfin la vérité sur la genèse de la seule tombe d’un pharaon, retrouvée intacte, avec tout le matériel enseveli suite à son décès. Magistral immersion. Un must pour les amateurs d’éternité. Et une excellente façon de préparer la visite de l’exposition à La Villette à partir du 23 mars où sont exposés 150 objets provenant du tombeau royal de Toutankhamon.

 
 

 

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Plus d’infos sur le site des éditions ARTE
https://boutique.arte.tv/detail/toutankhamon_le_tresor_redecouvert#
 
 

RĂ©servez votre place pour l’exposition TOUTANKHAMON, le trĂ©sor du Pharaon – Grande Halle de la Villette
https://www.ticketmaster.fr/fr/manifestation/toutankhamon-le-tresor-du-pharaon-billet/idmanif/450008/idtier/22425636/codtypadh/FCM/numadh/01/codeconf/FTMS01?_ga=2.126697163.791193157.1551277289-1205416613.1551277289

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Richard Strauss : Hélène égyptienne (1928-1933)

Poussin_la-sacre-d-apollon_strauss-helene-egypteLa quĂŞte d’HĂ©lène Ă©gyptienne … Dernier opĂ©ra conçu par Hofmannsthal et Strauss, HĂ©lène Ă©gyptienne crĂ©Ă© en 1928 confirme l’AntiquitĂ© comme une source rĂ©gulière et inĂ©puisable : après Elektra, Arianne, voici donc HĂ©lène mais dans un Ă©pisode moins connu, celui indirectement lĂ©guĂ© par Euripide. Homère retrouve HĂ©lène et MĂ©nĂ©las, heureux comme rĂ©conciliĂ©s, malgrĂ© la sĂ©quence d’HĂ©lène enlevĂ© par Paris jusqu’Ă  Troie… Or selon Euripide, soucieux d’expliquer les retrouvailles des Ă©poux, imagine qu’en rĂ©alitĂ©, Pâris aurait enlevĂ© le fantĂ´me d’HĂ©lène ; la vraie HĂ©lène se serait enfuie en Egypte Ă  la cour du ProtĂ©e oĂą l’Ă©poux dubitatif et d’abord trompĂ©, la retrouve ; elle lui aurait toujours Ă©tĂ© loyale.
HĂ©lène Ă©gyptienne raconte l’histoire d’une femme en quĂŞte de son Ă©poux, cherchant Ă  rĂ©tablir la confiance dans leur couple en dĂ©pit d’une rĂ©putation tronquĂ©e mais nĂ©faste… en dĂ©pit de l’infidĂ©litĂ© dont elle s’est rendue coupable. Contre la fatalitĂ© et le poison du soupçon, HĂ©lène veut croire au serment du mariage : ĂŞtre fidèle Ă  son Ă©poux, c’est enfin accomplir son destin. Il n’est jamais trop tard. Voici encore une fois, la figure d’une femme admirable qui souffrante dĂ©sire ĂŞtre sauvĂ©e.

 

 

Vaincre le soupçon, honorer la vérité

 

Pour Hofmannshtal l’idĂ©e des retrouvailles est excellente mais il n’accepte pas le truchement (artificiel) du fantĂ´me. Quand commence l’opĂ©ra, les deux Ă©poux voguent sur un bateau, MĂ©nĂ©las est prĂŞt Ă  tuer sa femme : l’enchanteresse AĂŻthra par solidaritĂ©, suscite une tempĂŞte, et fait Ă©chouer les hĂ©ros sur son Ă®le ; grâce Ă  ses philtres, elle fait croire Ă  MĂ©nĂ©las que HĂ©lène pendant la guerre de Troie, est toujours demeurĂ©e avec elle hors des conflits, sur son Ă®le…
Ainsi se rĂ©alise l’action de l’acte I. Mais pour HĂ©lène qui regrette sa dĂ©loyautĂ©, il s’agit de reconquĂ©rir MĂ©nĂ©las sur un pacte de vĂ©ritĂ© ; cette exigence morale structure tout le second acte. Tout charme est annulĂ© et HĂ©lène veut affronter les reproches de son Ă©poux… qui furieux menace de la tuer, puis renonce et lui pardonne. La vĂ©ritĂ© a payĂ© et HĂ©lène est rachetĂ©e.

