LIVRE Ă©vĂ©nement. Catalogue : SAINT-SAËNS, un esprit libre (BNF Ă©ditions, 2021)

exposition-saint-saens-paris-esprit-libre-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement. Catalogue : SAINT-SAËNS, un esprit libre. La  BNF  et  l’OpĂ©ra de  Paris  cĂ©lĂšbrent  le  centenaire  de l’immense Camille Saint-SaĂ«ns (1835 – 1921), gĂ©nie musical entre deux siĂšcles. L’exposition « Saint-SaĂ«ns : un esprit libre », premiĂšre grande rĂ©trospective consacrĂ©e au musicien. Ainsi la catalogue, miroir du parcours de l’exposition parisienne, fixe les avancĂ©es de la recherche sur le sujet ; l’ensemble des textes (captivants) dresse le portrait d’un auteur multiple, instrumentiste virtuose, maĂźtre du clavier (pianiste et organiste) dont l’écriture Ă©blouissante, incarnation ultime du romantisme français, ne se rĂ©duit pas aux tubes populaires « Le Carnaval des animaux » ou « la Danse macabre » ; Saint-SaĂ«ns occupant la scĂšne artistique pendant quasi 80 ans (75 ans de carriĂšre ici analysĂ©s), reste l’auteur le plus jouĂ© de son vivant ; il composa  pas  moins  de  600  Ɠuvres,  dont  13  opĂ©ras. Concertiste assidu et cĂ©lĂ©brĂ©, Saint-SaĂ«ns est une star internationale, et par goĂ»t, voyageur mobile, adepte des grands voyages ; il est aussi prĂ©sent au sein des institutions, personnalitĂ© marquante de la vie musicale (bien qu’il n’eut jamais le Prix de Rome, comme Ravel aprĂšs lui, triste candidat et l’objet d’un scandale justifiĂ©)
 RĂ©publicain de cƓur, Saint-SaĂ«ns, « meilleur reprĂ©sentants de la culture française », qui a connu Berlioz et Rossini, est un esprit libre qui cultive sa propre voie, estimĂ© par ses pairs, de Liszt (qui s’engagea pour la crĂ©ation de ses Ɠuvres), Ă  Richard Strauss, contemporain des « modernes » Ă  Paris, Debussy, Ravel, Stravinsky


200 piĂšces rendent vie Ă  une carriĂšre exceptionnellement riche, d’un solitaire Ă  la fois Ă©lĂ©gant, discret, cultivé  et d’une rare curiositĂ© que la longĂ©vitĂ© et la continuitĂ© de l’inspiration rendent inclassable : manuscrits musicaux, correspondances, photographies et peintures (dont plusieurs portraits mĂ©connus du musicien), objets, maquettes de dĂ©cors et de costumes -, 
 disent la diversitĂ© d’une Ɠuvre impressionnante. Aux cotĂ©s des standards plus connus, d’innombrables chefs d’Ɠuvres ainsi reconsidĂ©rĂ©s prennent un relief particulier, comme la TroisiĂšme symphonie avec orgue, ou la Bacchanale de Samson et Dalila (sommet de l’orchestration française). En rĂ©alitĂ© l’Ɠuvre de Camille Saint-SaĂ«ns s’impose dans plusieurs genres dont ses opĂ©ras : 13 ouvrages pour la scĂšne lyrique dans l’ombre de Samson et Dalila.‹Le parcours et donc le catalogue qui suit chaque sĂ©quence d’un pĂ©riple passionnant Ă©clairent l’apport de Saint-SaĂ«ns dans diffĂ©rentes disciplines : ainsi sa participation Ă  la premiĂšre musique de film de l’histoire du cinĂ©ma

