CD, compte rendu critique. CPE BACH: Trios, sinfonie, sonata (Lucile Boulanger, Arnaud de Pasquale 1 cd Alpha, décembre 2014)

ALPHA202 graun carl philipp emanuel bach boulanger de pasquale & cd alpha reviex account of compte rendu critique cd CPE BACH sonata, sinfonie, trioCD, compte rendu critique. CPE BACH: Trios, sinfonie, sonata (Lucile Boulanger, Arnaud de Pasquale 1 cd Alpha, dĂ©cembre 2014). En jouant en un mĂŞme rĂ©cital Graun, Hesse et l’inclassable Carl Philipp Emanuel Bach, on reste saisi par l’intelligence prodigieuse et la versatilitĂ© profuse du fils Bach vis Ă  vis de ses deux confrères Ă  la Cour de FrĂ©dĂ©ric II de Prusse. Dire qu’au dĂ©but des annĂ©es 1740, CPE touchait un salaire 7 fois infĂ©rieur Ă  celui de Quantz… on regrette le manque de discernement du monarque grand par la politique, petit par son goĂ»t musical… et on comprend que CPE ait choisit de quitter son royal patron pour diriger la vie musicale de Hambourg Ă  la succession de Telemann en 1766.Un vrai poste d’importance taillĂ© Ă  la mesure de son gĂ©nie musical .

La nervositĂ© sensible, habile dans la rĂ©alisation des mille nuances dynamiques des trois mouvements absolument passionnants  de la sinfonia wq 156  montre Ă  quel point CPE se distingue de ses contemporains. Il a fait essentiellement de l’esthĂ©tique Empfindsamkeit  (sensibilitĂ©) un terreau propice Ă  de multiples expĂ©rimentations… Les titres des mouvements indiquent clairement la mesure de ce bouillonnement expĂ©rimental, vrai cadre de dĂ©passement et ici d’accomplissement pour les deux interprètes visiblement complices et aussi Ă©galement inspirĂ©s par la manière très vive et nerveuse du fils Bach.

Carl Philipp Emanuel BachDu sanguin extĂ©riorisĂ©, au trouble mĂ©lancolique, la palette Ă©motionnelle de cette Sinfonia wq 156, mĂŞme dans sa transcription pour deux musiciens, convainc absolument et par la maturitĂ© d’Ă©criture du compositeur et grâce au jeu libre et sincère des deux instrumentistes qui en saisissent tous les enjeux sentimentaux. MĂŞme  jeu en troubles et contrastes contrĂ´lĂ©s pour la Sonata wq 161/1 (autre perle jubilatoire du programme),  vrai tremplin / rĂ©elle joute entre les deux tempĂ©raments sanguin et dĂ©pressif, explicitĂ©s / rĂ©solus dans une vive confrontation des deux instruments tour Ă  tour complices, contradicteur ou miroir de l’autre. Dans cette arène libre et fantaisiste de 1749, CPE semble revendiquer enfin pour les deux instruments et surtout la viole, le statut d’instrument autonome quoique le pianoforte d’après un Silberman (mĂ©canique lourde mais sonoritĂ© dĂ©jĂ  prĂ©romantique) envisage un tout autre monde sonore et ce jeu dont CPE fut Ă  Hambourg le virtuose le plus visitĂ© d’Europe. En cette annĂ©e de commĂ©moration, après l’excellente proposition du chef claveciniste Bruno  Procopio (Sonates  de Wurtemberg chez Paraty, fĂ©vrier 2015, cd CLIC de classiquenews), l’univers chambriste et concertant proposĂ© par le duo Boulanger / de Pasquale sait captiver en restituant sur des instruments Ă©loquents et maĂ®trisĂ©s, l’art hautement sensible, subtilement sentimental de l’immense Carl Philipp Emanuel Bach.

CD, compte rendu critique. CPE BACH: Trios, sinfonie, sonata. Lucile Boulanger, viole de gamme. Arnaud de Pasquale (copies de Silberman et de Cristofori). 1 cd Alpha classics, Baroque. Réf. : Alpha 202, durée : 1h11mn, enregistrement réalisé à Bruxelles, en décembre 2014.