Fidèle Ă  ses valeurs, le librettiste nourrit l’action de ce qui n’aurait pu ĂŞtre qu’une comĂ©die lĂ©gère : plus opĂ©rette que grand opĂ©ra, HĂ©lène d’Egypte (ou HĂ©lène Ă©gyptienne) est d’abord une conversation en musique Ă  la façon de ce que sera Capriccio ; le drame, le verbe, la psychologie avant toute Ă©vocation grandiose. Mais Strauss ne sacrifie pas pour autant les accents furieusement et sensuellement orientaliste de la partition qui inscrit dans la comĂ©die lyrique les parfums d’une Égypte bien prĂ©sente. L’AntiquitĂ© sous le filtre des deux concepteurs est un huit clos domestique, souvent proche d’un vaudeville. Mais la finesse de l’orchestration, l’architecture des scènes et la progression des Ă©pisodes comme l’Ă©volution des caractères, MĂ©nĂ©las transfigurĂ©, HĂ©lène mĂ©tamorphosĂ©e entre espĂ©rance et culpabilitĂ©, portĂ©e par la complicitĂ© d’AĂŻthra … composent in fine une oeuvre maĂ®tresse dans la carrière lyrique de Strauss… hĂ©las constamment absente des scènes d’opĂ©ras en raison de la difficultĂ© du rĂ´le titre (n’est pas Gwyneth Jones qui veut… l’auditeur se reportera ainsi avec bĂ©nĂ©fice sur le seul enregistrement disponible et valable chez Decca).

AidĂ© de Klemens Krauss, Strauss opère une nouvelle version pour l’acte II en 1933 : plus directe moins circulaire et rĂ©pĂ©titive, l’action psychologique se resserre sur la relation complexe des deux Ă©poux vers leur rĂ©conciliation salvatrice; au final, MĂ©nĂ©las efface toute aspiration vengeresse et stĂ©rile, accepte d’ĂŞtre sauvĂ© de sa folie meurtrière… HĂ©lène rĂ©ussit dans son Ĺ“uvre d’expiation. De beautĂ© fatale et Ă©gocentrique, souhaitant le pardon de son mari, la jeune femme tend vers l’humanitĂ©, l’amour, l’humilitĂ©. C’est de ce point de vue l’une des mĂ©tamorphoses fĂ©minines la plus aboutie dans le théâtre de Strauss et Hofmannsthal. Ici le salut de chaque Ă©poux ne peut ĂŞtre rĂ©alisĂ© sans l’accord des deux dans le processus parallèle de leur salut progressif. Pour qu’HĂ©lène soit sauvĂ©e, il faut que MĂ©nĂ©las accepte de l’ĂŞtre aussi. Une thĂ©rapie Ă  deux en quelque sorte. C’est Ă  nouveau l’application du principe allomatique dĂ©jĂ  abordĂ© dans La Femme sans ombre, oĂą lĂ  aussi, le salut des quatre protagonistes ne peut se produire que si tous sont sauvĂ©s, car leur destin est indissociable.

Strauss : HĂ©lène d’Egypte (1928)

