CD. Schumann: Symphonies n°2 et n°3 (2012, Holliger, Audite)

Schumann audite complete symphonic works volume II Heinz Holliger WDR sonfonieorchester kölnCrĂ©Ă©e en 1846, la Symphonie n°2 opus 61 de Schumann tĂ©moigne de la lutte intĂ©rieure d’un homme conscient de ses dĂ©règlements intĂ©rieurs et pourtant dĂ©terminĂ© dans l’affirmation de sa volontĂ© coĂ»te que coĂ»te ; a contrario comme un dĂ©fi personnel, l’écriture porte vers une volontĂ© de rĂ©gĂ©nĂ©ration constructive comme la rĂ©alisation d’une activitĂ© restructurante. De fait, la nervositĂ© dĂ©terminĂ©e inscrite dans cette volontĂ© conquĂ©rante du premier Allegro place toute la Symphonie dans la lumière tel un acte hautement viscĂ©ral et volontaire. Le chef  Heinz Holliger soigne la lisibilitĂ© globale et aussi le relief mordant des instruments parfaitement caractĂ©risĂ©s. La direction ne manque pas de nerf : beau galbe entraĂ®nant du I; chambrisme plus Ă©lĂ©giaque du II (Scherzo d’esprit et de lĂ©gèretĂ© mendelssohnienne). L’Adagio quant Ă  lui, le mouvement certainement le plus bouleversant composĂ© par le Schumann symphoniste, Ă©noncĂ© très simplement trop peut ĂŞtre, manque parfois de profondeur – on a peine Ă  saisir les enjeux viscĂ©raux d’une partition pourtant très autobiographique…. mais la clartĂ© et la sobriĂ©tĂ© sont louables particulièrement dans le chant très lisible des instruments concertants.

 

Un Schumann clair et un peu sage…

MĂŞme lisibilitĂ© idĂ©ale dans le finale instrumentalement Ă©quilibrĂ© et clair mais lĂ  aussi manquant singulièrement de …fièvre et d’affirmation. Pour Schumann, il s’agit pourtant du combat dĂ©cisif des forces de la raison et de l’esprit contre la menace d’un anĂ©antissement psychique (lequel malheureusement se rĂ©alisera inĂ©luctablement).

La Symphonie n°3 « RhĂ©nane » ne change pas notre apprĂ©ciation: la direction très claire et sereine, manifestement très claire et Ă©quilibrĂ©e, manque de vertige comme de passion: elle est comme lissĂ©e, mise Ă  distance, ses sĂ©quences emboĂ®tĂ©es parfois sans relation de causalitĂ© entre elle, et donc assez dĂ©cevante car dĂ©ficiente quant Ă  leur continuum organique. Les paysages du bord rhĂ©nan ici Ă©voquĂ©s bĂ©nĂ©ficient d’un souci de prĂ©cision qui attĂ©nue la tension globale. Trop timorĂ©, Heinz Holliger semble se retenir sans chercher Ă  aller jusqu’au bout de son geste. Ou alors cette attĂ©nuation très classique, très mendelssohinienne du massif schumanien demeure sa seule conception esthĂ©tique. Les classiques apprĂ©cieront ; les amateurs d’un Schumann plus Ă©chevelĂ© et passionnel regretteront ce manque d’engagement expressif. Question de sensibilitĂ©.

Pour nous schumanniens qui avons encore en tête l’éblouissante intégrale signée récemment par Yannick Nézet Séguin, autrement plus fouillée et vertigineuse, la direction de Holliger si elle ne manque pas de précision et de caractérisation instrumentale, ne possède pas la passion et l’élan ravageur qui porte toute la volonté d’un Schumann éperdu, enivré, exalté jusqu’à l’extase (aveuglement) optimiste.

Nos réserves n’entament en rien le haut intérêt de cette lecture musicalement respectueuse et rigoureuse.

Robert Schumann : Complete Symphonic Works, vol.II : Symphonies N°2, N°3 «  Rhénane ». WDR Sinfonieorchester Köln. Heinz Holliger, direction. 1 cd Audite 97.678. Enregistrement réalisé à la Philharmonie de Cologne en janvier et mars 2012.