STREAMING opĂ©ra. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos en direct d’ANVERS

Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"STREAMING, opĂ©ra chez soi. STRAUSS : Ariadne auf Naxos, OpĂ©ra des Flandres, dim 14 fĂ©v 2021, 20h. Mais pourquoi Ariane se dĂ©sespĂšre sur son rocher de l’Ăźle de Naxos ?Celle qui fut aimĂ©e par ThĂ©sĂ©e, lequel lui doit d’avoir pu s’Ă©chapper du labyrinthe et de son monstre, le minautore, est comme Armide et Alcina, une amoureuse loyale, trahie et abandonnĂ©e. L’OpĂ©ra d’Anvers diffuse en live streaming, l’opĂ©ra nĂ©o baroque de Richard Strauss, Ariane Ă  Naxos, inspirĂ© de la mythologie, mais dans sa premiĂšre partie, le prologue (avant le drame antique proprement dit) prĂ©sente sur la scĂšne la troupe des artistes en rĂ©pĂ©tition et en divagation : troupe mĂȘlĂ©e de comĂ©diens buffons italiens et solistes trĂšs sĂ©rieux choisis pour tenir les rĂŽles d’Ariane, l’amante dĂ©laissĂ©e par ThĂ©sĂ©e et qui se morfond, suicidaire, dĂ©sespĂ©rĂ©e sur l’üle de Naxos, jusqu’à ce qu’elle rencontre le pĂ©tillant Bacchus / Dyonisos, dieu du vin et des plaisirs qui par son ivresse irrĂ©sistible permet la mĂ©tamorphose qui sauvera Ariane

Dans le prologue, Strauss et son librettiste Hugo von Hoffmansthal imaginent le compositeur en proie aux doutes de la crĂ©ation, qui revĂȘt ici les habits d’un Mozart juvĂ©nile, d’une ardente Ă©nergie comme un jeune dĂ©miurge, conquĂ©rant, enthousiaste mais trop inexpĂ©rimentĂ©, Ă  l’Ă©nergie irrationnelle voire trop naĂŻve… (superbe rĂŽle pour une mezzo hofmannsthal Hugo_von_Hofmannsthal richard strausstravesti). De surcroĂźt, la partition imaginĂ©e par Richard Strauss et son librettiste le poĂšte Hugo von Hofmmansthal, abordent le dĂ©fi de l’opĂ©ra, Ă  la fois thĂ©Ăątre et chant, oĂč les disciplines convoquĂ©es ballet, orchestre, chanteurs et comĂ©diens, entre comĂ©die et tragĂ©die, sont repensĂ©es, rĂ©Ă©valuĂ©es. Musique ou paroles, orchestre ou texte, chant ou thĂ©Ăątre ? Qu’est ce qui prime rĂ©ellement ? L’Ă©quilibre est fragile et les deux crĂ©ateurs, dans l’esprit prĂ©servĂ© des baroques français, surtout de MoliĂšre, renouvellent l’approche de l’opĂ©ra au dĂ©but du XXĂš siĂšcle.

La production aversoire, annulée sur les planches, revit ici grùce à sa proposition en streaming, diffusée dÚs 20h

 

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ARIANE A NAXOS / Ariadne auf Naxos
STRAUSS / HOFMANNSTHAL
Opéra en un acte avec prologue, 1916

LIVE STREAMINGstrauss richard
Dimanche 14 février 2021
Opera Ballet Vlaanderen / Anwerpt
Opéra des Flandres à Anvers
En version de concert
Alejo PĂ©rez, direction
Orchestre Symphonique de l’OpĂ©ra des Flandres
Opera Ballet Vlaanderen Symphony Orchestra
A VOIR sur le site de l’OpĂ©ra de Flandres
www.operaballet.be

 

