BRUXELLES, le Mitridate de Deloeuil et Clarac

BRUXELLES, Mitridate de Mozart, jusqu’au 19 mai 2016. Pendant ses travaux de rénovation, La Monnaie affiche dans un nouveau site adapté (tente de 1100 sièges) le premier grand opéra seria du jeune Mozart. Un ouvrage commandé pour Milan, où le compositeur encore au début de sa carrière doit satisfaire aux désiderata des chanteurs vedettes. La sensibilité de Wolfgang se lit déjà dans la ligne des cordes, la flexibilité et l’expressivité déjà “Sturm und Drang” de son écriture…

 

mitridate_bruxelles clarac rousset david hansen comptre rendu critique classiquenews 31

Dans une mise en scène actualisée, aux références explicites à la dernière histoire européenne – entre Grexit et Brexit, sans omettre la politique de la crise migratoire hors union européenne (vidéos et références télévisuelles permanentes, avec flashes info et breaking news réguliers, style chaînes d’infos..),  le seria d’un musicien surdoué de 14 ans, affirme évidemment une très solide maturité musicale et déjà une justesse des situations dramatiques absolument convaincantes. Fortement marqué par Jommelli (découverte stupéfaite de l’Armida Abbandonata à Naples), Mozart maîtrise la langue lyrique malgré son jeune âge ; l’utilisation de l’harmonie comme élément de coloration psychologique est idéale et le contour des personnages, confrontés, affrontés, séparés ou associés, n’en gagne que plus de profondeur comme de vérité. Mozart semble ne pas être soucieux de types humains, mais déjà d’individualités fortes, en souffrance ou désirantes, dont la tension et les calculs illustrent déjà le thème du pardon et un certain appel au renoncement, qui annoncent le dernier seria de 1791, Le Clemenza di Tito…

Et toujours pour les opéras italiens en général, l’articulation et l’accentuation des récitatifs doivent être scrupuleusement réalisés, sous la houlette d’un chef minutieux dans ce sens, Christophe Rousset (qui avait il y a quelques décennies, ressuscité et enregistré Didone Abbandonata de Jommelli justement).

Le production bruxelloise de ce printemps sollicite la vision du duo de metteurs en scène Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil avec la star (surestimée, déconcertante / fascinante en ses aigus aigres et pétaradants), la haute contre australienne David Hansen (Farnace)… Chez eux, l’actualisation pousse très loin le détail : mobiles, tablettes… d’une société hyper connectée dont les personnalités ainsi exposées donnent conférences de presse et points d’information… Chez lui, le souci du détail peut nuire à la liberté d’un chant qui se cherche encore.

 

Plus naturelle et fine musicienne, se distingue par la finesse introspective de sa conception du rôle assez déchirant d’Aspasia (III), Lenneke Ruiten qui fouille avec justesse les méandres d’un parcours amoureux sinueux. Même soie à la fois sensuelle et articulée de Myrto Papatanasiu (Siface), dans ses duos avec Aspasia. La déconvenue viendrait soir après soir du Farnace de David Hansen, au chant trop droit, serré, … laid. On veut bien qu’il souligne la noirceur du personnage mais de la à saborder toute ligne de chant. Palmes au Mitridate de Michael Spyres, chant ductile et timbré, rayonnant, agile, d’une grâce absolue. C’est dire. A voir sous la tente du site Tour & Taxi à Bruxelles.

