Samson et Dalila Ă  Bordeaux

saint-saens_582_home_barbaresBordeaux, Auditorium. St-SaĂ«ns: Samson et Dalila: les 27 et 30 octobre 2015. En version de concert avec une Dalila prometteuse (Aude EstrĂ©mo, dĂ©couverte dans le rĂ´le de Concepcion Ă  l’OpĂ©ra de Tours rĂ©cemment : VOIR nore reportage vidĂ©o L’heure Espagnole de Ravel avec Aude EstrĂ©mo), le chef d’Ĺ“uvre lyrique de Saint-SaĂ«ns, d’une sensualitĂ© inouĂŻe Ă  son Ă©poque, investit sans dĂ©cors l’Auditorium de Bordeaux pour 2 soirĂ©es Ă©vĂ©nements. Familier de la douceur algĂ©rienne, dĂ©couverte après l’Ă©blouissement de Gide, Saint-SaĂ«ns parachève enfin son grand Ĺ“uvre postwagnĂ©rien, Samson et Dalila courant 1873 : il est vrai que la partition regorge de sensualitĂ© orientale, très finement calibrĂ©e ; Pauline Viardot organise Ă  sa plus grande et agrĂ©able surprise une première audition dans son salon parisien, – elle y chante Ă©videmment le rĂ´le de Dalila, taillĂ© pour sa voix ample et charnelle, en prĂ©sence d’Halanzier, le directeur de l’OpĂ©ra de Paris qui va bientĂ´t ĂŞtre inaugurĂ© dans ses nouvelles proportions et son faste dessinĂ© par Charles Garnier… HĂ©las, malgrĂ© l’engagement et le talent des chanteurs, l’indigne Halanzier jugea mĂ©diocre ce Samson pourtant fabuleusement dramatique, de sorte que la crĂ©ation se fera grâce Ă  Liszt hors de France, Ă  Weimar : pourtant on rĂŞve Ă  ce que put ĂŞtre Samson de Saint-SaĂ«ns sous les ors et velours de l’OpĂ©ra Garnier flambant neuf…
Du premier projet de Saint-SaĂ«ns, l’acte I conserve un certain statisme très oratorio biblique (moins opĂ©ra : Saint-SaĂ«ns avait d’abord conçu son ouvrage comme un oratorio dans le sillon de Haendel et de Mendelssohn…) ; les actes II (ses duos amoureux embrasĂ©s irrĂ©sistibles) et III (sa Bacchanales) sont nettement plus dramatiques.
CSaint-SaensInspirĂ© du Livre des juges de l’Ancien Testament, le livret de Ferdinand Lemaire (cousin du compositeur) met en lumière la soumission des HĂ©breux sous la joug des Philistins ; leur hĂ©ros Samson exhorte Ă  la rĂ©sistance et Ă  la rebellion ; mais les dominateurs lui adresse la belle et sulfureuse Dalila qui manipulĂ©e par le Grand PrĂŞtre de Dagon, sĂ©duit immĂ©diatement Samson. Or investi par le pouvoir divin, Samson Ă©branle les colonnes du temple… Saint-SaĂ«ns ne mĂ©nage pas ses effets : empruntant Ă  la Saint-Jean de Bach, sa formidable ouverture ; dessinant pour l’entrĂ©e de Samson (tĂ©nor), une fabuleuse apparition (la plus belle première scène pour un tĂ©nor avec celle d’EnĂ©e dans Les Troyens de Berlioz) ; et quand paraĂ®t la souveraine Dalila (après la danse des jeunes Philistines), dans son air ” Printemps qui commence”, Saint-SaĂ«ns dĂ©voile une facette dont on ne parle pas et qui pourtant perce dans son opĂ©ra : sa furieuse voluptĂ©, insufflant Ă  l’Ă©criture des choeurs, des solistes, de l’orchestre, une progression extatique qui prĂ©pare Ă©videmment Ă  la très lascive Bacchanale du IIIè acte. N’omettons pas la sublime duo d’amour entre Samson et Dalila du II (“Mon cĹ“ur s’ouvre Ă  ta voix”, immortalisĂ© par l’ineffable Maria Callas) oĂą Saint-SaĂ«ns redouble de subtilitĂ© amoureuse pour mieux exprimer l’enchantement des sens que la sirène impose au cĹ“ur du pauvre Samson. Avant Massenet et Puccini, Saint-SaĂ«ns rĂ©ussit l’une des scènes d’envoĂ»tement et d’ivresse amoureuse les plus mĂ©morables de toute l’histoire de l’OpĂ©ra.
saint-saens-camille-portrait-carre-classiquenewsHeureusement pour Saint-SaĂ«ns et Pauline Viardot, le pianiste danois ami de Liszt, Edward Lassen assistait lui aussi Ă  l’audition privĂ©e parisienne organisĂ©e par la cantatrice : il parla immĂ©diatement Ă  Liszt de la partition ; Liszt de fait, se passionna pour l’opĂ©ra de son ami : il crĂ©a l’ouvrage Ă  Weimar le 2 dĂ©cembre 1877. Paris et la France avaient perdu l’occasion de favoriser un gĂ©nie français et l’un des sommets de l’opĂ©ra romantique français. La crĂ©ation française de Samson sera rĂ©alisĂ©e Ă  Rouen en 1890, puis Paris en 1892…

