CHEFS. JEAN-CLAUDE CASADESUS : Qu’est ce qui fait l’identitĂ© d’un orchestre ?

LILLE : JC CASADESUS dirige Brahms et Dvorak. Alchimie musicaleENTRETIEN VIDÉO. JEAN-CLAUDE CASADESUS : Qu’est ce qui fait l’identité d’un orchestre ? En décembre 2020, Jean-Claude Casadesus a fêté ses 85 printemps. Le chef fondateur de l’Orchestre National de Lille peut être fier d’avoir créer ex nihilo une tradition musicale de premier plan à Lille et dans la Région Hauts de France. A l’auditorium du Nouveau Siècle, les lillois ont pris l’habitude des grands bains symphoniques et des festivals et concerts aussi riches que diversifiés. Retour sur un parcours porté par la passion de la musique et du partage. A l’occasion de son anniversaire, Jean-Claude Casadesus s’est prêté au jeu de l’entretien vidéo, avec l’élégance, l’humour et la grande culture littéraire que nous lui connaissons. Entretien vidéo pour classiquenews.com.

 

 

Jean-CLaude CASADESUS, maestro flamboyant. Pour ses 85 ans, CLASSIQUENEWS a rencontrĂ© le fondateur de l’Orchestre National de Lille, phalange exemplaire dont il a accompagnĂ© et guidĂ© l’essor depuis sa crĂ©ation en 1976. Entretien vidĂ©o rĂ©alisĂ© en dĂ©cembre 2020 Ă  l’occasion de son anniversaire.

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AGENDA

Si le contexte sanitaire le permet toujours, Jean-Claude Casadesus dirige les instrumentistes de l’Orchestre du Conservatoire de Paris, lundi 18 janvier 2021, Philharmonie de Paris Ă  19h (Grande Salle Pierre Boulez) – au programme : Debussy (PrĂ©lude Ă  l’Après-midi d’un faune), Robert Schumann (Concerto pour piano / David Kadouch, piano), Ravel (Pavane pour une infante dĂ©funte), Beethoven : Symphonie n°1.
INFOS & RÉSERVATIONS :
https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/21656-romantismes?date=1610992800

 

 

 

 

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Discographie Jean-Claude Casadesus
Parmi un vaste choix de réalisations discographiques réalisées par Jean-Claude Casadesus à la tête de « son » orchestre National de Lille (qu’il a fondé en 1976), citons deux albums fétiches. L’un récent (Le chant de la terre, live 2008, enfin édité en déc 2020 / Une vie de héros de Strauss : bain orchestral à la fois subtil et étourdissant qui force l’admiration par sa conception d’ensemble).

 

 

strauss heldenleben vie de heros orchestre national de lille cd naxos casadesus_jean-claude-casadesusR. STRAUSS : Une vie de héros (Naxos, 2011). Enregistré sur le vif en janvier 2011 à l’Auditorium du Nouveau Siècle de Lille, le concert fixe à la fois le souffle et la couleur élaborés par maestro Casadesus. On est saisi dès le début par la noblesse franche et ronde des cuivres, l’extension spatiale du son qui en découle ; et tout au long des 9 séquences de cette épopée tendre et spectaculaire, la balance et la richesse des couleurs et des timbres se montrent captivantes, éléments d’une vision architecturée d’une rare clarté. C’est épique et suggestif, d’une unité organique évidente, frappant par la franchise du geste comme la subtilité des accents. Le couplage choisi, avec le rare Chant funèbre opus 9 de Magnard conclut le cycle dans des résonances tout aussi allusives, évoquant la suspension émotionnelle d’une aube progressive dont là encore l’architecture et la progression sonore captivent. Eloquente réussite et vrai bain orchestral.

 

 

mahler casadesus chant la terre lied von des erde urmana cd classiquenewsG. MAHLER : Le chant de la terre (Évidence, 2008). L’opiniâtreté du chef a porté ses fruits et s’est révélée pertinente : il fallait fixer la mémoire de ce live convaincant à l’affiche du Festival de Saint-Denis 2008. 13 ans ont passé et ce qui frappe immédiatement c’est la puissance des nuances ; une vision pleine, riche, totalement assumée qui dans la direction, assure cette sûreté et cette intensité sans boursouflures ni pathos, hélas souvent présentes ailleurs. Le timbre claironnant du ténor Clifton Forbis, la voix caressante, maternelle de Violeta Urmana cisèlent et habitent le texte, … pépite finale, cadre d’une métamorphose bouleversante à l’orchestre, « Der Abschied » est une dissolution du souffle, une évaporation sonore jusqu’à l’ultime murmure où le chef dirige avec son âme, révélant des trésors de couleurs intérieures, marquées à la fois par la dépression, la douleur, puis dans la lumière, le renoncement et la rédemption. Chez Mahler, il faut toujours tomber très bas pour remonter au plus haut. Interprète fin et subtil de Mahler, JC Casadesus, en humaniste inspiré et sincère, nous délivre ici une leçon de musique magistrale par son humanité, sa force fraternelle, son espoir coûte que coûte.