Compte rendu, opéra.Innsbruck, Festival de Musique ancienne (Autriche). Tiroler Landestheater Oper, le 16 août 2015. Superbe recréation d’Il Germanico de Nicola Porpora (Rome, 1731). Alexander Schulin, mise en scène. Alessandro de Marchi, direction.

germanico-porpora-innsbruck-2015Innsbruck. Compte rendu, opéra. Superbe recréation d’Il Germanico de Porpora par Alessandro De Marchi à Innsbruck. Très belle surprise à Innsbruck pour la recréation d’Il Germanico de 1732 de Nicola Porpora, compositeur à torts étiquetté (et expédié en même temps) comme exclusivement “virtuose” c’est à dire démonstratif voire décoratif et creux. Rien de tel en vérité tout au long du spectacle comprenant trois actes et dans lesquels le chef Alessandro De Marchi avec un zèle passionnant, joue toutes les reprises des airs : tremplin excitant pour les chanteurs mais aussi loupe radicale pour ceux qui tenteraient de masquer des défauts techniques ou stylistiques.

 

 

Germanico-innsbruck-david-hansen-patricia-bardon-compte-rendu-review-classiquenews-2015La vedette attendue de la soirée était le contre-ténor David Hansen dont un premier disque (“Rivals”) paru sous étiquette DHM avait alors convaincu la Rédaction de classiquenews (récital dédié à “Farinelli and Co”). Certes, le soliste a du cran de pousser sa voix dans les aigus atteignant des accents puissants et de mieux en mieux couverts, mais dès le début, un défaut majeur gâte l’écoute : son émission serrée presque engorgée (le temps de chauffer la voix est long) et surtout, son italien laisse vraiment à désirer, comparé à celui défendu par les autres chanteurs. L’articulation patine, reste imprécise et flottante : un charabia énigmatique pour les plus fines oreilles italophiles. Un conseil, il ne s’agit pas de forcer et de projeter des aigus métalliques spectaculaires, il faut encore savoir articuler et nuancer… On invite donc le chanteur à suivre une formation sérieuse d’articulation de l’italien : avec cette maîtrise, l’interprète devrait gagner encore en conviction d’autant qu’il est aujourd’hui au sommet de ses possibilités vocales. La seule performance montre ses limites tant il faut de la subtilité.

En ressuscitant Il Germanico, Alessandro de Marchi dévoile la profondeur de Porpora

Seria subtil et humain

 

Car c’est là la surprise de la soirée : on attendait un Porpora rien que superfétatoire et virtuose, on découvre un théâtre où les scènes héroiques et historiques (confrontation du romain Germanico / Germanicus et du germain rebelle Arminio / Arminius) sont finalement prétexte à de superbes dévoilements émotionnels, où les protagonistes ne sont pas ceux que nous espérions. Certes face à l’Arminio de David Hansen, le Germanico de Patricia Bardon ne manque pas d’allure et campe même une figure du pouvoir mobile, très juste : d’abord dure, inflexible, puis de plus en plus troublée et atteinte, jusque dans la scène finale, augurant Les Lumières, en pardonnant au vaincu Arminio… lequel suscite dans l’esprit du vainqueur romain, un pur sentiment d’admiration et de compassion.

 

 

Germanico innsbruck ensemble classiquenews review aout 2015

 

 

Les révélations de la soirée sont du côté des “seconds rôles” : celle des deux soeurs germaines (toute deux filles de Segeste, fidèle du clan Romain), Rosmonda et Ersinda, respectivement soprano et mezzo, remarquablement caractérisées par deux solistes idéalement convaincantes, jeunes tempéraments d’une musicalité nuancée, au jeu crédible : Klara Ek et Emilie Renard ; cette dernière confirme les promesses déjà exprimées quand nous l’avions découverte comme lauréate de l’Académie de William Christie, Le Jardin des Voix 2013 ; la même année, la jeune britannique remportait aussi le Concours de chant Cesti… d’Innsbruck. Grâce à Emilie Renard, Ersinda s’impose sur la scène par sa franche et souple sensualité, et le couple amoureux d’une lascivité assumée (voire explicite dans cette mise en scène) qu’elle forme avec le très correct Cecina (Hagen Matzeit, 2ème contre ténor de la production, s’impose superbement dans ses “affrontements” et duos suaves, qui sont autant de contrepoints conjugaux, réflexion sur la fidélité et le désir, à l’action politique. Ces deux là sont l’antithèse du couple éprouvé par l’autorité de Germanico : Rosmonda et son époux, Arminio. Ainsi dans le rôle de Rosmonda, Klara Ek incarne à l’inverse, l’effroi de la soeur plutôt gagnée au clan des germains rebelles, tous les vertiges et les tiraillements de la jeune femme, âme piégée, prise entre la résistance au Romain, son lien filiale à Segeste (père dévoué au parti de Germanico) et surtout son amour pour son époux, Arminio (figure splendide de la résistance). Les rapports entre les personnages sont parfaitement calibrés, d’autant que chaque protagoniste défend son périmètre expressif avec une autorité qui ne faiblit jamais.

