COMPTE-RENDU, critique, piano. PARIS, le 29 oct 2019. Daniil TRIFONOV : Scriabine, Beethoven


COMPTE RENDU, CRITIQUE, RÉCITAL DANIIL TRIFONOV,  piano, Philharmonie de Paris, 29 octobre 2019. Scriabine, Beethoven, Borodine, Prokofiev. Les rĂ©citals de Daniil Trifonov sont des promesses d’aventures Ă  ne pas manquer. Cet artiste unique, ce musicien rare et authentique n’est jamais Ă  court d’inspiration ni d’audaces. PersonnalitĂ© haute en couleurs, il va au bout de sa pensĂ©e, de ses intuitions, de sa libertĂ©, allant parfois jusqu’à prendre des risques, pour nous insensĂ©s. C’était le cas le 29 octobre, dans une salle Pierre Boulez pleine Ă  craquer, le public investissant Ă©galement la scĂšne, en hĂ©micycle autour du piano.

 

 

 

DANIIL TRIFONOV: DE L’IMMATÉRIEL À L’EXTASE

 

 

 

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TRIFONOV a construit un programme captivant Ă  dominante russe: Scriabine, Beethoven, Borodine et Prokofiev (cherchez l’erreur!). S’il n’y avait eu l’entracte, pause qui semblait davantage destinĂ©e au public, l’eĂ»t-il probablement enchaĂźnĂ© d’un seul trait sans sourciller, ce qu’il fit dans la premiĂšre partie. Scriabine pour commencer, avec une succession de ces piĂšces que sont les Ă©tudes, les poĂšmes, et enfin une de ses dix sonates en un seul mouvement – la neuviĂšme – dont il extrait la substance concentrĂ©e dans un investissement expressif extrĂȘme. C’est un monde d’atmosphĂšres et de couleurs qui nait de son toucher incomparable. La premiĂšre Ă©tude opus 2 n°1 s’abandonne dans sa douce et grise mĂ©lancolie sans verser dans l’impudique affectation. Dans les deux poĂšmes opus 32, le pianiste oppose les harmonies rĂȘveuses du premier, murmurĂ© mais dĂ©licatement timbrĂ© et chantĂ©, aux sons arrachĂ©s du second, excessif, dĂ©chirĂ©. Il en va de mĂȘme dans les huit Ă©tudes opus 42: la premiĂšre (presto) vole, insaisissable, sous un toucher d’une finesse que l’artiste est le seul Ă  pouvoir imaginer, et qui caractĂ©rise aussi la troisiĂšme (prestissimo), oĂč il laisse doucement percer un chant derriĂšre l’impalpable vĂ©locitĂ© des trilles et ses harmonies atypiques. Le pianiste nous fait entrer dans l’intimitĂ© de la seconde et de la quatriĂšme chantant tendrement sur les notes fondues de sa main gauche. La cinquiĂšme (affanato) a contrario est emportĂ©e dans un tempo hallucinant et nous met Ă  la lisiĂšre d’un prĂ©cipice. C’est le cas de beaucoup des mouvements rapides qu’il interprĂšte, s’évadant parfois de la pulsation de façon dĂ©concertante pour l’auditeur, mais ne serait-ce pas dĂ©libĂ©rĂ©? Son intention n’est-elle pas justement de faire vaciller l’équilibre en gommant (parfois exagĂ©rĂ©ment?) l’assise rythmique, et nous sortir de notre confort d’écoute? Car Ă  tendre l’oreille, on acquiert tout de mĂȘme cette certitude que rien n’est savonnĂ©, mais bien sous contrĂŽle, dans une suretĂ© technique Ă  toute Ă©preuve. DĂ©concertant aussi cet enchaĂźnement sans la moindre respiration, le souffle Ă  peine suspendu, de la Sonate n°9 de Scriabine, dite « la Messe noire » avec celle n° 31 opus 110 de Beethoven, qui provoque dans le public une Ă©bauche d’applaudissements vite Ă©touffĂ©e. Ici encore pas d’ennui possible. Trifonov en exacerbe les contrastes, nous fait frissonner de ses fantomatiques angoisses, comme de ses moments extatiques poussĂ©s Ă  leurs sommets. L’avant derniĂšre sonate de Beethoven sort d’emblĂ©e de ce que l’on attendrait stylistiquement et musicalement. Le premier mouvement est jouĂ© assez rapide, aĂ©rien, cĂ©leste mĂȘme, et limpide, dans une forme de continuitĂ© avec Scriabine! L’allegro molto a l’allure d’un scherzo d’une grande modernitĂ© d’approche, oĂč le rythme et les plans sont mis en valeur. L’adagio, trĂšs lent, dĂ©ploie un chant trĂšs conduit et d’une grande hauteur d’esprit. La fugue part de trĂšs loin, trĂšs lente au dĂ©part, mais la clartĂ© de ses voix servie par une pĂ©dale d’une prĂ©cision horlogĂšre et des basses d’une belle densitĂ© ne laisse Ă  aucun moment retomber l’attention, jusque dans l’emballement surprenant de la fin.

