Compte rendu, critique, concert. Tours. Grand Théùtre, le 16 septembre 2016. Récital Annick Massis, soprano. Benjamin Pionnier, direction musicale.    

Retrouver la soprano française Annick Massis, c’est, au fil du temps, comme retrouver une amie dont la prĂ©sence chaleureuse et rĂ©guliĂšre rythme nos escapades lyriques et qu’on est toujours heureux de revoir. C’est avec elle que le chef d’orchestre Benjamin Pionnier a choisi d’ouvrir son mandat Ă  la tĂȘte de l’OpĂ©ra de Tours, et c’est Ă  cette occasion qu’il dirige pour la premiĂšre fois l’orchestre de la maison. Pari rĂ©ussi, Ă  en juger par l’accueil enthousiaste des spectateurs venus nombreux pour ce premier concert de la saison 16-17. L’orchestre rĂ©pond idĂ©alement Ă  son nouveau directeur et fait valoir tout au long de la soirĂ©e la qualitĂ© de ses pupitres, notamment dans l’Intermezzo de Manon Lescaut et dans l’Ouverture de Semiramide, Benjamin Pionnier dirigeant ses troupes avec une Ă©nergie visible et sachant en faire briller les couleurs en Ă©vitant tout excĂšs.

La soprano française Annick Massis a donnĂ© un rĂ©cital mĂ©morable Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Feu d’artifice lyrique en ouverture de la saison tourangelle

