DVD, BLU RAY, critique. COPPELIA : Bolshoi Ballet HD collection (Vikharev, Sorokin 2018 – 1 dvd BelAir classiques)

coppelia-delibes-bolshoiballet-critique-danse-compte-rendu-review-dvd-ballet-classiquenews-musique-classique-classiquenews-bac163-cover-coppliarectoDVD, BLU RAY, critique. COPPELIA : Bolshoi Ballet HD collection (Vikharev, Sorokin 2018 – 1 dvd BelAir classiques). Depuis 2012, le Ballet du Bolshoi ressuscite une nouvelle version plus romantique, assurĂ©ment plus traditionnelle (dĂ©cors, costumes, pantomime très inscrits dans l’esthĂ©tique d’un XVIIè repensĂ© par la France des classes du XIXè, au dĂ©but des annĂ©es 1870). Ainsi dans cette chorĂ©graphie repensĂ©e par le moderne Sergey Vikharev, d’après Enrico Cecchetti et Marius Petipa, la vision sociĂ©tale est simpliste parfois sommaire : les villageois dont font partie Swanilda (et son blĂ© proclamĂ©), et son fiancĂ©, un temps volage, Frantz. La soldatesque d’autre part, celle qui fait l’admiration du jeune homme, qui chahute un tantinet le vieux Coppelius au dĂ©but du II ; puis devant le seigneur, le spectacle, apothĂ©ose de la ballerina, la fiancĂ©e qui a su dĂ©masquer la poupĂ©e sĂ©ductrice, la naĂŻvetĂ© de Frantz, et aussi tuer le piège dans lequel le professeur Coppelius souhaitait emporter jusqu’à l’âme du jeune amoureux transi.

 
 
 

Coppelia version Vikharev (2009)

Le BolshoĂŻ, un certain Classicisme nostalgique

 
 
 

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L’astuce de Swanilda, sa loyautĂ© pour Frantz, son dĂ©sir de rompre l’enchantement dont est victime ce dernier, sa compĂ©tence pour faire Ă©chouer l’œuvre machiavĂ©lique et mĂ©canique de Coppelius, tout en le trompant, … triomphent dans l’acte III. Après la scène oĂą la danseuse prend la place de la poupĂ©e – tableau d’une ambivalence dĂ©licieuse oĂą la jeune fiancĂ©e illusionne la naĂŻvetĂ© du pseudoscientifique (en lui faisant croire qu’une mĂ©canique pouvait atteindre la vie elle-mĂŞme, et donc la grâce d’une danseuse rĂ©elle), l’acte III est un tremplin somptueux oĂą rayonne cette mĂŞme Ă©lĂ©gance d’une Swanilda, jeune Ă©pouse victorieuse. Petipa rĂ©vise le conte originel d’ETA HOFMANN dont le fantastique noir et tragique rĂ©servait un destin diffĂ©rent au jeune couple amoureux.

La production filmée par Bel Air classiques a été diffusée en juin 2018 en direct au cinéma, depuis la scène du Bolshoi. En voici la trace. Vikharev a déjà traité parmi les grands ballets du XIXè : La Belle au bois dormant, La Bayadère, Raymonda… en s’inspirant des témoignages d’époque, en particulier les usages et la pratique dansante à Saint-Pétersbourg. On se délecte ainsi du ballet des heures totalement restitué en déploiement collectif et force groupes de danseurs.