Trifonov offre un prĂ©ambule en seconde partie: trois piĂšces extraites de la Petite suite de Borodine (Au couvent, Intermezzo, et SĂ©rĂ©nade). Il y dĂ©ploie tout un art de la suggestion et des couleurs, et si son piano chante, il ne sur-valorise jamais la mĂ©lodie, privilĂ©giant le climat et la rĂȘverie propres Ă  chacune. Vient enfin la sonate n°8 opus 84 de Prokofiev. De cette « sonate de guerre », le pianiste nous livre une interprĂ©tation foudroyante, paroxystique, par la hardiesse des tempi, la multitude des idĂ©es musicales, et surtout par une vision radicale et Ăąpre de son univers par endroits violent et tĂ©nĂ©breux – il n’hĂ©site pas Ă  marteler le clavier – qui tourne au mirage dans l’andante sognando troublant de charme. Le final est menĂ© Ă  un train d’enfer, ne laissant aucun rĂ©pit, Ă  deux doigts de saturer notre capacitĂ© auditive Ă  absorber une telle avalanche de notes. C’est une prouesse par laquelle le pianiste scotche dĂ©finitivement son auditoire, qui rĂ©agit par un dĂ©luge d’applaudissements. Les bis seront russes aussi, avec cette fois Rachmaninov: une Vocalise (opus 34 n°14) dĂ©cantĂ©e, suivie des Cloches, celles du BaptĂȘme, brillantes de mille feux, dans une transcription fort rĂ©ussie du pianiste.

Ce soir encore, Daniil Trifonov nous aura captivĂ©s, Ă©blouis, Ă©tonnĂ©s. Il aura tenu notre Ă©coute en Ă©veil permanent, ne lui laissant la possibilitĂ© de « dĂ©crocher » Ă  aucun moment. On aura pu tiquer sur tel ou tel mouvement, ou Ɠuvre, cela en toute subjectivitĂ©, il n’en reste pas moins que ce pianiste est incontestablement un grand artiste qui a le courage de ses idĂ©es et de ses choix, et met son talent et ses moyens hors du commun au service d’une intĂ©gritĂ© et d’une profondeur de pensĂ©e qui ne souffrent aucun doute, et d’une sensibilitĂ© Ă  fleur d’ñme.

 

 
 

 

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COMPTE-RENDU CRITIQUE RÉCITAL DANIIL TRIFONOV,  piano, Philharmonie de Paris, 29 octobre 2019. Scriabine, Beethoven, Borodine, Prokofiev.

 

 

CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. PHILADELPHIA orchestra, Yannick SĂ©guet-NĂ©zin, direction (2 cd DG Deutsche Grammophon)

trifonov daniil cd destination rachmaninov arrival piano concertos 1 3 nezet-seguin cd deutsche grammophon cd critique review classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. PHILADELPHIA orchestra, Yannick SĂ©guet-NĂ©zin, direction (2 cd DG Deutsche Grammophon). Voici donc un excellent double cd qui tĂ©moigne de la maturitĂ© et de l’étonnante musicalitĂ© du jeune pianiste russe Daniil Trifonov. En achevant son pĂ©riple Rachmaninov, relayĂ© par un abondant dispositif vidĂ©o, quasi cinĂ©matographique (DESTINATION RACHMANINOV), le pianiste captive littĂ©ralement par une digitalitĂ© facĂ©tieuse et virtuose, pour nous supĂ©rieure Ă  la mĂ©canique Ă©lectrique des asiatiques (Wang ou Lang Lang) : le Russe est douĂ© surtout d’une profondeur intĂ©rieure, – absent chez ses confrĂšres/soeurs, ce chant nostalgique qui fonde la valeur actuelle de ses Liszt (publiĂ©s aussi chez DG).