massis annick tours opera concert 16 septembre 2016A l’écoute des premiers accords ouvrant la Sinfonia de la Norma bellinienne, on craint pour l’équilibre acoustique de la soirĂ©e, tant les musiciens rĂ©unis sur la scĂšne emplissent jusqu’à saturation l’espace finalement assez rĂ©duit du thĂ©Ăątre tourangeau. Mais dĂšs morceau suivant, la balance sonore se fait entre voix et orchestre, dans des proportions idĂ©ales. Un morceau Ă  la valeur hautement symbolique, puisqu’il s’agit de la cĂ©lĂšbre priĂšre de Norma « Casta Diva » et que la date du concert coĂŻncide avec le 39e anniversaire de la mort de Maria Callas, Ă  laquelle Annick Massis tenait Ă  rendre hommage durant ce rĂ©cital. Une priĂšre interprĂ©tĂ©e avec une belle pudeur par la soprano française, malgrĂ© un trac palpable durant les premiĂšres phrases mais vite dissipĂ© dĂšs que l’instrument monte et s’envole vers ses meilleures notes. Toujours Bellini avec la scĂšne de Giulietta, que la chanteuse fait sienne avec une Ă©vidence confondante, tant le personnage existe dĂšs les premiers mots et la musique semble couler toute seule dans sa voix. Le rĂ©citatif se voit ainsi dĂ©clamĂ© avec une prĂ©cision de haute Ă©cole, et l’air, chantĂ© tout entier dans une mezza voce suspendue, se dĂ©ploie lentement le long d’un legato admirablement dĂ©roulĂ©.
Le programme se poursuit en compagnie du personnage de Juliette, cette fois celle peinte par Gounod. Le redoutable air du Poison tĂ©moigne, ainsi qu’à LiĂšge voilĂ  trois ans, de l’évolution de la vocalitĂ© de la soprano et du champ des possibles qu’ouvre cette lente maturation de l’instrument. La voix s’est Ă©toffĂ©e sans perdre la riche insolence de son aigu et le grave, totalement ouvert, sonne pleinement, percutant et fier. Quant Ă  la Valse, elle clĂŽt la premiĂšre partie d’une façon aussi virtuose qu’apparemment facile, vocalises dĂ©liĂ©e et aigus crĂąnement lancĂ©s.
Traviata for ever… Une fois l’entracte passĂ©, Annick Massis renoue avec l’un de ses rĂŽles de prĂ©dilection. DĂšs les premiĂšres notes du violon, la chanteuse semble disparaĂźtre, et c’est le personnage de Violetta ValĂ©ry qui se dresse devant nous, rĂ©signĂ©e mais toujours altiĂšre. Les mots de la lettre sont dits simplement mais avec une sincĂ©ritĂ© bouleversante, et ce « È tardi », si souvent criĂ© Ă  la face du monde par nombre de cantatrices, et ici Ă©noncĂ© comme une Ă©vidence dĂ©jĂ  acceptĂ©e. Dans l’air qui suit, si souvent entendu au grĂ© des scĂšnes, la soprano française propose une progression dramatique aussi originale que personnelle, et qui justifie pleinement le rĂ©tablissement du second couplet. Ainsi, sa dĂ©voyĂ©e, d’un couplet Ă  l’autre, passe de la tristesse amĂšre Ă  la rĂ©volte, animĂ©e par un farouche dĂ©sir de vivre qu’elle dĂ©fendra jusqu’au bout, prenant Ă  tĂ©moin les spectateurs de son combat contre la mort. Une vision admirablement servie vocalement, riche de couleurs et de nuances, phrasĂ© archet Ă  la corde, du trĂšs grand art.
Davantage de lĂ©gĂšretĂ© avec la scĂšne du Cours-la-Reine de la Manon de Massenet, dont la coquetterie est rendue avec une malice coupable par la soprano. L’écriture du rĂŽle lui va Ă©videmment comme un gant, et si le contre-rĂ© clĂŽturant le rĂ©citatif se rĂ©vĂšle un peu court, celui couronnant l’air est atteint glorieusement et longuement tenu, Ă  la grande satisfaction de la chanteuse
 et la nĂŽtre, comme un pari rĂ©ussi.
Et pour refermer ce programme franco-italien, l’un des dĂ©fis dans lesquels se lance Annick Massis dans les semaines Ă  venir : le rĂŽle de Maria Stuarda, qui sera la premiĂšre incursion de la chanteuse parmi les grandes reines donizettiennes, et la confirmation Ă©clatante de l’évolution vocale que nous Ă©voquions plus haut. La confrontation complĂšte entre la reine d’Ecosse et la soprano aura lieu dans un peu plus d’un mois en version de concert sur la scĂšne de l’OpĂ©ra de Marseille, ce rĂ©cital permettait ainsi un premier rodage de la scĂšne ouvrant l’acte II.
Force est de constater que tout fonctionne Ă  merveille et que la prise de rĂŽle prochaine promet d’ĂȘtre un trĂšs beau succĂšs. La cavatine dĂ©ploie superbement sa ligne, et la cabalette, rageuse, se rĂ©vĂšle Ă©lectrisante, pleinement assumĂ©e jusque dans les sauts de registres, les variations dans la reprise, et un contre-rĂ© fiĂšrement dardĂ© qui achĂšve de soulever la salle.
Le public est en liesse et en redemande : « avec ce qui reste, on va faire le maximum » rĂ©pond la chanteuse. Ce sera rien moins que la cabalette finale « Ah non giunge » extraite de la Sonnambula de Bellini, l’un de ses chevaux de bataille. On n’oubliera pas de sitĂŽt cette image de la soprano se retournant vers l’orchestre durant le pont instrumental qui prĂ©pare la reprise, comme pour se gorger de l’énergie dĂ©gagĂ©e par les musiciens, avant de refaire face au public dans un contre-mi bĂ©mol sidĂ©rant, attaquĂ© de front, qui Ă©blouit littĂ©ralement par sa richesse harmonique et remplit toute la salle.
Les spectateurs exultent et rappellent longuement Annick Massis qui paraĂźt soulagĂ©e par ce succĂšs. Ultime rappel : la Pastorella dell’Alpi Ă©crite par Rossini, petit bijou d’humour imitant la tyrolienne et que la soprano chante avec une gourmandise non dissimulĂ©e, osant un grave inattendu qui fait Ă©clater de rire toute la salle, avant de remonter pour clore l’air sur un contre-rĂ© bĂ©mol dĂ©concertant de facilitĂ©, impĂ©rial.
Un vrai moment de bonheur, servi par une chanteuse terriblement attachante, qu’on aime à suivre, et qu’on espùre retrouver bientît.

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 16 septembre 2016. Vincenzo Bellini : Norma, Sinfonia ; “Casta diva”. I Capuleti e i Montecchi, “Eccomi in lieta vesta
 O quante volte”. Adelson e Salvini,  Sinfonia. Charles Gounod : RomĂ©o et Juliette, Entracte de l’acte II ; “Dieu quel frisson
 Amour, ranime mon courage” ; Le Sommeil de Juliette, Acte V ; “Je veux vivre” ; Giuseppe Verdi : I Vespri siciliani, Sinfonia ; La Traviata, “Teneste la promessa
 Addio del passato”. Giacomo Puccini : Manon Lescaut, Intermezzo. Jules Massenet : Manon, “Suis-je gentille ainsi ?”. Gioachino Rossini : Semiramide, Ouverture. Gaetano Donizetti : Maria Stuarda, “Oh nube che lieve
 Nella pace del mesto riposo”. Annick Massis. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours. Benjamin Pionnier, direction musicale