Saluons également l’engagement, la projection, l’aisance, la précision linguistique (naturels pour un natif) du ténor Carlo Vincenzo Allemano qui apporte au personnage médian de Segeste, un relief particulier: le rôle assure le lien entre les cercles mêlés : cour de Germanico dont il est le serviteur, et cercle sentimental des deux soeurs Rosmonda et Ersinda dont il est le père. Héroïques, ses airs sont redoutables et célèbrent continûment la gloire romaine.

 

Collection de séquences enivrantes

 

Parmi les meilleurs moments de la soirée : citons quelques instants vocalement très réussis, fruits d’une complicité entre les solistes et d’un esprit d’équipe qui demeure manifeste et s’affirme même de façon croissante jusqu’à la dernière mesure de cette 3ème et dernière représentation à Innsbruck.

 

 

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Au I, c’est d’abord, l’enchaînement des airs d’Ersinda puis de son fiancé, Cecina, le second reprenant la même mélodie comme une surenchère émotionnelle qui répond en miroir à son aimée, avec une évidente coloration érotique (scène 6 : enchaînés, les airs “Al Sole lumi d’Ersinda”, puis “Splende per mille amanti” de Cecina) : ce jeu de déclarations successives relève d’une exigence dramaturgique et inspire particulièrement Porpora (s’inspirerait-il pour le couple d’amoureux Ersinda/Cecina, des couples emblématiques de l’opéra vénitien : un hommage imprévu de Porpora à Vivaldi finalement, et plus loin encore à Cesti et Cavalli ?).

L’air de Rosmonda qui conclut l’acte (avec hautbois obligé), outre qu’il souligne le déchirement intérieur qui dévore l’épouse d’Arminio comme on l’a dit, dévoile aussi un jeu d’acteurs et une conception scénographique très justes : Klara Ek est la seule à se déplacer. La soprano va de l’un à l’autre des 5 autres protagonistes, comme si soudainement l’action se déroulait de son point de vue, révélant l’horreur de sa situation personnelle : son impuissance et sa souffrance. La subtilité qu’apporte la chanteuse éclaire ce personnage central dans l’action, comme Emilie Renard cisèle la sensualité légère mais profonde d’Ersinda : les deux portraits de femmes (antagoniques) sont dans cette production idéalement restitués.

 

 

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L’Acte II est centré sur le couple politique affronté : Germanico qui a contrario de son pouvoir omnipotent, s’infléchit intérieurement ; et Arminio qui dans sa prison, laisse fuser une plainte sombre qui égale les grands Haendel, par sa grandeur tragique et son esprit de résistance. “Nasce da  valle impura” (ici s’adressant à Arminio) révèle un Romain défait humainement et profondément troublé (même sentiment dévoilé face à Ersinda dans l’air qui suit : “Per un moment ancora” – scène 3 où dans cette mise en scène, le Romain s’effondre en larmes en fin d’air) ; puis,  ”Parto, ti lascio, o Cara” (s’adressant alors à son épouse Rosmonda) souligne pour Arminio, une autre facette chez David Hansen, la gravité lugubre, où perce le masque de la mort : même si l’italien s’enlise, le style s’assagit, les couleurs sont plus nuancées, le souffle surgit. Ses deux grands airs distinguent nettement les deux guerriers affrontés et accréditent le très grand intérêt de la partition créée à Rome. Il paraît évident que Haendel à puiser chez le Napolitain, et que plus tard à Vienne, le jeune Haydn profite des enseignements de son maître Porpora.