STRAUSS_R_moustache_juene_golden_age_composer_straussDossier opĂ©ra. Richard Strauss : HĂ©lène d’Egypte (1928). Genèse, enjeux, synopsis. HĂ©lène d’Egypte ou HĂ©lène Egyptienne … Avec Elektra, DaphnĂ©, L’Amour de DanĂ©e,  HĂ©lène Ă©gypienne raconte un Ă©pisode (inĂ©dit voire imaginaire) de l’histoire antique. Strauss n’a cessĂ© d’illustrer la force et la violence des mythes inspirĂ©s par l’AntiquitĂ© et la mythologie grecque. Mais dans deux directions apparemment antinomiques qui ne manquent pas d’enrichir la tension de chaque ouvrage : d’une part, la flamboyance d’une orchestre suractif, philharmonie permanente exprimant, commentant, infirmant parfois le chant des protagonistes sur la scène ;  d’autre part, l’intimisme ardent d’une Ă©criture ciselĂ©e qui, mettant en avant le verbe (au point d’ĂŞtre taxĂ© souvent de bavardage), sert surtout les dialogues entre les hĂ©ros. Entre comĂ©die verbale oĂą règne le chambrisme du chant, et de superbes Ă©vocations orchestrales qui convoquent la profondeur de sentiments sertis ou qui rendent tangibles souffle et spectaculaire de l’Ă©popĂ©e hĂ©roĂŻque et lĂ©gendaire, chaque chef doit trouver le juste Ă©quilibre comme la bonne dynamique pour prĂ©server,  la solennitĂ© des tableaux, l’intelligibilitĂ© du texte et la continuitĂ© de l’action théâtrale.

 

 

HĂ©lène d’Egypte,
opéra psychologique

 

Hofmannsthal_portraitEn outre, au moment de la conception théâtrale, Strauss et son librettiste entendent Ă©clairer la cohĂ©rence psychologique de chaque personnage et aussi servir un thème que le compositeur aime illustrer sous l’influence du poète Hugo von Hofmannsthal avec lequel il a constituĂ© un duo miraculeux : la mĂ©tamorphose qui rĂ©vèle le hĂ©ros ou l’hĂ©roĂŻne Ă  leur vĂ©ritable identitĂ©, dyonisienne ou apollinienne, introspective et solitaire ou compatissante, altruiste et fraternelle. Exclusion ou intĂ©gration, chaque protagoniste fait l’expĂ©rience d’une ” catastrophe ” qu’il partage avec le spectateur tout au long du drame jusqu’Ă  l’accomplissement de la scène finale qui en est la rĂ©solution ultime. Le cas le plus flagrant ici en est la dernière scène de DaphnĂ© oĂą la nymphe fusionne avec la nature en se mĂ©tamorphosant en arbre laurier, car depuis le dĂ©but pourtant sollicitĂ©e par le dĂ©sir du berger Leucippe et d’Apollon dans un premier temps, DaphnĂ© n’aspire qu’Ă  rĂ©aliser sa nature contemplative et apollinienne, Ă©cartant dĂ©finitivement toute sensualitĂ© charnelle. En fin d’action, elle rĂ©alise parfaitement son essence solitaire et abstraite. Elle se pĂ©trifie (au sens premier du terme) : quittant son enveloppe humaine et organique pour un Ă©tat non Ă©motionnel.

 

révélation de sa nature profonde

Il s’agit dans tous les cas d’effacer l’oeuvre des artifices et des intrigues pour affronter en un rituel irrĂ©versible et dĂ©cisif voire salvateur, la vĂ©ritĂ© pour chacun. Cette rĂ©vĂ©lation ne peut se rĂ©aliser sans le concours de l’autre : rencontre, confrontation, comprĂ©hension profonde …  Tel serait le sens profond de l’opĂ©ra HĂ©lène d’Egypte, une  clĂ© de comprĂ©hension qui explique la structure et la dramaturgie de l’opĂ©ra conçu par Hofmannsthal et Strauss. L’ouvrage sera ensuite rĂ©visĂ© par le chef Clemens Kraus avec l’aval du compositeur en 1933.  Il s’agit de la dernière oeuvre recueillant les fruits d’une prodigieuse collaboration, celle de Strauss et de son librettiste, le poète Hofmannsthal qui devait mourir en 1929.