Saint-SaĂ«ns n’a jamais hĂ©sitĂ© Ă  prendre partie, Ă©crivant, argumentant, 
 suscitant la polĂ©mique ou  comme « porte-parole  d’une  gĂ©nĂ©ration  de  compositeurs qui peinent Ă  se faire entendre et qu’il soutient en fondant la SociĂ©tĂ© nationale de musique » : il dĂ©fend clairement la crĂ©ation française dans un contexte patriotique exacerbĂ© par le conflit franco allemand, et son Ɠuvre comme celle de Franck, offre dĂ©sormais une somptueuse alternative au wagnĂ©risme incontournable en Europe en particulier dans les annĂ©es 1880. De toute Ă©vidence voici le cas d’un musicien hors normes dont l’esprit, la culture, une certaine Ă©thique de l’engagement qui inscrit son action au-delĂ  de la sphĂšre strictement musicale demeurent exemplaires : «  Passeur de culture, entre sphĂšre latine et sphĂšre germanique, entre Orient et Occident, entre musique du passĂ© et de l’avenir, Saint-SaĂ«ns est aussi un esprit libre qui a marquĂ© la vie musicale de son temps ». Lecture indispensable en cette annĂ©e du Centenaire SainSaĂ«ns, et prĂ©paration recommandĂ©e Ă  la visite de l’exposition.

Sommaire du catalogue

De l’enfant prodige à l’artiste accompli
75 ans de carriÚre pianistique : interprétation et répertoire
« le meilleur organiste du monde »
L’imprĂ©visible : Saint-SaĂ«ns et son Ɠuvre
Un pionnier du disque
« Ars Gallica » : de la sociĂ©tĂ© nationale de musique Ă  l’édition des Ɠuvres complĂštes de Rameau
Passages culturels : d’orient en Occident, du passĂ© Ă  l’avenir
Une vie en voyage : les chemins de la gloire et de la liberté
Du Beau sous toutes ses formes : regards du musicien sur la littérature et les beaux arts
Saint-SaĂ«ns Ă  l’OpĂ©ra
« La Danse, cet art délicieux »

Saint-Saens_couvHD catalogue expo bnf saint saens classiquenewsPARIS, Exposition « Saint-SaĂ«ns, Un esprit libre » : 25 juin – 10 octobre 2021 – BnF I BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra Palais Garnier. EntrĂ©e Ă  l’angle des rues Scribe et Auber, Paris 9e ardt / Tous les jours 10h > 17h Plein tarif : 14€ – Tarif rĂ©duit :  10€ – EntrĂ©e gratuite pour les moins de 12 ans et les demandeurs d’emploi – rĂ©servation recommandĂ©e sur bnf.tickeasy.com et via le rĂ©seau FNAC – Port du masque (Ă  partir de 11 ans) obligatoire pour accĂ©der Ă  l’ensemble des espaces.
Commissariat : Marie-Gabrielle Soret, conservateur au département de la Musique, BnF

Autour de l’exposition

Vendredi 8 octobre 2021 – Petit auditorium –  10h / 18h : 3eme journĂ©e du colloque « Saint-SaĂ«ns d’un siĂšcle Ă  l’autre : hĂ©ritage, rĂ©ception, interprĂ©tation » / BnF I François-Mitterrand. EntrĂ©e libre  - rĂ©servation recommandĂ©e via l’application Affluences  ou sur affluences.com (rubrique BibliothĂšques)

Publication : catalogue de l’exposition « Saint-SaĂ«ns, Un esprit libre » , 22 x 27 cm, 192 pages, env. 100 images, 39 euros, BnF Editions – TOUTES LES INFOS ici : https://www.bnf.fr/fr/agenda/saint-saens-un-esprit-libre