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Tout cela révèle la séduction d’une esthétique théâtrale qui éclaire différemment notre connaissance de Porpora : la combinaison des deux mondes (politique avec Germanico et Arminio, et sentimental avec les deux soeurs, Rosmonda et Ersinda) fonctionne à merveille. Le jeu des contrastes produit la diversité du spectacle et dans sa continuité, sa grande diversité de climats. On comprend mieux ainsi que le compositeur napolitain ait pu défier Haendel sur ses terres londoniennes justement dans les années 1730.

de-marchi-alessandro-innsbruck-maestro-academia-montis-realisL’artisan d’une telle réussite est le chef, Alessandro de Marchi qui est aussi le directeur artistique du Festival : direction souple, affûtée, très soucieuse de l’équilibre voix/chanteurs, le maestro convainc pleinement dans cette résurrection d’un seria en rien indigeste malgré sa longueur. Le continuo est idéalement souple et subtil, travaillant surtout une fine caractérisation des séquences selon les enjeux politiques ou sentimentaux. La vivacité des enchaînements, la répartition des airs, le profil dramatique de chacun des caractères, d’autant mieux servi ici par une troupe très cohérente, de surcroît dans une mise en scène intelligente et fine (avec changements à vue grâce à une machinerie tournante) soulignent la justesse du choix musical ; la partition mérite absolument d’être connue et dans ce dispositif (de prochaines reprises sont vivement souhaitées). Voilà qui démontre que la transmission est assurée et que l’ancien assistant-continuiste de René Jacobs, devenu son successeur pour la direction du festival autrichien, retrouve ce goût si essentiel du défrichement et de la prise de risques. Jacobs s’était engagé pour l’opéra vénitien (révélant le premier les perles méconnues de Cesti et Cavalli), De Marchi fait de même aujourd’hui, au service d’autres compositeurs, dont Porpora et son Germanico désormais mémorable. Très belle révélation.

de-marchi-alessandro-maestro-alessandro_de_marchi__c_innsbrucker_festwochen_thomas_schrottInnsbruck, Festival de Musique ancienne (Autriche). Tiroler Landestheater Oper, le 16 août 2015. Nicola Porpora : Il Germanico (Rome, 1731). Recréation. Livret de Niccolo Coluzi. Patricia Bardon, Germanico. David Hansen, Arminio. Klara Ek, Rosmonda. Emilie Renard, Ersinda. Hagen Matzeit, Cecina. Carlo Vincenzo Allemano, Segeste. Academia Montis Regalis (Olivia Centurioni, premier violon). Alexander Schulin, mise en scène. Alessandro de Marchi, direction.

Illustrations : © R.IarI / Festival d’Innsbruck 2015

 

légendes des 6 photographies :
1- Arminio / Germanico : David Hansen / Patricia Bardon
2- Ensemble, de gauche à droite : Segeste, Rosmonda, Ersinda et Germanico
3- Ersinda : Emilie Renard
4- Germanico et sa suite (Patricia Bardon)
5- finale de l’opéra
6- finale du II

 

 

 

 

 

 

 

 

Prochains temps forts du Festival d’Innsbruck 2015 :

 

Suite de la précence de l’opéra napolitain du XVIIIè mais dans le genre buffa, avec l’intermezzo pétillant facétieux, Don Trastullo de Jommelli (1714-1774), les 19 puis 20 août 2015 à 20h (Spanischer saal, Château d’Ambras)

 

Armide de Lully avec les lauréats du dernier concours de chant baroque Cesti d’Innsbruck, les 22,24,26 août 2015

 

