COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. MARSEILLE, OdĂ©on, le 24 fĂ©v 2019. BENATZKY : L’Auberge du cheval blanc. Conti / OlivĂ©ros

thumbnail_4 P1070949 photo Christian DRESSE 2019COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. MARSEILLE, OdĂ©on, le 24 fĂ©v 2019. BENATZKY : L’Auberge du cheval blanc. Conti / OlivĂ©ros. Guerre des boutons
 disons plutĂŽt des boutonnages de tuniques, le rĂ©volutionnaire, par devant, ou le rĂ©actionnaire, inversion et perversion, par derriĂšre (mĂȘme les souples chimpanzĂ©s auraient du mal Ă  s’auto-boutonner, non ?). Sur les verdoyants alpages tyroliens, vert de rage—couleur pĂąturage— risque de s’alpaguer —il en a des boutons— NapolĂ©on Bistagne, cherchant la castagne au sommet contre un contrefacteur, avisĂ© qu’il est par une walkyrienne contre(ut)factrice lui apportant par courrier recommandĂ© la sommation Ă  comparaĂźtre en procĂšs contre CĂ©sar Cubisol. Bref, Bistagne tonne, on se dĂ©boutonne, c’est la guerre des boutonnages inverses rivaux, ouverte, dĂ©clarĂ©e, entre le gĂ©nial crĂ©ateur de la combinaison « NapolĂ©on » (devant) et celui de la « CĂ©sar » (derriĂšre) auquel CĂ©sar NapolĂ©on Bistagne ne rendra pas ce qui ne lui appartient pas. Mais que va faire sur cette galĂšre alpestre le Marseillais de la rue Saint-FerrĂ©ol, rĂȘvant de Bandol et sa plage pour attaquer le plagiaire Cubisol qui jouera l’ArlĂ©sienne du Tyrol puisqu’il ne paraĂźtra jamais ?

 

 

LA GUERRE DES BOUTONS N’AURA PAS LIEU

 

 

 

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À cette guerre sans dentelles (mais
 mais, peut-ĂȘtre les combinaisons en ont-elles ?) s’ajoute la guerre d’amour : LĂ©opold aime JosĂ©pha qui aime Guy qui aimera Sylvabelle
 Quatuor, quadrille ; ajoutez un autre couple, le leste rejeton de Cubisol et un beau zeste de fille zozotante et cela fait, en trois couples, un sextuor. Et en avant la musique ! Les solos alternent avec les duos et les chƓurs, toujours mĂȘlĂ©s habilement de danses par Estelle LELIÈVRE-DANVERS, valses, fox-trots, et mĂȘme un ranz des Vaches qui Rient autant que nous, dans un rythme oxygĂ©nĂ© des hauteurs, mais pas de tyrolienne de Piccolo