TOURS, rĂ©cital lyrique : Annick Massis chante Bellini, Gounod, Verdi…

massis-annick-soprano-coloratoure-recital-opera-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. RĂ©cital Annick Massis, vendredi 16 septembre 2016, 20h. Coloratoure exceptionnelle, la soprano Annick Massis est l’une des rares cantatrices française Ă  maĂźtriser autant le bel canto italien (Rossini impeccables et de grand style ; Bellini murmurĂ©, prĂ©cis, enivrĂ©) que les grands rĂŽles du romantisme française (Gounod, Massenet). Avec VĂ©ronique Gens, nous tenons les chanteuses soucieuses d’articulation comme de justesse expressive. A Tours, avec la complicitĂ© de l’orchestre maison, la diva française ouvre la nouvelle saison de façon magistrale par ce rĂ©cital lyrique incontournable : elle rend hommage aux maĂźtres de l’opĂ©ra romantique français et italien, en un chant raffinĂ©, aux phrasĂ©s spĂ©cifiques d’une grande diseuse, Ă  la ligne vocale au souffle maĂźtrisé 
De Norma (Bellini), Annick Massis exprime l’ineffable air de la prĂȘtresse gauloise (comme VellĂ©da) amoureuse d’un romain mais trahie par lui
 air Ă  la lune qui recueille ses espoirs perdus mais reste portĂ© par sa force morale intacte (casta diva) ; puis, la soprano est Juliette (Gounod) : ardente et passionnĂ©e, d’une juvĂ©nilitĂ© conquĂ©rante malgrĂ© la tragĂ©die qui l’emporte. De Verdi, voici Violetta ValĂ©ry, dĂ©faite, dĂ©chirante au II (Addio del passato), oĂč la courtisane qui a trouvĂ© le pur amour, doit renoncer Ă  tout bonheur
 Enfin, Annick Massis choisit l’air le plus pyrotechnique qui soit de l’opĂ©ra français fin de siĂšcle (air du Cours la Reine de Manon de Massenet, air de triomphe marquĂ© par l’insouciance de la jeunesse) enfin la diva française ressuscite la dignitĂ© tragique de Maria Stuarda (Donizetti). RĂ©cital ambitieux mais passionnant par l’une de nos plus grandes chanteuses actuelles.

Oeuvres de Donizetti, Bellini, Rossini, Massenet, Gounod, Debussy. L’orchestre de l’OpĂ©ra (Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours) est dirigĂ© par le nouveau directeur du ThĂ©Ăątre de Tours, Benjamin Pionnier.

tours-opera-orchestre-grand-theatre-benjamin-pionnier-saison-2016-2017-clic-de-clasiquenewsOpéra de Tours
RĂ©cital de la soprano Annick Massis
Vendredi 16 septembre 2016, 20h
RESERVEZ

Programme

‱ Vincenzo Bellini :
- Norma :
- Ouverture
- Casta Diva
- Capuleti e Montecchi. Eccomi… o quante volte
- Adelson e Salvini – Sinfonia

‱ Charles Gounod : RomĂ©o et Juliette
- Entr’acte de l’acte II
- Air du poison : Dieu quel frisson
- Le Sommeil de Juliette
- Valse de Juliette : Je veux vivre.

‱ Giuseppe Verdi :
- I Vespri Siciliani – Sinfonia
- La Traviata : Addio del passato

