LIVRE événement, critique. ANTONIN DVORAK par Isabelle Werck (Bleu Nuit, janv 2020)

dvorak antonin isabelle Werck bleu nuit critique livre classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. ANTONIN DVORAK par Isabelle Werck (Bleu Nuit, janv 2020). Avec son aĂźnĂ© Bedrich Smetana, plus engagĂ© sur la question identitaire et culturel tchĂšque, le BohĂ©mien AntonĂ­n DvorĂĄk (1841-1904), formĂ© Ă  Prague, est aussi la figure musicale de l’indĂ©pendance de la TchĂ©quie ; sa carriĂšre se dĂ©veloppe au moment oĂč l’empire austro hongrois s’effrite et doit concĂ©der des libertĂ©s spĂ©cifiques libĂ©rant la singularitĂ© identitaire des nations. 4 ans aprĂšs la mort de Dvorak, l’empire de François Joseph n’existe plus, emportĂ© par la premiĂšre guerre mondiale. Le patriotisme de Dvorak reste modĂ©rĂ©, ses Ɠuvres s’inspirant indirectement du folklore national ; homme de synthĂšse, Dvorak sait atteindre le souffle de l’universel, y compris dans ses piĂšces nĂ©es de sĂ©jours Ă  l’étranger, dont Ă©videmment la Symphonie n°9 du « Nouveau Monde », prolongement de sa tournĂ©e aux USA de 4 ans. L’auteure rĂ©tablit le contexte gĂ©opolitique dans lequel Dvorak a forgĂ© sa propre Ă©criture ; une Ă©criture fĂ©conde comprenant symphonies, musique de chambre, oratorio et musique concertante ; la question des opĂ©ras est traitĂ©e Ă  part car elle est l’objet de ressentiments : Dvorak en a souffert ; dĂ©sireux de percer dans le genre lyrique, il n’aura guĂšre de succĂšs qu’avec Russalka et sa fameuse « chanson Ă  la lune », pure instant de poĂ©sie. MalgrĂ© un destin familial Ă©prouvĂ©, endeuillĂ©, Dvorak s’affirme par sa loyautĂ©, sa droiture; une Ă©criture forte, gĂ©nĂ©reuse, puissante et raffinĂ©e oĂč la notion de folklore est recyclĂ©e avec gĂ©nie et sensibilitĂ©. Aujourd’hui quelques rares chefs ont su comprendre le souffle comme la poĂ©sie de Dvorak, sa grandeur, le raffinement de son style comme la prĂ©sence filigranĂ©e des motifs folkloriques : Michel Tabachnik, Karel Ancerl, Ferenc Fricsay, Leonard Bernstein, Jiri Belohlavek
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dvorak_antonin3Le texte trĂšs bien documentĂ© sur le contexte politique souligne combien la notion d’identitĂ© est profonde et puissante voire inspiratrice dans l’Ɠuvre de Dvorak. Il est nĂ© en BohĂšme (province qui forme avec la Moravie, la TchĂ©quie, oĂč l’on parle le tchĂšque et non le slovaque), oĂč l’allemand est supportĂ© voire dĂ©testĂ© car depuis plus d’un siĂšcle au moment oĂč naĂźt Antonin Dvorak, en 1841, la Moravie et BohĂšme sont sous tutelle de l’Empire autrichien.
Nationaliste, Dvorak l’est viscĂ©ralement en homme attachĂ© Ă  sa terre et Ă  sa culture, – depuis Vysoka, sa demeure adorĂ©e, mais dans une moindre mesure que Smetana, plus militant et farouchement dĂ©fenseur de la langue tchĂšque qui quand il meurt en 1884, fait de facto de Dvorak, le plus grand compositeur « national » tchĂšque. A 43 ans.
Les motifs folkloriques ne sont jamais intĂ©grĂ©s directement mais recyclĂ©s et transformĂ©s, – comme le fait Mahler, nĂ© lui aussi ensuite en TchĂ©quie, en 1860, des landler et valses
selon le principe de la variance identifiĂ© par Adorno : une mĂȘme cellule sur un mĂȘme rythme est constamment transformĂ©e
 Dvorak a fait dĂ©jĂ  de mĂȘme, soucieux de la cohĂ©rence naturelle de son Ă©criture, et directement stimulĂ© par Janacek, fougueux et convaincu pour l’essor d’une musique authentiquement tchĂšque. L’auteure souligne les convictions de l’artiste et du crĂ©ateur, infiniment douĂ© mĂȘme s’il reste autodidacte : sa sincĂ©ritĂ©, sa rectitude et sa loyautĂ© sont indiscutables et se lisent de page en page, d’oeuvres en oeuvres. MĂȘme aux USA, oĂč il est sollicitĂ© pour diriger le Conservatoire de New York Ă  la demande de sa fondatrice la trĂšs opiniĂątre Jeannette Thurber, Dvorak qui accepte contre toute attente, relĂšve le dĂ©fi d’y semer les fondations d’une musique traditionnelle authentiquement « amĂ©ricaine » : sans parti pris, mais ouvert et fraternel, Dvorak s’intĂ©resse aux musiques indigĂšnes, celles amĂ©rindiennes « indiennes », mais aussi africaines car il distingue non sans passion, le gospel et les musiques « nĂšgres » (terme de l’époque). Il dĂ©coule de cette pĂ©riode new yorkaise (Ă  partir de sept 1892), la cĂ©lĂšbrissime Symphonie amĂ©ricaine de Dvorak, aux cĂŽtĂ©s de son Quatuor amĂ©ricain, la Symphonie n°9 « du Nouveau Monde », oĂč se glissent les motifs Ă©cossais, irlandais, scandinaves et donc indiens et africains : c’est un tout autre regard qu’il est possible de porter sur ce chef d’oeuvre crĂ©Ă© triomphalement au Carnegie Hall, en dĂ©cembre 1893.
Un focus est dĂ©diĂ© aussi aux opĂ©ras, chantier tardif et plein de surprises dont beaucoup d’élĂ©ments sont mis en lumiĂšre (Le Jacobin opus 84, La Diable et Katia / Catherine opus 112, surtout Armida
 que le chef d’oeuvre absolu de 1900, Russalka, ne doit pas minorer
) ; idem pour le Dvorak auteur certes d’une sublime musique de chambre, mais aussi compositeur pour l’orchestre avec ses 9 symphonies (donc il y a pas que la derniĂšre 9Ăš), et surtout ses poĂšmes symphoniques oĂč il renoue avec la texture poĂ©tique riche et envoĂ»tante des contes et lĂ©gendes nationaux. Pleine de santĂ© et de lumiĂšre (il est nourri au seul soleil en musique : Mozart!), d’une vivacitĂ© rafraĂźchissante et simple, la musique de Dvorak n’en finit pas de saisir et convaincre. C’est un artisan de la musique d’une irrĂ©sistible inspiration. Le texte d’Isabelle Werck le dĂ©montre de façon indiscutable.