La magie de la partition de Delibes concourt beaucoup Ă  la rĂ©ussite de ce spectacle : les danses Czardas, Mazurka (dĂ©but du II) – Ă©lĂ©ments du folklore d’Europe de l’Est, en gagnent une vivacitĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. PortĂ©s par le tapis orchestral, d’un raffinement inouĂŻ, et d’une très belle tendresse mĂ©lodique (proche des valses de Strauss), les deux rĂ´les principaux brillent par un naturel Ă©lastique, aussi acrobatique qu’élĂ©gant : Margarita Shrayner dans le rĂ´le de la courageuse Swanilda captive par sa grâce constante : lĂ©gère, sincère, presque naĂŻve au I ; puis astucieuse et plus dramatique au II ; impĂ©riale et souveraine au III. L’intelligence de la danseuse suit pas Ă  pas l’évolution de son caractère selon les pĂ©ripĂ©ties de l’action… laquelle est beaucoup moins dĂ©corative qu’il n’y paraĂ®t. Loin d’être nunuche, Swanilda ose dĂ©niaiser les mâles en prĂ©sence : l’amoureux transi et pâlot Frantz, le fou laborantin Coppelius, convaincu qu’il peut donner vie Ă  une mĂ©canique en lui transfĂ©rant l’âme d’un mortel… La victoire de la danseuse passe au III par la sublimation de sa chorĂ©graphie qui en fait une hĂ©roĂŻne de chair, une âme valeureuse qui pense et agit.  Un modèle du genre. L’interprète requise sait ciseler ses pas et ses figures avec une flexibilitĂ© admirable et un naturel qui rompt avec la pure technicitĂ©, ailleurs, froide et glacĂ©e. A ses cĂ´tĂ©s, malgrĂ© la fragilitĂ© et la minceur psychologique du personnage de Frantz, Artem Ovcharenko, habituĂ© de l’œuvre, convainc lui aussi, comme le rĂ´le de comĂ©dien moins de danseur, de Coppelius dont le mĂ»r Alexey Loparevich fait une figure de caractère, cependant parfois un peu caricaturale.
La volonté de Vikharev est d’exalter le patrimoine russe quitte à manquer parfois de légèreté ou d’équilibre dans costumes et décors. Pour être concret, l’étalage de détails et d’accessoires comme de couleurs dans l’essor des costumes brouille souvent la lisibilité des mouvements. Ce culte nostalgique d’un âge d’or de la danse au Bolshoï marque les esprits par cet hyper classicisme de la forme, auquel la souplesse naturelle des deux solistes (Swanilda et Frantz) apporte une sincérité salvatrice. A connaître indiscutablement.

 
 
 

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Delibes : Coppélia [DVD & Blu-ray]
Ballet en trois actes

Musique : LĂ©o Delibes (1836-1891)
Livret : Charles Nuitter & Arthur Saint-Léon d’après les contes fantastiques de E.T.A. Hoffmann

Swanilda : Margarita Shrayner
Frantz Artem : Ovcharenko
Coppélius : Alexey Loparevich
Huit amies : Xenia Averina, Daria Bochkova, Bruna Cantanhede Gaglianone, Antonina Chapkina, Anastasia Denisova, Elizaveta Kruteleva, Svetlana Pavlova, Yulia Skvortsova
Coppélia (Automate) : Nadezhda Blagova
Seigneur du manoir : Alexander Fadeyechev
Bourgmestre : Yuri Ostrovsky
Chronos : Nikolay Mayorov
Mazurka : Oksana Sharova, Alexander Vodopetov, Ekaterina Besedina, Dmitry Ekaterinin
Czardas : Kristina Karasyova, Vitali Biktimirov
Aurore : Anastasia Denisova
Prière : Antonina Chapkina
Travail : Daria Bochkova, Ksenia Averina, Maria Mishina, Stanislava Postnova, Tatiana Tiliguzova
Folie : Elizaveta Kruteleva

Corps de Ballet, Acteurs et Actrices du Théâtre Bolchoï
Élèves de l’Académie Chorégraphique de Moscou

Orchestre et Chœur du Théâtre Bolchoï
Direction musicale : Pavel Sorokin

Chorégraphie Marius Petipa, Enrico Cecchetti
Nouvelle version chorégraphique Sergey Vikharev
Scénographie : Boris Kaminsky
Costumes : Tatiana Noginova
Lumières : Damir Ismagilov

 
 
 

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Enregistrement HD : Théâtre du Bolchoï, 06/2018
RĂ©alisation : Isabelle Julien
Date de parution : 12 avril 2019 / 1 dvd, Blu ray Bel Air classiques

 
 
 

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JUSTICE. Dialogue des Carmélites version Tcherniakov, à nouveau autorisé

poulenc dialogues des carmelites DVD presentation affaire tcherniakov par classiquenews BAC461 cover BD Dialogues CarmélitesJUSTICE. La version de l’opéra de Poulenc Dialogues des Carmélites version Tcherniakov sera diffusée et éditée en DVD selon le dernier arrêt de la Cour d’appel de Versailles, en date du 30 novembre 2018. Ainsi se termine une péripétie judiciaire et artistique très passionnante. Le cas de cette production Munichoise du sommet lyrique de Poulenc avait suscité un vif débat : la liberté du metteur en scène peut-elle aller jusqu’à réécrire la partition et le livret originaux ? Oui dans le cas de Tcherniakov qui avait imaginé une nouvelle fin pour l’opéra de Poulenc, au risque de porter atteinte à sa signification et sa cohésion originelles. Ainsi selon le metteur en scène russe, Blanche de la Force sauve toutes ses consœurs du Carmel de la guillotine, alors que Poulenc respectant l’histoire, les faisait mourir, et de quelle façon, dans une fin bouleversante et terrifiante.