LIVRE Ă©vĂ©nement. TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018)

tresors-de-la-musique-classique-BNF-TEXTUEL-catalogue-LIVRE-evenement-par-classiquenews-CLIC-de-classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement. TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018). Rien ne remplace la consultation directe d’un manuscrit autographe, en l’occurrence celle d’une partition destinĂ©e Ă  sa sa crĂ©ation
 les ratures, les traits marquĂ©s Ă  grands coups de plume et de crayon de couleur, … sont autant de signes des repentirs, des corrections, et aussi des coupures rĂ©alisĂ©s par l’auteur, ou d’autres mains dont il faut retrouver les motivations et l’identitĂ©. La BNF BibliothĂšque Nationale de France conserve un corpus unique au monde de partitions originales dont celles d’Ɠuvres majeures de l’histoire de la musique. Les Baroques (Rameau et Charpentier, Bach et Vivaldi), les classiques viennois dont Haydn et Mozart (le manuscrit de l’opĂ©ra Don Giovanni quand mĂȘme, don de la cantatrice Pauline Viardot !), les Romantiques dont Beethoven, Chopin, Liszt, Schumann, 
 avec un chapĂźtre dĂ©diĂ© Ă  l’opĂ©ra (Rossini, Gounod, Verdi, Wagner, Bizet, Offenbach, Massenet et Saint-SaĂ«ns, Franck, FaurĂ©, Dukas
), 


 
 
 

PARTITIONS AUTOGRAPHES

 
 
 

les premiers rĂ©volutionnaires au dĂ©but du XXĂš (Debussy, Stravinksy, Boulanger, Ravel, Satie, Poulenc
), puis trĂ©sor effectivement, Une Symphonie Alpestre de Richard Strauss – entre autres-, dont le manuscrit a Ă©tĂ© lĂ©guĂ© par le compositeur lui-mĂȘme comme un signe de rĂ©conciliation entre France et Allemagne, et aussi pour remercier les autoritĂ©s françaises pour la conservation de son propre fonds de manuscrits saisis pendant la guerre
 Au XXIĂš, se distinguent aussi les documents et leur graphie de Dutilleux et Boulez

Voici donc en grand format et 272 pages, les plus impressionnants des manuscrits de musique conservĂ©s Ă  la BNF. Le prĂ©sent ouvrage a le mĂ©rite d’éditorialiser le propos, c’est Ă  dire pour chaque partition, dĂ©velopper un texte de prĂ©sentation et de synthĂšse qui rappelle le contexte de sa production dans la vie du compositeur, et indique prĂ©cisĂ©ment ce qui constitue la valeur du document. La qualitĂ© (et le format) permettent de comprendre cette « fabrique » d’oĂč Ă©mergent et se prĂ©cisent Ă  partir de l’inspiration du cerveau musical, l’écriture des mĂ©lodies, le tissu harmonique, les principes de construction et de sonoritĂ© des Ɠuvres ainsi dĂ©voilĂ©es dans la coulisse de leur conception. Le plus : le volume comprend 100 pages de reproductions des partitions manuscrites (aux cĂŽtĂ©s des 90 illustrations Ă©voquant le fond social, historique, personnel des compositeurs Ă©voquĂ©s
). Parution annoncĂ©e le 24 octobre 2018. Prochaine critique complĂšte dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com / avec un focus sur les partitions les plus impressionnantes
 Ă  suivre.

 
 
 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement. TrĂ©sors de la musique classique / Partitions manuscrites : XVII – XXXIĂš (BNF, Textuel, 2018) – co Ă©dition BNF Ă©ditions / Textuel. Sous la direction de Mathias Auclair. 271 pages, 55 € (prix indicatif) – CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2018.
 
 
 

Duni, Philidor, … Musiques et Franc-Maconnerie par Almazis

yakovos pappasPARIS. Concerts Ă  la BNF : Duni, Philidor, … musique et Franc-maçonnerie. Jeudi 9 juin 2016, 18h30. Avec l’impertinence/pertinence que nous lui connaissons Ă  prĂ©sent, le plus dĂ©fricheur des clavecinistes baroques, Yakovos Pappas a choisi une collection de joyaux lyriques et dramatiques parmi les fonds oubliĂ©s de la BibliothĂšque nationale de France… La BNF explore ses trĂ©sors musicaux, sĂ©lectionne les partitions mĂ©connues parmi ses archives et les dĂ©voile en concert : ce sont “les inĂ©dits de la BnF”. Car toutes les partitions avant cette premiĂšre passionnantes Ă©taient oubliĂ©es, mĂ©sestimĂ©es, en tout cas jamais Ă©coutĂ©es jusque lĂ  depuis leur composition.

