Concert du lancement de l’annĂ©e Dutilleux

henri-dutilleux1-362x439Paris, Philharmonie. Concert Dutilleux, le 22 janvier 2016, 20h. Lancement officiel de l’annĂ©e du Centenaire Dutilleux, ce 22 janvier 2016 Ă  la Philharmonie de Paris. Le 22 janvier est le jour anniversaire de l’annĂ©e Dutilleux 2016 : Henri Dutilleux est en effet nĂ© le 22 janvier 1916 : c’est donc le jour de son centenaire. A cette occasion la Philharmonie de Paris propose (Ă  20h30) un concert exceptionnel : Quatuor Ă  cordes “Ainsi la nuit” et “Trois strophes sur le nom de Paul Sacher” couplĂ©s avec le Trio pour piano et cordes de Ravel, et la Sonate pour violon et piano de Debussy.

Henri Dutilleux : Trois strophes sur le nom de Sacher, Préludes
Maurice Ravel : Trio pour piano et cordes
Claude Debussy : Sonate pour violon et piano
Henri Dutilleux : Quatuor Ă  cordes “Ainsi la nuit”

Avec :
Lisa Batiashvili, violon
Valeriy Sokolov, violon
Gérad Caussé, alto
Gauthier Capuçon, violoncelle
Frank Braley, piano

RĂ©server vos places pour le concert de la Philharmonie, ce 22 janvier 2016, 20h

Centenaire Dutilleux : 1916 - 2016Ainsi la Nuit… Propre aux annĂ©es 1970, le seul Quatuor Ă  cordes de Dutilleux est “une sorte de vision nocturne” (d’aprĂšs les propres paroles du compositeur), fidĂšle Ă  la sensibilitĂ© abstraite et poĂ©tique, sensuelle et suggestive de son auteur, un cycle d’Ă©tats intĂ©rieurs qui renouvelle considĂ©rablement le genre quatuor. La partition est composĂ©e entre 1971 et 1977 (commande de la Fondation Koussevitsky destinĂ©e au Quatuor Juilliard). La crĂ©ation française (parisienne) remonte au 6 janvier 20177 par le Quatuor Parrenin. Les Juilliard le crĂ©eront de leur cĂŽtĂ© Ă  Washington en avril 1978. DĂ©diĂ© au mĂ©lomane et ami du compositeur, Ernest Sussman, le Quatuor porte un hommage Ă  Olga Koussevitsky. A partir d’Etudes prĂ©alables que Dutilleux adresse aux Juilliard pour qu’ils s’exercent Ă  son Ă©criture, Dutilleux Ă©labore un cycle continu, organiquement reliĂ© par des “parenthĂšses” souvent brĂȘves mais fĂ©dĂ©ratrices et porteuses de liant/lien entre les 7 sections du Quatuor. Seuls les parties V Ă  VII sont enchaĂźnĂ©es sans parenthĂšses. Comme une transe rĂȘveuse, nostalgique, d’un caractĂšre nocturne (d’oĂč le titre aux rĂ©fĂ©rences poĂ©tiques manifestes), le cycle cultive l’atmosphĂšre d’une traversĂ©e mĂ©ditative et active, dans des teintes impressionnistes, – le terme est utilisĂ© par Dutilleux lui-mĂȘme. Le parcours va de “Nocturne” (I) Ă  “Constellations” (VI) et “Temps suspendu” (VII). Le principe de mĂ©moire et de rĂ©itĂ©ration, selon le pendule proustien, agrĂšge ici variations et prĂ©figurations dont les Ă©chos manifestes tissent comme un morceau vivant de la pensĂ©e Ă  la fois, rĂ©troactive et prĂ©sente. Dutilleux, fusionne aussi Beethoven et l’Ecole de Vienne, pour refondre la notion mĂȘme de temps musical. la durĂ©e en est emblĂ©matique du dĂ©veloppement toujours condensĂ©, unique, resserrĂ© chez Dutilleux qui cultive surtout la puissance suggestive de son Ă©criture.