Liberté de l’interprète ou respect de l’œuvre originale ?

Depuis 2012, les ayants-droit de Poulenc et de Bernanos souhaitaient interdire la diffusion TV sur la chaîne Mezzo et la commercialisation du DVD et du Blu-ray de l’enregistrement du spectacle capté au Bayerische Staatsoper de Munich en mars 2010. La Cour d’appel de Versailles juge ces demandes « irrecevables », confirmant le jugement rendu par la Cour de Cassation en 2017, et condamne en novembre 2018, les appelants à payer 2000€ à chacun des défendeurs : le Land de Bavière, Bel Air Media et Mezzo au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile.

Le motif invoqué par la justice défend la créativité de l’interprète, en l’occurrence celle du metteur en scène : les choix artistiques et interprétatifs de Dmitri Tcherniakov n’ont pas mené à une « dénaturation » des œuvres de Poulenc et de Bernanos, la décision faisant prévaloir la liberté de création du metteur en scène.

QUE PENSER DE CE JUGEMENT ? Evidemment tout artiste ne doit pas être entravé dans sa démarche de création. Mais dans le cas d’une œuvre préexistante (et non d’une création ou nouvelle œuvre), il appartient aussi de respecter ce qui fait sa valeur et sa force, ce qui lui assure son sens et sa cohérence. Qu’un metteur en scène veuille réviser la signification d’une oeuvre en modifiant sa conclusion certes, mais alors que les spectateurs soient clairement informés sur ce qu’ils voient et écoutent. Imaginons de nouveaux spectateurs qui n’ont jamais vu Dialogues des Carmélites de Poulenc et en découvrent l’histoire selon la version de Tcherniakov : … Ils risquent alors d’être déconcertés en souhaitant ensuite découvrir l’oeuvre originelle. Il convient donc d’expliquer et de préciser la nature du spectacle dont il est question, qui est une « relecture » subjective. Ces choses étant dites, l’ambiguité qui fait trouble et confusion est levée. D’autres productions devraient voir le jour, suscitant des débats aussi vifs. Pour juger sur pièce, il faut évidemment voir la production munichoise ainsi filmée en Bavière en mars 2010.

Le dvd et le blu ray sont disponibles désormais sur le site de l’éditeur Bel Air classiques.

VOIR LE TEASER de Dialogues des Carmélites de Poulenc, version Tcherniakov 2010 :
https://www.youtube.com/watchv=IurMFTyM3M4&mc_cid=b3f375ada0&mc_eid=d3873e37bf

DVD, critique. BERNSTEIN : Wonderful Town / opéra de Toulon, janv 2018 (1 dvd Bel Air classiques)

bernstein-wonderfull-town-opera-toulon-critiqueopera-critique-opera-classiquenews-dvd-opera-janvier-2018DVD, critique. BERNSTEIN : Wonderful Town / opĂ©ra de Toulon, janv 2018 (1 dvd Bel Air classiques)… Toulon nous la joue sur un air de Broadway, affichant avec rĂ©ussite des affinitĂ©s maĂ®trisĂ©es avec l’esprit lĂ©ger, sĂ©duisant, irrĂ©vĂ©rencieux et souvent critique de Bernstein, nouveau gĂ©nie du musical amĂ©ricain, en particlier new yorkais. Pour preuve, après Folies et Sweeney Todd de Stephen Sondheim, cette crĂ©ation française de Wonderful Town (1953), belle offrande hexagonale Ă  l’annĂ©e du centenaire Bernstein 2018. L’opĂ©ra devance de 4 ans le sommet West Side Story, et dĂ©jĂ  dĂ©livre une superbe dĂ©claration amoureuse pour New York. La critique sociale poind en maints endroits, laissant se dĂ©ployer le regard Ă  la fois tendre mais aussi mordant du compositeur face Ă  une ville qui gâche bon nombre de talents sans leur rĂ©server un emploi adaptĂ©.
La grande pomme / «  Big apple », paraît donc à la fois idéalisée et aussi très décapée, sujet d’une sérieuse parodie… dans ce style de fausse badinerie mais de vraie dénonciation dont Bernstein, engagé et poète, a toujours eu le secret.
Le parti visuel de cette production toulonnaise s’inscrit davantage dans les 70’s que l’esprit incisif et glamour des années 1950. Plus Village People que Mad Men.