Toutes les infos et les modalités de réservations sur le site du Festival d’Innsbruck / Innsbrucker Festwochen Der Alten Musik 2015

 

 

LIRE notre présentation complète du Festival d’Innsbruck 2015 “Stylus Phantasticus”

 

 

Innsbruck 2015 : David Hansen chante Arminio

Contre-ténor à suivre : David Hansen chante ArminioInnsbruck. Recréation d’Il Germanico de Porpora : les 12,14,16 août 2015. Alors que Beaune 2015 ressucite en première mondiale son oratorio clé : Il Trionfo della Giustizia (lire notre présentation “Il Trionfo della Giustizia: un oratorio inédit à Beaune”, le 24 juillet 2015 ), le Festival autrichien d’Innsbruck, propose l’un des temps forts de l’été lyrique, en programmant en recréation mondiale, Il Germanico de Nicolo Porpora (1868-1768), les 12, 14, 16 août 2015 (au Tirol Landstheater), sous la direction du directeur du Festival, l’heureux successeur de René Jacobs à ce poste, Alessandro de Marchi. Porpora reste méconnu, cantonné à l’ombre de Haendel dont il fut le rival flamboyant à Londres dans les années 1730. Maître de Haydn, Porpora incarne l’âge d’or de l’opéra napolitain, trouvant un équilibre subtil entre suprême virtuosité et élégance mélodique, allié parfois à un sens dramatique aigu. A Naples, il est le professeur de chant des plus grands chanteurs napolitains, en particulier du castrat Farinelli pour lequel il compose nombre d’ouvrages mettant en avant la facilité vocale de son élève favori.

Nicola_Antonio_PorporaLe style de Porpora (chaînon flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIème : le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 à 1721 ; il devient le maître du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulés Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare équilibre entre virtuosité technique et fine caractérisation des personnages qu’il s’agisse d’opéras ou d’oratorios. Porpora, génie de l’art vocal, voyage beaucoup, atteignant même avant Gluck ou Piccinni, un statut européen : il quitte Naples en 1726 pour Venise (où il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est à nouveau Naples puis Venise en 1742 (création de Statira au Grisostomo) où il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 à 1752, Porpora rejoint Dresde où se produit son élève Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son élève enfin, recevant sa maîtrise exceptionnelle de l’écriture lyrique. Pour sa création à Rome au Capranica, il Germanico in Germania de Porpora est créé par Cafarelli, castrat vedette à Naples qui chante aussi pour Haendel à Londres. L’oeuvre est emblématique du génie lyrique de Porpora : elle est composée entre sa résidence à Venise (comme directeur musical de l’Ospedale degli Incurabili, nommé dès 1726) et son arrivée à Londres en 1733 comme directeur du nouveau théâtre rival de celui de la Royal Academy of Music de Haendel, l’Opera of the Nobility. Il Germanico renseigne donc sur l’écriture de Porpora avant qu’il ne compose pour Londres, près de 5 ouvrages majeurs (dont Arianna in Nasso). LIRE notre présentation complète d’Il Germanico de Porpora, création mondiale, présentée au Festival d’Innsbruck 2015

 

 

 

distribution de la recréation d’Il Germanico à Innsbruck

Première mondiale, recréation
Nicola Porpora (1686 – 1768)
Il Germanico
Opera seria en 3 actes
Livret de Niccolo Coluzzi
création à Rome, 1732

direction musicale : Alessandro De Marchi
mise en scène : Alexander Schulin
Academia Montis Regalis

 

 

hansen-david-contre-tenor-582-594-arminius-germanico-porpora-innsbruck-2015Patricia Bardon, mezzo : Germanico
David Hansen, contre ténor : Arminio (portrait ci contre)
Klara Ek, soprano : Rosmonda
Emilie Renard, mezzo : Ersinda
Hagen Matzeit, contre ténor : Cecina
Carlo Vincenzo Allemano, ténor : Segeste

 