CD1 – Le Concerto n°1 (Moscou, 1892) nous fait plonger dans l’intensitĂ© du drame ; un fracas lyrique immĂ©diatement actif et rugissant, bientĂŽt rassĂ©rĂ©nĂ© dans une texture lyrique et langoureuse dont seul Rachmaninov a le secret ; qui peut effacer de sa mĂ©moire le motif central (cantilĂšne Ă  la fois grave mais douce) de ce premier mouvement Vivace, qui a fait les belles heures de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot ? D’autant que le jeu perlĂ© de Daniil Trifonov fait merveille entre sagacitĂ©, activitĂ©, intĂ©rioritĂ© ; entre allant et tendre nostalgie ; il tisse des vagues d’ivresse Ă©perdue comme au diapason d’un orchestre nerveux voire brutal (excellente prĂ©cision de NĂ©zet-SĂ©guin pour restituer la dĂ©flagration sonore d’une orchestration qui peut sonner monstrueuse), sĂ©ries de rĂ©ponses Ă©lectriques et tout autant percutantes et vives, au bord de la folie (grĂące Ă  une digitalitĂ© fabuleusement libre, frĂ©nĂ©tique ou en panique). Ce jeu Ă©lastique entre Ă  coups et secousses, puis Ă©largissement de la conscience, trouve un Ă©quilibre parfait entre le piano et l’orchestre.
L’Andante caresse, respire, plonge dans des eaux plus ambivalentes encore oĂč rĂšgne comme une soie nocturne, l’onde sonore onctueuse de l’orchestre plus bienveillant. Daniil Trifonov chante toute la nostalgie en osmose avec les pupitres de l’orchestre aux couleurs complices.
A travers une forme de monologue enchantĂ©, sourd l’inquiĂ©tude d’une gravitĂ© jamais Ă©loignĂ©e. La lecture approche davantage une veille attendrie plutĂŽt qu’une libĂ©ration insouciante. LĂ  encore on goĂ»te la subtilitĂ© des nuances et des couleurs.
La partie la plus passionnante reste l’ultime Ă©pisode Allegro vivace dont le chef fait crĂ©piter les rythmes (dĂ©jĂ ) amĂ©ricains, le swing qui semble quasi improvisĂ©, d’autant que le cheminement du jeune pianiste se joue des rythmes, de l’enchaĂźnement des sĂ©quences avec une prĂ©cision frĂ©nĂ©tique, une acuitĂ© vive et engagĂ©e d’une indiscutable Ă©nergie ; un tel dĂ©hanchement heureux regarde directement vers le bonheur comme la libertĂ© du Concerto n°3, lui crĂ©Ă© Ă  New York par l’auteur le 28 nov 1909.
Brillant autant que crĂ©atif, Trifonov nous livre son propre arrangement du premier volet des Cloches, soit un morceau de 6mn (allegro ma non tanto) qui montre toute la sensibilitĂ© active et l’imagination en couleurs et timbres qui l’inspirent.

 

 

 

Périple réussi pour Daniil Trifonov
Rachmaninov intérieur et virtuose

 

 

 

TRIFONOV-DANIIL-rachmaninov-arrival-critique-classiquenews-trifonov-daniil-cd-destination-rachmaninov-arrival-piano-concertos-1-3-nezet-seguin-cd-deutsche-grammophon-cd-critique-review-classiquenews---copieCD2 – Cerise sur le gĂąteau et approfondissement de cette utlime escale en terres Rachmaninoviennes, le Concerto pour piano n°3 affirme une Ă©gale musicalitĂ© : immersion naturelle et progressive sans heurts, en un flot Ă  la fois ductile et crĂ©pitant oĂč l’orchestre sait s’adoucir, rechercher une sonoritĂ© mĂ©diane qui flatte surtout le relief scintillant du piano. Le jeu de Trifonov est d’une prĂ©cision caressante, onctueuse et frappante par sa souplesse, comme une vision architecturĂ©e globale trĂšs claire et puissante. L’écoulement du dĂ©but est presque hors respiration, d’une tenue de ligne parfaite, Ă  la fois irrĂ©sistible, allante, de plus en plus souterraine, recherchant le repli et l’intĂ©riorisation ; ce que cherche Ă  compenser l’orchestre de plus en plus dĂ©claratif, mĂ©nageant de superbe vagues lyriques comme pour mettre Ă  l’aise le soliste ; aucun effet artificiel, mais l’accomplissement d’une lecture d’abord polie dans l’esprit ; D’une imagination construite foisonnante, Trifonov soigne l’articulation au service de sa sonoritĂ©, Ă©coute l’intĂ©rioritĂ© de la partition et cisĂšle son chant pudique avec une tendresse magicienne. Chaque point d’extase et de plĂ©nitude sonore rebondit avec un galbe superbement articulĂ© ; peu Ă  peu le pianiste fait surgir une sincĂ©ritĂ© de plus en plus lumineuse que l’orchestre fait danser dans un crĂ©pitement de timbres bienheureux. La rĂ©exposition Ă©claire davantage la sensibilitĂ© intĂ©rieure du pianiste qui ralentit, Ă©coute, cisĂšle, distille avec finesse l’élan lyrique, souvent Ă©perdu de son texte.  Jusqu’à l’ivresse presque en panique Ă  8’ du premier mouvement, avant que ne cisaillent les trompettes cinglantes plus amĂšres, rĂ©vĂ©lant alors des cordes plus nostalgiques ; mais c’est Ă  nouveau le piano somptueusement enchantĂ© qui recouvre l’équilibre dans ce mitemps.
La seconde partie dans ses vertiges ascensionnels est hallucinĂ©e et crĂ©pitante ; le pianiste semble tout comprendre des mondes poĂ©tiques de Rachmaninov : ses Ă©clairs fantastiques, ses doutes abyssaux, ses Ă©lans Ă©perdus
 Trifonov sachant Ă  contrario de bien de ses confrĂšres et consƓurs, Ă©viter toute dĂ©monstration, dans l’affirmation d’un chant irrĂ©pressible, viscĂ©ral, jamais trop appuyĂ©, triomphe dans une sonoritĂ© toujours souple et fluide, solaire et tendre (cf la qualitĂ© de ses Liszt prĂ©cĂ©dents dĂ©jĂ  citĂ©s). Le soliste sait prĂ©server l’ampleur d’une vision intĂ©rieure, imaginative, poĂ©tique, suspendue, d’une incroyable respiration profonde, en particulier avant la 2Ăš rĂ©exposition du thĂšme central (15’40 Ă  15’53). Tout l’orchestre le suit dans ce chant de l’ñme et qui s’achĂšve dans une glissade fugace, subtilement ciselĂ©e dans l’ombre.