 

le salut d’HĂ©lène passe par la conscience de MĂ©nĂ©las

Poussin_muse_apollon_sireneHofmansthal choisit de faire d’HĂ©lène une anti Isolde, femme sĂ©ductrice (douĂ©e de toutes les sĂ©ductions orientales) tournĂ©e non vers la nuit extatique, en une ivresse nocturne qui dissout toute conscience (Isolde au II)èe acte de Tristan und Isolde de Wagner), mais vers la lumière pour affronter le regard de l’Ă©poux qu’elle a trompĂ© (avec Paris) : MĂ©nĂ©las voit ainsi sa femme revenir Ă  lui : saura-t-il lui pardonner ? La volontĂ© d’assumer sa faute fait d’HĂ©lène une figure admirable de loyautĂ© recouvrĂ©e ; elle permet surtout Ă  MĂ©nĂ©las d’Ă©voluer au delĂ  de ses propres limites. Le couple se trouve sublimĂ© et transfigurĂ© par cette expĂ©rience dĂ©sormais vĂ©cue Ă  2. Les deux concepteurs inventent l’Ă©pisode d’HĂ©lène en Egypte (après l’Ă©pisode homĂ©rique qui Ă©voque surtout le siège de Troie pour y dĂ©livrer la belle retenue captive).
Revenue de son amour pour Pâris jĂ  Troie, HĂ©lène paraĂ®t ici comme coupable et fautive, souhaitant s’amender vis Ă  vis de son Ă©poux de l’infidĂ©litĂ© qui la ronge et la dĂ©truit. L’Ă©pisode Ă©gyptien est pour HĂ©lène, l’histoire de sa rĂ©demption non plus comme sirène sensuelle mais comme Ă©pouse et femme loyale.

 

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A ses cĂ´tĂ©s, MĂ©nĂ©las (qui incarne comme l’ordre moral un rien psychorigide : la raison, le mariage, les lois de la famille) Ă©prouve aussi les Ă©tapes d’un itinĂ©raire en mĂ©tamorphoses qui le mène du mari cocufiĂ© pĂ©trifiĂ© dans son humiliation vers un ĂŞtre nouveau capable de se rĂ©gĂ©nĂ©rer et de pardonner Ă  HĂ©lène. Strauss et Hofmannsthal permettent donc deux carrières simultanĂ©es et presque parallèles dont l’une permet la rĂ©demption de l’autre, et vice versa. MĂ©nĂ©las tente de se dĂ©faire de la collectivitĂ© masculine (conforme, absente au changement) pour atteindre cette individualitĂ© absente au dĂ©part, qui lui permet ensuite d’exprimer et de vivre enfin le salut du pardon. HĂ©lène, l’HĂ©lène polygame de l’Orient, sĂ©ductrice collectionneuse d’aventures et de conquĂŞtes souhaite elle aussi un nouveau statut ou une nouvelle conscience, appartenir entièrement Ă  son Ă©poux, ĂŞtre reconnue de lui, ĂŞtre pardonnĂ© de ses fautes passĂ©es.
Il y a bien un parallèle avec La femme sans ombre : contrairement Ă  l’Empereur, MĂ©nĂ©las ici Ă©volue et change spirituellement, passant de la pĂ©trification psychique au pardon, MĂ©nĂ©las peut enfin comprendre son Ă©pouse et l’aimant pour ce qu’elle est viscĂ©ralement, refonder leur mariage contre le mensonge d’une frivolitĂ© sensuelle. De mĂŞme, les personnages clĂ©s de l’ImpĂ©ratrice comme de la Teinturière illustrent ce passage de l’Ă©goĂŻsme narcissique (la première veut une ombre, la seconde veut s’enivrer au bras du jeune homme fantomatique) Ă  l’amour pur rĂ©conciliant les Ă©poux. C’est aussi l’application du principe de l’allomatie : chaque destin se trouve dĂ©pendant les uns des autres. Aucun ĂŞtre ne peut rĂ©aliser son salut sans le concours de l’autre. Une belle allĂ©gorie de la compassion et de la fraternitĂ©.

 

LĂ  encore, la fresque antiquisante sert un drame construit comme l’approfondissement d’une reconnaissance partagĂ©e (qui s’achève par l’apologie du couple comme La Femme sans ombre), d’un humanisme individuel aussi (car la rĂ©ussite des deux dĂ©pend de la transformation individuelle de chaque) ; une rĂ©vĂ©lation vĂ©cue Ă  deux qui prend souvent la forme d’un théâtre domestique car comme c’est le cas de beaucoup d’opĂ©ras de Strauss, contredisant la flamboyance symphonique de la fosse (ou plutĂ´t la complĂ©tant et l’enrichissant), l’ouvrage est très bavard, imposant toujours la force et la tension du texte, un verbe souvent symbolique et spirituel, propre Ă  l’idĂ©al fraternel et humaniste de Hugo von Hofmannsthal.  Ici le mythe rejoint le rĂ©alisme d’un fait divers.