Un rideau de scĂšne peinturlurĂ© de sapins, encadrĂ© Ă  cour et Ă  jardin des hures hilares de deux chevaux (des bĂȘtes) en carton dĂ©coupĂ© comme les deux chalets, agrĂ©mentĂ©s de quelques tables incrustĂ©es de motifs floraux tyroliens et siĂšges. Et avec tout le dĂ©ploiement fidĂšle des costumes de la Maison Grout, plus tyroliens que nature, tabliers, jupes pour les dames, chapeaux feutre Ă  plume, shorts, bretelles chaussettes Ă  mi mollet pour les hommes. VoilĂ  pour le lieu, encore cĂ©lĂšbre de villĂ©giature oĂč se bousculent les estivants, accueillis par une armĂ©e chantante et dansante de serveurs stylĂ©s, dont Piccolo Lothaire LELIÈVRE, jeune et digne comme un groom.
Ah, oui ! Nous sommes dans l’auberge autrichienne de Saint-Wolfgang (oui, comme Mozart, que l’on canoniserait volontiers si l’on croyait aux saints, mais qui n’en a nul besoin puisqu’il est divin) oĂč les gens qui en ont les moyens viennent chercher celui de se refaire une santĂ© Ă  l’air pur.
La rĂȘche et revĂȘche patronne rabroue son Ă©lĂ©gant maĂźtre d’hĂŽtel LĂ©opold qui a le tort d’ĂȘtre amoureux d’elle : comment peut-elle maltraiter le bien chantant, le beau GrĂ©gory BENCHÉNAFI, qui couve son amour, couvre l’ingrate de fleurs et lui roucoule : « Pour ĂȘtre un jour aimĂ© de toi », voix tendre, souple, nuancĂ©e de brumes romantiques. Mais, ni rĂȘche ni revĂȘche, la pimbĂȘche anti LĂ©opold pour son Guy FlorĂšs d’avocat parisien, beau tĂ©nĂ©breux au sourire Ă©tincelant et Ă  l’Ɠil de velours, Marc LARCHER, dont la voix solaire, chaude, dĂšs qu’il arrive, fait monter la tempĂ©rature : le dĂ©sir de la dame et la rage de l’amoureux dĂ©pitĂ©. Et la voilĂ , l’accorte Jennifer MICHEL puisqu’il faut l’appeler par son nom,qui dĂ©ploie l’éventail d’une voix ample, fruitĂ©e, offerte, Ă©panouie, voluptueuse et enveloppante comme une promesse d’amour. Qui sera frustrĂ©e, tant pis pour elle : le FlorĂšs en question fait florĂšs et la roue de sa ronde voix prenante, prenant sous son charme la jolie Sylvabelle Bistagne (Charlotte BONNET) au sourire radieux, au timbre limpide comme une source montagnarde dont son aigu a les pics lumineux : sourire pour sourire, voix pour voix, les deux tourtereaux s’assemblent. Comme se ressemblent les timbres plus doucement corsĂ©s et accordĂ©s de LĂ©opold et JosĂ©pha, autre vĂ©ritĂ© que la dame comprendra Ă  la fin.
Narcisse auto-proclamĂ©, on n’est jamais si bien servi que par soi-mĂȘme, souple comme un Ă©cureuil rieur et railleur, le bĂ©guin bondissant CĂ©lestin Cubisol, Vincent ALARY, une nature qui, du zozotement de sa belle n’a cure, ni dent dure car il est vrai que sa Clara, Priscilla BEYRAND, est Ă  croquer, mais tendrement. Vive les couples heureux. Qui ont des histoires. Petites histoires du temps suspendu entre la Grande Histoire : 1930, opĂ©rette allemande adaptĂ©e et adoptĂ©e par la France entre deux Guerres mondiales

Et l’on regrette mĂȘme, en compensation joyeusement et pacifiquement belliqueuse, que l’affrontement au sommet entre Cubisol, absent, n’ait pas lieu avec NapolĂ©on Bistagne quand on sait que celui-ci est personnifiĂ© par Antoine BONELLI, tout en rondeur mais hĂ©rissĂ© de pointes (pas de casque teuton) mais sans accent pointu, Marseillais Ă  couper au couteau, occupant le plateau comme un Empire personnel, qui dĂ©clenche la salve (inoffensive) des rires avant mĂȘme d’ouvrir la bouche, un spectacle Ă  lui tout seul, puis en shorts ! Et l’on regrette que son prĂ©nom ne soit pas exploitĂ© par le texte ni la scĂšne quand on sait que ce NapolĂ©on rencontre, incarnĂ© par Claude DESCHAMPS, le mĂ©lancolique Empereur d’Autriche François-Joseph (1830-1916, veuf de Sissi assassinĂ©e en 1898) dont l’empereur français, vainqueur du pĂšre, devint son beau-frĂšre en Ă©pousant Marie-Louise
 On lui pardonnera pour sa tristesse et sagesse, comme aux cuivres sonnant la chasse bestiale, qu’il vienne ici pour un concours de tir jamais de bon augure pour les bĂȘtes et les hommes. Notre indulgence, qui n’est pas grande pour les massacreurs d’animaux, nous la rĂ©servons au plus inoffensif « Garde gĂ©nĂ©ral des forĂȘts », Michel DELFAUD, ineffable mĂȘme fusil, pour rire, Ă  l’épaule, inĂ©narrable avec son compĂšre Jean GOLTIER, en shorts obligĂ©s, autre couple hilarant. À ajouter au tableau de chasse de l’opĂ©rette.