LIRE aussi notre dossier portrait spĂ©cial Carl Philip Emanuel Bach, Ă  l’accasion en 2014 du tricentenaire de sa naissance

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014)

cd-Bruno-Procopio-karl-philipp-emanuel-Bach-sonates-wurtembergeoises-1742-1743-bruno-procopio-clavecin-582-PARATY515501_couv_HMCD. Compte rendu critique. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014). 2014 s’est achevĂ© sans que l’on ait vraiment en France saluĂ© ni commĂ©morĂ© le gĂ©nie du fils Bach le plus zĂ©lĂ© et respectueux de son père : Carl Philipp Emanuel. Celui qui fit tant pour la rĂ©habilitation de l’oeuvre paternelle (avant Mendelssohn), fut aussi mĂ©prisĂ© et minorĂ© par son employeur Ă  Berlin, -FrĂ©dĂ©ric II-, qu’il devint après Telemann, Ă  Hambourg, une personnalitĂ© de premier plan : officielle et vĂ©nĂ©rĂ© comme Haydn Ă  Vienne. C’est que le gĂ©nie exceptionnel de CPE pour le clavier faisait venir des visiteurs de marque dans sa maison hambourgeoise : il y donnait des rĂ©citals sur son fameux clavicorde Silbermann (acquis en 1746), offrant une leçon Ă  chaque fois, de raffinement et d’Ă©lĂ©gance, de maĂ®trise des phrasĂ©s, de distinction agogique, de respiration, de naturel et de profondeur… Un maĂ®tre.

 

 

 

Fantaisie libre et fascinante de CPE

 

 

Carl Philipp Emanuel BachDans une forme que le père n’eut jamais l’occasion d’aborder, la Sonate pour clavecin, Carl Philipp Emanuel affirme un tempĂ©rament hors normes. Le recueil est dĂ©dicacĂ© Ă  son Ă©lève, Charles II Eugène de Wurtemberg. On sait avec quelle science, Bach fils savait sculpter le son sur son clavicorde : tremblement et port du son grâce Ă  une pression du doigt que permet la mĂ©canique de l’instrument choisi. Une telle sensibilitĂ© d’approche se retrouve dans le raffinement de l’Ă©criture et permet de rĂ©aliser cette Ă©loquence improvisĂ©e qui a tant marquĂ© ses contemporains. Cet essor nouveau du sentiment annonce par sa teinte Empfinsamkeit (sensibilitĂ©), le romantisme, mais appartient encore Ă  l’âge baroque par sa formulation toujours soumise Ă  la loi palpitante des contrastes et des variations.

CD 1. Dès la première Sonate (H30), les qualitĂ©s de l’interprète s’affiche sans fard : l’ampleur et la mesure classique du Moderato initial affirme le tempĂ©rament nerveux du claveciniste Bruno Procopio. Cette maĂ®trise calibrĂ©e n’empĂŞche en rien le jaillissement d’une digitalitĂ© franche et palpitante Ă  la fois qui sait Ă©viter toute dĂ©monstration superficielle : en tĂ©moigne pour la seciton finale (Allegro assai), la somptueuse frĂ©nĂ©sie si proche de Domenico Scaralatti avec ses Ă©clairs en cascades, vĂ©ritable tempĂŞte plus Sturm und Drang qu’ Empfindsamkeit, dernier allegro, Ă  la fois nuit d’orage et course Ă  l’abĂ®me. L’implication coulante et dansante de Bruno Procopio colore cette sublime conclusion de la H30 composĂ© Ă  Berlin en 1742, d’une sensibilitĂ© Ă©chevelĂ©e, d’une tenue ferme et hallucinĂ©e Ă  la fois.

La H31 exprime bien cette ambivalence de CPE entre affirmation de la maĂ®trise et dĂ©sĂ©quilibre qui menace toujours et s’exprime dans des variations et modulations harmoniques tout Ă  coup inquiĂ©tantes.  Presque Ă©purĂ©e et d’un dĂ©pouillement soudainement assagi comme rĂ©confortĂ© l’Adagio (plage 5) se distingue nettement ; il est d’une douceur introspective presque tendre oĂą CPE semble jouer Ă  traverser le mĂŞme motif dans les tonalitĂ©s les plus imprĂ©vues. L’Allegro final captive par son Ă©nergie presque hystĂ©rique : une ivresse riche en contrastes rythmique (trop appuyĂ©s selon l’humeur de l’interprète?… quoiqu’il en soit la vitalitĂ© proche de la folie enivre.