 

 

 

Wonderfull Town réussit sa création française
Broadway Ă  Toulon

 

 

 

Duo épatant, à la fois naïf et plein d’espoir, les deux soeurs Sherwood, venues chercher fortune et carrière : Jasmine Roy (Ruth l’écrivaine, beauté brune plus introvertie mais moins superficielle) et Rafaëlle Cohen (Eileen la chanteuse blonde, sirène irrésistible), cette dernière fragile de silhouette; flûtée de voix, cédant aussi à la nostalgie de leur Ohio natal.

Séducteur, très présent et naturel, lui aussi, Maxime de Toledo (Robert Baker) a une stature dramatique indéniable qui rappelle combien ici le chant n’est rien sans les talents d’acteurs et de… danseurs. Il faut savoir bouger son corps dans toute comédie de Bernstein,… Broadway oblige. Ce que nous rappelle la majorité de la distribution réunie ici, en grande partie anglo saxonne. Et comme stimulée, excitée par la chorégraphie engageante et très bien réglée des 12 danseurs aux mouvements dessinés par le talentueux Johan Nus. Voilà qui rehausse le naturel des passages entres chaque séquence, intimiste, collective, du parlé au chanté, de la joie pure à l’esprit satirique (où Trump n’est pas épargné, sa casquette vissée sur le crâne…).

CLIC D'OR macaron 200L’Orchestre maison sait faire crépiter le swing dansant des instruments, en particulier les cuivres, très exposés et souvent entraînants. Enlevée, nerveuse, jamais épaisse ou ronflante, la direction de Larry Banks, familier de Broadway, conforte amplement l’enthousiasme suscité par le spectacle qui a donc relevé haut la main, le défi de la création française de cet opéra complet, onirique, déjanté, profond. Au final, 3 ans avant West Side Story, plus sombre et tragique, c’est tout Bernstein, protéiforme et poète qui se dévoile ici. Magistral.

 

 

 

 

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DVD, critique. BERNSTEIN : Wonderful Town / opéra de Toulon, janv 2018, 1 dvd Bel Air classiques). Leonard Bernstein (1918-1990) : Wonderful Town, comédie musicale en deux actes sur un livret de Joseph Fields et Jerome Chodorov ; lyrics de Betty Comden et Adolphe Green, d’après la pièce de Joseph Fields et Jerome Chodorov et des nouvelles de Ruth McKenney. Avec : Jasmine Roy, Ruth Sherwood ; Rafaëlle Cohen, Eileen Sherwood ; Dalia Constantin, Helen ; Lauren Van Kempen, Violet ; Alyssa Landry, Mrs Wade ; Maxime de Toledo, Robert Baker ; Franck Lopez, Lonigan ; Jacques Verzier, Appopolous/Premier éditeur ; Scott Emerson/Speedy Valenti / Guide / Deuxième éditeur / Shore Patrolman ; Sinan Bertrand, Franck Lippencott/Fletcher ; Julien Salvia, Chick Clark ; Jean-Yves Lange, un Client/un Policier ; Daniel Siccardi, Antoine Abello, Jean Delobel, Patrick Sabatier, quatre Policiers ; Grégory Garell, un Homme. Chœur et Orchestre de l’Opéra de Toulon, direction : Larry Blank / Mise en scène : Olivier Bénézech. Chorégraphie : Johan Nus.

DVD. Stephen Sondheim : Follies (Toulon 2013, 1 dvd Bel Air classiques)

DVD. Stephen Sondheim : Follies (Toulon 2013, 1 dvd Bel Air classiques). En 1971 pour Broadway sous couvert d’un théâtre qui va fermer,  Sondheim ressuscite l’esprit revue : en une immersion nostalgique pleine de tendresse les anciennes girls reprennent le chemin des planches pour une dernière. .. dont Nicole Croisille qui nous fait aussi son solo sad mais digne,  velours et tĂ©nacitĂ© de celle qui aurait connu Gandhi et Ă  survĂ©cu Ă  Shirley Temple ! Un blues magnifiquement orchestrĂ©.