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PRIMADONNA, ARIADNE : Carla Filipcic-Holm
DER TENOR, BACCHUS : Michael Weinius
ZERBINETTA : Lisa Mostin
HARLEKIN : Leon Koơavić
SCARAMUCCIO : Stefan Adriaens*
TRUFFALDIN : Goran Jurić
BRIGHELLA : Daniel Arnaldos°
DER KOMPONIST : Raehann Bryce-Davis
EIN MUSIKLEHRER : Werner Van Mechelen
DER TANZMEISTER/BRIGHELLA : Denzil Delaere
DER HAUSHOFMEISTER : Freek De Craecker
DER PERRÜCKENMACHER : Thierry Vallier*
LAKAI : Onno Pels*
DER OFFIZIER : Davy Smets*
NAJADE : Elisa Soster° / DRYADE : Raphaële Green / ECHO : Chia Fen Wu*

°Member young ensemble Opera Ballet Vlaanderen
*Chorus member Opera Ballet Vlaanderen

Opera Ballet Vlaanderen Symphony Orchestra

Live online from Opera Antwerp
Sun 14 feb 8 pm
and available until 28 february

Tickets : €10 | www.operaballet.be

Paris, Bastille : Karita Mattila chante Ariadne auf Naxos

strauss-hofmansthal-ariadne-auf-naxos-ariane-a-naxos-opera-bastille-paris-laurent-pelly-janvier-fevrier-2015Paris. OpĂ©ra Bastille. Strauss : Ariane Ă  Naxos : 22 janvier>17 fĂ©vrier 2015. Karita Mattila. Si l’on regrette le manque de poĂ©sie de la mise en scĂšne de Laurent Pelly (l’une des moins inspirĂ©es qu’il ait faite : oĂč se lisent ici les rĂ©fĂ©rences si subtiles au baroque de Lully et de MoliĂšre voulues par Hofmannsthal et Strauss ?), la reprise de cette produciton dĂ©jĂ  vue, offre des promesses sĂ©duisantes grĂące Ă  la prĂ©sence de la soprano incandescente Karita Mattila dans le rĂŽle de la primadonna au I, puis d’Ariadne au II. Aucun autre opĂ©ra, sur le mode chambrisme et parodique, n’illustre le mieux le thĂšme de l’identitĂ© et de la mĂ©tamorphose : abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e sur l’Ăźle de Naxos, la belle Arianne s’abandonne Ă  la mort jusqu’Ă  ce qu’elle croise le chemin du sensuel et hypnotique Bacchus dont la transe est gage de rĂ©surrection. Les romains avaient fait de l’ivresse bacchique la voie de l’Ă©ternitĂ© aprĂšs la mort… Dans l’opĂ©ra de Hofmannsthal et de Strauss, Arianne Ă©prouve chaque Ă©tape d’une longue quĂȘte rĂ©gĂ©nĂ©ratrice : depuis sa caverne solitaire, grĂące Ă  la complicitĂ© de l’insouciante mais subtile Zerbinette (pour laquelle chaque instant est une promesse amoureuse), par la rencontre finale avec le dieu de lumiĂšre, Bacchus, l’hĂ©roĂŻne retrouve enfin l’appĂ©tit de vivre. Un miracle dramatique qui la fait renaĂźtre et s’ouvrir au monde plutĂŽt que de s’en Ă©carter pour mourir. VoilĂ  une hĂ©roĂŻne qui rĂ©aise un itinĂ©raire contraire Ă  celui de DaphnĂ© (pĂ©trifiĂ©e donc absente au monde et aux autres, comme l’Empereur dans La Femme sans ombre, en fin de parcours) : Ăąme condamnĂ©e, languissante au dĂ©but, Ariane vit une renaissance : peu de cantatrices aujourd’hui peuvent offrir une telle expĂ©rience sur la scĂšne, avec la conscience de ce qui se joue profondĂ©ment. Sous l’univers dĂ©jantĂ© de la comĂ©die du I (oĂč l’on assiste aux prĂ©paratifs de la troupe rĂ©unie avant l’opĂ©ra proprement dit), Strauss et son librettiste Hofmannsthal Ă©crivent l’un des drames les plus significatifs de leur travail Ă  quatre mains : s’y interpĂ©nĂštrent les notions diffuses d’art, de culture et de nature, d’Eros et de Thanatos, de dĂ©sir et de mort : si Ariane est d’emblĂ©e tragique et gĂ©missante, opposĂ©e par effet recherchĂ© des contrastes Ă  la figure de la piquante Zerbinette (qui malgrĂ© ce qu’on lit d’elle ici et lĂ , a mesurĂ© toute la profondeur de l’amour), Strauss rĂ©serve Ă  la diva tĂ©nĂ©breuse et trahie, une rĂ©mission : la promesse et la rĂ©alisation de sa rĂ©surrection.

