CRITIQUE, 26ù Festival de Pñques de DEAUVILLE, les 29, 30 avril 2022. David Kadouch, Edgarl Moreau, Justin Taylor


CRITIQUE, 26Ăš Festival de PĂąques de DEAUVILLE, les 29, 30 avril 2022. David Kadouch, Edgarl Moreau, Justin Taylor
 A l’orĂ©e d’une belle journĂ©e de printemps Ă  Deauville, la plus belle des Ă©motions nait toujours de la contemplation des choses simples. La musique de chambre, dans le cadre de la Salle Elie de Brignac convoque le substrat le plus pur des sens et invite Ă  un voyage en immersion au coeur de la musique. La sonate pour violoncelle en la mineur de Grieg a Ă©tĂ© composĂ©e Ă  une pĂ©riode assez trouble pour le compositeur norvĂ©gien. Oeuvre unique dans sa production chambriste, dĂšs le premier mouvement l’Ă©criture agitĂ©e et mĂ©lancolique reflĂšte le contexte difficile de sa crĂ©ation. En effet Grieg sortait en 1882 d’une pĂ©riode de maladie et de grande activitĂ© en tant que chef d’orchestre. Or son esprit romantique s’imprime sur les trois mouvements, Ă  la fois dans la citation Ă  des extraits de ses propres oeuvres (Trauermarsch zum Andenken an Richard Nordraak and Sigurd Jorsalfar). DĂ©tail curieux, Ă  partir de la mesure 119 du troisiĂšme mouvement, les oreilles latino-amĂ©ricaines pourront reconnaĂźtre l’influence directe de Grieg sur le deuxiĂšme couplet de la chanson “Fiesta de los zapatos” (“La fĂȘte des chaussures”) du compositeur pour enfants des annĂ©es 1950, Francisco Gabilondo Soler, dit “Cri-Cri”. La musique voyage sans s’arrĂȘter aux frontiĂšres, rien n’arrĂȘte son influence.

 

 

 

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ACTE DE FOI
En deuxiĂšme partie du concert, le Quatuor pour la fin du Temps d’Olivier Messiaen est une belle contrepartie au romantisme contemplatif de la sonate de Grieg. ComposĂ© dans un camp de prisonniers en pleine guerre, ce monument du genre porte un regard trĂšs complĂ©mentaire sur la contemplation. Grieg nous convie Ă  entrer dans l’Ăąme humaine, souvent ballotĂ©e dans les houles de l’Ă©motion, en revanche Messiaen dĂ©finit l’homme par rapport au divin. MĂȘme si l’esprit jacobin de notre temps ne voit cette oeuvre que sous des philtres purement musicaux, la foi catholique profonde d’Olivier Messiaen arrive Ă  transparaĂźtre avec un message d’espoir malgrĂ© les circonstances les plus terribles. Cette oeuvre est un acte de foi et, oserai-t-on le dire, quasiment une parabole doublĂ©e de prĂȘche. La fin du Temps des hommes, donc l’Apocalypse ne serait que l’inauguration du rĂšgne de Dieu, selon la narrative de Messiaen. Dans le contexte actuel du retour de la barbarie militariste aux confins de l’Europe, ce message d’espoir et de croyance intime peut conforter les uns et Ă©merveiller les autres. La force de cette partition est dans son universalitĂ©.

Pour un tel concert, le Festival de Deauville a rĂ©uni quatre de ses plus beaux talents. Le pianiste David Kadouch ne cesse de nous impressionner par la richesse de son jeu et la force de ses interprĂ©tations. Outre la maĂźtrise technique totale, notamment dans ces partitions redoutables, il nous convie Ă  la contemplation avec Ă©lĂ©gance et une palette brillante de couleurs qui accrochent l’auditoire. Edgar Moreau, fabuleux dans le Grieg, est capable de faire chanter son instrument, dans les complaintes de la sonate et les affres du Messiaen, oĂč il Ă©quilibre son jeu de mille nuances. Dans le Quatuor, sa soeur RaphaĂ«lle Moreau, violoniste brillante, nous ravit par sa technique trĂšs solide et une rĂ©vĂ©lation de contrastes inattendus dans cette partition. Le clarinettiste RaphaĂ«l SĂ©vĂšre s’attaque au solo de l’AbĂźme des oiseaux avec une facilitĂ© qui provoque l’admiration. En plus de maĂźtriser absolument une des pages les plus difficiles de la musique pour clarinette, il y apporte une interprĂ©tation saisissante de vie, comme toutes les voix des oiseaux chantaient en choeur Ă  travers le souffle de son instrument.