Ex girl des Follies

Le blues orchestral de Nicole Crosille

follies-sondiem-dvd-bel-air-classiques-classiquenews-compte-rendu-critique-opera-toulonSally Durant ex girl elle aussi, Solange le travesti et sa gouaille parisienne,   un couple de danseurs clone de Fred Astaire et Ginger Rogers, Phillys la bourgeoise alcoolique mariĂ© Ă  Ben l’ex politique cavaleur. .. Ă©maillent chacun Ă  sa façon et selon ses souvenirs d’une Ă©poque rĂ©volue, les sĂ©quences d’une grande sĂ©ance de remĂ©moration collective.
Sur scène, il y a double action : le prĂ©sent des acteurs chanteurs de la revue passĂ©e,  abonnĂ©s au souvenir,  et plus haut sur une passerelle les artistes de l’Ă©poque qui surgissent du passĂ©. Sondheim travaille sur ce croisement fertile en pĂ©ripĂ©ties scĂ©niques : prĂ©sent et passĂ©.  Chacun se remĂ©more ce qu’il Ă©tait et avec qui il a fricotĂ© 30 ans auparavant.
C’est un peu la rĂ©union des anciens avec toute l’inventivitĂ© que permet le Musical dans l’alternance du parlĂ© et du chantĂ©. Tous les artifices – subtils-, du genre tend Ă  ressusciter un temps d’avant. Chacun se souvient,  l’arme Ă  l’oeil, et entone sa chanson, rĂ©sumĂ© de toute une vie comptant ses premières illusions,  ses dĂ©sirs, ses attentes frustrĂ©es… et toujours chevillĂ©e au corps/coeur,  la passion de Broadway, l’ivresse des planches comme un baume. Le temps de la reprĂ©sentation, passĂ© et prĂ©sent fusionnent. .. quand les chanteurs se confessent,  Ă©voquent un passĂ© d’insouciance trĂ©pidant, Ă©puisant, ils donnent la matière de la soirĂ©e proprement dite. D’anciennes amours sont avouĂ©es, ressurgissent (ainsi Sally et Ben), mais Sally ne regrette en rien sa vie prĂ©sente parce que son Buddy est lĂ . Pourtant cela bascule aussi dans la thĂ©rapie des couples en crise. Peu Ă  peu, l’action tourne au vinaigre domestique et les femmes règlent leur compte avec leur mari narcissique… il faut toute la magie de Loveland, au II pour comprendre que l’amour est un vaste mensonge, et qu’enfin l’esprit revue est la forme la mieux aboutie pour exprimer cette amère dĂ©sillusion. Au terme de l’expĂ©rience, chacun doit assumer les choix du passĂ©. Ni plus ni moins.

CLIC D'OR macaron 200Chef enjoué,   instrumentistes sensuels,   chanteurs suggestifs. .. tous jouent la carte de la suggestion fine. Pas de fautes de distribution dans cette succession de réitérations attendrie où surgissent aussi des séquences délirantes plus caractérisées. .. avec point fort les 7 girls ex de la revue des Follies qui nous refont le grand numéro chanté dansé du miroir. .. Qui est cette femme qui rit tout en ravalant se larmes ?

Clin d’oeil nostalgique aux revues de Broadway, Follies n’est peut ĂŞtre pas le drame le plus haletant de Sondheim mais son charme nostalgique opère incontestablement.

DVD. Stephen Sondheim : Follies, comĂ©die musicale en deux actes (1971). Livret de James Goldman, paroles et musique de Stephen Sondheim. Graham Bickley, Liz Robertson, JĂ©rĂ´me Pradon, Charlotte Page, Nicole Croisille, Sarah Ingram, Denis d’Archangelo… Orchestre et chĹ“ur de l’OpĂ©ra de Toulon. David Charles Abell, direction. Olivier BĂ©nĂ©zech, mise en scène. EnregistrĂ© Ă  Toulon en mars  2013, 1 dvd Bel Air classiques.

DVD, annonce : Brokeback Mountain de Charles Wuorinen d’après Annie Proulx (1 dvd Bel Air Classiques annoncĂ© le 24 fĂ©vrier 2015).

brokeback-mountain-dvd-bel-airclassics-real-madrid-dvd-gerard-mortierDVD, annonce : Brokeback Mountain de Charles Wuorinen d’après Annie Proulx (1 dvd Bel Air Classiques annoncĂ© le 24 fĂ©vrier 2015). L’opĂ©ra commanditĂ© par GĂ©rard Mortier n’est pas la simple adaptation du film d’Ang Lee (2005) ; c’est une recrĂ©ation lyrique de l’atmosphère originale de la nouvelle oĂą le souffle des Ă©lĂ©ments (la narration s’intĂ©resse au destin de deux garçons gardiens de moutons dans le Wyoming), et la prĂ©sence permanente de la Montagne, Ă  la fois sauvage et fascinante, joue un rĂ´le fondamental. Le milieu naturel hostile et enveloppant sert de cadre Ă  l’idylle qui se noue durant l’Ă©tĂ© 1963. Pour l’opĂ©ra, la collaboration entre le compositeur et l’Ă©crivain Annie Proulx, librettiste de la partition, a permis de dĂ©velopper certains dĂ©tails et d’introduire de nouveaux personnages.