Giacomo Puccini : Manon Lescaut : Intermezzo

Jules Massenet : Manon : Le Cours la Reine

Gioachino Rossini : Ouverture de Semiramide

‱ Gaetano Donizetti :  Maria Stuarda : Oh, nube, che lieve

RĂ©cital exceptionnel Annick Massis Ă  Tours

massis-annick-soprano-coloratoure-recital-opera-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. RĂ©cital Annick Massis, vendredi 16 septembre 2016, 20h. Coloratoure exceptionnelle, la soprano Annick Massis est l’une des rares cantatrices française Ă  maĂźtriser autant le bel canto italien (Rossini impeccables et de grand style ; Bellini murmurĂ©, prĂ©cis, enivrĂ©) que les grands rĂŽles du romantisme française (Gounod, Massenet). Avec VĂ©ronique Gens, nous tenons les chanteuses soucieuses d’articulation comme de justesse expressive. A Tours, avec la complicitĂ© de l’orchestre maison, la diva française ouvre la nouvelle saison de façon magistrale par ce rĂ©cital lyrique incontournable : elle rend hommage aux maĂźtres de l’opĂ©ra romantique français et italien, en un chant raffinĂ©, aux phrasĂ©s spĂ©cifiques d’une grande diseuse, Ă  la ligne vocale au souffle maĂźtrisé 
De Norma (Bellini), Annick Massis exprime l’ineffable air de la prĂȘtresse gauloise (comme VellĂ©da) amoureuse d’un romain mais trahie par lui
 air Ă  la lune qui recueille ses espoirs perdus mais reste portĂ© par sa force morale intacte (casta diva) ; puis, la soprano est Juliette (Gounod) : ardente et passionnĂ©e, d’une juvĂ©nilitĂ© conquĂ©rante malgrĂ© la tragĂ©die qui l’emporte. De Verdi, voici Violetta ValĂ©ry, dĂ©faite, dĂ©chirante au II (Addio del passato), oĂč la courtisane qui a trouvĂ© le pur amour, doit renoncer Ă  tout bonheur
 Enfin, Annick Massis choisit l’air le plus pyrotechnique qui soit de l’opĂ©ra français fin de siĂšcle (air du Cours la Reine de Manon de Massenet, air de triomphe marquĂ© par l’insouciance de la jeunesse) enfin la diva française ressuscite la dignitĂ© tragique de Maria Stuarda (Donizetti). RĂ©cital ambitieux mais passionnant par l’une de nos plus grandes chanteuses actuelles.

Oeuvres de Donizetti, Bellini, Rossini, Massenet, Gounod, Debussy. L’orchestre de l’OpĂ©ra (Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours) est dirigĂ© par le nouveau directeur du ThĂ©Ăątre de Tours, Benjamin Pionnier.

tours-opera-orchestre-grand-theatre-benjamin-pionnier-saison-2016-2017-clic-de-clasiquenewsOpéra de Tours
RĂ©cital de la soprano Annick Massis
Vendredi 16 septembre 2016, 20h
RESERVEZ

Programme

‱ Vincenzo Bellini :
- Norma :
- Ouverture
- Casta Diva
- Capuleti e Montecchi. Eccomi… o quante volte
- Adelson e Salvini – Sinfonia

‱ Charles Gounod : RomĂ©o et Juliette
- Entr’acte de l’acte II
- Air du poison : Dieu quel frisson
- Le Sommeil de Juliette
- Valse de Juliette : Je veux vivre.

‱ Giuseppe Verdi :
- I Vespri Siciliani – Sinfonia
- La Traviata : Addio del passato

Giacomo Puccini : Manon Lescaut : Intermezzo

Jules Massenet : Manon : Le Cours la Reine

Gioachino Rossini : Ouverture de Semiramide

‱ Gaetano Donizetti :  Maria Stuarda : Oh, nube, che lieve

OpĂ©ra de Tours, nouvelle saison lyrique 2016 – 2017

tours-opera-orchestre-saison-2016-2017-vignette-475OpĂ©ra de Tours, saison lyrique 2016 – 2017. PrĂ©sentation gĂ©nĂ©rale et temps forts de la saison opĂ©ra Ă  Tours sous la conduite de son nouveau directeur, le chef d’orchestre, Benjamin Pionnier. Si l’on voulait dĂ©gager une ligne artistique principale, la nouvelle saison lyrique tourangelle met l’accent sur les grandes amoureuses tragiques et passionnĂ©es, telle Lucia, Tosca, Russalka, sans omettre la dĂ©licieuse LakmĂ©. C’est de toute Ă©vidence, l’affirmation au Grand ThĂ©Ăątre de Tours, du rĂ©pertoire autant lyrique que symphonique, car ici, Puccini, Dvorak, ou Delibes affirment, chacun idĂ©alement, un sens de la couleur et des atmosphĂšres phĂ©nomĂ©nal. Pour servir ces choix prometteurs, l’OpĂ©ra accueille quelques grandes divas de l’heure, sans omettre la coopĂ©ration toujours active de l’orchestre maison, l’OSRCVLT – Orchestre symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours, invitĂ© Ă  dĂ©fendre des partitions orchestralement passionnantes…