Directe et franche et plus resserrĂ©e encore la H33 (Teplice, 1743) prĂ©cise ce CPE d’une robuste inventivitĂ©, passionnĂ© des carrures brisĂ©es, des Ă©pisodes syncopĂ©e, oĂą la pensĂ©e vagabonde sans limites (plage 7). Ă‚pretĂ©, rugositĂ© mĂŞme refondent un langage, marquĂ© par l’inquiĂ©tude. Quel contraste avec l’appel aux cimes sereines de l’Adagio qui suit ; ou le discours furieusement Ă©noncĂ© du Vivace final, d’une coupe franche parfois dure qui elle aussi laisse entrevoir des lendemains implosifs : est ce rĂ©ellement soustendu par CPE ou subtilement agencĂ© par un claviĂ©riste manifestement inspirĂ© par le compositeur : ici, la virtuositĂ© affleure la folie en un vertige qui fait la valeur de ce programme envoĂ»tant. Le clavier de CPE est loin d’ĂŞtre cette synthèse admirĂ©e de bon goĂ»t et d’Ă©lĂ©gance raffinĂ©e qui marqua tant Haydn et Mozart. C’est un laboratoire permanent oĂą l’imprĂ©visible Ă©prouve constamment la raison, suscitant Ă  l’extrĂ©mitĂ© du spectre sonore, une Ă©pice imprĂ©vue, la folie. Tout s’organise et se dĂ©sorganise au diapason d’une pulsion aventureuse qui ose tout dire et tout exprimer.

 

 

Sonates atypique de Carl Philipp Emanuel

 

bach_CPE_carl_philipp_emanuelLe contenu du CD2 convainc tout autant. Dans la H32 : on se dĂ©lecte essentiellement du temps suspendu et caressant d’une belle opulence de son dans l’Andante, enfin serein et presque insouciant (plage 2).  A part, la Sonate H36 (Berlin, 1744) se prĂ©cise tel le miroir des inquiĂ©tudes d’un compositeur non reconnu et certainement d’une certaine façon, humiliĂ©; dĂ©considĂ©rĂ© par le souverain en place. Ou alors oscilloscope de ses crises de goutte qu’il soignait alors aux eaux de Teplice en 1743. L’humeur dĂ©licate et capricieuse semble piloter toute la Sonata en si mineur d’une somptueuse ampleur imaginative. La versatilitĂ© y règne d’une mesure Ă  l’autre : jamais prĂ©visible, l’Ă©criture dessine de subtiles arabesques et il faut une virtuositĂ© digitale experte pour en exprimer toutes les nuances aventureuses. Ainsi le Moderato d’ouverture avec ses variantes de 1762 qui semble affirmer l’entrĂ©e avec une inventivitĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e Ă  chaque nouvel Ă©noncĂ© (près de 10 mn d’exploration et de rĂ©itĂ©ration sonore sans faiblir). Comme un feu d’artifice qui dĂ©tend les tensions accumulĂ©es Ă  la limite du supportable, l’Allegro final offre un jaillissement libĂ©rateur d’une exquise fluiditĂ© de ton.

CLIC_macaron_20dec13Le tempĂ©rament et une volontĂ© coĂ»te que coĂ»te d’en dĂ©coudre… caractĂ©risent cette lecture des trĂ©sors d’invention d’un Bach singulier Ă  son Ă©poque. L’engagement et l’Ă©nergie de Bruno procopio portent tout l’Ă©difice, sachant idĂ©alement brosser de CPE Bach, ce portrait flamboyant d’un homme des Lumières, savant mais facĂ©tieux, vĂ©ritable archĂ©type prĂ©figurant Haydn et Mozart par l’intelligence et la passion de l’exploration sonore. Superbe rĂ©cital d’un claveciniste qui est aussi un chef captivant.

 

 

CPE Bach (1714-1788) : Württemberg Sonates / Sonates de Wurtemberg Wq 49 : H30, H31, H33, H32, H34, H36 (Berlin, 1742 et 1744 ; Teplice, 1743). Bruno Procopio, clavecin. 2 cd Paraty 515501. Enregistré à la ferme de Villefavard en juin 2014. Parution annoncée : le 5 mai 2015. CLIC de classiquenews de mars 2015.

 

 

CD. Carl Philipp Emanuel Bach. The collection CPE Bach (13 cd Warner classics)