AprÚs cette belle soirée, la nature humaine se dévoile. A travers incarnation musicale de si beaux talents et un programme qui semble nous rappeler que sous la voûte céleste nous ne sommes que des coeurs à la dérive entre le divin et la nature. Photo : CL. Doaré / Festival de Pùques de Deauville 2022

26e FESTIVAL DE PÂQUES DE DEAUVILLE
Vendredi 29 avril 2022 – 20h – Salle Elie de Brignac

Edvard Grieg
Sonate pour violoncelle et piano en la mineur, op. 36

Olivier Messiaen
Quatuor pour la fin du Temps

David Kadouch – piano
RaphaĂ«lle Moreau – violon
Edgar Moreau – violoncelle
RaphaĂ«l SĂ©vĂšre – clarinette

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FILIATIONS
Johann Christian Bach (1735 – 1782) est un compositeur qui demeure trĂšs peu connu. Dernier fils de Johann Sebastian Bach, il est connu en France avec le patronyme “ChrĂ©tien” qui semble incorrect vu ses origines. Johann Christian Bach a Ă©tĂ© un des compositeurs les plus connus de la deuxiĂšme moitiĂ© du XVIIIĂšme siĂšcle. ElĂšve de son pĂšre et de son demi-frĂšre Carl-Philipp-Emmanuel Bach. C’est l’unique reprĂ©sentant de la dynastie Bach Ă  avoir composĂ© des opĂ©ras et s’ĂȘtre Ă©tabli en Italie d’abord et Ă  Londres ensuite. Le trĂšs jeune Mozart le rencontre Ă  Milan et noue avec lui une relation d’admiration et de complicitĂ©. Le style du jeune compositeur salzbourgeois sera influencĂ© par celui du jeune Bach notamment dans ses opĂ©ras pour Milan, Mitridate et Lucio Silla. On reconnait la richesse de l’orchestration que Johann Christian Bach emploiera tout le long de sa carriĂšre de compositeur dramatique. En suivant la tradition familiale, il produira aussi des sonates pour clavier et des concerti mais avec les nouveaux codes que ses demi-frĂšres Wilhelm Friedemann et Carl-Philipp-Emmanuel dĂ©velopperont. Mozart, directement influencĂ© par les Bach de ces gĂ©nĂ©rations, adaptera dans des concertii des sonates de son aĂźnĂ©.

Les concertii pour clavier de Mozart sont rĂ©guliĂšrement interprĂ©tĂ©s sur des instruments modernes. Quoi qu’il en soit des interprĂštes, il semble Ă  chaque Ă©coute qu’il manque quelque chose, comme une patine qui ne permet qu’une Ă©coute relative de ces oeuvres, bien trop souvent relĂ©guĂ©es aux complĂ©ments de concerts symphoniques dans les programmes des salles ou des orchestres. Or, Mozart a dĂ©ployĂ© une palette riche et sonore dans ces concertii. Outre la virtuositĂ©, on remarque une fantaisie sans limites. Ecouter ces oeuvres avec des instruments d’Ă©poque et une interprĂ©tation historiquement informĂ©e, nous a permis de redĂ©couvrir ces partitions dans toutes les nuances que Mozart a souhaitĂ© transmettre. On ne s’attarde pas sur la virtuositĂ© redoutable, mais l’on remarque avec plaisir les ciselures de ces petits trĂ©sors dans toute la maĂźtrise de l’orfĂšvre.

Ce concert a Ă©tĂ© exceptionnel dans beaucoup d’aspects. C’est une plongĂ©e auditive dans l’univers de l’Ă©criture pour clavier concertant. De plus, Le Consort nous emmĂšne explorer les sonoritĂ©s du clavecin, de l’orgue positif et du pianoforte. On remarque ainsi l’inventivitĂ© gĂ©niale de Mozart et l’on prend plaisir Ă  goĂ»ter chaque page avec gourmandise dans les diverses expressions instrumentales.