TIROLER LANDESTHEATER Oper
Les 12 et 14 aout 2015 (18h), le 16 août 2015 à 15h

 

 

germanicus-expirant-poussin-tableau-classiquenews-critique-description-germanico-porpora-innsbruck-aout-2015-582David Hansen, maillon fort d’Il Germanico présenté en création à Innsbruck. Partenaire de la mezzo Patricia Bardon, Germanico attendu à Innsbruck, le contre ténor australien David Hansen, qui a sucité récemment l’enthousiasme de la Rédaction de Classiquenews pour son premier cd édité par Sony (DHM), et intitulé “RIvals” en référence aux joutes vocales de l’époque des castrats dont évidemment le modèle Farinelli, est le jalon fort de la nouvelle production présentée à Innsbruck. LIRE notre compte rendu critique du cd de David Hansen, “Rivals” (DHM). EN voici un extrait :

David HansenInspiré par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relève les défis multiples de ce récital hors normes. En outre, audacieux défricheur, Hansen nous gratifie généreusement de plusieurs inédits dont quelques airs que le frère de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux… (Son qual Nave… restitué avec les notations du créateur de l’air).
Plein de santé juvénile et osons dire de testostérone prête à dégainer vocalement, le divo au look ravageur a décidément tout pour réussir et affirmer une très plaisante carrière. Les Cencic ou Scholl connaissent à présent leur successeur. Ce gars là a apparemment une présence, bientôt scénique, à revendre : voilà qui changera des voix étroites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’équilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici à n’en pas douter l’un des meilleurs représentants de la jeune génération de haute contre réellement sensationnels.

 

Innsbruck. Recréation d’Il Germanico de Porpora

germanicus-expirant-poussin-tableau-classiquenews-critique-description-germanico-porpora-innsbruck-aout-2015-582Innsbruck. Recréation d’Il Germanico de Porpora : les 12,14,16 août 2015. Alors que Beaune 2015 ressucite en première mondiale son oratorio clé : Il Trionfo della Giustizia (lire notre présentation “Il Trionfo della Giustizia: un oratorio inédit à Beaune”, le 24 juillet 2015 ), le Festival autrichien d’Innsbruck, propose l’un des temps forts de l’été lyrique, en programmant en recréation mondiale, Il Germanico de Nicolo Porpora (1868-1768), les 12, 14, 16 août 2015 (au Tirol Landstheater), sous la direction du directeur du Festival, l’heureux successeur de René Jacobs à ce poste, Alessandro de Marchi. Porpora reste méconnu, cantonné à l’ombre de Haendel dont il fut le rival flamboyant à Londres dans les années 1730. Maître de Haydn, Porpora incarne l’âge d’or de l’opéra napolitain, trouvant un équilibre subtil entre suprême virtuosité et élégance mélodique, allié parfois à un sens dramatique aigu. A Naples, il est le professeur de chant des plus grands chanteurs napolitains, en particulier du castrat Farinelli pour lequel il compose nombre d’ouvrages mettant en avant la facilité vocale de son élève favori.

Nicola_Antonio_PorporaLe style de Porpora (chaînon flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIème : le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 à 1721 ; il devient le maître du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulés Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare équilibre entre virtuosité technique et fine caractérisation des personnages qu’il s’agisse d’opéras ou d’oratorios. Porpora, génie de l’art vocal, voyage beaucoup, atteignant même avant Gluck ou Piccinni, un statut européen : il quitte Naples en 1726 pour Venise (où il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est à nouveau Naples puis Venise en 1742 (création de Statira au Grisostomo) où il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 à 1752, Porpora rejoint Dresde où se produit son élève Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son élève enfin, recevant sa maîtrise exceptionnelle de l’écriture lyrique. Pour sa création à Rome au Capranica, il Germanico in Germania de Porpora est créé par Cafarelli, castrat vedette à Naples qui chante aussi pour Haendel à Londres. L’oeuvre est emblématique du génie lyrique de Porpora : elle est composée entre sa résidence à Venise (comme directeur musical de l’Ospedale degli Incurabili, nommé dès 1726) et son arrivée à Londres en 1733 comme directeur du nouveau théâtre rival de celui de la Royal Academy of Music de Haendel, l’Opera of the Nobility. Il Germanico renseigne donc sur l’écriture de Porpora avant qu’il ne compose pour Londres, près de 5 ouvrages majeurs (dont Arianna in Nasso).