CPE BACH the colelction warner classics Gustav leonhardt, Ton Koopman, Bob van asperen, Philippe Herreweghe, alan curtis, Anner bylsma warner classics cd critique prsentation dossier carl philipp emanuel bachCD. Carl Philipp Emanuel Bach. The collection CPE Bach (13 cd Warner classics). Pour le tricentenaire en 2014 du fils le plus doué de Jean-Sébastien, Warner classics sort ce coffret événement de 13 cd. Pour son tricentenaire, il méritait bien un coffret dédié. D’autant que fort du fonds de son catalogue sur instruments anciens, Warner classics réédite ici plusieurs interprétations majeures défendues par les plus grands chefs et leurs ensembles respectifs : notons surtout au sommet de l’évidence et du naturel mordant vif, expressif, léger et élégant simultanément, les superbes Symphonies pour cordes et Symphonies orchestrales (W182, W183) par Gustav Leonhardt et l’excellent, bondissant, affûté Orchestre de l’Âge des Lumières (Orchestra of the Age of enlightenment) ; même enthousiasme pour les concertos pour clavecin, ceux de Hambourg dont CPE Bach était directeur musical dès 1767 (W43, nos 1-6 par Bob van Asperen et Melante Amsterdam). Le même Bob van Asperen est le très honnête interprète des œuvres pour clavier du Fils Bach, un prodige pour le clavier qui après avoir été claveciniste officiel à la Cour de Frédéric de Prusse à Berlin (qui goûtait autant ses dons de claveciniste qu’il ne comprenait rien à ses oeuvres comme compositeur… incroyable manque de discernement), fut un phare et mentor pour tous (Haydn, Mozart et Beethoven), ne refusant pas de donner récitals chez lui ou dans les salons, diffuser conseils sur son cher clavicorde Silbermann… le coffret présente ainsi les Sonates prussiennes (W48), Sonates Württemberg (W49). On reste plus réservé quant aux Rondos (Alan Curtis, fortepiano) mais très enthousiaste pour les Concertos pour violoncelle par Anner Bylsma (complice des excellents décidément Gustav leonhardt et le musiciens de l’Orchestre of the Age of Enlightenment). Virtuosité virevoltante et parfois même échevelée dans les Concertos et Sonates pour hautbois (W164 et 165, W135) par Ku Ebbinge (Amsterdam Baroque Orchestra, Ton Koopman). Enfin saluons l’oratorio Die Auferstehung und Himmelfahrt Jesu, Résurrection et Ascension de Jésus de 1778 : fresque lumineuse, ardente, éclairée et portée par l’esprit des Lumières qui renouvelle et rend hommage à Haendel, se fait gisement d’inspiration pour Haydn et Mozart, à la fois brillante, exaltée, raffinée. Superbement défendue par Philippe Herreweghe qui comprend l’essence analytique et réflexive d’un oratorio non pas narratif mais d’une fine conscience spirituelle : la méditation se fait action. Voici de loin un ouvrage véritable manifeste des esthétiques dont CPE Bach est un génial interprète : Empfindsamkeit (sensibilité) et Empfindsamer Stil (Style sensible) …  Superbe révélation pour ceux qui ne connaissent pas les oratorios de Carl Philipp Emanuel. La qualité de la musique ainsi révélée suffit à démontrer le génie d’un compositeur qui sut face à son père, imposer et affirmer son prénom. Un défi en soit, remarquablement relevé. Coffret événement.

Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) : The collection CPE Bach (13 cd Warner classics). Coffret pour le tricentenaire 2014.

VIDEO. A Caracas, Bruno Procopio joue CPE Bach avec l’Orquesta Barroca Juvenil Simon Bolivar, septembre 2013

Orquesta barroca Juvenil Simon Bolivar, Carracas, Bruno Procopio, CPE Bach, Carl Philip Emanuel BachVIDEO. A Caracas, Bruno Procopio joue CPE Bach avec l’Orchestre Simon Bolivar. En septembre 2013, le chef franco brĂ©silien retrouve Ă  Caracas les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar dans plusieurs Concertos et Symphonies de Carl Philipp Emanuel Bach. Après avoir jouer Rameau (ouvertures et ballets des opĂ©ras, mais sur instruments modernes en 2012), Bruno Procopio inaugure le nouvel ” Orquesta Barroca Juvenil SĂ­mon Bolivar “, phalange dĂ©sormais dĂ©diĂ©e Ă  l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e des Ĺ“uvres baroques, classiques et prĂ©romantiques. Fougue, prĂ©cision, style, mordant, l’entente du chef invitĂ© et des instrumentistes rĂ©alise l’un des meilleurs concerts CPE Bach de l’autre cĂ´tĂ© de l’Atlantique, soulignant aussi l’anniversaire CPE Bach en 2014 (300 ans de la naissance). Le fils de Jean-SĂ©bastien est un gĂ©nie dĂ©fricheur et expĂ©rimentateur : sa virtuositĂ© au clavier s’entend aussi Ă  l’orchestre d’une libertĂ© inventive Ă  la fois, mĂ©lancolique et fantaisiste voire fantasque… très liĂ©e aux nouvelles tendances esthĂ©tique de l’Empfindsamkeit (“sensibilitĂ©”, courant littĂ©raire surtout qui prĂ©figure dĂ©jĂ  les affres et vertiges du sentiment romantique). Reportage vidĂ©o exclusif CLASSIQUENEWS.COM