L’intermezzo est en forme d’Adagio qui affirme la mĂȘme voluptĂ© lointaine, une distanciation poĂ©tique Ă©cartant tout acoups, mais invite Ă  l’expression la plus intime d’un cƓur attendri, extatique.  Cette Ă©loquence intĂ©rieure est partagĂ©e par l’orchestre et le pianiste qui colore et croise de nouvelles visions au bord de l’évanouissement, sait s’appuyer davantage sur l’orchestre : les champs intĂ©rieurs y sont remarquablement sculptĂ©s, vĂ©ritables ivresses qui portent au songe et Ă  la rĂȘverie, Ă  l’oubli et au renoncement
 en un crĂ©pitement qui soigne toujours la clartĂ© et la prĂ©cision d’un jeu nuancĂ©, dĂ©taillĂ©, et d’une grande invention comme d’une grande intelligence sonore.

CLIC_macaron_2014Le dernier mouvement, « Finale. Alla breve », semble rĂ©unir toutes les forces vitales en prĂ©sence et rĂ©capituler les songes passĂ©s, en un chant revivifiĂ© qui Ă©nonce les principes d’une reconstruction dĂ©sormais partagĂ©e par instrumentistes et piano solo ; le chant s’enfle, grandit, ose une carrure nouvelle, galopante ; Trifonov rĂ©ussit l’expression de cette chevauchĂ©e toute de souplesse et de nuances chantantes. Le jeu du pianiste est tout simplement irrĂ©sistible comme happĂ©, aspirĂ© par une dimension qui dĂ©passe l’orchestre
 facĂ©tieux, mystĂ©rieux, le clavier vole dĂ©sormais de sa propre Ă©nergie, aĂ©rienne : le lutin Trifonov (3’57) cisĂšle ce chant cosmique, dans les Ă©toiles, comme un jaillissement naturel. D’une caresse infinie qu’il inscrit, suspend au delĂ  de la voĂ»te familiĂšre dans la texture mĂȘme du songe. Un songe Ă©veillĂ©, en chevauchĂ©, dans un galop qui mĂšne trĂšs trĂšs loin et trĂšs haut, rĂ©vĂ©lĂ© en partage. Hallucinant et cosmique. Du trĂšs grand art.

 

 
 

 

LIRE notre annonce du cd événement Departure / Destination Rachmaninov (octobre 2018)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-daniil-trifonov-destination-rachmaninov-departure-1-cd-dg/

LIRE aussi notre annonce du cd événement : ARRIVAL / Destination Rachmaninov (octobre 2019)

 

 
 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIIL TRIFONOV, piano – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. PHILADELPHIA orchestra, Yannick SĂ©guet-NĂ©zin, direction 52 cd DG Deutsche Grammophon) – CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2019. Parution le 11 octobre 2019.

CD Ă©vĂ©nement, annonce. DANIIL TRIFONOV – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3

trifonov daniil cd destination rachmaninov arrival piano concertos 1 3 nezet-seguin cd deutsche grammophon cd critique review classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. DANIIL TRIFONOV – Destination Rachmaninov : ARRIVAL – Concertos 1 et 3. Et s’il Ă©tait avec notre favori britannique, Benjamin Grosvenor, le jeune pianiste actuel le plus convaincant de l’heure ? Le lutin russe, Daniil TRIFONOV, douĂ© d’une Ă©loquence souple et intĂ©rieure capable de faire jaillir des crĂ©pitements intimes, en particulier chez Rachmaninov, achĂšve ainsi son pĂ©riple dĂ©diĂ© au grand Serge Rachmaninov, lui-mĂȘme pianiste virtuose. Rachmaninov joua lors d’une tournĂ©e amĂ©ricaine avec le Philadephia Orchestra ces deux mĂȘmes Concertos lĂ©gendaires (n°1 et n°3).
VĂ©loce et versatile, pĂ©tillant et aĂ©rien, son jeu Ă©blouit littĂ©ralement dans le volet le plus redoutable de ce double album « arrival », dans le pĂ©rilleux Concerto n°3 (ce mĂȘme sommet qui avait conclu le dernier Festival Menuhin Ă  GSTAAD, le 6 sept 2019). Pudique et puissant, surtout son jeu se montre irrĂ©sistible dans une partition dont il distingue chaque nuance, en la rĂ©tablissant dans le parcours intime du compositeur. Funambule ou galopant Ă  toute bride, poĂ©tique ou Ă©pique, Daniil Trifonov montre une maturitĂ© saisissante dans ce dernier jalon, en complicitĂ© avec le chef quĂ©bĂ©cois, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin Ă  la tĂȘte du Philadelphia Orchestra. Le jeune homme il y a quelques annĂ©es imberbe (cd LISZT 2015), a gagnĂ© une profondeur lumineuse, une tendresse d’une rare subtilitĂ©, en tĂ©moigne cette barbe nouvelle qu’il arbore Ă  prĂ©sent. La sortie du double coffret DESTINATION RACHMANINOV : ARRIVAL est annoncĂ©e le 11 octobre 2019 chez DG Deutsche Grammophon. Probable CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2019.