 

 

 

le nouveau dĂ©fi de Karita Mattila Ă  l’OpĂ©ra Bastille

Arianne Ă  Naxos par karita

 

Il n’en faut pas moins pour inspirer la soprano Karita Mattila dans un rĂŽle que l’on attend Ă  Paris comme un Ă©vĂ©nement : son timbre intense et introspectif devrait Ă©clairer d’une ferveur tendre nouvelle le personnage d’Arianne, l’un des plus captivants imaginĂ©s par Strauss et Hofmannsthal.

mattila-karita-soprano-diva-ariadne-auf-Naxos-home-portrait-582-594A Paris, la cantatrice nordique, Ă©lĂšve de la Sibelius Academy, fut Elisabeth (Don Carlo de Verdi) puis Lisa dans La Dame de Pique de Tchaikovsky : deux rĂŽles rĂ©vĂ©lant / confirmant son sens de la performance vocale autant que corporelle. Sa silhouette de star hollywoodienne (celle des films de Cukor par exemple car son blond mĂ©tallique sait particuliĂšrement bien capter la lumiĂšre… : mĂȘme effet magnĂ©tique sous les feux de la rampe lyrique). AthlĂšte autant que diva fine et vĂ©hĂ©mente (!), “La Mattila” devrait comme pour le rĂŽle voluptueux et fĂ©lin de SalomĂ© (du mĂȘme Strauss), redĂ©finir un standard vocal pour Ariane : blessĂ© mais sublime amoureuse. Saluons la diva finnoise pour sa prise de position contre Gergiev et ses dĂ©clarations douteuses sur la question homosexuelle. Elle ne chantera plus sous sa direction. en plus d’ĂȘtre artiste admirable, Karita Mattila est une diva humaniste, aux engagements exemplaires.

 

 

 

Pourquoi ne pas manquer la reprise d’Ariane Ă  Naxos Ă  l’OpĂ©ra Bastille en janvier et fĂ©vrier 2015 ?

Les 2 plus de la reprise d’Ariadne auf Naxos (1916) Ă  l’OpĂ©ra Bastille en janvier et fĂ©vrier 2015 :

1- Sophie Koch dans le rĂŽle du compositeur Ă  l’acte I (la mezzo française aura indiscutablement marquĂ© le rĂŽle)

2- le duo sublime et donc trĂšs prometteur de Klaus Florian Vogt  et de Karita Mattila dans les rĂŽles respectifs de Bacchus et d’Ariane pour une rencontre… miraculeuse ?

 

 

 

Paris. Opéra Bastille. Strauss : Ariane à Naxos : 22 janvier>17 février 2015.  Avec Karita Mattila.