Germanicus, héros julio claudien

germanicus-porpora-poussin-julio-claudien-general-classiquenews-juillet-2015Drusus Germanicus (né en 15 avant JC – mort en 19 après JC). Le général romain Germanicus appartient à la famille impériale julio-claudienne (c’est le petit-fils de Marc Antoine et d’Octavie, la soeur d’Auguste) : héritier de Tibère (son père adoptif) mais décédé avant la mort de celui-ci, Germanicus est l’archétype du guerrier romain, loyal, couvert de gloire grâce à ses compagnes victorieuses au profit de la puissance impériale romaine. Epoux d’Agrippine l’aînée, il a pour enfants : Julius Cesar, Agrippine (monstre politique et mère de Néron). En 10 av JC, Drusus devient Germanicus en raison de ses victoires contre les Germains en 15 et 16 après JC.  C’est le vainqueur du guerrier germain Arminius à Idistaviso.

Avant d’être Germanicus, stratège vainqueur des barbares, Drusus fut un lettré dès sa jeunesse : Ovide lui dédie ses Fastes (alors que Drusus n’a que 20 ans). En 18, Germanicus est nommé consul romain dans les provinces d’Orient : pour Tibère, le loyal guerrier transforme la Cappadoce en province romaine et rattache la Commagène à la Syrie. Il meurt à Antioche probablement empoisonné par Piso, gouverneur de Syrie. Nicolas Poussin, génie pictural du classicisme baroque, a peint la mort de Germanicus, l’un des plus beaux tableaux du XVIIè français, aujourd’hui au Louvre : disposition (composition) en fresque, chatoiement des couleurs néovénitiennes (titianesques), clarté et héroïsme des attitudes et des gestes, accessoires minutieusement restitués dans le souci d’une reconstitution archéologique…).

Il Germanico in Germania (1732) de Nicolo Porpora à Innsbruck, recréation lyrique attendue / Germanico in Germania, créé à Rome en 1732, de Porpora, avec mise en scène sous la direction d’Alessandro de Marchi, le directeur  artistique du Festival : première mondiale les 12 et 14 août, 18h puis le 16 à 15h)… Avec Patricia Bardon (Germanico), David Hansen (Arminio), Carlo Vincenzo Alemanno (Segeste), Hagen Matzeit (Cecina)… Academia Montis Regalis. Alexander Schulin (scénographie). + d’infos sur la page Il Germanico du festival d’Innsbruck

EVASION en Autriche : le festival d'Innsbruck 2015Stylus fantasticus, festival d’Innsbruck 2015. Du 8 au 28 août 2015. Lire notre présentation, les temps forts, les productions d’opéras à ne pas manquer : Il Germanico, Don Trastullo, Armide… La recréation du seria de 1732, Il Germanico de Nicola Porpora à Innsbruck est l’un des temps forts du Festival autrichien 2015. L’atout majeur de cette première attendue reste les deux chanteurs dans les rôles protagonistes antagonistes : l’excellente mezzo Patricia Bardon et le contre ténor David Hansen dans les rôles respectifs de Germanicus et de son rival barbare : Arminius.