 

 

 

 

LIRE aussi notre annonce dĂ©diĂ©e au premier volet DEPARTURE du pĂ©riple “DESTINATION RACHMANINOV”

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. VERBIER festival 2019, le 21 juil 2019. S BABAYAN, D TRIFONOV, pianos. Shchedrin, Schumann, 


COMPTE-RENDU, CONCERT. VERBIER FESTIVAL 2019, le 21 juil 2019. VERBIER CHAMBER ORCHESTRA, GÁBOR TAKÁCS-NAGY, direction / LAWRENCE POWER, alto / SERGEI BABAYAN et DANIIL TRIFONOV, pianos. Shchedrin, Schumann, Bach, Mozart.

TRIFONOV Babayan piano a VERBIER 2019 critique concert review classiquenews 20190721_Combins_19h_Gabor_Babayan_Trifonov_Power_©LucienGrandjean (8 sur 20)La salle des Combins Ă  Verbier est ce que l’on appelle une structure Ă©phĂ©mĂšre, pouvant accueillir 1800 personnes. Elle est spĂ©cialement montĂ©e et Ă©quipĂ©e pour abriter les grandes formations le temps du festival. Le 21 juillet, le Verbier Festival Chamber Orchestra dirigĂ© par son chef hongrois GĂĄbor TakĂĄcs-Nagy partageait sa scĂšne avec l’altiste Lawrence Power et les pianistes Sergei Babayan et Daniil Trifonov dans un programme des grands soirs, apprĂ©ciĂ© des habituĂ©s du prestigieux festival.

 
 

 
 

BABAYAN ET TRIFONOV : ENTRE PÈRE ET FILS

Prologue.
Le Concerto Dolce pour alto, orchestre Ă  cordes et harpe, du compositeur Rodion Shchedrin (1932) est une composition de 1997 en un seul mouvement. Il met en valeur l’alto dans un ambitus large. Lawrence Power interprĂšte avec une grande force expressive et une maĂźtrise totale cette Ɠuvre qui se situe Ă  la lisiĂšre de la modernitĂ©, imprĂ©gnĂ©e en profondeur d’un classicisme assumĂ©. C’est sans faillir qu’il soutient fermement de son archet les lignes mĂ©lodiques parfois interminables, dont il traduit le sentiment mĂ©lancolique, les slaves Ă©tats d’ñme, et en accentue les accĂšs douloureux,  perçant par moments l’extrĂȘme aigu de l’instrument avec une justesse parfaite, accompagnĂ© d’un orchestre dirigĂ© avec grande mĂ©ticulositĂ©.

Interlude.
L’Andante et variations pour deux pianos opus 46 de Schumann est rarement jouĂ© en concert et c’est une chance de l’entendre ici, qui plus est par deux musiciens dont la complicitĂ© ne fait aucun doute, celle du maĂźtre Sergei Babayan, et de son Ă©lĂšve surdouĂ© et inspirĂ©, Daniil Trifonov. On perçoit sur le visage de Babayan cette bontĂ© bienveillante, cette paisible douceur qui baigne aussi son jeu, et Trifonov, loin de vouloir tuer le pĂšre, d’une respectueuse et attentive docilitĂ©, se fond dans le moule de tendresse façonnĂ© par son maĂźtre, et s’accorde avec lui pour nous en dire au creux de l’oreille toutes ses confidences. Cela donne un dĂ©licat bijou musical dont on cĂšde au charme sans rĂ©sistance, un moment de pure grĂące.

Bach, le pùre, et l’enfant Mozart.
L’orchestre se joint au duo pianistique dans le Concerto pour deux claviers BWV 1062 de J.S. Bach. Les deux musiciens en tissent inlassablement l’étoffe avec cette mĂȘme complicitĂ© et jalonnent des reprises alternĂ©es de leurs traits le flux continu de l’Ɠuvre, dans un unique mouvement dynamique. Puis quel dĂ©licieux moment avec l’andante   jouĂ© sans empressement, ni lenteur nĂ©anmoins, dans un phrasĂ© enveloppant, tout en rondeur et en douceur! Le dernier mouvement allegro assai suit dans une rĂ©jouissante Ă©nergie soutenue avec lĂ©gĂšretĂ© par l’orchestre: ici la diffĂ©rence de jeu des deux pianistes point un peu plus, Babayan colorant le sien Ă  l’articulation nette, en ourlant davantage les lignes mĂ©lodiques, Trifonov se situant dans une abstraction analytique, marquant davantage les appuis. En deuxiĂšme partie, autre concerto pour deux pianos, celui en mi bĂ©mol majeur K 365 que Mozart composa en 1779 pour sa sƓur et lui-mĂȘme. Babayan et Trifonov prennent un plaisir commun non dissimulĂ© Ă  partager l’innocence de ces pages, Ă  y mettre leur cƓur d’enfant, Trifonov avec une simplicitĂ© confondante, l’air de ne pas y toucher, Babayan dans un surcroĂźt de lumineuse tendresse.