Musique maçonnique ou d’inspiration maçonnique. La musique est au coeur de la maçonnerie dĂšs le XVIIIe siĂšcle, composante centrale des rites avec la “colonne d’harmonie” ; elle est aussi, une discipline propice aux Ă©changes Ă©clairĂ©s de nombreux crĂ©ateurs engagĂ©s dans les loges de rĂ©flexion : favorisant la rĂ©flexion et l’esprit de progrĂšs social, la Franc-maçonnerie encourage l’effort des intellectuels et des philosophes pour construire une nouvelle sociĂ©tĂ© celle des LumiĂšres. On connaĂźt l’engagement du claveciniste et chef d’orchestre Yakovos Pappas pour le rĂ©pertoire français baroque, surtout son intuition hors normes et hors convention, pour dĂ©nicher, explorer les partitions les plus raffinĂ©es et les moins convenues. Les perles de la BnF profitent de son talent dĂ©fricheur : Tous les auteurs ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s sortent de l’ombre dans laquelle les tenait notre indiffĂ©rence, Ă  torts, tant la pertinence/impertinence des textes, l’intelligence de l’Ă©criture musicale justifient amplement cette collection de redĂ©couvertes lyriques et dramatiques, de surcroĂźt servis par une cohorte de jeunes interprĂštes inspirĂ©s prometteurs, dont l’excellent tĂ©nor Martin Candela dont nous suivons les pas et les avancĂ©es chez Opera Fuoco ou dans ce nouveau programme des plus rĂ©jouissants. Yakovos Pappas vient de publier en mars 2016 un superbe cd dĂ©diĂ© aux fables de La Fontaine, travail ciselĂ© sur le verbe français du XVIIĂš, mis en musique au siĂšcle suivant par ClĂ©rambault…

 

 

 

PROGRAMME

Egidio Duni (1709-1775)
Ouverture des Moissonneurs (1768)

Jacques Christophe Naudot (1690?-1762)
Marche des Francs Maçons, Unissons nous mes frÚres

Louis François Lemaire (1676-1749)
Les Francs-Maçons, Cantate nouvelle pour une Basse-Taille (1744)

André-Ernest-Modest Grétry (1741-1813)
Lucille (1769)

François-André Danican Philidor (1726-1795)
Le Bûcheron ou les trois souhaits (1763),
Ernelinde, princesse de NorvĂšge (1767)

François Giroust (1738-1799),
Le DĂ©luge, Rituel funĂšbre

Ensemble Almazis
Stéphanie VARNERIN et Elizabeth FERNANDEZ, sopranos
Martin CANDELLA, ténor
Guillaume DURAND, basse-taille
Vlad CROSMAN, basse
Iakovos PAPPAS, direction et clavecin.

(toutes les piÚces jouées sont inédites et issues des collections de la BnF) :

INFOS, RESERVATIONS
Visitez le site des Inédits de la BnF

Livres. Catalogue Rameau et la scÚne (BnF, Opéra de Paris)

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdLivres. Catalogue “Rameau et la scĂšne ” (BnF). En complĂ©ment Ă  l’exposition Rameau qui s’ouvre aujourd’hui au Palais Garnier (galerie de la BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra jusqu’au 8 mars 2015), la BnF et l’OpĂ©ra national de Paris Ă©ditent un catalogue remarquable qui comme l’intitulĂ© et le contenu du parcours musĂ©ographique, illustre et explicite ” Rameau et la scĂšne “. L’inspiration de Rameau ne s’est jamais mieux rĂ©vĂ©lĂ©e que dans sa confrontation Ă  l’espace thĂ©Ăątral, aux exigences du dĂ©ploiement scĂ©nique : l’opĂ©ra et les formes diverses qu’il autorise en France ont  particuliĂšrement bien inspirĂ© le Dijonais.  