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies (Goltz, 2013)

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies. Berliner Barock Solisten, 1 cd DHM (Goltz, 2013). EmployĂ© frustrĂ© de FrĂ©dĂ©ric II Ă  Berlin, puis directeur de la musique de Hambourg (Ă  la succession du très admirĂ© Telemann son parrain en 1768), le fils le plus douĂ© de Jean-SĂ©bastien honore la rĂ©putation paternelle grâce Ă  ses partitions versatiles,  audacieuses, caractĂ©risĂ©es, fougueuses, emblèmes de l’esthĂ©tique Surm und drang et Empfindsamkeit, toujours d’une Ă©lĂ©gance suprĂŞme (celle qui inspirera tant Haydn et Mozart). Un corpus que l’on dĂ©couvre enfin aujourd’hui… heureuse rĂ©habilitation opportune pour les 300 ans du compositeur nĂ© en 1714, comme Jommelli et Gluck.

Bach_CPE_carl-philipp-emanuel-bach-concertos-symphonies-wq184-goltz-dhm-cd-berlinbarocksolistenLes oeuvres retenues par Gottfried von der Goltz, ailleurs directeur musical du Freiburger Barockorchester,, rĂ©putĂ© (Ă  raisons) pour son engagement et l’Ă©nergie de ses lectures trĂ©pidantes, met en lumière, sur le mode concertant, l’art du dialogue et de la conversation musicale du fils Bach.
2 Concertos, pour flûte et pour hautbois révèlent un souci constant de la forme à la fois imaginative et équilibrée, aux confins du baroque tardif vers déjà cette distinction concertante qui annonce les grands accomplissements de Haydn et de Mozart dans la formulation proprement classique du Concerto orchestral.
Le Concerto pour flĂ»te, serti de brillance sombre et grave, couleurs prĂ©romantiques qui en font tout le prix, date de 1747 ; il n’Ă©voque pas la relation de CPE avec le roi flĂ»tiste dont le goĂ»t plutĂ´t conforme et banal ne se serait guère accordĂ© Ă  cette pièce si nuancĂ©e et raffinĂ©e; mĂŞme le plus tardif Concerto pour hautbois (1765, deux ans avant la pĂ©riode hambourgeoise) n’Ă©voque en rien le goĂ»t de la Cour berlinoise oĂą règnent les plus dĂ©coratifs Graun et Quantz. Les deux oeuvres d’une inventivitĂ© remarquable et qui interroge en profondeur l’inclination mĂ©lancolique du sujet, ont peut-ĂŞtre Ă©tĂ© jouĂ©es dans le cercle des musiciens professionnels de Bach. Il s’agit bien de ” mettre le coeur en mouvement ” plutĂ´t que … de plaire Ă  des oreilles banales.
Ici c’est moins le super soliste au clavier l’un des plus grands de son temps qui s’inscrit au panthĂ©on de la musique pour clavecin (et clavicorde) que l’inventeur d’une forme pure, instrumentale, d’un fini inĂ©galĂ©, et d’un accomplissement singulier, Ă  la fois mĂ©lancolique (sa vraie nature), expĂ©rimental et audacieux, libre, fantaisiste, viscĂ©ralement personnel. Avec CPE Bach se prĂ©cise une claire conscience d’une Ă©criture Ă  la fois idĂ©aliste mais aussi commerciale, jouant sur la virtuositĂ© et la profondeur, le contraste et la surprise… En tĂ©moignent les deux Symphonies ici sĂ©lectionnĂ©es parmi les 6 Hambourgeoises Wq 182. CommandĂ©es par le baron Gottfried von Swieten, les oeuvres seront largement diffusĂ©es lors de son retour Ă  Vienne oĂą protecteur de Mozart et de Beethoven, von Swieten les transmet Ă  tous ceux qui reconnaissent et goĂ»te le gĂ©nie qui les frappent : CPE Bach nourrit donc l’inspiration et la maturation de Haydn, Mozart, Beethoven. C’est dire l’immense place qu’occupe le fils Bach dans l’accomplissement du romantisme viennois.
Carl Philipp Emanuel BachToutes en trois parties, les deux Symphonies Ă©tonnent par leur jaillissement spontanĂ©, une impression de naturel et d’audace Ă©nergique qui parlent manifestement au jeu des interprètes. Sous le feu ciselĂ© du chef (leader au violon : il joue un Testore de 1690), de ses solistes, le tempĂ©rament collectif souligne sans lourdeur ni artifice toute l’Ă©bullition foisonnante et flamboyante d’un Bach vrai gĂ©nie des enchaĂ®nements, des surprises, des dĂ©charges en tout genre. Pourtant malgrĂ© ce festival trĂ©pidant, la gravitĂ©, la profondeur, la sincĂ©ritĂ© ne font pas dĂ©faut. L’humour aussi (dont se souviendra Haydn). Une combinaison palpable qui fait toute la saveur de cette lecture, très recommandable pour les 300 ans de Carl Philipp Emanuel Bach en 2014.

