Cecilia Bartoli & Friends : un portrait de la diva romaine

bartoli-mezzo-soprano-critique-opera-concert-annonce-classiquenews-Cecilia-Bartoli-AlcinaARTE. Dim 3 mars 2019. 23h40. Cecilia Bartoli. BARTOLI & Friends. NĂ© Ă  Rome le 4 juin 1966, la quinqua Bartoli peut ĂȘtre fiĂšre de sa carriĂšre, marquĂ©e par la jeunesse virtuose et dĂ©fricheuse, passionnĂ©e par le Baroque et muse de l’opĂ©ra romantique italien. Elle a dĂ©montrĂ© l’étendue de ses talents : du XVIIĂš montĂ©verdien, au opĂ©ras belliniens et rossiniens, dĂ©voilant un bel canto, articulĂ©, habitĂ©, aussi captivant que celui de La CALLAS
 c’est dire. On n’oubliera pas non plus son incursion chez Berlioz, Ă©gĂ©rie, ambassadrice du dĂ©sir berliozien, celui suscitĂ© par la vĂ©nĂ©ration pour la jeune actrice Hariett Smithson (qui deviendra son Ă©pouse) et qui lui transmet le virus de Shakespeare. MĂ»re, riche d’une expĂ©rience passionnante qui s’est Ă©crite en jalons discographique surtout Ă©ditĂ© par Decca, la mezzo coloratoure ne cesse d’étendre encore les champs de ses explorations : un rĂ©cent Vivaldi acte II, a confirmĂ© son sens de la sculpture du mot

Le seul documentaire qui lui avait jusque-lĂ  Ă©tĂ© consacrĂ© date Ă©trangement de vingt-six ans, alors que la jeune mezzo-soprano colorature dĂ©butait Ă  peine sa prodigieuse carriĂšre. Un quart de siĂšcle plus tard, ce film, tournĂ© Ă  l’aube de ses 50 ans, retrace son extraordinaire parcours. Le rĂ©alisateur Fabio De Luca a suivi l’incandescente cantatrice italienne, nĂ©e Ă  Rome en 1966, dans tous les thĂ©Ăątres d’Europe oĂč elle se produisait, sur scĂšne comme dans les coulisses. Dans ce portrait intime, l’artiste, interprĂšte majeure de Rossini, Vivaldi et Mozart, ses compositeurs fĂ©tiches, mais aussi inlassable exploratrice musicale, se livre en Ă©voquant les Ă©tapes et les rencontres qui ont marquĂ© sa vie. Un hommage Ă  l’une des plus grandes divas actuelles, nourri aussi des tĂ©moignages des musiciens qui l’ont accompagnĂ©e, de Daniel Barenboim Ă  Gustavo Dudamel en passant par Antonio Pappano, Martha Argerich ou encore Philippe Jaroussky. Cecilia Bartoli comme on ne l’a encore jamais entendue


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ARTE. Bartoli & Friends, Dim 3 mars 2019. 23h40. Cecilia Bartoli. BARTOLI & Friends – Documentaire de Fabio De Luca (France/Suisse, 2018, 54mn)

LIVRE, critique. Wayne Koestenbaum Anatomie de la Folle Lyrique (Editions Philharmonie de Paris, janvier 2019)

thumbnail_afl_plat1LIVRE, critique. Wayne Koestenbaum Anatomie de la Folle Lyrique (Editions Philharmonie de Paris, janvier 2019). Au dĂ©but des annĂ©es 1990, l’amĂ©ricain Wayne Koestenbaum dĂ©voile et analyse sa passion pour l’opĂ©ra ; il dĂ©cortique scientifiquement sa fascination pour le chant de la diva, en tant que gay, manifestant cette culture appelĂ©e depuis « opera queen ». Mais au-delĂ  de cette typologie spĂ©cifique, l’auteur, tĂ©moin minutieux et trĂšs argumentĂ©, explique tout ce qui est sujet Ă  admirer dans la figure de la soprano, nouvelle dĂ©esse proclamĂ©e : il en dĂ©duit une histoire recomposĂ©e des grandes divas, Ă  travers ses premiĂšres vĂ©nĂ©rations, non encore canalisĂ©es puis classifiĂ©es comme elles le sont dans ce texte particuliĂšrement complet. L’amateur, le connaisseur, ou bien le nĂ©ophyte, sans qu’il soit nĂ©cessairement identique en goĂ»t et en style Ă  l’auteur, retrouveront ici les piliers et les fondamentaux que tout lyricophile (qu’il soit gay ou non) se doit de maĂźtriser : une culture commun et un tronc de base pour mieux comprendre ce qui relĂšve de la fascination pour la diva. VoilĂ  pourquoi on aurait tort de circonscrire cet essai personnel Ă  son unique affiche gay. Les enseignements du texte vont au delĂ .
Comme un analyste clinicien, et donc un « guide », Wayne Koestenbaum rĂ©alise une maniĂšre de dissection anatomique, explicitant tout ce qui est Ă  l’Ɠuvre Ă  l’intĂ©rieur de la scĂšne opĂ©ra et chez le phĂ©nomĂšne et le mythe de la diva – « fonctionnement du corps (et donc de la gorge, organe objet de fantasmes les plus dĂ©lirants), de l’Ă©coute, des institutions et de l’imagination”. Paru en 1993, le texte cristallise Ă  l’époque oĂč le sida fait des ravages au sein des communautĂ©s homosexuelles, une prise de conscience, vĂ©cue comme une obligation et un exutoire dans l’urgence et la tragĂ©die de temps difficiles.