dutilleux-henri-biographie-pierre-gervasoni-actes-sud-critique-livres-classiquenews-review-bookMĂȘme univers enracinĂ© dans la poĂ©sie et pĂ©nĂ©trĂ© de rĂ©fĂ©rences littĂ©raires Ă  peine voilĂ©es pour les Strophes sur le nom de Paul Sacher, rĂ©alisĂ©es pour le 70 Ăšme anniversaire du chef d’orchestre Paul Sacher en 1976. Avec les hommages de Boulez (Messagesquisse) et de Lutoslawski (Sacher Variations), commandĂ©es simultanĂ©ment pour la mĂȘme occurrence, les piĂšces de Dutilleux se sont naturellement imposĂ©es par leur grande cohĂ©rence et originalitĂ©, leur caractĂšre poĂ©tique, leur climat suspendu, comme doucement hallucinĂ©. C’est Paul Sacher qui crĂ©Ă©e les Strophes de Dutilleux Ă  BĂąle en 1982 : par “Strophes”, Dutilleux fait rĂ©fĂ©rence et emprunte un mot spĂ©cifique Ă  l’Ă©criture poĂ©tique car le nom de Sacher revient dans chacun des trois volets, comme autant de rimes ou de retours. Aimant les filiations, les rĂ©miniscences lĂ  encore “proustiennes”, Dutilleux cite Bartok dont Musique pour cordes, percussion et cĂ©lesta fut justement crĂ©Ă© par Sacher en 1937… Le triptyque qui en dĂ©coule parle Ă  l’imaginaire, Ă  cet ailleurs invisible mais soudainement palpable grĂące au tissu sonore Ă©laborĂ© par  Dutilleux illuminĂ©, enchantĂ©, enivrĂ©, vrai magicien de la mĂ©moire.

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RADIO. France Musique consacre sa tribune des critiques Ă  la Symphonie n°2 “Le Double” de Dutilleux, dimanche 24 janvier 2016, 14h

CONCERT. En ouverture du prochain Festival PrĂ©sences de Radio France, le 5 fĂ©vrier 2016, le Philharmonique de Radio France et Mikko Franck jouent de Dutilleux : vendredi 5 fĂ©vrier 2016, 20h, Auditorium de la Maison de la Radio – Radio France : concert Francesconi, Dutilleux (La Nuit Ă©toilĂ©e) - concert diffusĂ© en direct sur France Musique.

Henri Dutilleux : centenaire 2016

Dossier spĂ©cial Centenaire Dutilleux 2016.  Henri Dutilleux : 1916 – 2013. Ecartons d’emblĂ©e la vilaine et honteuse polĂ©mique qui survient en mars 2015 : alors qu’il lui Ă©tait destinĂ© lĂ©gitimement une plaque commĂ©morative sur la façade de l’immeuble que Dutilleux habita sur l’üle-Saint-Louis, la Mairie de Paris fut pris d’un zĂšle extravagant pour ne pas dire misĂ©rable : reportant la pose de la dite plaque pour cause d’agissements problĂ©matiques concernant l’intĂ©ressĂ© dont le Maire et ses acolytes avaient fait un collabo Ă  la solde de Vichy
 Diffamation et ignominie salissant post mortem, l’éclat d’un Juste dont la probitĂ© et l’éthique furent aprĂšs maintes polĂ©miques et rĂ©actions de plusieurs personnalitĂ©s du monde musical, finalement reconnues et certifiĂ©es. Honteuse calomnie dont la Mairie de Paris a encore du mal Ă  se remettre
 En 2016, le profil d’une Ăąme admirable, proche de la RĂ©sistance, acteur au Front national des musiciens, inquiĂ©tĂ©e mĂȘme par les fascistes pendant son sĂ©jour Ă  la Villa Medicis aprĂšs l’obtention de son Prix de Rome se dresse enfin, inaltĂ©rable, et intacte pour un centenaire dont on peut supposer qu’il apporte sans rĂ©serve honneurs officiels et consensuels.