Le Consort est un ensemble Ă  l’enthousiasme communicatif. IntĂ©grĂ© par des instrumentistes Ă  l’Ă©nergie vivifiante, on adore les voir jouer avec une grande complicitĂ© qui s’imbibe dans des interprĂ©tations qui mĂ©tamorphosent l’Ă©coute et le ressenti sensoriel. On les connait bien dans HĂ€ndel, mais on aime les entendre dans Mozart. Le seul regret c’est que nous les rĂȘvons dans des programmes de l’Ecole de Mannheim qu’ils dĂ©fendront avec la subtilitĂ© et la brillance qu’on leur connaĂźt.

On a dĂ©jĂ  louĂ© par le passĂ© le talent de Justin Taylor. Qu’il interprĂšte du rĂ©pertoire français pour clavier seul, ou des formes concertantes, le claveciniste dĂ©montre ici sa maitrise et l’Ă©lĂ©gance de son jeu sur trois types de clavier. D’emblĂ©e au clavecin le jeu est vif sans dĂ©bordements, il sait ciseler les harmonies avec rondeur et prĂ©cision. A l’orgue positif son jeu est virtuose et Ă©quilibrĂ©. La plus belle interprĂ©tation Ă  notre avis fut au pianoforte, instrument difficile Ă  maĂźtriser. Justin Taylor nous a proposĂ© une fabuleuse interprĂ©tation de la Fantaisie en rĂ© mineur. L’oeuvre renvoie aux pages du romantisme qui allait s’installer en Europe dĂšs la fin des annĂ©es 1790. Justin Taylor touche son pianoforte avec introspection et construit une narration lunaire et dĂ©sespĂ©rĂ©e digne des dessins de FĂŒssli. On part dans cette piĂšce aux contrastes quasiment beethovĂ©niens, un clair-obscur parfait. Les premiĂšres mesures du troisiĂšme mouvement du concerto en mi bĂ©mol majeur nous rappellent des pages de HĂ€ndel, dont Mozart apprĂ©ciait le talent de mĂ©lodiste. Justin Taylor s’attaque Ă  ces pages avec l’Ă©nergie des grands interprĂštes et assure ainsi une fin apothĂ©otique Ă  ce concert qui clĂŽt le week-end avec les mille feux du Consort.

Samedi 30 avril 2022 – 20h – Salle Elie de Brignac
Wolfgang Amadeus Mozart
Concerto en ré majeur pour clavecin, deux violons et violoncelle K.107 (I)
Sonate en ut majeur pour deux violons, orgue, violoncelle et basse n°13 K. 328
Concerto en sol majeur pour clavecin, deux violons et violoncelle K. 107 (II)
Fantaisie en ré mineur pour pianoforte K. 397
Concerto en mi bémol majeur pour pianoforte et quatuor à cordes K. 449

LE CONSORT
ThĂ©otime Langlois de Swarte – violon
Sophie de BardonnĂšche – violon
Mathurin Bouny – alto
Hanna Salzenstein – violoncelle
Hugo Abraham – contrebasse
Justin Taylor – clavecin, orgue positif & pianoforte

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. David Kadouch, piano. Les musiques d’Emma Bovary (1 cd Mirare juil 2021)

mirare david kadouch musiques emma bovary farrenc viardot fanny clara critique cd classiquenews CLIC de classiquenews critique cd reviewCRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. David Kadouch, piano. Les musiques d’Emma Bovary (1 cd Mirare juil 2021) – Comme dans son prĂ©cĂ©dent album, RĂ©volution, critiquĂ© et distinguĂ© par CLASSIQUENEWS (CLIC de CLASSIQUENEWS, Ă©tĂ© 2019), le pianiste David Kadouch, parmi les plus convaincants de sa gĂ©nĂ©ration (nĂ© en 1985) interroge ici le romantisme sacrifiĂ© d’une hĂ©roĂŻne de la littĂ©rature française du XIXĂš: Emma Bovary. Le pianiste dĂ©fricheur suit les pas de l’auteur Flaubert et semble analyser les ferments d’une Ăąme passionnĂ©e, trĂšs vite rattrapĂ©e par le sentiment de frustration, de dĂ©pression suicidaire. Le parallĂšle avec les saisons de Fanny Mendelssohn (de l’angĂ©lisme de la jeune mariĂ©e, aux premiers assauts d’une mĂ©lancolie croissante, dĂšs “juin”, son Ă©lan amer, puis « septembre », ses accents paniquĂ©s
), l’hispanisme mĂ©lancolique de Pauline Viardot, les errements illusoires des Nocturnes de Chopin, l’emblĂšme sentimental qu’incarne alors la Valse de Coppelia, transcrite par Dohnanyi d’aprĂšs Delibes, concentrĂ© romantique par excellence
 disent assez la complexitĂ© psychologique dont il est question.