En complĂ©ment, tableau synoptique, catalogue des Ɠuvres, bibilographie, discographie, et webgraphie sĂ©lectives

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Antonin DVORAK par Isabelle WERCK – Éditeur : BLEU NUIT EDITEUR – Collection / SĂ©rie : horizons ; 75 – Prix de vente au public (TTC) : 20 € – 176 pages ; 20 x 14 cm ; reliĂ© – ISBN 978-2-35884-093-4 – EAN 9782358840934 – parution : janvier 2020.
http://www.bne.fr/page200.html

 

 

 

 

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Approfondir en vidéo : Les opéras méconnus de DVORAK (cités par Isabelle Werck dans son texte)

IntĂ©grale du Jacobin, direction : Bohumir Liska – version enregistrĂ© pour le cinĂ©ma – 1974 (1h52mn)
https://www.youtube.com/watch?v=LjCi-l8s6ag

Distribution

Count Vilem: Eduard Haken
Bohus: Jindrich Jindrak
Adolf: Acted by Rudolf Jedlicka/Sung by Rene Tucek
Julie: Marcela Machotkova
Filip: Karel Berman
Jiri: Miroslav Svejda
Benda: Beno Blachut
Terinka: Daniela Sounova
Lorinka: Ruzena Radova

The orchestra is Prague’s National Theater’s,
Bohumir Liska, direction

et aussi
Le Diable et Catherine – 2013
Production filmĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Prague
https://www.youtube.com/watch?v=gfXPRuyPQXg