Épilogue.
Quoi de mieux que Mozart aprĂšs Mozart? Le public demande un bis: Babayan dĂ©place sa banquette pour cette fois partager humblement le clavier de son Ă©lĂšve. La Sonate pour piano Ă  quatre mains en ut majeur KV 381 clĂŽt le concert, et ravit dĂ©finitivement le cƓur de l’auditoire heureux. Les notes de cette belle soirĂ©e continueront de vibrer dans nos mĂ©moires, comme celles de ces harmonieuses et radieuses retrouvailles, celles d’un Ă©lĂšve reconnaissant et de son maĂźtre rĂ©compensĂ©.

 
 

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Illustrations : © Lucien Grandjean

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, RÉCITAL PIANO. FESTIVAL DE VERBIER, le 20 juil 2019. DANIIL TRIFONOV,  piano, Berg,
 Ligeti

COMPTE-RENDU CRITIQUE RÉCITAL DANIIL TRIFONOV,  piano, VERBIER FESTIVAL, 20 juillet 2019. Berg, Prokofiev, BartĂłk, Copland, Messiaen, Ligeti, Stockhausen, Adams, Corigliano. Le Verbier Festival (Suisse) qui s’achĂšvera le 3 aoĂ»t propose sur ses hauteurs une immersion musicale de haut vol, avec les plus prestigieux interprĂštes. Fort de sa renommĂ©e, il sait oser des programmes qui sortent des sentiers battus. Le 20 juillet, le pianiste Daniil Trifonov, Premier Prix et Grand Prix du concours TchaĂŻkovski, donnait un rĂ©cital peu banal Ă  l’église de Verbier, enchaĂźnant des Ɠuvres du vingtiĂšme siĂšcle et contemporaines.
Construire un programme de rĂ©cital requiert une rĂ©flexion en profondeur que bien des musiciens escamotent, se contentant parfois d’une Ɠuvre phare, ou deux, enrobĂ©e de quelques piĂšces de leur rĂ©pertoire pourvu que les tonalitĂ©s s’accordent dans leur succession, gage d’impression d’unitĂ©. Ce n’est pas le cas de Daniil Trifonov dont les programmes sont toujours soigneusement et intelligemment conçus. Quelle hardiesse dans celui de ce soir! Il faut sacrĂ©ment de l’aplomb pour imposer aux oreilles mĂ©lomanes des piĂšces qui s’éloignent de la sĂ©duction mĂ©lodique « classique » et du si familier et confortable langage tonal, pour conquĂ©rir un public avec un rĂ©pertoire qui bouscule, Ă©tonne, percute, dĂ©route, et plane parfois dans des sphĂšres Ă  l’indicible mystĂšre.

 

 

DANIIL TRIFONOV:
DE L’ÉNERGIE ET LA CONTEMPLATION AU PIANO PRÉDICATEUR

 

 