 

 

Synopsis

Acte I. Les sortilèges d’AĂŻthra sauve HĂ©lène de MĂ©nĂ©las. Sur son Ă®le non loin du littoral Ă©gyptien, AĂŻthra attend le retour de son amant PosĂ©idon. La conque omnisciente lui dĂ©voile alors ce que se trame sur l’ocĂ©an : sur un navire proche de l’Ă®le, MĂ©nĂ©las furieux tente de tuer son Ă©pouse traĂ®tresse HĂ©lène. AĂŻthra suscite une terrible tempĂŞte pour sauver la femme ; le couple fait naufrage sur l’Ă®le. AĂŻthra pour tromper MĂ©nĂ©las lui fait boire la coupe de l’oubli : la magicienne l’informe que la guerre de Troie reprend et qu’HĂ©lène l’attend toujours en son palais Ă©gyptien. En outre, HĂ©lène rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e (Ă  qui AĂŻthra a fait boire un filtre de jouvence !) paraĂ®t dans toute sa beautĂ© saisissante : MĂ©nĂ©las pense alors avoir rĂ©llement tuer HĂ©lène et Paris ; son Ă©pouse fidèle l’attend toujours, alors qu’Ă  Troie, il s’agissait d’une illusion fantomatique.

 

Acte II. Une oasis dans une palmeraie de l’Atlas. MĂ©nĂ©las et HĂ©lène sont accueillis par les vassaux d’AĂŻthra : AltaĂŻr, prince de l’Atlas et son fils Da-ud ; ces deux derniers Ă©blouis par la beautĂ© d’HĂ©lène lui font aussitĂ´t une cour assidue. MĂ©nĂ©las qui pense cependant avoir tuĂ© HĂ©lène et Paris, doute de l’identitĂ© de celle qui prĂ©tend ĂŞtre HĂ©lène. La jeune beautĂ© dĂ©cide alors d’affronter son destin : elle fera boire le philtre du souvenir Ă  son Ă©poux soupçonneux pour qu’il comprenne ce qu’elle a fait, pour qu’il lui pardonne, comprenant enfin son dĂ©sarroi et sa volontĂ© refonder leur couple dans la fidĂ©litĂ© et le mariage. Le miracle se produit : MĂ©nĂ©las reconnaĂ®t sa femme et l’accepte par amour. MĂ©nĂ©las tue Da-ud et AlthaĂŻr doit se soumettre après l’intervention de PosĂ©idon priĂ© par AĂŻthra. Apologie du couple refondĂ©, le tableau final voit leur fille, Hermione, conduire ses parents pacifiĂ©s, MĂ©nĂ©las et HĂ©lène jusqu’Ă  Sparte.

 

CD
strauss_helene_egypte_egyptienne_decca_cdLa seule version digne d’intĂ©rĂŞt demeure la lecture d’Antal Dorati, Ă  la tĂŞte du Detroit Symphony Orchestra (dont il fut directeur musical de 1977 Ă  1981), enregistrĂ©e Ă  Detroit en 1979. Inimaginable aujourd’hui depuis la crise financière, le projet s’avère aussi somptueux que pertinent, Ă  la mesure d’une partition autant vocale que symphonique. La distribution Ă©tonne par sa fine caractĂ©risation : Barbara Hendricks (AĂŻthra fĂ©minine et complice d’HĂ©lène, entre amoureuses, le courant passe  et cette Aithra est bien une fidèle protectrice pour la jeune grecque ; en dĂ©pit d’un piètre allemand, la soprano offre d’Aithra un portrait tendre et ardent); Ă  ses cĂ´tĂ©s, l’HĂ©lène de Gwyneth Jones est stupĂ©fiante, d’embrasement lyrique, une muse hollywoodienne qui se montre de plus en plus proche de MĂ©nĂ©las (honnĂŞte Matti Kastu aux aigus trop faibles et savonnĂ©s). DĂ©jĂ  l’Altair de Willard White accroche l’Ă©coute par sa noblesse dĂ©bordante : arrogance et nervositĂ© du prince oriental, vite Ă©conduit. Les mille couleurs de l’orchestre offrent une fresque toute en accents, vitalitĂ©, rugissements, mais aussi ivresse flamboyante (les deux finals) sont ici passionnants. Une nuance d’humanitĂ© cependant manque Ă  cette intĂ©grale très recommandable. 2 cd Decca.