henri-dutilleux1-362x439Disparu en mai 2013, Henri Dutilleux nĂ© Ă  Angers en 1916, affirme la plĂ©nitude de son propre langage Ă  32 ans, grĂące Ă  sa Sonate pour piano de 1948. DĂ©diĂ©e Ă  son Ă©pouse pianiste, GeneviĂšve Joy, sa muse, son pilier (qu’il perd cependant non sans douleur en 2009), la partition souligne l’architecte de la forme tendue et resserrĂ©e, essentielle et suggestive avec pour compenser l’effort de la concentration rationnelle voire conceptuelle, le tissu hĂ©doniste voire sensuel qui cultive un goĂ»t personnel pour le timbre, sa rĂ©sonance, sa couleur spĂ©cifique. Mort Ă  97 ans, Dutilleux fut jusqu’à sa mort vĂ©nĂ©rĂ© tel le plus grand compositeur français immĂ©diatement accessible, dont l’humanitĂ© fraternelle et discrĂšte, intensĂ©ment humble comme viscĂ©ralement humaniste contrepointait l’abstraction dogmatique un rien trop cĂ©rĂ©brale voire arrogante d’un Pierre Boulez (lequel si Dutilleux assistait rĂ©guliĂšrement Ă  ses concerts parisiens, ne joua jamais les Ɠuvres).
Comme Leonard de Vinci, Dutilleux le bĂątisseur laisse un Ɠuvre restreint, d’une finition perfectionniste rare, dont chaque volet, composante d’un vaste retable aux Ă©clairs poĂ©tiques saisissants, marque Ă  chaque fois, les imaginations Ă  l’écoute. Au carrefour des disciplines en dialogue permanent, Dutilleux inscrit son Ă©criture dans le mouvement, rĂ©alisant des points d’attache avec la poĂ©sie et la littĂ©rature, sans omettre la peinture. Son grand-pĂšre, peintre, fut Constant Dutilleux, un ami de Delacroix.
Depuis Berlioz, Satie, Ravel, Debussy, Dutilleux incarne en hĂ©ritier direct et naturel, l’esthĂ©tique des couleurs. MĂȘme s’il est restĂ© actif jusqu’à sa disparition, le compositeur a marquĂ© durablement toute la seconde moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle.
Comme Dukas, Dutilleux est un crĂ©ateur lent et rĂ©servĂ© qui ne s’accorde la parution d’une nouvelle partition qu’aprĂšs moult vĂ©rifications, d’innombrables Ă©preuves. RĂ©flexif plutĂŽt que leader, en rien dogmatique bien que trĂšs sourcilleux sur la forme dĂ©finitive et l’architecture globale des oeuvres, Henri Dutilleux laisse surtout un corpus d’une exceptionnelle Ă©lĂ©gance, d’un raffinement cultivĂ© qui Ă©tablissant des passerelles incessantes entre poĂ©sie et musique, sait aussi restĂ©e accessible, comprĂ©hensible du plus grand nombre : un prophĂšte sachant parler une langue audible par tous. Avec lui, le contemporain n’a pas rebutĂ©. Il a charmĂ©, depuis ses dĂ©buts.