Antonín Dvoƙák: The Devil and Kate
Ovčák Jirka – Jaroslav Bƙezina
Káča — Kateƙina JalovcovĂĄ
MĂĄma — Ivana RočkovĂĄ
Čert Marbuel — Luděk Vele
Lucifer — Bohuslav MarĆĄĂ­k
dirigent Jan ChalupeckĂœ
NĂĄrodnĂ­ divadlo v Praze

LIVRE événement, annonce. ANTONIN DVORAK par Isabelle Werck (Bleu Nuit, janv 2020)

dvorak antonin isabelle Werck bleu nuit critique livre classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. ANTONIN DVORAK par Isabelle Werck (Bleu Nuit, janv 2020). Avec son aĂźnĂ© Bedrich Smetana, plus engagĂ© sur la question identitaire et culturel tchĂšque, le BohĂ©mien AntonĂ­n DvorĂĄk (1841-1904), formĂ© Ă  Prague, est aussi la figure musicale de l’indĂ©pendance de la TchĂ©quie ; sa carriĂšre se dĂ©veloppe au moment oĂč l’empire austro hongrois s’effrite et doit concĂ©der des libertĂ©s spĂ©cifiques libĂ©rant la singularitĂ© identitaire des nations. 4 ans aprĂšs la mort de Dvorak, l’empire de François Joseph n’existe plus, emportĂ© par la premiĂšre guerre mondiale. Le patriotisme de Dvorak reste modĂ©rĂ©, ses Ɠuvres s’inspirant indirectement du folklore national ; homme de synthĂšse, Dvorak sait atteindre le souffle de l’universel, y compris dans ses piĂšces nĂ©es de sĂ©jours Ă  l’étranger, dont Ă©videmment la Symphonie n°9 du « Nouveau Monde », prolongement de sa tournĂ©e aux USA de 4 ans. L’auteure rĂ©tablit le contexte gĂ©opolitique dans lequel Dvorak a forgĂ© sa propre Ă©criture ; une Ă©criture fĂ©conde comprenant symphonies, musique de chambre, oratorio et musique concertante ; la question des opĂ©ras est traitĂ©e Ă  part car elle est l’objet de ressentiments : Dvorak en a souffert ; dĂ©sireux de percer dans le genre lyrique, il n’aura guĂšre de succĂšs qu’avec Russalka et sa fameuse « chanson Ă  la lune », pure instant de poĂ©sie. MalgrĂ© un destin familial Ă©prouvĂ©, endeuillĂ©, Dvorak s’affirme par sa loyautĂ©, sa droiture; une Ă©criture forte, gĂ©nĂ©reuse, puissante et raffinĂ©e oĂč la notion de folklore est recyclĂ©e avec gĂ©nie et sensibilitĂ©. Aujourd’hui quelques rares chefs ont su comprendre le souffle comme la poĂ©sie de Dvorak, sa grandeur, le raffinement de son style comme la prĂ©sence filigranĂ©e des motifs folkloriques : Michel Tabachnik, Karel Ancerl, Ferenc Fricsay, Leonard Bernstein, Jiri Belohlavek
 Prochaine critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. Antonin DVORAK par Isabelle WERCK – Éditeur : BLEU NUIT EDITEUR – Collection / SĂ©rie : horizons ; 75 – Prix de vente au public (TTC) : 20 € – 176 pages ; 20 x 14 cm ; reliĂ© – ISBN 978-2-35884-093-4 – EAN 9782358840934 – parution : janvier 2020.
http://www.bne.fr/page200.html

 

 

LIVRES. Jean Malignon : Jean-Philippe Rameau (Bleu Nuit Ă©diteur)