 

 

 

David Kadouch joue Fanny, Clara, Pauline, Louise

rĂ©vĂ©lant le fabuleux piano d’Emma Bovary

 

 

 

Le jeu tout en nuances et subtilitĂ© du pianiste sublime le propos et rend mĂȘme concrĂštement palpitant les rĂȘves et vertiges d’Emma l’insatisfaite.
« A quoi-tu rĂȘves, Emma  », aime entendre David Kadouch. Face Ă  tant de miroitements et scintillements sonores, l’ñme s’abandonne aux parfums d’une musique qui dĂ©voile les profondes aspirations du sentiment. L’épouse Emma ne peut contraindre et contrĂŽler les rĂȘveries d’Emma amoureuse. Comme un frĂšre inattendu, Liszt semble se rapprocher au plus prĂšs du cƓur d’Emma : RĂ©miniscence de Lucia di Lammermoor, l’opĂ©ra qui marqua tant Emma Ă  Rouen, rĂ©sonne comme une alarme secrĂšte, tel le signal avant la tempĂȘte intĂ©rieure. Le Romantique Hongrois en synthĂ©tise les Ă©lans admirables comme les dangers illusoires. En un fabuleux parcours, jalonnĂ© de piĂšces de compositrices affĂ»tĂ©es, rĂȘveuses, et mĂȘme Ă©perdues, (Variations de Clara Wieck, future Ă©pouse Schumann / sublime Notturno en si mineur de Fanny Mendelssohn ; sans omettre l’ivresse nostalgique de l’air russe de Louise Farrenc), David Kadouch nous fait partager les aspirations d’Emma : il en produit l’indicible texture sonore, entre dĂ©sir et regret, songe et dĂ©pression. Formidable hommage cĂ©lĂ©brant l’hĂ©roĂŻne de Flaubert. Passionnant et convaincant.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CRITIQUE CD Ă©vĂ©nement. David Kadouch, piano. Les musiques d’Emma Bovary (1 cd Mirare – enregistrĂ© en juil 2021 au TAP Poitiers) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022.

 

 

 

 

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AUTRE CD de David Kadouch, critiqué sur CLASSIQUENEWS :

kadouch-david-revolution-cd-mirare-critique-cd-classiquenews-clic-de-classiquenews-cd-critique-piano-opera-critiqueCD, Ă©vĂ©nement, annonce. RÉVOLUTION, DAVID KADOUCH, piano (1 cd Mirare, 2018). NĂ© en 1985, le pianiste français DAVID KADOUCH fait partie des rares interprĂštes au toucher savoureux, capable d’une articulation nuancĂ©e, sachant murmurer ou rugir quand il le faut ; toujours au service de l’intĂ©rioritĂ© des oeuvres. A ces qualitĂ©s, il ajoute dans ce nouvel album, une qualitĂ© complĂ©mentaire, celle de l’intelligence conceptrice. Le programme, enjeu de bien des rĂ©flexions pas toujours heureuses chez certain(e)s, s’avĂšre dans son cas d’une intelligence sensible raccordant le chant du piano
 Ă  la mĂ©moire, un temps passĂ©, retrouvĂ© sous le filtre recrĂ©ateur du tĂ©moignage et de la rĂ©itĂ©ration incarnĂ©e. Qu’on aime cet enchaĂźenment de piĂšces millimĂ©trĂ©es oĂč n’ont pas leur place la performance ni l’hystĂ©rie martelĂ©e / marketĂ©e (familiĂšres chez tant de ses confrĂšres/sƓurs). CLIC de CLASSIQUENEWS : en lire PLUS

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON, le 16 aoĂ»t 2021. MENDELSSOHN, VIARDOT, C. SCHUMANN, FARRENC. David KADOUCH, piano.