 

 

R. Strauss : Ariadne auf naxos. Le portrait d’Ariane

Ariane_zerbinette_bacchus_785px-Bacchus_Ariane_and_Venus-Domenico_Tintoret_mg_9990Ariane : le miracle de la renaissance. LĂ  oĂč Elektra incarnait la tragĂ©die d’une Ăąme solitaire pĂ©trifiĂ©e par son enchaĂźnement Ă  l’image d’un seul ĂȘtre : Agamemnon, le pĂšre mort Ă  venger, Ariane est de la mĂȘme façon emprisonnĂ©e par le seul amour de sa vie (croĂźt-elle), ThĂ©sĂ©e, qui l’obsĂšde d’autant plus qu’il l’a abandonnĂ©e. Trahie, dĂ©truite, Ariane erre depuis la caverne des origines, rĂ©gression symbolique oĂč elle attend la mort. Sur l’Ăźle de Naxos, l’humiliĂ©e solitaire, sombre et impuissante, dĂ©sespĂšre …
C’est en croisant la figure de Bacchus que l’amoureuse tragique renaĂźt d’elle mĂȘme. Hofmannsthal exploite le symbolisme de l’ivresse bacchique comme l’Ă©noncĂ© et la rĂ©alisation de la mĂ©tamorphose : la promesse d’une nouvelle vie. La rencontre avec le dieu juvĂ©nil du vin marque dans la vie d’Ariane un miracle salavateur.
Pour accentuer encore l’Ă©tat vĂ©gĂ©tatif dans lequel demeurait Ariane, Strauss et Hofmannsthal imaginent la figure opposĂ©e (jusque dans sa tessiture) de Zerbinette, Ăąme volage et mobile de soprano coloratoura, quand Ariane, tragique et esseulĂ©e est un soprano dramatique plus sombre.
Captivant, le duo fĂ©minin agit comme la double face d’une mĂȘme idĂ©al car chacune aspire finalement Ă  l’excellence morale : fusionner avec cet autre qui satisfasse leur attente psychique et spirituelle. Et fidĂšle Ă  ses thĂšmes chers, Hofmannsthal n’omet pas le pouvoir rĂ©dempteur de la rencontre : en croisant le chemin de Bacchus, le destin d’Ariane est profondĂ©ment modifiĂ©, comme Zerbinette elle aussi au contact du visage tragique d’Ariane se modifie : volage certes au I (face au compositeur, elle prĂŽne l’oubli, le mouvement perpĂ©tuel et l’irresponsabilitĂ©), Zerbinette gagne une profondeur nouvelle ensuite dans son grand air de plus de 10 mn de flamboyantes vocalises : elle chante l’amour le plus pur tout en espĂ©rant rencontrer elle aussi celui qui lui inspirera une fidĂ©litĂ© totale… En dĂ©finitive l’itinĂ©raire d’Ariane prolonge le destin d’Elektra : lĂ  oĂč la fille d’Agamemnon ne pouvait concevoir de vivre pour elle-mĂȘme, Ariane apporte la preuve qu’il est possible de dĂ©passer ce qui semblait insurmontable. L’autre est un salut. Et la rencontre, l’expĂ©rience la plus exaltante qui puisse se prĂ©senter, que l’on puisse vivre.

 

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Illustrations : Ariane et Bacchus par le Tintoret (DR). Dans le second tableau de Tintoret, le peintre Ă  travers l’oeuvre de Bacchus, rend Ă  Ariane blessĂ©e, sa dignitĂ© psychique, honore sa beautĂ© et lui permet de renaĂźtre Ă  elle mĂȘme. L’Ă©pisode peint les noces des deux ĂȘtres grĂące Ă  l’entremise de Venus, volant dans le ciel, tandis que le dieu d’amour tient l’anneau de leur union.