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Daniil Trifonov arrive, ses partitions sous le bras, chaussĂ© maintenant de lunettes, avec une allure d’étudiant qui viendrait soutenir une thĂšse. Il glisse en douceur dans le clavier du grand Steinway les premiers intervalles de la Sonate opus 1 d’Alban Berg (crĂ©Ă©e en 1910). Voici enfin un interprĂšte qui n’en donne pas une version expressionniste ni dĂ©chirĂ©e! Il semble en chĂ©rir chaque note, les laisse Ă©clore avec tendresse, dessine les contours complexes de sa polyphonie et de ses chromatismes avec une ultra sensibilitĂ©, prend le temps voluptueux de ses moments de relĂąchement, culmine dans les quadruples fortissimi sans duretĂ© mais dans l’ardeur empressĂ©e d’un lyrisme passionnĂ©. Quelle sensualitĂ©! il semble s’émerveiller de chaque note, de chaque micro-inflexion, de chaque entrelacement, dont il invente le mouvement sublime en mĂȘme temps qu’il le joue, s’enthousiasme de ses Ă©lans, baigne de profonde plĂ©nitude les toutes derniĂšres notes d’un si mineur enfin rĂ©solu. Le ton change avec Sarcasmes opus 17 de SergeĂŻ Prokofiev (1912-14), percussifs et Ă  l’énergie dĂ©capante. Le compositeur commentait ce recueil de cinq piĂšces par ces mots: « il nous arrive parfois de rire cruellement de quelqu’un, mais quand nous y regardons de plus prĂšs, nous voyons combien est pitoyable et malheureuse la chose dont nous avons ri. Alors nous commençons Ă  nous sentir mal Ă  l’aise  ». Trifonov maĂźtre dans la tenue rythmique et la prĂ©cision de l’articulation, comme dans la conduite dynamique de ces piĂšces, trouve dans leurs sonoritĂ©s contrastĂ©es leur ton fĂ©rocement moqueur, voir malfaisant, incarne une monstruositĂ©, prenant une attitude de gnome, les bras arquĂ©s, courbĂ© sur le piano, l’Ɠil noir. « Szabadban » (En plein air) est une suite de cinq piĂšces de BĂ©la BartĂłk composĂ©e en 1926. L’énergie d’ Avec tambours et fifres (premiĂšre piĂšce) s’enchaĂźne parfaitement avec la musique de Prokofiev, et introduit un univers oĂč des esquisses de danses traditionnelles savamment accentuĂ©es (Musettes) croisent des mĂ©lodies qui apparaissent dans un halo de mystĂšre Ă  l’atmosphĂšre contemplative (Musiques nocturnes). Le pianiste dĂ©voile une palette de timbres d’une finesse Ă  peine pensable, dans un contrĂŽle absolu du son, pesant chaque note, Ă©coutant chaque rĂ©sonance, donnant profondeur aux plus doux pianissimi. Musiques Nocturnes prend un tour mĂ©taphysique mĂȘlant aux unissons jouĂ©s comme des antiennes le chant dĂ©licat d’un rossignol imaginaire. Trifonov nous transporte hors du monde dans ce moment de grĂące, puis nous plaque au sol avec l’énergie tellurique de « la Chasse » (cinquiĂšme piĂšce). Le voyage mystique se poursuit avec les sombres Variations pour piano d’Aaron Copland (1930): Trifonov y fait sonner le piano avec force mais sans rudesse,  met du poids, fait Ă©clater les dissonances, les adoucit, allĂšge, rarĂ©fie, serre les cellules rythmiques dans une Ă©nergie frĂ©nĂ©tique, introduit des cloches Ă  toute volĂ©e, plaque de grands accords larges et dissonants qui annoncent Messiaen. C’est grandiose. Justement, des Vingt Regards sur l’Enfant-JĂ©sus (1944) d’Olivier Messiaen, Il joue le Baiser de l’Enfant-JĂ©sus (15Ăšme), d’une douceur dĂ©sarmante, d’une prodigieuse longueur de son sous ses trilles bavards et lumineux, trĂšs lisztiens, façon ascensionnelle de conclure une premiĂšre partie de concert fascinante!

Sous le signe de l’énergie et de la contemplation, Trifonov poursuit le concert avec Musica Ricercata (I Ă  IV) de György Ligeti (1953-54): une perfection de prĂ©cision, de clartĂ©, dans une progression dynamique telle que l’énergie semble se rĂ©gĂ©nĂ©rer au fur et Ă  mesure de l’interprĂ©tation. Elle conduit Ă  l’abstraction des accords rĂ©pĂ©tĂ©s du KlavierstĂŒck IX de Karlheinz Stockhausen, achevĂ© en 1960. Le pianiste crĂ©e ici un univers en trois dimensions, de rĂ©sonances et de silences, et parvient Ă  produire une sensation de continuitĂ©, si difficile Ă  rĂ©aliser dans l’écartĂšlement des registres et l’étirement rythmique, voire l’absence de rythmicitĂ©, libĂ©rant les harmoniques dans une puretĂ© sonore absolue. A ce moment on prend conscience d’un impressionnant silence, celui du public captivĂ©, dont l’attention et la concentration sont Ă  leur comble. Le pianiste se garde bien de le sortir de cet Ă©tat mĂ©ditatif, avec la douceur hypnotique de China Gates de John Adams, d’une Ă©galitĂ© impeccable, imperceptiblement kalĂ©idoscopique, irrĂ©el de beautĂ© stellaire! Rien ne vient troubler ce prodige, qui abolit le temps et procure un sentiment de bĂ©atitude. La rĂ©pĂ©tition, l’ostinato semblant le fil conducteur de cette partie de concert, Trifonov donne pour finir, la Fantasia on an Ostinato de John Corigliano (1985). Cette Ɠuvre, commande du concours Van Cliburn, crĂ©Ă©e par Barry Douglas, repose sur un ostinato sur lequel elle est bĂątie en arche gĂ©ante. Elle fait rĂ©fĂ©rence explicitement par ses citations au second mouvement de la septiĂšme Symphonie de Beethoven. Le pianiste l’interprĂšte avec une profondeur hors du commun, et nous plonge dans son monde mĂ©taphysique et extatique, Ă  des annĂ©es lumiĂšres de notre vulgaire et terrestre condition, avant d’accrocher au ciel comme une nuĂ©e de chants d’oiseaux. On reste subjuguĂ©. Comment sortir indemne de ce concert? Daniil Trifonov nous aura donnĂ© Ă  vivre une expĂ©rience au-delĂ  mĂȘme de la musique, nous aura conduits quelque part dans de lointaines sphĂšres, lĂ  oĂč tout n’est qu’harmonie et beautĂ©. 4’33 de silence (Cage) s’imposĂšrent ensuite.