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788): Concertos pour flûte et hautbois, 2 Symphonies Hambourgeoises wq 182. Berlinerbarocksolisten. Gottfreid von der Goltz (violon et direction). 1 cd DHM. Enregistrement réalisé en avril 2013 à Berlin.

DOSSIER Carl Philipp Emanuel Bach, spécial tricentenaire 2014

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : portrait

bach_CPE_carl_philipp_emanuelCar Philipp Emanuel Bach (1714-1788), portrait. Musique sensible. Au carrefour d’esthĂ©tiques multiples, entre baroque tardif, classicisme et romantisme, CPE Bach (pour Carl Philipp Emanuel), fils cadet de Jean-SĂ©bastien incarne une synthèse Ă©loquente, jamais statique ni dogmatique : sa sensibilitĂ© est mobile, vivante, curieuse, audacieuse, fantaisiste, toujours hautement expĂ©rimentale. De 1740 Ă  1780, CPE semble recueillir le bouillonnement des modes et des courants Ă©mergeants Ă  son Ă©poque: Aufklärung, Sturm und drang, Empfinsamkeit… autant de facettes d’une sensibilitĂ© prĂ©romantique dont les Ă©chos littĂ©raires sont cultivĂ©s par Goethe et Rousseau. Le jeune Mozart et aussi Haydn mais aussi Gluck et Beethoven l’ont vĂ©nĂ©rĂ© comme un modèle, un maĂ®tre absolu : Carl Philipp Emanuel avait atteint le mĂŞme gĂ©nie que son père, et mĂŞme une reconnaissance supĂ©rieure de son vivant. Contrairement Ă  son père, la vie de CPE est assez bien connue, grâce entre autres Ă  son autobiographie publiĂ©e dans l’Ă©dition allemande des Voyages de Charles Burney. Outre ses lettres aussi rĂ©vĂ©lant sa propre conception de l’art musical et sa pensĂ©e, les catalogues Ă©ditĂ©s Ă  partir de ses riches collections conservĂ©es dans sa maison bourgeoise Ă  Hambourg (peintures, manuscrits, partitions…) prĂ©cisent encore le profil d’un homme estimĂ©, accueillant dans son foyer, curieux, d’une très vive intelligence, d’une immense sensibilitĂ© et dont le talent de compositeur comme celui d’immense claviĂ©riste (moins Ă  l’orgue que sur son cher clavicorde Silbermann) a sĂ©duit immĂ©diatement tous ses contemporains.

 

 

 

Carl Philipp Emanuel Bach
1714-1788

dossier spécial pour le tricentenaire 2014

 

 

BACH_CPE_Couverture-CPE-BachLa rĂ©cente dĂ©couvertes de plusieurs partitions inĂ©dites (dĂ©posĂ©es Ă  Kiev par Goebbels et qui proviennent du Conservatoire historique de Berlin) dont les fameuses Passions Ă©crites pour Hambourg (restituĂ©es Ă  l’Allemagne en 2001) apporte un nouvel Ă©clairage sur l’Ă©criture de CPE et son Ă©volution dans son Ă©poque. Fils de Jean-SĂ©bastien et formĂ© par son père, CPE (portrait ci-contre, pastel datĂ© des annĂ©es 1770 Ă  Hambourg) incarne l’excellence musicale de la famille ; il est avec son frère ainĂ©, Wilhelm Friedeman, un virtuose du clavier, et surtout dĂ©fenseur comme nul autre descendant, de la gloire posthume de son père : CPE vĂ©nère l’Ĺ“uvre paternelle ; conscient du legs inestimable, il veille Ă  la prĂ©servation des partitions certaines manuscrites ; au sommet du corpus, le fils estime (et Ă©tudie) en particulier le corpus de la Messe en si (prĂ©cisĂ©ment le Credo). Quand Charles Burney dĂ©clare que Haendel est le plus grand compositeur, en particulier pour l’orgue, CPE en bon fils, rĂ©tablit la vĂ©ritĂ© par articles publiĂ©s dans la presse : sans mĂ©sestimer le gĂ©nie du Haendel, CPE prĂ©cise que l’orgue anglais ne saurait ĂŞtre comparĂ© aux instruments si sophistiquĂ©s en Allemagne (comprenant a contrario des britanniques, un pĂ©dalier) : le seul maĂ®tre absolu de l’instrument roi demeure Jean-SĂ©bastien, ce que nous ne pourrions contester aujourd’hui en effet. Voici les Ă©tapes et aspects majeurs de la vie et de la carrière de CPE Bach, le digne fils de son père.