 

 

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COUP DE COEUR CLASSIQUENEWS

mahler casasesus jean claude orchestre national lille cd review cd critique classiquenews cd EVCD027-Cover-ONL-1024x1024CD, compte rendu critique. Mahler : Symphonie n°2 (Jean-Claude Casadesus, Orchestre national de Lille, novembre 2015, 1 cd évidence classics). D’une caresse maternelle, l’Urlicht trop fugace s’accomplit grâce au timbre chaud et enveloppant de la mezzo Hermine Haselböck. L’accord en tendresse et désir de conciliation se réalise aussi dans la tenue des instruments d’une douceur engageante. Vrai défi conclusif pour l’orchestre, le dernier mouvement, le plus long (Finale / Im tempo des scherzos / Wild herausfahrend), plus de 35 mn ici, réalise ce volet de résolution et d’apaisement qui rassure et rassérène idéalement : Jean-Claude Casadesus maîtrise cet exercice de haute voltige où la sublime fanfare, d’un souffle cosmique et céleste, répond à l’activité des cordes et à l’harmonie des bois. Comme le dit le maestro lui-même, il s’agit bien d’une page parmi les plus belles écrites amoureusement par CLIC_macaron_2014Malher : appel souverain, olympien du cor, réponse de la trompette, caresse enivrante là encore des cordes en état de… lévitation. L’orchestre ouvre des paysages aux proportions inédites, aux couleurs visionnaires, absolues, abstraites. La direction récapitule et résout les tensions avec une hauteur de vue magistrale. LIRE notre critique complète du cd Mahler : Symphonie n°2 (Jean-Claude Casadesus, Orchestre national de Lille, novembre 2015, 1 cd évidence classics) / CLIC de CLASSIQUENEWS oct 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DVD. Compte rendu critique. Quand les mains murmurent (2012)

quand-les-mains-murmurent-la-huit-film-conservatoire-de-paris-jeunes-chefs-critique-CLASSIQUENEWS-octobre-2015DVD. Compte rendu critique. Quand les mains murmurent (2012). Curieux titre en vérité qui promettait une immersion passionnante dans les arcanes introspectives et intimes de la direction d’orchestre. En fait il n’en est rien car malgré l’aplomb photogénique du professeur Ferro lequel ne cesse de recentrer l’action dans le travail, dans la musique, dans son interprétation…, les 10 jeunes chefs apprentis dont une femme (Charlotte souvent un peu raide), expriment devant la caméra leur doutes, leurs maladresses, leurs inquiétudes. On reste constamment hors de la musique dans un film qui annonçait le contraire. Les mains sans appui dans le vide doivent exprimer la moindre inflexion, la précision d’une croche (mais en intégrant aussi le temps de sa résonance), et plus encore indiquer nuances, longueur, forme, accent, c’est à dire la note et le silence qui suit… c’est à dire dans l’incarnation du geste, exprimer l’abstraction de la musique et rendre claires, toutes les intentions du chef à partir de la partition ouverte.

Doutes et incertitudes du chef apprenti…

De quelle façon, la main peut-elle être un instrument de communication ? Vaste question. Mais il n’y a pas que la main, les doigts, l’indication et le mouvement des bras, il y a tout le corps global, qui doit jouer en souplesse et dans le sourire. Le regard pèse aussi. Devant la caméra et sous la direction du chef des chefs, Philippe Ferro, responsable de la classe d’initiation à la direction d’orchestre, les jeunes apprentis sur une même partition (jouée au piano), répète la clarté de leurs gestes. Moins de gestes mécaniques, plus d’équilibre entre main gauche (qui indique les inflexions) et main droite (qui indique le rythme)
Il y a la classe avec le professeur…. il y a aussi dans la foulée, l’orchestre réel avec les musiciens… Devant l’enregistrement de leur session, maître et élève analysent les gestes de l’apprenti : et l’on comprend très vite que la direction d’orchestre n’est pas qu’une question de mains… le film devrait donc changer de titre. Le visage, les mimiques expressives, l’attitude du corps sur le pupitre, exprimer tout en très peu de gestes : voilà le secret.
Et la parole souligne aussi l’indication d’un geste. Trop mécanique, pas assez instinctif et naturel. Pas assez clair : quel tempo, quelle vision ? Faut pas lâcher… Le maître pousse chacun de ses élèves jusqu’à ses ultimes retranchements pour que surgissent en toute clarté et précision, une intention. Et à part ça, est ce que tu danses ? Non pas je ne sais pas danser (un comble quand même pour un chef chargé d’indiquer le bon tempo, de ne pas savoir bouger!). Le travail est un ensemble d’ajustements pour que les indications soient les plus claires possibles.

Le fil se dilue au cours du déroulement, pas facile pour un chef de capter et entretenir la concentration de son orchestre ; pas facile pour un réalisateur de maintenir l’intérêt du spectateur : ici trop de digressions, dans les coulisses, sur les ressentis des uns et des autres, trop d’images qui déconcentrent sans répréciser tous les enjeux de la direction d’orchestre et de son long apprentissage. Au final de la session, les 10 prétendants à l’examen sélectif de fin d’année (concert Mozart, Bartok, Strauss), 3 sont admis en 2è années : Dylan, Benjamin, William. Mais c’est comme dans les autres classes d’instruments au Conservatoire : tant de pianistes par exemple, pour si peu de vrais poètes, pour un cercle si restreint de vrais interprètes capables de défendre une vision, d’exprimer une compréhension juste et sincère des partitions… Diriger c’est d’abord régler des problèmes intimes ; ne pas les résoudre suscite des blocages irrémédiables. Pour être un bon chef, il faut être un musicien, un très grand technicien, mais aussi un communicant libre et charismatique. Combien d’élus obtiendront des postes officiels pour être reconnus et progresser encore et toujours ? Au moins, malgré ses défauts, le film dévoile dans les coulisses de l’apprentissage, les défis de ce métier convoité mais périlleux : une série d’épreuves où chaque apprenti fait d’abord l’expérience d’une autocritique, face à la caméra, face à son corps ; une sorte de remise en question fondamentale de sa place parmi les autres. Qui suis-je ? Que veux je transmettre aux autres et comment ? Telle est la question : même si la musique me passionne, suis je fait pour ce métier ?

DVD. Compte rendu critique. Quand les mains murmurent (2012). Un film de Thierry AugĂ©, 2012 – France – 58 minutes – XDcam