 
 

 

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COMPTE-RENDU CRITIQUE RÉCITAL DANIIL TRIFONOV,  piano, VERBIER FESTIVAL, 20 juillet 2019. Berg, Prokofiev, BartĂłk, Copland, Messiaen, Ligeti, Stockhausen, Adams, Corigliano. Illustration : © Nicolas Brodard / Festival de Verbier

 

 

 

CD Ă©vĂ©nement, annonce. TRANSCENDENTAL : Daniil Trifonov plays Franz Liszt (2 cd Deutsche Grammophon — Parution : le 7 octobre 2016)


trifonov daniil piano liszt transcendental liszt deutsche grammophon cd review prensentation announce review compte rendu critique CLASSIQUENEWSCD Ă©vĂ©nement, annonce. TRANSCENDENTAL : Daniil Trifonov plays Franz Liszt (2 cd Deutsche Grammophon — Parution : le 7 octobre 2016)
.  OcĂ©an oĂč se perdent les interprĂštes trop gourmands mais dĂ©passĂ©s, oĂč les tempĂ©raments s’affirment aussi tout autant
 Faisant table rase de toute virtuositĂ© gratuite, pourtant prĂ©sente dans la frĂ©nĂ©sie des premiers Ă©pisodes des Etudes d’exĂ©cution transcendante, Liszt sait aussi dĂ©construire pour organiser une nouvelle langue poĂ©tique qui Ă©lectrise par ses Ă©clairs de pure magie visionnaire et par les contrastes qui naissent par confrontation avec les gammes et arpĂšges vertigineuses qui se dĂ©versent aussi du clavier. DĂ©lire et extase sont au rendez vous
 Il faut une technicitĂ© agile virtuose certes, surtout une vision qui dĂ©voile sous l’avalanche narrative (dramatique voire opĂ©ratique comme le souligne ici l’interprĂšte), le sens d’une progression cohĂ©rente qui traverse le cycle et l’architecture des 12 Études Transcendantes. Leur transcendance se rĂ©alise dans ce passage tĂ©nu (Ă  partir du 8 Ăšme Ă©pisode, notĂ© « Wilde Jag » ?), de l’artificiliatĂ© dĂ©monstrative Ă … l’abandon allusif et poĂ©tique. Liszt magicien du temps et de l’espace ouvre ainsi des mondes invisibles, que la musique par son flux souverain, rend miraculeusement perceptibles.

 

 

Daniil Trifonov aborde le Liszt Ă©chevelĂ©, expĂ©rimental, dĂ©lirant, poĂ©tique des 12 Etudes d’ExĂ©cution Transcendante S 139 de 1852.

 

trifonov daniil piano classiquenewsLe jeune pianiste russe DANIIL TRIFONOV, vedette montante de l’écurie Deutsche Grammophon, aux cĂŽtĂ©s de son confrĂšre britannique Benjamin Grosvenor (qui aborde lui aussi Liszt et Franck dans un disque remarquablement conçu : “Homages”, Ă  paraĂźtre aussi en septembre 2016 — annonce et critique complĂšte Ă  venir dans nos colonnes) aborde un programme particuliĂšrement ambitieux : Everest du clavier, tant par les dĂ©fis de pure technique que la maturitĂ© interprĂ©tative pour en organiser la vision globale
 AprĂšs Rachmaninov, le Liszt du jeune Daniil Trifonov s’annonce donc passionnant.

 

 

 

« Transcendantal : Daniil Trifonov plays Franz Liszt », 1 cd Deutsche Grammophon à paraßtre le 7 octobre 2016 (enregistré à Berlin en septembre 2016). Compte rendu critique complet à venir sur CLASSIQUENEWS.COM, dans le mag cd dvd livres, à la date de parution du CD Liszt par Daniil Trifonov, le 7 octobre 2016.

 

 

Le pianiste Daniil Trifonov joue Rachma, Chopin, Scriabine…

Arte, dimanche 18 mai 2014, 18h30. Le pianiste Daniil Trifonov interprĂšte Rachmaninov, Chopin, Scriabine et Strauss. Le pianiste russe Daniil Trifonov est l’un des plus brillants interprĂštes de la jeune gĂ©nĂ©ration. Comme son confrĂšre polonais Rafal Bleschaz,  il a rĂ©cemment rejoint l’Ă©curie Deutsche Grammophon…  Programme :

Sergueï Rachmaninov  
Variations sur un thĂšme de Chopin, op. 22

SergueĂŻ Babayan
Professeur de Daniil Trifonov

Frédéric Chopin
Etude en fa majeur, op. 10  n° 18,

Alexandre Scriabine
Etude en ut diÚse mineur, op. 42 n° 5

Réalisé par Regina Busch (Royaume-Uni, 2013, 43mn)