CRITIQUE, concert. LA ROQUE D’ANTHERON, le 16 aoĂ»t 2021. MENDELSSOHN, VIARDOT, C. SCHUMANN, FARRENC. David KADOUCH, piano. David Kadouch est un pianiste français que j’avais dĂ©couvert en 2011 au festival Piano aux Jacobins. Il Ă©tait Ă  l’époque encore obligĂ© de prouver sa virtuositĂ© et jouait trĂšs bien mais trĂšs fort. Le temps a fait son Ɠuvre et le virtuose a pu rĂ©vĂ©ler sa musicalitĂ© et ses sensibilitĂ©s multiples. En effet plusieurs programmes de ses rĂ©citals sont construits en lien avec des Ɠuvres littĂ©raires ou des thĂšmes complexes. Ainsi nature, rĂ©volution et aujourd’hui Madame Bovary. Le musicien se fait diseur entre des pĂ©riodes musicales prĂ©sentant son amour pour l’hĂ©roĂŻne de Flaubert, articulant les Ɠuvres avec la problĂ©matique du roman mais Ă©galement la place sacrifiĂ©e de la femme dans la sociĂ©tĂ© bourgeoise. EspĂ©rons qu’il enregistrera ce magnifique programme qui met en valeur l’extraordinaire richesse des compositions de femmes musiciennes.

Tout en délicatesse,
David Kadouch aurait sĂ©duit Emma Bovary elle-mĂȘme.

 

 

kadouch-david-piano-portrait-cd-concert-annonce-classiquenewsAinsi en filigrane, prenons nous parti pour Fanny la sƓur de Felix Mendelssohn, de Clara Ă©pouse de Robert Schumann, de Louise Farrenc qui a pu ouvrir sa classe de composition Ă  Paris mais dont les Ɠuvres sont restĂ©es confidentielles. Les compostions des hommes ici sont tolĂ©rĂ©s pour argumenter le propos. La qualitĂ© des compositions de Fanny Mendelssohn est grande, les mois tirĂ©s de son recueil « Das Jahr » sont trĂšs diffĂ©rents avec une Ă©criture trĂšs variĂ©e, extrĂȘmement sensible, ne cĂ©dant rien Ă  la virtuositĂ© et avec des audaces parfois plus grandes que son frĂšre. A dĂ©couvrir la qualitĂ© des quatre mois jouĂ©s par David Kadouch je ne doute pas un instant que le cycle complet doit ĂȘtre fascinant. De mĂȘme la qualitĂ© de la SĂ©rĂ©nade de Pauline Viardot n’a rien Ă  envier Ă  un quelconque musicien masculin contemporain. Clara Schumann est un peu moins inconnue et ses magnifiques variations sur un thĂšme de Robert, une nouvelle fois apparaissent comme mĂ©morables, Ă©gales Ă  celles de Robert sur son thĂšme. Les partitions masculines concernent les trois op. 9 de Chopin dĂ©diĂ©s Ă  mademoiselle Pleyel sans omettre la paraphrase de Liszt sur Lucia di Lammermoor, opĂ©ra qui a une part si importante dans le roman de Flaubert. Le bal de Leo Delibes extrait de Coppelia en ses ambiances variĂ©es semble ĂȘtre celui auquel Emma Bovary s’est rendue. (Photo D Kadouch, DR).
La maniĂšre dont David Kadouch touche son piano est admirablement respectueuse, dĂ©licate, belle. Il donne toutes leurs chances aux Ɠuvres qu’il dĂ©fend, car il s’agit bien de cela encore aujourd’hui : faire reconnaĂźtre la valeur de ces Ɠuvres Ă©crites par des femmes, Il en rĂ©vĂšle la grande qualitĂ© d’écriture mais Ă©galement la virtuositĂ© et l’originalitĂ©. La poĂ©sie qui se dĂ©gage de ce concert est trĂšs particuliĂšre par ce mĂ©lange de musique, de littĂ©rature, d’histoire et d’un peu de politique ; sa maniĂšre de s’adresser constamment au public est trĂšs agrĂ©able.  Le succĂšs du jeune pianiste est complet et l’originalitĂ© de son concept conquiert le public. Les applaudissements nourris obtiennent deux beaux bis : MĂ©lodie op.4 n°2 de Fanny Mendelssohn et la Valse op.64 en do diĂšse mineur de Chopin. TrĂšs beau concert.