Le metteur en scène Ivo van Hove aborde sans pathos l’histoire d’amour entre les deux cowboys incarnĂ©s par le baryton Daniel Okulitch (Ennis del Mar) et le tĂ©nor Tom Randle (Jack Twist).

L’opĂ©ra, dont la crĂ©ation mondiale a eu lieu Ă  Madrid le 28 janvier 2014, fut la dernière commande de GĂ©rard Mortier en tant que directeur artistique du Teatro Real. La publication du dvd est dĂ©diĂ©e Ă  sa mĂ©moire. Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com au moment de la parution du dvd Brokeback mountain, soit le 24 fĂ©vrier 2015.

DVD. Verdi : Il Trovatore (Tcherniakov, 2012)

Verdi il trovatore dmitri tcherniakov La Monnaie juin 2012DVD. Verdi : Il Trovatore (Tcherniakov, 2012). Les metteurs en scène passent…l’opĂ©ra rĂ©siste. Ou pas. On a connu son Macbeth (Verdi) Ă  l’opĂ©ra Bastille (2008-2009), surtout Ă  Garnier son formidable Eugène OnĂ©guine (TchaĂŻkovsky)… et dĂ©jĂ  beaucoup moins apprĂ©ciĂ© son Mozart (Don Giovanni), à  Aix 2013 : vrai ratage pour cause de dĂ©calage dĂ©poĂ©tique et de tempo confusionnant. Las ce Trouvère de Verdi qui peut inspirer les grands metteurs en scène en dĂ©pit de l’intrigue Ă  tort jugĂ©e compliquĂ©e du livret, confirme les dĂ©lires nĂ©fastes du nouvel ex gĂ©nie de la mise en scène, après les Sellars ou Zarlikovski… c’est l’Ă©ternel problème sur la scène lyrique : trop de théâtre tue l’opĂ©ra ; trop de musique dilue l’action et fait un jeu sans consistance. Pas facile de trouver l’Ă©quilibre idĂ©al. avec Tcherniakov, on sait d’emblĂ©e que l’homme de théâtre tire la couverture vers lui et oblige l’action lyrique Ă  rentrer dans sa grille. Pour peu que l’opĂ©ra soit surtout un théâtre psychologique, l’enjeu peut trouver une forme satisfaisante ; si comme ici, les Ă©pisodes et sĂ©quences dramatiques très contrastĂ©es composent les rebonds de l’intrigue, la lecture rien que théâtrale s’enlise. Voici donc la première mise en scène de Tcherniakov Ă  Bruxelles. Le théâtre prime immĂ©diatement dans un huit clos oĂą les personnages se voit recevoir par Azucena en maĂ®tresse de cĂ©rĂ©monie et hĂ´tesse pour un jeu de rĂ´les Ă  dĂ©finir, leur fiche indiquant clairement le rĂ´le qui leur est dĂ©volu le temps de l’opĂ©ra.

Très vite dans une sĂ©rie de confrontations orales puis physiques, les vieilles haines, jalousies, passions refont surface ; ils innervent l’action prĂ©sente d’une nouvelle violence, de sorte que l’opĂ©ra se fait règlement de compte… ce qui en soit est juste et pertinent puisque le trouvère raconte en rĂ©alitĂ© la rĂ©alisation d’une vengeance par enfants interposĂ©s. La BohĂ©mienne se venge de la mort de sa mère et faisant en sorte que son meurtrier tue sans le savoir son propre frère (qu’il ne connaissait pas comme tel pendant l’ouvrage Ă©videmment…). A trop vouloir rendre explicite les tensions souterraines, Tcherniakov produit une caricature dramatique : Luna exaspĂ©rĂ© tue Ferrando, puis le trouvère Manrico bien que Leonora se soit donnĂ©e Ă  lui ; cette dernière s’effondre sur le cadavre de son aĂ®mĂ©. A nouveau Tcherniakov en dĂ©pit de son engagement Ă  restituer un jeu brĂ»lant, plus psychologique que dramatique, finit par agacer par confusion, le point culminant de son travail d’implosion dramaturgique Ă©tant le final du II oĂą des nombreux personnages sur scène (soldats de Luna, nonnes et Leonora) on ne sait plus bien qui est contre qui et pour quelles raisons toute cette foule diffuse se prĂ©sente sur la scène !
Donc sur les planches, démentèlement puissant du drame verdien mais force voire violence de la reconstruction théâtrale, cependant dénuée de son suspens haletant car dès le départ (ou presque), Azucena paraissant avec les Bohémiens dès le 2ème épisode, dévoile toute la machination qui la hante donc ôte à ce qui suit tout son mystère et sa tension. Sérieux déséquilibre quand même.