Au dĂ©but, 3 portraits de Rameau marquent l’esprit : le violioniste sans archet avec son pourpoint rouge d’aprĂšs Aved ; l’extraordinaire buste en terre cuite de Caffieri de 1760 (la finesse et la vivacitĂ© des traits distinguent ici le modĂšle ; ils en distinguent l’intelligence de la figure) ; enfin le compositeur travaillant plume Ă  la main et perruque et costume mondain, aux traits Ă©tonnamment plus Ă©pais et ronds d’aprĂšs Van Loo, vers 1770). Cette diversitĂ© de figuration renseigne sur la prodigalitĂ© et la gĂ©nĂ©rositĂ© d’un compositeur pluriel, aux multiples talents…

 

 

 

catalogue de l’exposition “Rameau et la scĂšne”

Rameau : le génie retrouvé

 

 

rameau-et-la-scene_catalogue bnf expositionEnfin il y a l’extraordinaire portrait de profil composant face au clavecin fermĂ©, une admirable aquarelle gouache de Carmontelle oĂč Rameau paraĂźt comme “voltairisĂ©” : homme des lumiĂšres qui effectivement collabora avec Voltaire (livrets de Samson, Le Temple de la gloire, La Princesse de Navarre… ces deux derniĂšres Ɠuvres heureusement Ă©coutĂ©es Ă  Versailles en octobre et novembre 2014), pure silhouette nerveuse presque maigre mais au sourire lui aussi sagace et astucieux (la flamme et l’activitĂ© de l’inspiration ?)…  Plus qu’un suiveur du lĂ©gendaire et fondateur Lully, Rameau n’est pas qu’un harmoniste habile et un encyclopĂ©diste prolifique, c’est un sensuel prodigieux qui sait aussi rĂ©former le genre tragique. Ce sont tous ces paramĂštres d’un auteur inclassable, audacieux, critique aussi qui suscitent l’admiration au dĂ©but du XXĂš d’un D’Indy ou d’un Debussy pionniers de la redĂ©couverte de Rameau au XXĂš, et ardents dĂ©fenseurs d’une cĂ©lĂ©bration nationale de l’art français. Avec Rameau, le pathĂ©tique des passions et le merveilleux de la fable dont le fantastique des enfers ou le spectaculaire de la nature s’y mĂȘlent en grĂące et en continuitĂ© avec les chƓurs et la danse particuliĂšrement dĂ©veloppĂ©es : Rameau est un gĂ©nie dont la mesure se rĂ©vĂšle quand il est confrontĂ© Ă  la rĂ©alitĂ© de la scĂšne. Et pour le XVIIIĂš, Ă  son Ă©poque, les planches concernent concrĂštement les enjeux et les possibilitĂ©s du genre lyrique ; les dĂ©cors, costumes et mises en scĂšne ; le profil et les ressources propres des interprĂštes sur la scĂšne : chanteurs et danseurs… le catalogue suit cette constellation qui rĂ©alise in fine, l’unitĂ© et la richesse du thĂ©Ăątre lyrique français des LumiĂšres. Une totalitĂ© – avant Wagner -, qui milite par sa profonde cohĂ©rence et son exubĂ©rance formelle pour le gĂ©nie de Rameau.