Benjamin Pionnier, nouveau directeur de l'OpĂ©ra de ToursPas moins de 7 propositions lyriques Ă  venir en 2016 – 2017, Ă  partir de septembre 2016 Ă  l’OpĂ©ra de Tours qui propose ainsi, d’abord en ouverture de saison nouvelle, un somptueux rĂ©cital lyrique mettant en avant l’une des divas françaises les plus bouleversantes de l’heure (et ces derniĂšres annĂ©es Ă©trangement absente du paysage hexagonal), la soprano coloratoure Annick Massis. L’Ă©quipe de Classiquenews se souvient de son Ă©blouissante Traviata Ă  LiĂšge (VOIR notre reportage vidĂ©o exclusif) : incandescence des phrasĂ©s d’une finesse absolue, technicitĂ© coloratoure parfaite, surtout instinct et style vocal d’une irrĂ©prochable vĂ©ritĂ© : des qualitĂ©s aussi exceptionnelles que rares qui font de “La Massis”, l’une des derniĂšres divas belcantistes de notre siĂšcle avec … Edita Gruberova. La diva a tout aujourd’hui pour convaincre et Ă©blouir et c’est un rĂ©cital Ă©vĂ©nement qui se profile ainsi Ă  Tours, le vendredi 16 septembre 2016, 20h (Airs d’opĂ©ras de Donizzetti, Bellini, Rossini, Massenet, Debussy… sous la direction de Benjamin Pionnier).

Puis en octobre 2016, pleins feux sur le chant bel cantiste de Donizetti avec Lucia di Lammermoor, sommet du romantisme italien, crĂ©Ă© Ă  Naples en septembre 1835. DĂ©sirĂ©e Rancatore et Jean François Borras chantent le couple Ă©prouvĂ©, tragique des amants magnifiques Lucia et Edgardo. Lucia appartient bien Ă  cette gĂ©nĂ©aolgie de jeunes femmes sacrifiĂ©es, qui contrainte par les hommes de son clan, assassine l’Ă©poux qui lui a Ă©tĂ© imposĂ©, le soir de ses noces, puis paraĂźt ensanglantĂ©e, en proie Ă  un dĂ©lire destructeur, folle, ivre, dĂ©truite… Les 7, 9 et 1 octobre 2016 (Benjamin Pionnier, direction / FrĂ©dĂ©ric BĂ©lier-Garcia, mise en scĂšne).

Pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2016 – (le 31 dĂ©cembre Ă  19h), rien ne vaut la grĂące et l’Ă©lĂ©gance de l’opĂ©rette viennoise, celle de Franz Lehar : Au Pays du sourire, comĂ©die alliant profondeur, nostalgie, insouciance, crĂ©Ă©e Ă  Berlin Ă  la veille de la barbarie nazie, le 29 octobre 1929. L’exotisme du sujet dessine une rencontre amoureuse prise entre salons viennois et traditions pĂ©kinoises… L’ouvrage affirme une pure sĂ©duction mĂ©lodique grĂące Ă  plusieurs numĂ©ros devenus des tubes : “Je t’ai donne mon cƓur”, “Prendre le thĂ© Ă  deux”… Nouvelle production, avec Gabrielle Philiponet et SĂ©bastien Droy (Lisa et Prince Sou-Chong) entre autres, sous la direction de SĂ©bastien Rouland.

2017

L’OpĂ©ra de Tours a toujours su favoriser les perles oubliĂ©es ou relativement jouĂ©es du romantisme français… pari confirmĂ© dĂ©but 2017 avec un sommet d’orientalisme suave et mĂ©lodiquement irrĂ©sistible : LakmĂ©, crĂ©Ă© Ă  Paris le 14 avril 1883, de LĂ©o Delibes. Que deviendra la fille du Brahmane, Ă©prise du bel officier anglais ? Comment pĂšse ici encore le poids des traditions et des cultures diffĂ©rentes ? L’ouvrage exige dans le rĂŽle titre une jeune soprano coloratoure de premier plan (rĂ©cemment Sabine Devielhe). A Tours, sous la direction de Benjamin Pionnier, c’est Jodie Devos qui relĂšvera ce dĂ©fi vocal, aux cĂŽtĂ©s du tĂ©nor Julian Dran dans le rĂŽle de l’anglais GĂ©rald… sans omettre la participation de Vincent Le Texier (Nilakhanta) Les 27, 29, 31 janvier 2016. A ne pas manquer la sĂ©rie de “complicitĂ©s”, Ă©vĂ©nements culturels et musicaux au thĂšme proche, comme par exemple : “Les nuits de Jaipur” par Doulce MĂ©moire et Denis Raisin Dadre, le 19 janvier Ă  20h ; ou prĂ©cĂ©demment, au MusĂ©e des Beaux-Arts, la lecture confĂ©rence “Delacroix orientaliste le 28 janvier Ă  16h… Visiblement la confrontation / fascination Orient, Occident inspire l’OpĂ©ra de Tours.