Wayne Koestenbaum explique donc en 7 chapitres le phĂ©nomĂšne Queer Ă  l’opĂ©ra, c’est Ă  dire ce que nous nommons en France et surtout Ă  Paris, entre Garnier et Bastille, la « Folle lyrique » : Les Folles lyriques ; le Fan enfermĂ© ou l’opĂ©ra chez soi ; code de conduites des divas ; le culte de Callas ; le gosier de la reine, ou l’art du chant ; l’indicible mariage de la musique et du mot : enfin, « petit guide des moments queer de l’opĂ©ra ». En complĂ©ment, l’éditeur ajoute deux autres contributions : celle de Tony Kushner, qui a signĂ© la prĂ©face Ă  la rĂ©Ă©dition de 2001 ; puis l’article du français TimothĂ©e Picard , auteur de la « postface » Ă  la prĂ©sente Ă©dition française de janvier 2019.

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Wayne Koestenbaum © Ebru Yildiz

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LIVRE, critique. Wayne Koestenbaum Anatomie de la Folle Lyrique (Editions Philharmonie de Paris, janvier 2019) – ISBN : 9791094642139 / 979-1-09-464213-9 – Éditeur : Philharmonie de Paris – Date de publication : 24/01/2019 – Dimensions : 17 x 12 x 2 cm – Poids :440 g

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Entretien avec TimothĂ©e PICARD, auteur de la postface « Grandiose et grotesque, d’hier et de demain : l’éternellement subversive folle lyrique », du livre Ă©ditĂ© par la Philharmonie de Paris en janvier 2019

thumbnail_afl_plat1ENTRETIEN avec TimothĂ©e PICARD. A propos de « Anatomie de la folle lyrique »  TimothĂ©e Picard a Ă©crit la postface du livre que vient d’éditer La Philharmonie : “ Anatomie de la folle lyrique ”, essai sur l‘opĂ©ra de l’amĂ©ricain Wayne Koestenbaum, paru pour la premiĂšre fois en 1993. Pour cette premiĂšre Ă©dition en français, TimothĂ©e Picard rĂ©sume les enjeux et les enseignements d’un texte qui a comptĂ© dans l’histoire de la typologie du public d’opĂ©ra, depuis les annĂ©es 1990
 C’est pourtant moins ce qui date le texte et l’inscrit dans une pĂ©riode prĂ©cise de l’histoire du XXĂš que les fondamentaux et invariants, intellectuels, esthĂ©tiques, artistiques qu’il Ă©claire, que l’écrivain et musicologue met en lumiĂšre. En s’interrogeant sur lui-mĂȘme, et en interrogeant le phĂ©nomĂšne de l’opĂ©ra, singulier, intact, d’une permanente actualitĂ©, Koestenbaum ne cible-t-il pas ce qui identifie spĂ©cifiquement un genre toujours fascinant ? TimothĂ©e Picard analyse ainsi ce qui fonde les apports d’un texte pertinent et majeur au delĂ  de son titre polĂ©mique
 Entretien exclusif pour CLASSIQUENEWS.COM

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Marguerite, l’antidiva, avec Catherine Frot

Marguerite : l'antidivaTĂ©lĂ©. Marguerite : l’antidiva, avec Catherine Frot. Canal+, le 13 septembre 2016, 20h50. Sorti en septembre 2015, le film franco-belge a depuis permis Ă  l’excellente actrice dans le rĂŽle titre, Catherine Frot de recevoir le Prix de la meilleure actrice lors de la remise des CĂ©sars 2016 : une consĂ©cration tout Ă  fait mĂ©ritĂ©e tant son jeu et sa finesse dramatique restitue au personnage vĂ©ridique, une sincĂ©ritĂ© bouleversante. Si la riche amĂ©ricaine Florence Foster Jenkins se voulait diva lĂ©gendaire n’ayant aucun voix et surtout chantant trĂšs faux, sa passion pour la musique et sa loyautĂ© Ă  servir son rĂȘve la rendent touchante.

Au dĂ©marrage du projet cinĂ©matographique, c’est en Ă©coutant la fameuse bande enregistrĂ©e de Florence Foster Jenkins interprĂ©tant (massacrant) l’air de la reine de la nuit de La FlĂ»te enchantĂ©e de mozart, que le rĂ©alisateur, Xavier Giannoli, saisi par l’histoire de l’AmĂ©ricaine, conçut un scĂ©nario pour une fiction. NaĂŻvetĂ© d’une riche amĂ©ricaine Ă  se reprĂ©senter comme une diva ; hypocrisie de son entourage qui ne lui a jamais avouĂ© qu’elle chantait faux
 le mĂ©lange de candeur et de mensonge a imposĂ© l’idĂ©e d’un excellent drame pour le grand Ă©cran.