Au registre des interprĂštes, on y comprend pourquoi le choc suscitĂ© par les tragĂ©dies et les ballets de Rameau eurent tant de succĂšs Ă  leur Ă©poque : le gĂ©nie musicien a pu bĂ©nĂ©ficiĂ© d’interprĂštes virtuoses qui ont incarnĂ© un Ăąge d’or des arts du spectacles en France, qu’ils soient chanteurs (Marie PĂ©lissier, la haute-contre lĂ©gendaire JĂ©lyotte, Marie Fel…) ou danseuses (Marie SallĂ©, La Camargo…). Au pinacle des interprĂštes ramĂ©lliens, Pierre de JĂ©lyotte, devient le tĂ©nor favori de Rameau Ă  partir de Dardanus en 1739. C’est lui qui lui permet de rĂ©aliser tous ces dĂ©fis inimaginables avant lui, dont Ă©videmment le personnage dĂ©lirant de la nymphe des Marais PlatĂ©e (1745). Le tĂ©nor magnifiqueparaĂźt en plusieurs occasions : en Dardanus Ă©videmment (couverture de l’ouvrage, encre et aquarelle de Boquet, pour la reprise Ă  Fontainebleau en 1763), en Pygmalion du mĂȘme Boquet (1748 : superbe crayon rehaussĂ© dont la ligne vive et le pinceau vaporeux semble dialoguer avec le feu sensuel et Ă©clatant de la musique du sujet)…

En complĂ©ment aux trois articles majeurs de l’ouvrage, un “catalogue” des Ɠuvres prĂ©sente 7 ouvrages parmi les plus significatifs du gĂ©nie de Rameau, frappant par leur justesse expressive ou leur originalitĂ© formelle (chaque ouvrage est prĂ©sentĂ© sous la forme d’un mini dossier rĂ©capitulant date et production de la crĂ©ation, auxquels se joignent les archives visuelles des reprises connues) : Hippolyte et Aricie, Les Indes Galantes, Castor et Pollux, Dardanus, PlatĂ©e, Abaris ou les BorĂ©ades, sans omettre sous la forme d’un dernier article, Acante et ZĂ©phise, Zoroastre, La Princesse de Navarre (richement illustrĂ©e par Cochin) et surtout les trop Ă©cartĂ©s ou passĂ©s sous silence opĂ©ras comiques dĂ©veloppĂ©s Ă  la Foire (de L’Endriague de 1723 au Procureur dupe de 1758…) : Rameau fut certes un flamboyant tragique, il reste tout au long de sa vie un fieffĂ© comique, dĂ©lirant, plus bouffon et poĂšte que les Italiens (voyez son inclassable PlatĂ©e, prĂ©figuration dĂšs le XVIIIĂš de la comĂ©die musicale…), un crĂ©ateur d’un juvĂ©nilitĂ© intacte, jusqu’Ă sa mort en 1764. Aucun doute, le gĂ©nie ramĂ©llien demeure bouleversant par sa complexitĂ© enivrante, les enjeux qu’il fait naĂźtre quand il est confrontĂ© aux impĂ©ratifs de la scĂšne. Pour les 250 ans de sa mort, Rameau mĂ©ritait indiscutablement cette exposition : le catalogue qui l’accompagne restera un outil prĂ©cieux pour en comprendre sens et valeur, profondeur et dĂ©mesure.

 

 

Soulignons particuliĂšrement la beautĂ© des illustrations rĂ©unis (dont les planches de Cochin entre autres) et l’intĂ©rĂȘt de deux articles : les propos recueillis de Jean-Marie VillĂ©gier sur le thĂ©Ăątre chez Rameau ; l’esthĂ©tique de l’opĂ©ra du XVIIIĂš au XXIĂšme … (par Mathias Auclair).

Rameau et la scĂšne, par Mathias Auclair et E. Giuliani, co Ă©dition BnF, OpĂ©ra de Paris. 216 pages. 39 €. Parution : dĂ©cembre 2014. Catalogue de l’exposition : ” Rameau et la scĂšne “. Paris, Palais Garnier, BibliothĂšque-MusĂ©e, jusqu’au 8 mars 2015. LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’exposition Rameau et la scĂšne au Palais Garnier Ă  Paris