 

 

 

distribution de la recréation d’Il Germanico à Innsbruck

Première mondiale, recréation
Nicola Porpora (1686 – 1768)
Il Germanico
Opera seria en 3 actes
Livret de Niccolo Coluzzi
création à Rome, 1732

direction musicale : Alessandro De Marchi
mise en scène : Alexander Schulin
Academia Montis Regalis

 

 

hansen-david-contre-tenor-582-594-arminius-germanico-porpora-innsbruck-2015Patricia Bardon, mezzo : Germanico
David Hansen, contre ténor : Arminio (portrait ci contre)
Klara Ek, soprano : Rosmonda
Emilie Renard, mezzo : Ersinda
Hagen Matzeit, contre ténor : Cecina
Carlo Vincenzo Allemano, ténor : Segeste

 

TIROLER LANDESTHEATER Oper
Les 12 et 14 aout 2015 (18h), le 16 août 2015 à 15h 

 

 

David Hansen, maillon fort d’Il Germanico présenté en création à Innsbruck. Partenaire de la mezzo Patricia Bardon, Germanico attendu à Innsbruck, le contre ténor australien David Hansen, qui a sucité récemment l’enthousiasme de la Rédaction de Classiquenews pour son premier cd édité par Sony (DHM), et intitulé “RIvals” en référence aux joutes vocales de l’époque des castrats dont évidemment le modèle Farinelli, est le jalon fort de la nouvelle production présentée à Innsbruck. LIRE notre compte rendu critique du cd de David Hansen, “Rivals” (DHM). EN voici un extrait :

David HansenInspiré par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relève les défis multiples de ce récital hors normes. En outre, audacieux défricheur, Hansen nous gratifie généreusement de plusieurs inédits dont quelques airs que le frère de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux… (Son qual Nave… restitué avec les notations du créateur de l’air).
Plein de santé juvénile et osons dire de testostérone prête à dégainer vocalement, le divo au look ravageur a décidément tout pour réussir et affirmer une très plaisante carrière. Les Cencic ou Scholl connaissent à présent leur successeur. Ce gars là a apparemment une présence, bientôt scénique, à revendre : voilà qui changera des voix étroites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’équilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici à n’en pas douter l’un des meilleurs représentants de la jeune génération de haute contre réellement sensationnels.

 

CD. Rivals : David Hansen, contre ténor(1 cd DHM)

Rivals. David Hansen, contre-ténor
1 cd DHM (De Marchi, 2013)

Le titre renvoie à cette rivalité historiquement documenté, opposant les divos à l’heure baroque, quand Farinelli et d’autres n’hésitaient pas à se mesurer pour les écraser à leurs confrères tout aussi arrogants et déterminés. Cohérent avec le titre de cet album décoiffant, l’australien David Hansen faisant son entrée tonitruante dans l’arène discographique surprend ici et convainc totalement ; il rivalise donc, cd interposé, avec son contemporain Philippe Jaroussky, lui-aussi récent acteur d’un programme dédié au castrat italien légendaire (quand Fabio Fagioli préfère lui rendre hommage au divo handélien par excellence, Cafarelli).
David Hansen a une voix bien accrochée,plutôt intense et puissante avec une intensité à la Bartoli, un éclat même supérieur et une agilité toute aussi pétaradante. C’est dire le tempérament du jeune homme, l’égal dans ce répertoire d’un autre admirateur de la diva romaine, le déjà nommé “FF” ou Fabio Fagioli (surnommé depuis non sans raison, ” il Bartolo “).

David HansenInspiré par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relève les défis multiples de ce récital hors normes.
En outre, audacieux défricheur, Hansen nous gratifie généreusement de plusieurs inédits dont quelques airs que le frère de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux… (Son qual Nave… restitué avec les notations du créateur de l’air).
Plein de santé juvénile et osons dire de testostérone prête à dégainer vocalement, le divo au look ravageur a décidément tout pour réussir et affirmer une très plaisante carrière. Les Cencic ou Scholl connaissent à présent leur successeur. Ce gars là a apparemment une présence, bientôt scénique, à revendre : voilà qui changera des voix étroites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’équilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici à n’en pas douter l’un des meilleurs représentants de la jeune génération de haute contre réellement sensationnels.