Dans la fosse, Minko fait du… Minko : direction violente, contrastĂ©e parfois très brutale et engagĂ©e. Ici Verdi n’a aucune finesse; en homme d’armes vouĂ© au service du comte Luna, Ferrando (Giovanni Furlanetto) est honnĂŞte ; mais la Leonora de Marina Poplavskaya n’a rien d’ardent ni de touchant (aigus tirĂ©s et forcĂ©s donc douloureux pour l’auditeur). Le Trouvère / Manrico de Misha Didyk n’a rien lui aussi de souple et de vaillant : carrĂ© et franc comme un boxeur ; mĂŞme cosntat pour le Luna de Scott Hendricks : certes le prince n’a rien de tendre mais quand mĂŞme il souffre d’un amour incandescent que lui refuse Leonora (seul son air “Il balen del suo sorriso” : aveu de son dĂ©sir impuissant pour la jeune femme est justement placĂ© et plutĂ´t vraissemblable). Seule rayonne le diamant de l’Azucena de Sylvie Brunet : couleurs du medium ardent et profond qu’attĂ©nue cependant des aigus par toujours aisĂ©s. Mais la BohĂ©mienne ici retrouve ses droits : droit au chant rugissant et incantatoire voire hallucinĂ©, chant de vengeance et douleur haineuse…
un seul chanteur au niveau, est ce pour autant rĂ©ellement suffisant ? On reste sur notre rĂ©serve. De toute Ă©vidence, ce Trouvère n’a pas la classe ni l’aplomb fantastique et onirique de la production d’Il Trovatore de Berlin (dĂ©cembre 2013) sous la direction de Barenboim, avec Anna Netrebko, incandescente et touchante Leonora (dans la mise en scène très rĂ©ussie de Philippe Stölzl).

Verdi : Il Trovatore / Le Trouvère. Marc Minkoswki, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scène. Enregistré à la Monnaie de Bruxelles, en juin 2012.

DVD. Music lovers (Tchaïkovski revisité par Ken Russel, 1971)

DVD. Ken Russel: Music lovers (Bel Air classiques)

DVD russell music-lovers bel-air_classiquenews_Russel_tchaikovski_symphonie_pathetiqueKen Russell : The music lovers (1971, rĂ©Ă©dition). En 1971, le rĂ©alisateur provocateur Ken Russel (1927-2011) auteur des Diables (fantaisie baroque tout aussi dĂ©jantĂ©e), futur auteur de Mahler, Lisztomania et de Valentino (avec Noureev), s’empare ici de la vie de TchaĂŻkovski pour en faire un biopic psychĂ©dĂ©lique, souvent hystĂ©rique mais aussi façonnĂ© dans ses dĂ©lires exacerbĂ©s comme une comĂ©die musicale qui dĂ©borde de son propos classique vers la pure fiction dĂ©bridĂ©e version Terry Gilliam. Aujourd’hui, c’est moins l’histoire traitant d’un mythe homosexuel qui heurte que la forme dĂ©jantĂ©e de l’objet cinĂ©matographique dont bon nombre d’effets et de sĂ©quences confinent Ă  l’opĂ©ra, empruntant au genre musical des poses et des situations plutĂ´t artificielles, excessives voire parodiques : Russel semble donc pleinement assumer ses emprunts au genre parfois larmoyant d’un surromantisme sirupeux (pas une scène sans ses cris, ses Ă©lans passionnĂ©s, ses dĂ©chaĂ®nements en tout genre).