rameau-bleu-nuit-editeur-biographie-Jean-Malignon-livresLIVRES. Jean Malignon : Jean-Philippe Rameau (Bleu Nuit Ă©diteur). Jeune organiste impatient de montrer ses capacitĂ©s dramatiques et lyriques (les Grands Motets composĂ©s avant son arrivĂ©e Ă  Paris tĂ©moignent d’une fougue inĂ©dite totalement saisissante : ils prĂ©figurent la fougue et la flamboyance de ses futurs opĂ©ras), surtout thĂ©oricien et harmoniste gĂ©nial… Jean-Philippe Rameau (1683-1764) se taille une rĂ©putation irrĂ©sistible avec son premier opĂ©ra Hippolyte et Aricie en 1733 : l’heure est au rocaille et au dĂ©coratif, on pensait l’opĂ©ra pĂ©trifiĂ© depuis Lully : que nenni, Rameau montre une verve et un tempĂ©rament spectaculaire, psychologique de premier plan : son style est captivant, dĂ©concertant et scandaleusement inventif. La rĂ©volution est en marche… TragĂ©die lyrique, opĂ©ra ballet, comĂ©die… acte de ballet…. Rameau renouvelle chaque genre connu (et avec PlatĂ©e de 1745 en invente un nouveau en relation avec ses premiĂšres piĂšces pour la foire, entre cocasserie et satire mordante); dĂ©jĂ  quinquagĂ©naire, il rĂ©ussit tout et ce jusqu’Ă  sa mort en 1764, soit il y a 250 ans.
CLIC_macaron_2014Pour commĂ©morer cet anniversaire, Bleu Nuit Ă©diteur rĂ©Ă©dite un ancien texte (paru en 1960 au Seuil dans la collection SolfĂšges), prĂ©facĂ©, actualisĂ© pour 2014, complĂ©tĂ© ici et lĂ  par le fondateur de Bleu Nuit (J.-P. Biojout). Le rĂ©sultat est une entrĂ©e en matiĂšre captivante qui brosse un portrait relativement complet (pas aussi fondateur et exhaustif que le Rameau de Cuthbert Girdlestone, certes), mais en premiĂšre approche pour le temps de la dĂ©couverte, le texte Ă  peine diffĂ©rent et retouchĂ© que celui originel de 1960, pose des jalons essentiels et clairement argumentĂ© sur le “cas” Rameau : l’un des malentendus les plus honteux de notre histoire musicale et qui poursuit comme c’est le cas de Lully, son bonhomme de chemin dans le mensonge et l’invention la plus totale.
GrĂące Ă  la plume trĂšs fine et habilement polĂ©mique de Jean Malignon, le lecteur comprend trĂšs vite Ă  qui il a affaire : non, Rameau n’est ni pĂ©dant, ni trop savant, ni artificiel. En rien, la figure emblĂ©matique d’un ordre monarchique poudrĂ© et dĂ©cadent.. C’est plutĂŽt l’inverse : gĂ©nie du thĂ©Ăątre, mĂ©lodiste hors pair (aussi inspirĂ© que les Italiens), harmoniste inĂ©galĂ©, orchestrateur insurpassĂ© : grĂące Ă  lui l’orchestre gagne un supplĂ©ment d’Ăąme et les voix, une vĂ©ritĂ© nouvelle en particulier en terres amoureuses : Rameau fut un sensuel passionnĂ© qui exprime comme aucun autre compositeur Ă  son Ă©poque, l’effusion et la tendresse du pur amour… Contre Rousseau et les encyclopĂ©distes qui ne voyaient ici qu’ un fatras poussiĂ©reux de dieux et de hĂ©ros antiques trop usĂ©s, servis par une musique complexe et surchargĂ©, force est de reconnaĂźtre en Rameau, un esprit rĂ©formateur, qui en digne enfant des LumiĂšres, “ose” reprĂ©senter la force de la nature, le mouvement des astres, et surtout le mystĂšre des passions humaines. Rameau, compositeur du cƓur rĂ©tablit la vĂ©ritĂ© humaine dans chaque partition, chaque drame choisi (c’est ce qui explique la profonde et inĂ©luctable admiration d’un Voltaire et d’un D’Alembert, plus avisĂ© sur le personnage que ne le fut Diderot ou Grimm). GrĂące Ă  lui, dans la tradition du Lully d’Atys et d’Alceste, Rameau Ă©gale Ă  l’opĂ©ra, la poĂ©sie du thĂ©Ăątre de Racine, recomposant au carrefour des disciplines, – danses, thĂ©Ăątre, chant, musique, une spectacle total qui annonce Ă©videmment Wagner.
S’il devait ĂȘtre sĂ©duit et convaincu par la somme ainsi rĂ©Ă©ditĂ©e, le lecteur ne se reportera que sur la derniĂšre partie du texte : une maniĂšre d’hommage conclusif Ă  l’endroit de notre musicien. Rameau y reçoit les palmes du gĂ©nie de la sensualitĂ©, un authentique disciple de VĂ©nus (ce en quoi il se montre finalement proche de Boucher et plus encore de Fragonard dont il pourrait partager, dans sa derniĂšre maniĂšre baroque – avant celle lĂ©chĂ©e nĂ©oclassique-, le sens inouĂŻ de la couleur, du mouvement, du drame, de la dĂ©licatesse, de ce vaporeux climatique qui fait aussi la grĂące d’un Watteau…). Et c’est sous la plume d’un esthĂšte Ă©rudit que Jean-Philippe trouve de l’autre cĂŽtĂ© des Alpes, un “frĂšre” de cƓur inespĂ©rĂ© : le grand auteur du Faust 2, Goethe soi-mĂȘme qui aurait ainsi compris mieux que quiconque Ă  son Ă©poque, ce que le Français a vĂ©ritablement apportĂ© Ă  l’art, l’esprit de Versailles qu’il a su si bien rĂ©gĂ©nĂ©rer, recomposer, humaniser. Rameau est un perpĂ©tuel inventeur qui prĂ©pare les formes de l’avenir : comme Mozart et aprĂšs eux, Berlioz. Autant de gĂ©nies qui ne furent pas compris Ă  leur Ă©poque… Lecture plus que recommandĂ©e en cette annĂ©e d’anniversaire 2014.
Texte nĂ©cessaire, fruit d’un regard senti et personnel que complĂštera la somme inestimable rĂ©cemment parue : la nouvelle biographie de Rameau par Sylvie Bouissou, ouvrage de rĂ©fĂ©rence Ă©ditĂ© chez Fayard avant l’Ă©tĂ© 2014.