 

 

Lire
Carl Philipp Emanuel Bach. Gilles Cantagrel, Editions Papillon. Parution : décembre 2013

cd
Les Israélites dans le désert. William Christie (1 cd HM).

aperçu biographique

BACH_CPE_Cantagrel_Melophiles_Editions_PapillonNĂ© Ă  Weimar, fils de Maria Barbara, CPE suit son père Ă  Coethen puis Leipzig oĂą tout en Ă©tant formĂ© par son père, Jean-SĂ©bastien, le jeune musicien entre Ă  l’Ă©cole Saint-Thomas. C’est l’Ă©poque oĂą quand CPE est âgĂ© de 9/10 ans, son père compose le Magnificat et la Passion selon Saint-Jean. A 12 ans, CPE Ă©crit ses premières compositions sous l’Ĺ“il du père, très bon pĂ©dagogue. Après que Rameau triomphe par un scandale retentissant Ă  l’OpĂ©ra (Hippolyte et Aricie, 1733), CPE entre Ă  ‘UniversitĂ© de Francfort/Oder (1734).
Commence alors ses fonctions au service des grands: le Prince hĂ©ritier de Prusse Ă  Rheinsberg (1738) puis comme claveciniste de l’orchestre de FrĂ©dĂ©ric II Ă  Berlin en 1740. Du fait de ses excellentes aptitudes, grâce Ă  l’enseignement du père, CPE est Ă  26 ans, l’un des claviĂ©ristes les plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration. Les annĂ©es 1740 sont fĂ©condes pour le compositeur: CPE publie plusieurs recueils de Sonates : Sonates prussiennes en 1742, puis Sonate Wurtembergeoises en 1744 (quand son père Jean-SĂ©bastien publie le volume du Clavier bien tempĂ©rĂ©).
Quand meurt Jean-SĂ©bastien en 1750, CPE postule pour lui succĂ©der Ă  Leipzig comme Director Musices… mais il Ă©choue. Il recueille son demi frère, Johann Christian, fils de la seconde Ă©pouse de JS, Anna Magdalena.
A Berlin, CPE vĂ©gète, se sent Ă  l’Ă©troit. S’il est reconnu comme excellente claveciniste, ses Ĺ“uvres comme compositeur sont ignorĂ©es. FrĂ©dĂ©ric II de Prusse n’a jamais eu un goĂ»t musical avant-gardiste et moderne : il prĂ©fère alors les Ĺ“uvres plus conformes voire dĂ©coratives de Graun et de Quantz.

 

 

Le salut vient de Hambourg : en 1767 (53 ans), CPE succède Ă  Telemann comme directeur de la musique de la ville hansĂ©atique, une consĂ©cration exceptionnelle et mĂ©ritĂ©e pour le fils le plus douĂ© de Jean-SĂ©bastien Bach.Très vite, CPE prend très au sĂ©rieux, ses nouvelles fonctions. Il compose dès 1768, l’oratorio Les IsraĂ©lites dans le dĂ©sert, et sa Passion selon Saint-Matthieu.