En mars 2017, la scĂšne tourangelle affiche une comĂ©die musicale signĂ©e Mitch Leigh, crĂ©Ă©e au Goodspeed Opera House en juin 1965 : L’homme de la Mancha, premiĂšre Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Jean-LOuis Grinda qui vient d’arriver aux ChorĂ©gies d’Orange signe la mise en scĂšne ; Didier Benetti, assure la direction musicale, avec dans le rĂŽle-titre : Nicolas Cavallier (Don Quichotte et Cervantes), Raphael BrĂ©mard (Sancho Pancha), Estelle DaniĂšre (DulcinĂ©e)… Ce Don Quichotte enamourĂ©, ivre de sa passion inacessible aurait pu s’appeler aussi “l’Homme des Ă©toiles”…
Les 24, 25 et 26 mars 2016.

Volet lyrique tragique et hautement orchestral pour quatre dates d’avril 2017 (les 21, 23, 25 et 27 avril) avec Tosca de Puccini (crĂ©Ă© Ă  Rome, la ville oĂč se passe l’action mĂȘme, le 14 janvier 1900). Chanteuse passionnĂ©e, Floria Tosca aime passionnĂ©ment le libertaire et bonapartiste peintre Mario Cavaradossi : mais le couple amoureux s’oppose au cruel et jaloux prĂ©fet de la police de Rome, le monarchiste pervers, Scarpia. InspirĂ© de la piĂšce de Victorien Sardou, Tosca de Puccini est un sommet de l’opĂ©ra italien au dĂ©but du siĂšcle, d’une violence et d’une tendresse spectaculaire. Dans le trio captivant, trois chanteurs Ă  suivre Ă  Tours : Maria Katzarava (Tosca), Angelo Villari (Mario), et Valdis Jansons (Scarpia). Ne manquez pas outre la priĂšre Ă  la Vierge de Tosca (le fameux Vissi d’amore, vissi d’arte…), le finale du premier acte oĂč Scarpia dĂ©miurge Ă  l’Ă©glise, conduit la foule des adorateurs, clergĂ©, fidĂšle, soldats… Un tableau irrĂ©sistible qui exige du chef, de l’orchestre, des solistes et des chƓurs, une parfaite mise en place… Benjamin Pionnier, direction musicale. Pier-Francesco Maestrini, mise en scĂšne.

Pour conclure sa saison 2016 – 2017, l’OpĂ©ra de Tours affiche en mai 2017 une autre amoureuse magnifique et tragique du dĂ©but du XXĂš : Russalka d’Anton Dvorak (crĂ©Ă© Ă  Prague le 31 mars 1901). Ce sommet de l’opĂ©ra en langue tchĂšque, vĂ©ritable immersion dans la fĂ©erie aquatique et fantastique, est portĂ©e par le chef Kaspar Zehner et la mise en scĂšne de Dieter Kaegi. Dans le rĂŽle-titre, Nathalie Manfrino, qui relĂšve les dĂ©fis de la langue de Dvorak. A ses cĂŽtĂ©s : Johannes Chum (le Prince), Michail Schelomianski (Ondin), Isabelle Cals (la princesse Ă©trangĂšre). LĂ  encore il est question comme pour Lucia, d’une amoureuse capable du sacrifice ultime. La nymphe des eaux Russalka renonce Ă  sa nature et Ă  son identitĂ© premiĂšre pour aimer le beau prince inconnu qui se baigne dans le lac… mais aprĂšs quelques avatars, la jeune amoureuse doit perdre le seul ĂȘtre qui comptait. Les 17, 19 et 21 mai 2017.

 

 

Toutes les productions lyriques sont réalisés avec le concours de
l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours,
des Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours.

 

 

 

Bonus / nouveautĂ©s : l’OpĂ©ra de Tours poursuit ses confĂ©rences prĂ©sentant les ouvrages lyriques avant chaque sĂ©rie de reprĂ©sentations, mais aussi Ă©largit ses propositions en intĂ©grant de nouveaux spectacles, lectures, confĂ©rence : les “complicitĂ©s“… le Grand ThĂ©Ăątre organise en partenariat avec le musĂ©e des Beaux-Arts de Tours et le Conservatoire par exemple…, des Ă©vĂ©nements au sujet complĂ©mentaire avec les soirĂ©es lyriques prĂ©sentĂ©es au Grand ThĂ©Ăątre. Consultez le site de l’OpĂ©ra de Tours pour identifier les propositions qui vous inspirent selon chaque ouvrage lyrique de la nouvelle saison 2016 – 2017.