LIVRES. Jean Malignon : Jean-Philippe Rameau (rĂ©Ă©dition actualisĂ©e par Jean-Philippe Biojout). Collection « Horizons », Bleu nuit Ă©diteur. 176 pages. ISSN 1769-257. Prix indicatif : 20 €.

LIVRES. Jean Gallois : Anton Bruckner (Bleu Nuit Ă©diteur)

bruckner-anton-bleu-nuit-editeur-horizons-livres-biographie-clic-de-classiquenewsLIVRES. Jean Gallois : Anton Bruckner (Bleu Nuit Ă©diteur). Comme une parfaite illustration de la ligne Ă©ditoriale dĂ©fendue par la collection Horizons de l’Ă©diteur Bleu Nuit dont c’est le 40 Ăšme titre, voici un superbe texte biographique qui symboliquement, brosse un portrait complet du compositeur autrichien, Anton Bruckner (1824-1896). Le dĂ©tail, -aliment bĂ©nĂ©fique d’autres collections biographiques non moins estimables, est ici Ă©cartĂ© au profit d’une mise en contexte, d’une clarification de la carriĂšre et de l’existence retracĂ©es en jalons marquants : enfance campagnarde, apprentissage de Meister Anton (Linz), la lumiĂšre de Saint-Florian, le mĂ©tier, l’organiste-compositeur, les premiĂšres annĂ©es viennoises (dĂšs 1868), Der Herr Professor, enfin l’accomplissement fervent rĂ©alisĂ© dans le vaste Ɠuvre symphonique.
C’est curieusement et fort pertinemment une pensĂ©e de Lamartine sur l’aspiration spirituelle des Ăąmes refoulĂ©es qui donne la clĂ© de comprĂ©hension de l’Ɠuvre brucknĂ©rienne. Etre solitaire, amoureux déçu, blessĂ©, frustrĂ©, Anton Bruckner qui ne connut jamais la pleine reconnaissance comme compositeur nous laisse pourtant une Ɠuvre symphonique particuliĂšrement puissante et originale (amorcĂ©e dĂšs 1864, et comptant Ă  la fin de l’existence pas moins de 9 opus !), critiquĂ© violemment par son Ă©ternel rival Brahms et par le critique Hanslick (dĂ©testĂ© par Wagner): autobiographique prĂ©figurant Mahler, formellement aboutie comme peut l’ĂȘtre Beethoven ou Mozart, son Ɠuvre est pourtant devenue un dĂ©fi incontournable pour tous les grands chefs d’hier et d’aujourd’hui… L’organiste traite la matiĂšre orchestrale avec une pensĂ©e structurĂ©e trĂšs affirmĂ©e, un sens de l’orchestration authentiquement autrichien. Pour autant, l’auteur n’oublie pas d’Ă©voquer en lien avec un catholicisme sincĂšre et intense qui ne l’a jamais quittĂ©, les nombreuses piĂšces sacrĂ©es dont Messes et Ɠuvres pour choeur…