ItinĂ©raire. FormĂ© au Conservatoire de Paris dĂšs ses 17 ans (1933), il remporte le Prix de Rome en 1938, Ă  22 ans. Curieux, exigeant, le jeune acadĂ©micien mĂ©dicĂ©en sait renouveler les influences du milieu français, en Ă©tant particuliĂšrement permĂ©able a contrario de ses confrĂšres, au langage d’un Bartok, de Berg aussi.
Chef du service des illustrations musicales Ă  la Radio Française, de 1944 Ă  1963, le compositeur trentenaire commande aux crĂ©ateurs de son temps, sans prĂ©fĂ©rences, avec une largeur d’esprit et une ouverture sensible qui forgent ainsi peu Ă  peu, une culture mobile et tolĂ©rante.
L’orchestre est son domaine de prĂ©dilection, comme en tĂ©moigne encore son ultime enregistrement, paru chez DG en 2013 donc, sous la direction de EP Salonen.
PrĂ©cĂ©dĂ©e par la n°1 (1951), la Symphonie n°2 dite « Le Double », au titre si Ă©vocateur et toujours mystĂ©rieux (marque personnelle du musicien), est son premier grand chef d’oeuvre : crĂ©Ă©e par Charles Munch, la partition affirme un tempĂ©rament contemplatif, curieux des mondes invisibles, porteurs de climats suspendus et intensĂ©ment oniriques.

Les oeuvres phares. Puis ce sont Les MĂ©taboles de 1965 (crĂ©Ă©es par George Szell et l’Orchestre de Cleveland), autre Ă©clat Ă  la renommĂ©e planĂ©taire. Commanditaire, Rostro joue la crĂ©ation de son Concerto pour violoncelle en 1970, Tout un monde lointain 
 une piĂšce d’une finesse absolue, d’une gravitĂ© filigranĂ©e et poĂ©tique dont la richesse expressive la place aux cĂŽtĂ©s des plus grandes Ɠuvres romantiques.
En 1978, le prophĂšte capable de sonoritĂ©s inĂ©dites culitvant les champs d’un imaginaire jamais explorĂ©, produit La Nuit Ă©toilĂ©e, hymne enchantĂ©, envoĂ»tĂ©, cultivĂ© dans le souvenir et l’hommage au tableau de Vincent Van Gogh.
AprĂšs le violoncelliste Rostropovitch, Dutilleux se rapproche du violoniste Isaac Stern pour lequel il compose un autre chef d’oeuvre absolu, son Concerto pour violon L’Arbre des songes (1985), oĂč onirisme et rĂ©vĂ©lation se mĂȘlent dans un climat de mĂ©tamorphoses et d’affinitĂ©s Ă©lectives. D’une finesse inĂ©dite, d’une justesse troublante, l’écriture sait aussi cibler les brĂ»lures de l’histoire, quand l’effroi Ă©prouve l’humanitĂ© pourtant admirable : ainsi en 1997, Seiji Ozawa crĂ©Ă©e Shadows of time, oĂč d’aprĂšs le Journal d’Anne Franck, Trois enfants chantent : « Pourquoi nous ? Pourquoi l’étoile ? ». Le raccourci poĂ©tique qui fusionne immĂ©diatement l’histoire et l’universel atteint ici une rĂ©sonance bouleversante.

Dutilleux et les femmes. Il y aurait tout un chapitre Ă  Ă©crire sur la voix et la contribution des femmes dans l’oeuvre de Dutilleux : ainsi, en muses et en diseuses complices, Anne-Sophie Mutter lui prĂȘte la voix de son archet magicien pour Sur un seul accord ; la soprano Dawn Upshaw lui inspire Correspondances (2003) quand la voix de velours « double crĂȘme » de l’immense diva RenĂ©e Fleming le conduit Ă  achever un ultime sommet pour voix et orchestre, Le Temps L’Horloge, crĂ©Ă©e par Seiji Ozawa au Japon en 2007, et dans sa version dĂ©finitive Ă  Paris en 2009. L’ultime invocation, vĂ©ritable promesse pleine d’espĂ©rance (“Enivrez-vous !”) dit clairement l’Ă©lan jamais attĂ©nuĂ© d’un dĂ©sir de fraternitĂ© et de partage. Derniers Ă©clats d’un gĂ©nie du timbre et de la construction qui a su faire scintiller texte vocal et texture orchestrale. Un maĂźtre assurĂ©ment.