bach_CPE_carl_philipp_emanuelCompositeur pour le clavier, pour l’Ă©glise, CPE est aussi particulièrement inspirĂ© par l’orchestre : il Ă©crit ses 6 Symphonies pour cordes en 1773 (Ă  l’Ă©poque oĂą il rĂ©dige aussi pour Burney sa propre biographie). C’est une rĂ©daction prĂ©cieuse qui dĂ©voile les traits de son caractère, Ă  la fois jovial, gĂ©nĂ©reux, sĂ©duisant et sĂ©ducteur qui sait aussi riposter contre les attaques de ses rivaux, trop jaloux de son talent.  En 1776, CPE composent les 4 Symphonies avec instruments obligĂ©s. D’une sensibilitĂ© extrĂŞme, variant les plaisirs du compositeur entre fantaisie, expĂ©rimentation et humeur, CPE est surtout un mĂ©lancolique qui prĂ©lude au pur sentiment romantique affleurant dĂ©jĂ  chez le jeune Mozart et surtout chez Haydn.
Musique pour le clavier et pour l’orchestre, auteur d’Ĺ“uvres sacrĂ©es (comme son père et Haendel qu’il admira et dont il dirigea les oeuvres, comme le Messie en 1775, comme celles de son père), Carl Philipp Emanuel Bach est un gĂ©nie mĂ©sestimĂ©, acteur primordial Ă  l’Ă©poque du nĂ©oclassicisme et du prĂ©romantisme. A l’Ă©poque de la maturitĂ© Ă  Hambourg, c’est dĂ©sormais une personnalitĂ© estimĂ©e et recherchĂ©e, que l’on visite avec respect et dĂ©fĂ©rence. Le baron von Swieten, en poste diplomatique Ă  Hambourg, se rapproche de CPE et par son intermĂ©diaire, permet au jeune Mozart alors Ă  Vienne, d’apprendre Ă  la source des Bach, père et fils. Ce point de transmission, capitale dans l’Ă©volution de Wolfgang, suffirait Ă  restituer Ă  CPE, la place qu’il mĂ©rite dans l’histoire de la musique au XVIIIème siècle.

 

 

 

sélection cd, dvd, livres CPE Bach 2014

 
 

Bach_CPE_carl-philipp-emanuel-bach-concertos-symphonies-wq184-goltz-dhm-cd-berlinbarocksolistenCD. CPE Bach: Concertos & Symphonies. Berliner Barock Solisten, 1 cd DHM (Goltz, 2013). Les oeuvres retenues par Gottfried von der Goltz, ailleurs directeur musical du Freiburger Barockorchester,, réputé (à raisons) pour son engagement et l’énergie de ses lectures trépidantes, met en lumière, sur le mode concertant, l’art du dialogue et de la conversation musicale du fils Bach.
2 Concertos, pour flûte et pour hautbois révèlent un souci constant de la forme à la fois imaginative et équilibrée, aux confins du baroque tardif vers déjà cette distinction concertante qui annonce les grands accomplissements de Haydn et de Mozart dans la formulation proprement classique du Concerto orchestral. En lire +

 
 

CPE BACH the colelction warner classics Gustav leonhardt, Ton Koopman, Bob van asperen, Philippe Herreweghe, alan curtis, Anner bylsma warner classics cd critique prsentation dossier carl philipp emanuel bachCD. Carl Philipp Emanuel Bach. The collection CPE Bach (13 cd Warner classics). Pour le tricentenaire en 2014 du fils le plus doué de Jean-Sébastien, Warner classics sort ce coffret événement de 13 cd. Pour son tricentenaire, il méritait bien un coffret dédié. D’autant que fort du fonds de son catalogue sur instruments anciens, Warner classics réédite ici plusieurs interprétations majeures défendues par les plus grands chefs et leurs ensembles respectifs : notons surtout au sommet de l’évidence et du naturel mordant vif, expressif, léger et élégant simultanément, les superbes Symphonies pour cordes et Symphonies orchestrales (W182, W183) par Gustav Leonhardt et l’excellent, bondissant, affûté Orchestre de l’Âge des Lumières (Orchestra of the Age of enlightenment) ; même enthousiasme pour les concertos pour clavecin, ceux de Hambourg dont CPE Bach était directeur musical dès 1767 (W43, nos 1-6 par Bob van Asperen et Melante Amsterdam). Lire notre critique complète du coffret Carl Philipp Emanuel Bach

 

 

 

Lire
BACH_CPE_Cantagrel_Melophiles_Editions_PapillonCarl Philipp Emanuel Bach. Gilles Cantagrel, Editions Papillon. Parution : décembre 2013. A l’époque de JJ Rousseau et dans le courant esthétique mouvant qui mène du Baroque tardif au néoclassicisme et à l’avènement progressif du romantisme, perce la personnalité du fils Bach, CPE pour Car Philip Emanuel (1714-1788). Il est rare qu’un fils de génie en fut  aussi un  : c’est bien l’apport fondamental des dernières recherches sur l’homme et son oeuvre, immenses, incontournables à leur époque (ce qu’a bien compris Haydn qui l’a scrupuleusement étudié et admiré) … CPE Bach s’est taillé une réputation aussi grande que celle de son père et il fut de facto, aussi estimé que Gluck.  En modifiant la perspective sur une œuvre aussi fantasque/tique que diversifiée, l’auteur, déjà reconnu pour ses études sur le père, défend ici avec conviction et argumentation, le profil très estimable du fils. En lire +

 

cd
Les Israélites dans le désert. William Christie (1 cd HM).