CLIC D'OR macaron 200Le texte souligne la dĂ©termination d’un auteur organiste et symphoniste de premier plan qui malgrĂ© les humiliations de toutes sortes, poursuit Ă  tout prix son chemin, admirant Beethoven, cĂ©lĂ©brant ses maĂźtres et contemporains comme Wagner, le mentor, l’Ă©toile d’une traversĂ©e tĂ©nĂ©breuse et en manque de rĂ©confort ( le futur spectateur de Bayreuth, assiste Ă  Munich Ă  la crĂ©ation de Tristan en 1865).

Selon le plan habituel de la collection Horizons de Bleu Nuit, le texte biographique est complĂ©tĂ© par plusieurs documents annexes d’un apport complĂ©mentaire : tableau synoptique retraçant les Ă©vĂ©nements marquants de la vie de Bruckner au regard de son Ă©poque (vie artistique et littĂ©raire), catalogue des Ɠuvres (musique chorale, musique sacrĂ©e, musique orchestrale, musique pour clavier, divers…), discographie sĂ©lective oĂč figurent dans des Ɠuvres spĂ©cifiques les grands brucknĂ©riens : Wand, Celibidace, Gardiner, Herreweghe, sans omettre Haitink, Karajan, Böhm, Jochum, Lopez Cobos, Sawalisch et Harnoncourt pour L’InachevĂ©e (Symphonie n°9)… Lecture incontournable.

Anton Bruckner (1824-1896) par Jean Gallois. Bleu Nuit Ă©diteur, collection Horizons. EAN : 978258840293. Horizons n°40. Parution : octobre 2014, 176 pages. Prix public TTC: 20 €.

Livres. Leyla Gencer par Zeynep Oral (Bleu Nuit Ă©diteur)

leyla gencer bleu nuit leyla gencerCLIC D'OR macaron 200Livres. Leyla Gencer par Zeynep Oral (Bleu Nuit Ă©diteur). Voici un texte hommage Ă  la soprano coloratoure turque Leyla Gencer (1928-2008), une premiĂšre somme que nous attendions avec d’autant plus de curiositĂ© qu’il n’existe pas de biographie sur la cantatrice mythique. Diva des annĂ©es 1960 et 1970, elle chante Elisabeth1Ăšre de Rossini, ou pour la couverture de ce texte, Caterina Cornaro…  La diva turca qui fut la voix des reines romantiques Ă  l’opĂ©ra : c’est elle ! Elle aura comme Callas, sa contemporaine, rĂ©inventĂ© le chant Donizettien et Rossinien, marquĂ© par son style subtil et trĂšs incarnĂ©, les opĂ©ras verdiens et aussi mozartiens. De ses choix de rĂ©pertoire, grĂące Ă  son engagement sans Ă©quivalent alors pour chaque prise de rĂŽle, une nouvelle cohĂ©rence artistique se profile, privilĂ©giant ce bel canto romantique italien qui de Bellini Ă  Verdi et comptant Rossini, Donizetti, affirme une intelligence chantante : un modĂšle absolu pour les jeunes cantatrices Ă  sa succession. AprĂšs La Gencer, les divas des annĂ©es 1980 dont surtout Montserrat Caballe profiteront, marchant dans ses pas (Elisabeth 1Ăšre de Rossini que Leyla Gencer dĂ©voile en recrĂ©ation mondiale Ă  Palerme en 1971). La « diva turca » demeure un modĂšle en terme d’intelligence dramatique et de perfection vocale. Ses crises d’humeur sont restĂ©es lĂ©gendaires : infĂ©odant le choix des chefs Ă  sa propre conception des rĂŽles qu’elle avait approfondis comme personne (sinon comme Callas, autres monstre de travail et de perfectionnisme). Le sens de chaque mot, l’intelligence des situations dramatiques, la soumission de la technique pure pour l’articulation du texte et la lisibilitĂ© des tableaux dramatiques font de sa Lady Macbeth, d’Elisabeth d’Angleterre, mais aussi de Maria Stuarda, ou Donna Anna et Donna Elivra, des incarnations mĂ©morables.