 

 

 

bordeaux samson et dalila aude estremo saint saens operaBordeaux, Auditorium
Saint-Saëns : Samson et Dalila
Les 27 et 30 octobre 2015
Paul Daniel, direction
Avec ExtrĂ©mo, Skelton…

Prochaine production lyrique Ă  ne pas manquer Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux : HervĂ© : Les chevaliers de la table ronde, recrĂ©ation
Les 22, 25, 26 et 27 novembre 2015
Grapperon / Weitz
Distribution : Arnaud Marzorati, Gabrielle Philippot, Chantal Santon…

VIDEO, reportage : L’Heure espagnole de Ravel Ă  l’OpĂ©ra de Tours

TOURS-aude-estremo-concepcion-heure-espagnole-ravel-opera-de-tours-clic-de-classiquenews-avril-2015VIDEO, reportage : L’Heure espagnole de Ravel Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 10,12,14 avril 2015. OpĂ©ra en un acte couplĂ© avec La Voix humaine de Poulenc. Entretiens avec Catherine Dune (mise en scène) et Aude Estremo (Concepcion). La femme de l’horloger Torquemada, Concepcion est frustrĂ©e et malheureuse, malgrĂ© son mari, ses amants… poupĂ©e prise au piège par son propre Ă©poux, un rien voyeur manipulateur, Concepcion dĂ©couvre l’amour vĂ©ritable quand elle croise le chemin du muletier…  Extraits de la production prĂ©sentĂ©e Ă  Tours sous la direction de Jean-Yves Ossonce. © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

Voir aussi notre CLIP vidĂ©o de La Voix humaine et de l’Heure Espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 10,12 et 14 avril 2015

 
 

 

Compte rendu, opéra. Tours, Opéra, le 10 avril 2015. Poulenc : La Voix humaine. Ravel : L’Heure Espagnole. Anne-Sophie Duprels, Elle. Aude Estremo (Concepcion)… OSRCT. Jean-Yves Ossonce, direction. Catherine Dune, mise en scène.

Familière de la scène tourangelle, la soprano Catherine Dune – qui chantait cette saison Despina de Cosi  fan Tutte de Mozart, offre ici sa première mise en scène Ă  Tours. La sensibilitĂ© et l’humanitĂ© de l’artiste se ressentent  dans l’approche du diptyque choisi par le chef et directeur Jean-Yves  Ossonce : en associant les deux drames en un acte, La voix humaine puis L’Heure espagnole, de Poulenc et Ravel respectivement, il s’agit bien Ă  travers chaque hĂ©roĂŻne : “Elle ” puis la femme  de l’horloger Torquemada, Concepcion, de deux portraits de femmes que la question du dĂ©sir et de l’amour taraude, exalte, exulte, met au devant de la scène.

 
 

Nouvelle production convaincante Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Deux portraits du désir féminin

 