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CHANTER ARIANE
jessye-norman-ariane-auf-naxos-diva-opera-classiquenews-critiqueFigure de la continuitĂ©, Ariane est pour Jessye Norman qui aura marquĂ© le rĂŽle par la finesse enivrĂ©e de son interprĂ©tation (Metropolitan opera 1984, James Levine), une amoureuse fidĂšle pour laquelle la mort (incarnĂ© Ă  la fin de l’opĂ©ra, par Bacchus) n’est ni une fin ni une rupture mais un passage dans la continuitĂ©, d’une vie (celle avec ThĂ©sĂ©e) Ă  l’autre (celle avec l’inouĂŻ de sa rencontre avec le beau et l’enivrant Bacchus). Jessye Norman a parlĂ© de leur duo qui est un quiproquo inĂ©dit pour un couple d’amoureux : un terrible « malentendu » Ariane pense rencontrĂ© (retrouver) ThĂ©sĂ©e (celui qui l’a abandonnĂ©e), et Bacchus pense rencontrĂ© 
 CircĂ©. De ce quiproquo dĂ©coule un enchantement Ă  deux voix oĂč c’est moins la vĂ©ritĂ© de la rencontre qui compte que ce que chacun pense vivre individuellement. Qui suis je Ă  moi-mĂȘme ? Qui suis je pour l’autre ? La vĂ©ritĂ© est celle que j’incarne dans la durĂ©e malgrĂ© les doutes et les impressions de coupures. Ariane abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e, se vouait Ă  la mort par dĂ©pit, par dĂ©sespoir : c’est le tableau initial d’Ariane sur son rocher Ă  Naxos, dĂ©munie, endeuillĂ©e, dĂ©truite. Puis surgit dans la lumiĂšre d’une rĂ©surrection, la nouvelle Ariane, celle que « ressuscite » Bacchus, dieu du vin (donc de l’ivresse par laquelle la mĂ©tamorphose se rĂ©alise). Personnage sincĂšre, Ariane dans l’opĂ©ra incarne les valeurs dĂ©fendues par le compositeur/Komponist (qui donc prĂ©sent de cette façon, n’y apparaĂźt pas) : du ariane-auf-naxos-jessye-norman-opera-critique-classiquenewsKomponist, Ariane prolonge les valeurs tendres d’amour et de loyautĂ©. C’est pourquoi quand elle chantait dans la premiĂšre partie, le personnage de la Prima donna, Jessye Norman veillait Ă  caractĂ©riser diffĂ©remment son interprĂ©tation de l’une Ă  l’autre ; car ce sont bien deux personnalitĂ©s qui n’ont rien Ă  voir. La Prima Donna est une caricature parodique de la chanteuse capricieuse hystĂ©rique, Ă©goĂŻste ; Ariane est pur amour, pur dĂ©sir, tournĂ© vers l’autre. Rien Ă  voir. Donc pour la diva invitĂ©e Ă  les incarner toutes deux, un dĂ©fi dramatique vertigineux.

Ariane Ă  Naxos de Strauss Ă  Toulon

toulon_582_ariane_toulonToulon, OpĂ©ra. Ariane Ă  Naxos : 14, 16, 18 mars 2014. Sur son rocher (sur l’Ăźle de Naxos), la belle mais tragique Ariane, abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e (qu’elle a pourtant sauvĂ© du labyrinthe et des griffes du Minotaure) se lamente: coeur Ă©perdu, trahi, sans espoir, sans avenir ; Ăąme vouĂ©e Ă  la mort.

 

 

Richard Strauss
Ariane Ă  Naxos
Toulon, Opéra
Les 14, 16, 18 mars 2014

Direction musicale :  Rani Calderon
Mise en scÚne  : Mireille Larroche
Décors :  Nicolas de Lajartre
Costumes :  DaniÚle Barraud
LumiÚres :  Jean-Yves Courcoux

Ariane,  Jennifer Check
Zerbinetta,  Julia Novikova
Le compositeur,  Christina Carvin
Naïade,  Léonie Renaud
Dryade,  Charlotte Labaki
Echo,  Marion Grange
Bacchus,  Kor-Jan Dusseljee
Arlequin / Le maßtre de musique,  Charles Rice
Truffaldino,  Pierre BessiÚre
Le maßtre de ballet / Brighella,  Cyrille Dubois
Scaramouche,  Loïc Félix
Un laquais,  Fabien Leriche
Un perruquier,  Jacques Catalayud
Le majordome,  Martin Turba

 

 

 

 

Amour tragique, amour comique

 

 