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LIRE aussi notre critique du cd de David Kadouch : “rĂ©volution”, CLIC de CLASSIQUENEWS (aoĂ»t 2019)  par Hugo Papbst : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-revolution-david-kadouch-piano-1-cd-mirare-2018/

LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2020 : l’Ă©dition digitale pionniĂšre sur YOUTUBE

lille-pianos-festival-digital-en-direct-sur-youtube-classiquenewsLILLE PIANO(S) FESTIVAL 2020 : l’Ă©vĂ©nement tout digital du mois de juin 2020 (12, 13, 14 juin 2020). L’Orchestre National de Lille offre en accĂšs direct sur youtube tous les concerts de l’Ă©dition 2020 ; une Ă©dition placĂ©e sous le signe du talent et de Beethoven. Suivez ici en direct, les concerts du LILLE PIANO(S) FESTIVAL : Alexandre Kantorox, Marie-Ange Nguci, David Kadouch, … l’improvisateur et pĂ©dagogue Jean-François Zygel qui nous parle de Ludwig Beethoven, dont le Festival joue, 250 Ăšme anniversaire de la naissance oblige en 2020, l’intĂ©grale des Sonates pour violoncelle et piano(Jonas Vitaud, Victor Julien-LaferriĂšre), le 3Ăš Concerto pour piano et orchestre, avec l’Orchestre National de Lille sous la direction d’Alexandre BLOCH (version inĂ©dite pour orchestre de cordes)… DIRECT Ă©vĂ©nement sur YOUTUBE ici / chaine Youtube de l’ON LILLE Orchestre National de Lille

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RETROUVEZ ICI
TOUS LES CONCERTS
DU LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2020
sur la chaĂźne youtube de l’ON LILLE
Orchestre National de Lille

 

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Et tous les replays de l’Orchestre National de Lille : FĂȘte de la musique (21 juin 2020), programmes pour les petits et les familles, Que se passe-t-il dans la tĂȘte du chef d’orchestre ?, les feuilletons pĂ©dagogiques, la tournĂ©e de l’ONL en Angleterre…

 

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CD, Ă©vĂ©nement, annonce. RÉVOLUTION, DAVID KADOUCH, piano (1 cd Mirare, 2018)

kadouch-david-revolution-cd-mirare-critique-cd-classiquenews-clic-de-classiquenews-cd-critique-piano-opera-critiqueCD, Ă©vĂ©nement, annonce. RÉVOLUTION, DAVID KADOUCH, piano (1 cd Mirare, 2018). NĂ© en 1985, le pianiste français DAVID KADOUCH fait partie des rares interprĂštes au toucher savoureux, capable d’une articulation nuancĂ©e, sachant murmurer ou rugir quand il le faut ; toujours au service de l’intĂ©rioritĂ© des oeuvres. A ces qualitĂ©s, il ajoute dans ce nouvel album, une qualitĂ© complĂ©mentaire, celle de l’intelligence conceptrice. Le programme, enjeu de bien des rĂ©flexions pas toujours heureuses chez certain(e)s, s’avĂšre dans son cas d’une intelligence sensible raccordant le chant du piano
 Ă  la mĂ©moire, un temps passĂ©, retrouvĂ© sous le filtre recrĂ©ateur du tĂ©moignage et de la rĂ©itĂ©ration incarnĂ©e. Qu’on aime cet enchaĂźenment de piĂšces millimĂ©trĂ©es oĂč n’ont pas leur place la performance ni l’hystĂ©rie martelĂ©e / marketĂ©e (familiĂšres chez tant de ses confrĂšres/sƓurs).