Catherine Frot dans le rĂŽle-titre fait ainsi en 2015 un retour remarquĂ©, elle qui n’avait pas incarnĂ© un personnage consistant depuis la comĂ©die Les Saveurs du palais de Christian Vincent en 2012. Au delĂ  du jeu dramatique, l’actrice française sait exprimer la part de sincĂ©ritĂ© dans la dĂ©marche pathĂ©tique d’une femme qui se rĂȘve diva sans en avoir les moyens, et qui cynisme abject, est mĂȘme encouragĂ©e par son entourage Ă  poursuivre dans ce sillon pernicieux. Catherine Frot avoue avoir Ă©tĂ© particuliĂšrement touchĂ©e par la sincĂ©ritĂ© de cette femme dont l’amour de la musique dĂ©voile en vĂ©ritĂ©, une Ăąme d’artiste. La comĂ©dienne a pris soin de travailler son chant pour le film afin de rĂ©vĂ©ler ce qu’il y a de beau c’est Ă  dire de touchant, Ă  jouer et chanter faux. Pour mieux comprendre l’époque et restituer l’ambiance sociale propres aux annĂ©es 1940, l’actrice a lu de nombreuses biographies des grandes divas de l’Entre-Deux-Guerres, une pĂ©riode oĂč les chanteuses ont Ă©tĂ© particuliĂšrement acclamĂ©es voire divinisĂ©es, telles Rose Caron Ă  Fanny Heldy

MĂȘme s’il a Ă©tĂ© doublĂ©e, grĂące au concours d’une chanteuse professionnelle possĂ©dant la technique vocale d’une chanteuse d’opĂ©ra, Catherine Frot a travaillĂ© postures et mimiques d’une cantatrice aguerrie. Le film regorge d’extraits et de citations musicales ; les mĂ©lomanes retrouvent les pages de “Casta Diva” de Bellini ; plusieurs airs d’opĂ©ras baroques (Purcell, Vivaldi
), du jazz, des morceaux plus rĂ©cents signĂ©s Poulenc et Honegger, du dideridgoo australien ou encore de la musique indienne.
Au mĂȘme moment que le tournage français, Hollywood s’est aussi passionnĂ© pour l’histoire de Florence l’antidiva amĂ©ricaine et Xavier Giannoli a appris qu’un biopic hollywoodien se concrĂ©tisait alors dĂ©diĂ© Ă  Florence Foster, fiction amĂ©ricaine, intitulĂ© Florence Foster Jenkins, rĂ©alisĂ©e par Stephen Frears avec Meryl Streep dans le rĂŽle de la cantatrice et Hugh Grant, dans ce lui de son compagnon, amusĂ©, dĂ©sabusĂ©, aimant et complice de ce mensonge entretenu


Anecdote : le visuel de l’affiche du film Marguerite, s’inspire d’une photo rĂ©elle de Florence Foster Jenkins sur laquelle la pseudo diva amĂ©ricaine apparaissait avec une paire d’ailes d’ange blanches dans le dos ainsi qu’un diadĂšme de reine. Ainsi en 2015, Ă  dĂ©faut de rentrer au panthĂ©on des divas de l’opĂ©ra, Florence devenue Marguerite s’est imposĂ©e au grand Ă©cran, passant d’un rĂȘve lyrique avortĂ© Ă  une incarnation cinĂ©matographique saisissante.

Dans le film, Catherine Frot a rencontré le comédien Michel Fau qui joue Atos Pezzini, le professeur de chant de Marguerite, personnalité fantasque qui sous couverte de sincérité, entretient la pseudo diva dans le mensonge de sa vie.
AprĂšs la fin du tournage, les deux acteurs ont collaborĂ© ensemble au thĂ©Ăątre dans la piĂšce “Fleur ce Cactus” de Pierre Barillet et Jean-Pierre GrĂ©dy, piĂšce que le comĂ©dien met en scĂšne et dans laquelle l’actrice tient le rĂŽle principal.

En filigrane, Ă  travers ce biopic qui est surtout un drame sentimental, le film Marguerite tente d’élucider la part tĂ©nue d’une personnalitĂ© qui cherche Ă  trouver le moyen de poursuivre et nourrir son histoire d’amour. Certes les scĂšnes oĂč la fausse diva massacre les airs cĂ©lĂšbres de l’opĂ©ra sont du plus haut comique, mais leur part dĂ©risoire exprime aussi une vĂ©ritĂ© qui nous touche.

Marguerite
COMÉDIE DRAMATIQUE -  Franco-belge (2015) -  2h09
Réalisateur : Xavier Giannoli
Avec : Catherine Frot, AndrĂ© Marcon

Date de sortie : Mer. 16 septembre 2015
Diffusion TV : mardi 13 à 21:00 sur CANAL+