Strauss richardA ses cĂŽtĂ©s, Zerbinette sa suivante qui ne partage pas cette vision sombre et grave de la vie et s’amuse des peines amoureuses, prĂ©fĂ©rant cultiver les aventures, collectionne amants et rencontres d’un jour, avec cette lĂ©gĂšretĂ©, bouclier et masque contre l’angoisse et la dĂ©pression… Strauss et Hoffmansthal mĂȘlent les genres : sĂ©rieux, hĂ©roĂŻque et comique badin. Heureusement, Ariane rencontre Bacchus qui l’invite Ă  une ivresse salvatrice : la princesse affligĂ©e ressuscite enfin, illuminĂ©e par l’amour du jeune dieu du vin. Saine mĂ©tamorphose d’une amoureuse rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.

Dans l’ouvrage, Strauss et son poĂšte librettiste Hugo von Hoffmansthal, l’un des duos opĂ©ratiques les plus miraculeux de l’histoire de l’opĂ©ra, comme l’incarnent aussi Mozart et Da Ponte, ou avant au XVIIĂš, Monteverdi et Busenello; pour l’heure, Strauss et Hofmannsthal imaginent la reprĂ©sentation dans la maison du plus riche parti de Vienne : c’est la premiĂšre partie de l’ouvrage, un thĂ©Ăątre dans l’opĂ©ra oĂč les trĂ©teaux sont plantĂ©s pour que, auprĂšs des hĂ©ros antiques, s’aiment et rient les acteurs italiens de la Commedia dell’arte.

Jamais opĂ©ra ne fut plus subtil, plus riche, plus subtil et poĂ©tique: hommage aux comĂ©dies-ballets de MoliĂšre et de Lully, Ariane Ă  Naxos (Ariadne auf Naxos) est rĂ©visĂ©e aprĂšs sa crĂ©ation, recoupĂ©e, retravaillĂ©e : au prĂ©lude, le compositeur imagine la prĂ©paration des acteurs et chanteurs pour la reprĂ©sentation proprement dite (agitation, heurts entre artistes, dĂ©lire et angoisse mais aussi manifeste esthĂ©tique du jeune compositeur sur la scĂšne); puis, dans l’opĂ©ra proprement dit : action mythologique Ă  laquelle Strauss et Hoffmannsthal associent le rire rĂ©enchanteur des comĂ©diens comiques (Arlequin, Zerbinette, Truffaldino, Scaramuccio…) autant de gentils clowns dont le chant contraste avec le lamento d’une Ariane en crise dĂ©pressive…  mais heureusement pas pour longtemps car Hofmannsthal sait cultiver un thĂšme particuliĂšrement cher : la salut des Ăąmes douloureuses, la mĂ©tamorphose qui peut encore sauver les hommes et le monde. Beau message humaniste. Le rĂ©sultat est Ă©clatant.

 

 