 

 

 

Saison lyrique 2016 – 2017 de l’OpĂ©ra de Tours
AGENDA : 1 récital majeur / 6 opéras

Ouverture de saison : récital lyrique Annick Massis
Vendredi 16 septembre 2016, 20h
RĂ©servez

Donizetti : Lucia di Lammermoor
Les 7, 9 et 11 octobre 2016
RĂ©servez

Franz Lehar : Le Pays du sourire
Les 24, 28, 30 et 31 décembre 2016
RĂ©servez

Lakmé de Léo Delibes
Les 27, 29, 31 janvier 2017
RĂ©servez

L’Homme de la Mancha de Mitch Leigh, 1965, premiĂšre Ă  Tours
Les 24, 25 et 26 mars 2017
RĂ©servez

Tosca de Puccini
Les 21, 23, 25 et 27 avril 2017
RĂ©servez

Russalka d’Anton Dvorak
Les 17, 19 et 21 mai 2017
RĂ©servez

 

 

 

Informations, rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours
Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h00 Ă  12h00 / 13h00 Ă  17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

 

 

Benjamin Pionnier, nouveau directeur de l'Opéra de Tours

 

Le chef d’orchestre Benjamin Pionnier, nouveau directeur de l’OpĂ©ra de Tours

tours-opera-orchestre-saison-2016-2017-vignette-475

Compte rendu, concert. Paris, Amphithéùtre Bastille. Le 29 avril 2015. Récital Annick Massis, soprano. Antoine Palloc, piano.

Paris, avril 2015. Aux limbes d’avril, les pluies sont revenues,  un lĂ©ger parfum du dernier hiver revient dans la capitale aux portes du mois de mai.  L’étĂ© demeure Ă©loignĂ©.  Au cƓur de l’amphithĂ©Ăątre Bastille,  l’on se presse pour prendre place et voir apparaĂźtre incessamment, Annick Massis et Antoine Palloc pour un rĂ©cital d’exception. En effet,  Paris n’est que trop rarement le lieu des rĂ©citals de cette grande voix, qui plus est accompagnĂ©e par un pianiste de cette teneur.

Le Sacre du printemps

annick_massisLe programme de ce rĂ©cital peut sembler une Ă©vocation du printemps. D’abord d’une mĂ©lancolie douce, avec un relent de mĂ©fiance sous un ciel nuageux avec les piĂšces de Messiaen, Reynaldo Hahn et Debussy, petit Ă  petit le soleil transperce les nuĂ©es avec des mĂ©lodies formidables dont les plus remarquables et rares sont celles de Paladilhe et de Bachelet. Le soleil s’installe dĂ©finitivement dans la deuxiĂšme partie avec les belles mĂ©lodies de Verdi,  Bellini,  Puccini, Catalani, et finalement l’insouciance estivale s’exprime avec la chaleur et l’humour du Bacio de Luigi Arditi et quelques bis formidables !

Ce voyage au cƓur des saisons du sentiment a Ă©tĂ© formidablement ciselĂ© et dessinĂ© par Annick Massis Ă©blouissante de couleurs, d’émotion et de justesse. Elle nous a fait mĂȘme redĂ©couvrir Ă  la fois des mĂ©lodies et des textes avec une profondeur et une diction hors pair. L’accompagnant avec Ă©quilibre et souplesse, le formidable Antoine Palloc a rĂ©ussi Ă  mettre en avant les beautĂ©s de ces piĂšces dont le genre chambriste aurait pu les rendre rĂ©pĂ©titives. A l’orĂ©e du printemps, alors que les Saints de glace s’installent Ă  Paris,  la nuit de mercredi dernier le soleil a brillĂ©, dans un ciel oĂč brillaient deux Ă©toiles, celles d’Annick Massis et d’Antoine Palloc !