 

Lire aussi notre dossier spĂ©cial HĂ©lène d’Egypte

 

DVD. Rossini : Mose in Egitto (Roberto Abbado, 2011). Opus Arte

Rossini: Moisè in Egitto (R. Abbado, Pesaro, 2011)
DVD_opus_arte_mose_in_egitto_Abbado_vickA Pesaro, Graham Vick rĂ©actualise dĂ©cors et mise en scène du MoĂŻse de Rossini, dans le contexte de l’actuel conflit israĂ«lo-palestinien… ce qui n’a pas manquĂ© de susciter une vive polĂ©mique en 2011: les juifs ont des mines de terroristes enturbannĂ©s et les Egyptiens guère mieux lotis dans leur barbarie de parvenus occidentalisĂ©s. De facto, l’action originelle parfois incohĂ©rente gagne une nouvelle force dramatique qui accentue la sĂ©duction musicale comme le dĂ©ploiement scĂ©nique de l’oeuvre… Mais pas dans ce fatras d’accessoires et de clins d’yeux parasites que le duo Caurier et Leiser avait imposĂ© au Giulio Cesare du dernier festival de PentecĂ´te de Salzbourg 2012 (Ă©galement empĂŞtrĂ© dans une rĂ©fĂ©rence rocambolesque aux conflits proche-oriental).

Rossini de référence

Si le Mosè de Riccardo Zanellato est souvent lĂ©ger, le Pharaon d’Alex Esposito lui rafle nettement la vedette par l’assurance de son charisme autant vocal que scĂ©nique. MĂŞme superbe incarnation de Sonia Ganassi dans le rĂ´le d’Elcia, la jeune juive aimĂ©e par le fils de Pharaon. L’Aronne de Yijie Shi prouve encore que, quand ils sont servis par d’authentiques tempĂ©raments, les comprimari (seconds rĂ´les) renforcent nettement l’intelligence dramatique des situations comme l’architecture globale de l’action. Un plus Ă©videmment. Voici donc une version de rĂ©fĂ©rence de Moisè rossinien, flamboyant et mĂŞme souvent subtile sous la direction vive, affĂ»tĂ©e de l’excellent Roberto Abbado. Ne serait-ce pas alors l’une des meilleures rĂ©alisations rĂ©cente du festival de Pesaro ? Incontournable.

Gioachino Rossini (1792-1868) : Mosè in Egitto, opĂ©ra en trois actes, crĂ©Ă© en 1818. Mosè, Riccardo Zanellato (basse); Elcia, jeune juive aimĂ©e d’Osiride, Sonia Ganassi (soprano); Pharaon, Alex Esposito (baryton-basse); Osiride, le fils de Pharaon, Dmitry Korchak (tĂ©nor); Amaltea, Olga Senderskaya (soprano); Aronne, Yijie Shi (tĂ©nor); Amnenofi, Chiara AmarĂą (mezzo-soprano); Mambre, Enea Scala (tĂ©nor). Orchestre et choeur du Théâtre Communal de Bologne, Roberto Abbado, direction. Graham Vick, mise en scène. EnregistrĂ© Ă  l’Arena Adriatica, Pesaro, Italie, 11-20 AoĂ»t 2011. DurĂ©e: 2h30. 1 dvd Opus Arte.