heure-espagnole-ravel-opera-de-tours-aude-estremo-clip-video-classiquenews-copyright-2015Deux espaces clos, lieux de l’enfermement, unissent les deux univers lyriques mais le poids Ă©touffant du huit clos – vĂ©ritable billot sentimental  et cathartique oppresse chanteuse et spectateurs dans La Voix humaine quand les dĂ©lices doux amers, tragico comiques de la dĂ©licieuse comĂ©die  de Ravel, produisent un univers tout autre :  magique et onirique surtout fantastique et surrĂ©aliste. C’est ce second volet qui nous a le plus  sĂ©duit. … non pas tant par sa durĂ©e : presque une heure quand La voix humaine totalise  3/4 d’heure,  que par la profonde cohĂ©rence qu’apporte la mise en scène.
L’Heure espagnole impose sa durĂ©e impĂ©rieuse au couple dĂ©luré  et si mal appareillĂ© de l’horloger Torquemada (en blouse et Ă  lunettes, sorte de voyeur de laboratoire), et de son Ă©pouse la belle brune Concepcion dont l’excellente Aude Estremo fait une prodigieuse incarnation : tigresses toute en contrĂ´le, la pulpeuse collectionne les amants sans ĂŞtre satisfaite, -frustration inconfortable qui on le comprend en cours de soirĂ©e n’est pas sans ĂŞtre cultivĂ©e par son Ă©poux lui-mĂŞme dont Catherine Dune fait l’observateur assidu mais discret des frasques de sa femme. La sensibilitĂ© extrĂŞme de la metteure en scène sait aussi cultiver la pudeur et l’innocence quand surgit l’amour vĂ©ritable entre Concepcion et le muletier Ramiro dont le charme direct et physique contraste avec le poète Gonzalvo, bellâtre mou des corridas d’opĂ©rettes, aux Ă©lans amoureux toujours vellĂ©itaires (impeccable Florian Laconi).
Dans cet arène  de pure fantasmagorie, Didier Henry a le ton juste du songe ; le baryton Alexandre Duhamel (Ramiro),  celui naturel  du charme sans esbroufe, et c’est surtout la mezzo Aude Estremo, dĂ©cidĂ©ment qui en donnant corps au personnage central,  rend son parcours très convaincant d’autant que la voix est sonore, naturellement puissante et finalement articulĂ©e. Son piquant et son tempĂ©rament L’univers dĂ©lurĂ© fantasque dĂ©fendu ici  souligne avec finesse les multiples joyaux dont la partition est constellĂ©e ; c’est un travail visuel qui s’accorde idĂ©alement Ă  la tenue de l’orchestre dont le raffinement permanent et le swing hispanisant convoquent le grand opĂ©ra : l’air de Concepcion,  qu’elle aventure qui marque le point de basculement du personnage (son coup de foudre troublant vis Ă  vis du muletier) fait surgir une vague irrĂ©pressible de candeur et de sincĂ©ritĂ© dans une cycle qui eut paru artificiel par sa mĂ©canique rĂ©glĂ©e Ă  la seconde  (les sacs  de sable que l’on Ă©ventre pour en faire couler la matière comme un sablier).

voix-humaine-anne-sophie-duprels-tours-opera-classiquenews-copyright-2015En première partie de soirĂ©e (La Voix humaine), Anne-Sophie Duprels sĂ©duit indiscutablement par son chant velouté  et puissant Ă  la diction parfois couverte par l’orchestre. Sur un matelas dĂ©multipliĂ©, ring de ses ressentiments sincères amères, le chant se libère peu Ă  peu dans une mise en scène Ă©purĂ©e presque glaçante dont les lumières accusent la progression irrĂ©pressible : la cage qui enserre le coeur meurtri de l’amoureuse en rupture s’ouvre peu Ă  peu Ă  mesure que les cordes qui la composent et qui descendent depuis les cintres, sont levĂ©es, ouvrant l’espace ; rĂ©vĂ©lant l’hĂ©roĂŻne Ă  elle-mĂŞme en une confrontation ultime : dire, exprimer et nommer la souffrance, c’est se libĂ©rer. C’est au prix de cette Ă©preuve salvatrice – essentiellement cathartique-,  qu‘Elle prend conscience de sa force et de sa volontĂ© ; volontĂ© de dire : tu me quittes. Soit je l’accepte. Laisser faire, lâcher prise, renoncer. … autant d’expĂ©riences clĂ©s que la formidable soprano Ă©claire de sa prĂ©sence douce et carressante, nuancĂ©e et intense.

Dans la fosse, en maĂ®tre des couleurs et des teintes atmosphĂ©riques, Jean Yves Ossonce fait couler dans la Voix humaine le sirop onctueux et ductile de l’ocĂ©an de sensualitĂ© dont a parlĂ© Poulenc,  lequel semble compatir avec Elle ; le chef trouve aussi le charme d’une dĂ©contraction Ă©lĂ©gantissime de l’Heure Espagnole, dont le dialogue idĂ©al avec la mise en scène et les dĂ©cors suscite un formidable cirque nocturne, enchanteur et rĂ©aliste Ă  la fois. La profondeur se glisse continĂ»ment dans cet Ă©loge feint de la lĂ©gèreté… La rĂ©ussite Ă©tant totale, voici après le formidable Trittrico de Puccini prĂ©sentĂ© en mars dernier (prĂ©cision et sĂ©duction cinĂ©matographique), la nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours  qui crĂ©e lĂ©gitimement l’Ă©vĂ©nement dans l’agenda lyrique de ce printemps. A voir au Grand Théâtre de Tours les 10, 12 et 14 avril 2015.

 

 

 

APPROFONDIR : voir notre clip vidĂ©o La Voix humaine et l’Heure espagnole au Grand théâtre de Tours les 10,12,14 avril 2015

 

 

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Illustrations : © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015