 

 

 

Juif dansant

On n’aurait garde d’oublier, en Professeur Hinzelmann, Dominique DESMONS et l’on avoue frĂ©mir un peu Ă  le voir, en noir, chapeau Loubavitch en tĂȘte, deux grandes mĂšches en spirales, les « payos », encadrant sa face barbue : l’image caricaturale du Juif qui, en rajoute d’ailleurs avec son histoire de petites Ă©conomies dĂ©bitĂ©es d’une petite voix Ă  l’accent yiddish, qui nous rappelle quelqu’un. Dans le contexte des annĂ©es 30 allemandes, par notre temps de retour d’antisĂ©mitisme Ă  vomir, on craint le pire mais on s’abandonne au rire et l’on se dit, non : n’en dĂ©plaise au politiquement correct, ces blagues, comme les blagues corses, belges, auvergnates, marseillaises, etc, tout ce folklore nous appartient, il est Ă  notre communautĂ© sans discrimination d’origine. D’ailleurs, le voilĂ  qui se lance, avec un autre quadrille dans une danse devenue patrimoine comique national, celle de Louis de FunĂšs dans Rabi Jacob de GĂ©rard Oury. Non, il ne faut pas renoncer au rire sain qui libĂšre des haines : sa proximitĂ©, sa familiaritĂ©, c’est finalement notre fraternitĂ©.
DerriĂšre moi, une vieille dame Ă©merveillĂ©e, chantonnant les airs et commentant presque Ă  haute voix les costumes avec sa voisine, avisant la factrice Walkyrie (dĂ©tonante Perrine CABASSUD) en casque Ă  cornes, chope de biĂšre en main, dĂ©vorant une saucisse, s’écrie naĂŻvement, indiffĂ©rente aux frontiĂšres et anciens conflits, Ă  voix basse : « VĂ©, la Gauloise, elle mange la choucroute ! »
Blagues tyroliennes, blagues juives, Walkyrie et Gauloise : tout le merveilleux ƓcumĂ©nisme culturel de notre Europe Ă  tous. L’auberge tyrolienne est une vraie auberge espagnole : on y apporte ce qu’on a, culture et cƓur.

 

thumbnail_2  P1070848 photo Christian DRESSE 2019

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. MARSEILLE, OdĂ©on, le 24 fĂ©v 2019. BENATZKY : L’Auberge du cheval blanc. Conti / OlivĂ©ros

L’Auberge du Cheval Blanc
(Im Weissen Rössl, 1930)
Opérette en 2 actes et 8 tableaux
Livret d’Erik Charell, Hans MĂŒller et Robert Gilbert
Musique de Ralph Benatzky
(1887-1957)‹Adaptation française de Lucien BESNARD et RenĂ© DORIN

Marseille, thĂ©Ăątre de l’OdĂ©on
23 et 24 février
L’Auberge du Cheval Blanc
de Ralph Benatzky

Direction musicale : Bruno CONTI‹Chef de chant : Caroline OLIVÉROS‹Mise en scĂšne : Jack GERVAIS‹Assistant mise en scĂšne : SĂ©bastien OLIVÉROS
Chorégraphie : Estelle LELIÈVRE-DANVERS
DĂ©cors ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on ; Costumes Maison Grout

DISTRIBUTION
Josepha :Jennifer MICHEL ; Sylvabelle : Charlotte BONNET , Clara :Priscilla BEYRAND : Kathy :Perrine CABASSUD
LĂ©opold : GrĂ©gory BENCHENAFI / ‹Bistagne : Antoine BONELLI‹ / Guy FlorĂšs :Marc LARCHER / ‹Piccolo : Lothaire LELIÈVRE‹ / CĂ©lestin : Vincent ALARY / ‹L’Empereur : Claude DESCHAMPS‹ / Le Professeur Hinzelmann : Dominique DESMONS ; Le Garde gĂ©nĂ©ral des forĂȘts :Michel DELFAUD ; Le Cook / Le Guide : Jean GOLTIER

Orchestre du ThĂ©Ăątre de l’OdĂ©on
ChƓur PhocĂ©en (Chef de ChƓur RĂ©my LITTOLFF).

Danseurs
Laura DELORME, Malory DE LENCLOS, MylĂšne MEY, Laia RAMON, Evgeny KUPRIYANOV, Serge MALET, GĂ©rald NEEB, Sullivan PANIAGUA .

 

 

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Photos © Christian Dresse :
Le Marseillais Napoléon Bistagne et la factrice Walkyrie / Claire et Célestin, au milieu le Professeur juif / FlorÚs et Sylvabelle dans le bleu.

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