Par son titre « RÉVOLUTION », le pianiste interprĂšte a sĂ©lectionnĂ© des piĂšces tĂ©moignages aux heures les plus intenses voire tragiques et passionnĂ©es de l’histoire. Ainsi le piano tĂ©moin peut-il fixer l’éloquence et la vĂ©ritĂ© d’un instant Ă  jamais Ă©coulĂ©, unique, singulier, 
 surtout perdu, qui ne se rĂ©alise qu’une fois, le temps de son Ă©coulement
 Des bains de sang voire des visions d’horreur cristallisent sous les doigts du pianiste magicien, lequel recrĂ©e diffĂ©remment sous l’élasticitĂ© narrative et Ă©motionnelle de ses 10 doigts. Il est donc pertinent de dĂ©buter par Dussek, admirateur pudique des derniĂšres heures de Marie-Antoinette, collectionneur de sentiments intimes plutĂŽt qu’observateur rĂ©duit Ă  la seule description : la pudeur du pianiste fait mouche. Puis ce sont les Adieux de Beethoven (Sonate n°26, opus 81a), d’une puissante et tendre maĂźtrise, qui coule comme un jaillissement dĂ©terminĂ© coĂ»te que coĂ»te ; pourtant le compositeur doit renoncer Ă  l’un de ses amis et protecteur viennois, l’Archiduc Rodolphe, pressĂ© vers la sortie de Vienne, Ă  cause de l’imminence des troupes napolĂ©oniennes. Puis ce sont l’urgence et la nervositĂ© crĂ©pitantes de Chopin (Ă©galement attendri, intĂ©rieur, comme pourchassĂ© par le lugubre pressentiment qui handicape) et surtout de Liszt dont le chant spirituel toujours transfigure (Harmonies poĂ©tiques et religieuses III : « FunĂ©railles » ), de la proclamation Ă  la priĂšre pressante. Le cas de la Pologne et de la Hongrie « colonisĂ©es » dĂ©voile l’engagement du Liszt humaniste pour la libĂ©ration ultime des peuples. Son piano est de pure rĂ©sistance dont la fureur indignĂ©e s’exprime sous le feu du pianiste. David Kadouch se fait porte voix, geste d’un libĂ©rateur courageux, vĂ©hĂ©ment mais articulĂ© et nuancĂ© qui aimait les hommes. On reste saisi par la mort de l’ouvrier lors d’une manifestation dont rend compte avec un pudeur rentrĂ©e, incisive, un Janacek sobrement bouleversĂ© (Sonate 1.X.1905) ; mĂȘme ivresse des couleurs qui sont suspendues, Ă  la fois inquiĂštes, presque Ă©tranges chez le sublime Debussy, qui semble Ă©carter toujours plus loin, le cadre de l’espace : le pianiste fait de cette gratitude pour un peu de charbon offert en 1917 au compositeur transi, un temps Ă©tirĂ©, Ă©lastique, porte vers l’éternitĂ© fraternelle (bouleversant) ; enfin quelle horreur implacable surgit de la mĂ©trique sourde et obsessionnelle du dernier morceau, macabre et grave
 jusqu’aux limites de l’audible en ses notes couperets qui fauchent inexorablement comme une machine de guerre sur le front
 (Winnsboro cotton Mill blues du contemporain Frederic Ezewski).

CLIC D'OR macaron 200L’engagement du pianiste, son sens de la couleur et des atmosphĂšres, sa pudeur surtout confirment quel grand interprĂšte il est. Voici assurĂ©ment l’un des meilleurs rĂ©cital du pianiste français. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrĂ©e 2019 – parution annoncĂ©e le 6 septembre 2019 – Concert du mĂȘme programme « RĂ©volution », au Silencio (Paris), le 20 octobre 2019. A ne pas manquer ensuite dans le cadre de la saison symphonique de l’OpĂ©ra de Tours : 6 – 8 dĂ©cembre, Concerto de Robert Schumann / Orch Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / M Tortelier, direction).

 

 

 

 

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CD ” RÉVOLUTION ” par David Kadouch, piano – 1 cd Mirare, enregistrĂ© en Belgique en dĂ©cembre 2018 – durĂ©e : 1h21mn.

DUSSEK
Les Souffrances de la Reine de France

BEETHOVEN
Sonate n°26 Les Adieux, opus 81a

CHOPIN
étude Révolutionnaire opus 10 n°12
Scherzo n°1 opus 20

LISZT
Harmonies poétiques et religieuses III, S.173
Funérailles

JANACEK
Sonate 1.X.1905

DEBUSSY
Les soirs illuminĂ©s par l’ardeur du charbon
PrĂ©ludes, Livre 2 – Feux d‘artifice

RZEWSKI
(né en 1938)
Winnsboro Cotton Mill Blue

 

 

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