 

 

 

premier texte biographique sur Leyla Gencer

Reine Ă  l’opĂ©ra : la diva turca assoluta

 

 

Leyla Gencer doodle

 

 

leyla gencerLe livre est un essai biographique en 100 chapitres (signĂ©e par la journaliste et Ă©ditrice Zeynep Oral en 1992, traduite enfin en français Ă  l’étĂ© 2014) : sous la forme d’évocations et de tĂ©moignages sur l’une des figures mythiques du chant lyrique, les textes abordent la figure de la diva assoluta qui a contrario de ses consƓurs, ne connut pas les honneurs du disque. Pour preuve, hĂ©las, – bonus ĂŽ combien dĂ©lectable cependant-, le cd trĂšs judicieusement ajoutĂ© au texte, regroupe une collection de joyaux verdiens enregistrĂ©s entre 1957 et 1961 sur le vif : on y retrouve les grandes incarnations qui ont dĂ©voilĂ© le gĂ©nie Gencer : Leonora du TrouvĂšre, Gilda de Rigoletto, Lady Macbeth, Amalia de Simon Boccanegra
  Celle qui dĂ©cida de la vocation du chef Riccardo Muti, qui fut aussi la doublure de Callas
 ne laisse pas qu’un chant admirable par sa pleine conscience critique, son exigence, sa culture
 Leyla Gencer incarne surtout un tempĂ©rament qui savait choisir ses rĂŽles, les dĂ©fendre sur scĂšne avec un gĂ©nie dramatique exceptionnel : une vĂ©ritĂ© brĂ»lante. Tenant tĂȘte aux chefs quant Ă  l’interprĂ©tation de ses personnages, la diva turca ne cĂšde rien sur l’autel de la perfection lyrique. Elle triomphe lĂ©gitimement sur la scĂšne de la Scala dont elle devient pendant 25 ans la soprano vedette : ses hĂ©roĂŻnes touchent pas leur sincĂ©ritĂ© raffinĂ©e (Traviata), leur vĂ©racitĂ© expressive (Maria Stuarda)
 DĂ©fricheuse, La Gencer rĂ©vĂšle aussi tout un rĂ©pertoire celui du bel canto prĂ©verdien: avec la complicitĂ© des chefs partenaires dont Gavazzeni, Gui, Serafin, Leyla Gencer ressuscite des opĂ©ras oubliĂ©s, favorisant le retour de Rossini et Donizetti : Belisario, Caterina Cornaro (sous les traits de laquelle Leyla Gencer paraĂźt en couverture du livre)


 

 

gencer leylaOubliĂ©e par son pays, Leyla Gencer qui avait cessĂ© toute activitĂ© lyrique et scĂ©nique en 1983, ne reçut une distinction de la Turquie qu’en 
 1988 (pour ses 60 ans). La diva vĂ©cut la reconnaissance qui lui revenait surtout en Italie (entre Milan, Florence, Naples, Palerme
), aux USA (New York) et si peu en France (quelques rĂ©citals Ă  Paris au dĂ©but des annĂ©es 1980 sur la scĂšne du thĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e). Sa biographie, mieux structurĂ©e, nettoyĂ©e des petites erreurs ici et lĂ  relevĂ©es (non, Ruggero Raimondi n’est pas un tĂ©nor! cf. p. 212) attend toujours son auteur, soulignant la nature altiĂšre, la volontĂ© radicale, l’instinct artistique exceptionnel d’une diva immensĂ©ment douĂ©e, capable d’une culture inimaginable. Nos rĂ©serves n’îtent en rien le grand intĂ©rĂȘt de ce texte vivant, diversifiĂ©, conçu d’abord comme un tĂ©moignage de proximitĂ©, rĂ©alisant le premier portrait d’une diva d’exception.

 

Livres. Leyla Gencer par Zeynep Oral. EAN : 9782358840361. Editions : Bleu Nuit Ă©diteur.