DVD. Dukas : Ariane et Barbe-Bleue (DenĂšve, 2011). Opus Arte

DVD. Dukas : Ariane et Barbe-Bleue (DenĂšve, 2011). Opus Arte

DUKAS_charbonnet_Deneve_DVD_Opus_ARTEBarcelone, juin 2011 : le Liceu accueille la production crĂ©Ă©e en 2005 Ă  Zurich, essentiellement fermĂ©e, en un espace sans guĂšre de porte de secours, oĂč chaque encadrement menace. D’ailleurs, Claus Guth refuse toute Ă©chappĂ©e, y compris l’allusion Ă  l’aube printaniĂšre au II comme Ă  l’irrĂ©sistible empire de la lumiĂšre dans l’antre d’un tyran geĂŽlier, collectionneur de belles femmes (ici richement parĂ©es et habillĂ©es, telles qu’elles paraissent tout au long du I). Le regard se veut aussi pathologique, inventant pour les recluses, toute une sĂ©rie de convulsions nerveuses, dignes d’aliĂ©nĂ©es piĂ©gĂ©es dans un asile psychiatrique. Mais la conception est moderne et affecte sans guĂšre de poĂ©sie (au mĂ©pris de l’esthĂ©tique surnaturelle et angoissĂ©e de Maeterlinck), la stricte froideur d’un pavillon petitbourgeois d’un rĂ©alisme glaçant.
Prometteuse sur le papier, la distribution rĂ©vĂšle ses limites : emblĂ©matique de tous les chanteurs, Jeanne-MichĂšle Charbonnet malgrĂ© une Ă©vidente prĂ©sence dramatique (et linguistique, car est elle parfaitement intelligible), paraĂźt souvent Ă  cĂŽtĂ© du personnage Ă  cause de ses aigus vibrĂ©s incontrĂŽlĂ©s : un dĂ©faut d’Ă©clat pour une hĂ©roĂŻne libĂ©ratrice, habitĂ©e par l’esprit de la rĂ©volte et de l’Ă©mancipation. Une fĂ©ministe ardente et argumentĂ©e mĂȘme. Et JosĂ© Van Dam qui a l’Ă©paisseur Ă©motionnelle du rĂŽle titre (Barbe-Bleue), diffuse un chant Ă  peine audible, brumeux, sans le mordant et le trouble vocal requis.

DenĂšve Dukasien : le chant de l’orchestre

Reste la superbe direction du roussĂ©lien StĂ©phane DenĂšve, l’enfant du Nord (nĂ© Ă  Tourcoing et ex assistant de Ozawa ou Solti) : un travail d’orfĂšvre qui lui, rend justice au chef d’oeuvre de Dukas. Le compositeur traversĂ© par une inspiration sidĂ©rante vient de terminer la partition de L’Apprenti sorcier (1897). Raffinement d’une orchestration française pour une partition orchestrale fleuve, Ă  la fois straussienne et wagnĂ©rienne oĂč l’on retrouve toute l’imagination mĂ©lodique du Prix de Rome, dĂ©jĂ  superbement gĂ©nial avec sa cantate rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ©e ” VĂ©lleda “: le scintillement d’une instrumentation Ă  la fois onirique et tragique s’y distinguait avec brio. Toutes qualitĂ©s dĂ©veloppĂ©es ensuite dans Ariane, longue pĂ©ripĂ©tie d’Ă©critures incertaines et perfectionnistes – inaugurĂ©e dĂšs 1905-, qui accouche du sommet lyrique en… 1907 (crĂ©ation Ă  la Salle Favart) : opĂ©ra de femmes oĂč se dĂ©tachent aussi les voix enchaĂźnĂ©es consentantes de SĂ©lysette, Ygraine, et aussi MĂ©lisande, BellangĂšre et Alladine, Ariane Ă©tire son Ă©toffe somptueuse dont le cheminement symphonique se met dĂ©jĂ  comme PellĂ©as de Debussy (1902), au diapason des sentiments tĂ©nus les moins perceptibles. A StĂ©phane DenĂšve revient le mĂ©rite d’expliciter le dĂ©voilement de la psychĂ©, c’est Ă  dire de suivre le labyrinthe poĂ©tique du livret inspirĂ© par l’Ariane de… Maeterlinck (1899), venu Ă  l’opĂ©ra grĂące Ă  sa relation avec la soprano Georgette Leblanc.

Paul Dukas : Ariane et Barbe-Bleue. Jeanne-MichĂšle Charbonnet (Ariane), Patricia Bardon (la Nourrice), JosĂ© Van Dam (Barbe-Bleue), Beatriz Jimenez (Ygraine), Elena Copons (MĂ©lisande), SalomĂ© Haller (BellangĂšre), Gemma Coma-Amabart (SĂ©lysette), ChƓur et Orchestre du Liceu de Barcelone, StĂ©phane DenĂšve. 1 DVD Opus Arte OA1098. EnregistrĂ© au Liceu de Barcelone en juin 2011.