biopic psychédélique

Comme souvent chez Russel, l’homme y passe un scanner complet, dĂ©voilant ses tares, ses faiblesses, ses vertiges non analysĂ©s qui devant la camĂ©ra produisent la pathologie d’une dĂ©mence individuelle et collective (c’Ă©tait le mĂŞme sujet dans les Diables). Le hĂ©ros Piotr est traitĂ© tel un animal passionnĂ© donc exacerbĂ©, aux sursauts excessifs qui voisinent avec la surenchère la plus dĂ©bridĂ©e. Les puristes et musicologues n’y retrouveront certes pas le compositeur, bourgeois et secret, rĂ©servĂ© et pudibond dans ce portrait au romantisme caricatural, semĂ© de visions dĂ©figurĂ©es oĂą les gros plans sur les visages, les mouvements de camĂ©ras et les nombreux plans sĂ©quences, superbement rĂ©alisĂ©s d’ailleurs, indiquent toutes les obsessions jusqu’Ă  la folie d’un ” hĂ©ros ” plutĂ´t habitĂ© par l’obsession et l’angoisse de l’Ă©chec amoureux. Piotr veut se fondre dans le moule social au risque de se perdre dans un mensonge dangereux: exit son amant fortunĂ© (Chilouski/Christopher Gable), mais mariage expĂ©diĂ© avec Antonia Milioukova (Glenda Jackson) dont Russel fait une nymphomane libĂ©rĂ©e qui après avoir sĂ©duit un officier Ă©thylique, fait l’assaut du compositeur dĂ©jĂ  fragilisĂ© par ses pulsions mal vĂ©cues (Richard Chamberlain)… le professeur au Conservatoire de Moscou croise aussi le chemin de la Comtesse Von Mack (Izabella Telezynska) qui mĂ©lomane nĂ©vrosĂ©e s’Ă©prend elle aussi jusqu’Ă  la folie de la musique du divin Piotr. Toute la matière du film balance entre ses 3 personnages, chacun favorable et protecteur puis sombrant soit dans la haine dĂ©nonciatrice (l’amant Ă©conduit), soit dans le lynchage (la comtesse) ou la … folie (Nina).

Et la musique est omniprĂ©sente, structurant mĂŞme les dĂ©veloppements imagĂ©s, infĂ©odant Ă  la camĂ©ra ses mouvements, sa chorĂ©graphie propre; les cadrages serrant au plus près les protagonistes selon le rythme de chaque partition choisie. A l’Ă©poque oĂą Piotr rencontre et Ă©pouse Nina, il compose l’opĂ©ra Eugène OnĂ©guine dont la fameuse lettre des aveux Ă©crite par Tatiana (Ă  OnĂ©guine) se confond dans le film de Russel, avec celle que lui adresse alors Antonina tombĂ©e amoureuse du musicien… L’air de la lettre (chantĂ© en anglais) inspire une scène parmi les plus kitsch du film confĂ©rant Ă  la sensibilitĂ© du rĂ©alisateur britannique un style proche du musical. L’imagerie de Russel nourrit les visions terrifiantes de Piotr-Chamberlain: quand ses ennemis tirent au canon dans sa direction pour mieux l’abattre… tout cela rĂ©alise une fiction expressionniste, hallucinogène et magistralement dĂ©cadente, dont les tares cachĂ©es du musicien sont outrageusement dĂ©voilĂ©es sous la lorgnette du cinĂ©aste voyeur avec ce goĂ»t assumĂ© pour les envolĂ©es lyriques non dĂ©nuĂ©es d’humour et de dĂ©lire (voir la scène de la nuit dans le train quand les mariĂ©s quittent saint-PĂ©tersbourg pour Moscou: chevauchĂ©e terrifiante pour le musicien confrontĂ© Ă  la nuditĂ© du corps et du sexe fĂ©minin !).

Evidemment tout cela paraĂ®t un rien soit outrancier soit systĂ©matique, mais la rĂ©alisation des plans sĂ©quences, l’imaginaire si fantasque et cynique du Russel sur le motif tchaĂŻkovskien relève d’une forme personnelle qui saisit par son sens du rythme et des passages contrastĂ©s : Milos Forman en fera bon usage dans son Mozart Ă  venir : l’illustration des fantasmes qu’inspirent Ă  Nina la musique de Piotr jouant son Concerto pour piano et cette chevauchĂ©e en calèche qui court selon la digitalitĂ© enfiĂ©vrĂ©e du compositeur est emblĂ©matique de tout le film : dĂ©lirant, dĂ©jantĂ© et finalement souvent comique.

MĂŞme si l’irrĂ©vĂ©rence du cinĂ©aste dĂ©figure l’image de TchaĂŻkovski, par sa libertĂ© formelle et ses audaces d’Ă©criture, le film de Russel reste saisissant, rĂ©ussissant en particulier le choc du cinĂ©ma et de la musique classique en une course Ă©chevelĂ©e aux visions hallucinĂ©es.


Ken Russell : The music lovers. La Symphonie pathétique. Réédition. 1 DVD Bel Air Classiques (2012). BAC 091