Le Cid de Massenet en direct du Palais Garnier Ă  Paris

logo_francemusiqueRADIO.France musique, samedi 18 avril 2015,19h: Massenet, le Cid. Annick Massis chante l’Infante avec ce charisme et ce naturel superlatif que nous lui connaissons. Avec Sonia Ganassi, Roberto Alagna, Paul Gay, Nicolas Cavallier
 sous la direction de Michel Plasson. LIRE aussi la critique de notre rĂ©dacteur Sabino Pena Arcia qui assistait au Cid de Massenet au Palais Garnier Ă  Paris, le 27 mars dernier :

SLIDE_Massenet_580_320 - copie« La premiĂšre du Cid de Massenet a lieu au Palais Garnier le 30 novembre 1885 ; l’Ɠuvre est unanimement saluĂ©e par le public et la critique. OpĂ©ra ambitieux sur l’amour et sur la gloire, inspirĂ© de la piĂšce historique de GuillĂ©n de Castro y Bellvis et son adaptation par Pierre Corneille, il pose quelques problĂšmes formels Ă  l’heure actuelle. Le livret raconte l’histoire de Rodrigue dans l’Espagne de la Reconquista. Et comment pour venger l’offense faite Ă  son pĂšre, Don DiĂšgue, il finit par provoquer et tuer le pĂšre de ChimĂšne, sa fiancĂ©e. Elle ne peut qu’exiger le chĂątiment de son bien-aimĂ© mais le Roi a besoin de lui pour lutter contre les Maures. Il revient vainqueur, ChimĂšne est terriblement partagĂ©e, mais le lieto fine arrive quand Rodrigue dĂ©cide de se donner la mort 
 qu’elle empĂȘche, et le Roi les unit. L’amour et l’honneur sont vainqueurs. Cette difficultĂ© contemporaine avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© ressentie par Claude Debussy qui trouva impossible d’achever son propre essai lyrique Rodrigue et ChimĂšne, d’aprĂšs la mĂȘme histoire, sur le livret de Catulle MendĂšs.
En effet, fin XIXe siĂšcle, le grand opĂ©ra historique est dĂ©jĂ  essoufflĂ©. Il l’est davantage Ă  notre Ă©poque. Or, la partition est riche en mĂ©lodies et pleine des moments de beautĂ© comme d’intensitĂ© ; Massenet se montre artisan solide des procĂ©dĂ©s grand-opĂ©ratiques, mis au point par un Meyerbeer ou un HalĂ©vy. L’influence de Verdi est aussi remarquable. Avec des interprĂštes de qualitĂ©, la facilitĂ© comme l’ambition mĂ©lodique de Massenet se traduisent en grands airs impressionnants. Mais il s’agĂźt surtout du mĂ©lodrame habituel du compositeur dont la complaisance est Ă©vidente vis-Ă -vis des attentes du lieu de la crĂ©ation de son opĂ©ra. Remarquons que la derniĂšre fois que l’Ɠuvre a Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e Ă  Paris fut en 1919 !   »

LIRE le compte rendu critique de Sabino PENA ARCIA, Le Cid de Massenet au Palais Garnier à Paris

 

France Musique, samedi 18 avril 2015, 19h. Massenet : Le Cid. En direct du Palais Garnier Ă  Paris… 

Compte-rendu , opéra. Marseille. Opéra, le 8 novembre 2014. Rossini : Moïse et Pharaon. Annick Massis
 Paolo Arrivabeni, direction.

L’OpĂ©ra de Marseille nous a habituĂ©s Ă  la dĂ©couverte ou redĂ©couverte, sous forme de concert, d’Ɠuvres rares ou inĂ©dites, injustement oubliĂ©es, jalon intĂ©ressant dans l’histoire de la musique ou simplement dans la carriĂšre d’un grand compositeur de la sorte Ă©clairĂ©e d’un maillon nĂ©gligĂ© de sa production. Ainsi ce MoĂŻse et Pharaon de 1827, enfin crĂ©Ă© ici.

 

rossini marseille moise annick massisL’ƒuvre   : brĂ»lante actualitĂ©. TirĂ© du fameux Livre de l’Exode de la Bible, fondamental, car le hĂ©ros central, MoĂŻse, est le premier prophĂšte et le fondateur de la religion dite mosaĂŻque ou juive. On sait que, nĂ© en Égypte, sauvĂ© des eaux du Nil dans son berceau, il arrachera son peuple dit-on (mais Égyptien de naissance, son peuple est-il celui du sol ou du sang ?) Ă  la captivitĂ© Ă©gyptienne et lui donnera, en route vers la Terre Promise, les Tables de la Loi, les Dix Commandements. Le sujet a Ă©tĂ© traitĂ© par tous les arts, mĂȘme le cinĂ©ma, avec ses divers Ă©pisodes au romanesque impressionnant, les Dix plaies d’Égypte et, surtout, les HĂ©breux menĂ©s par MoĂŻse passant Ă  pied sec la Mer Rouge oĂč les poursuivants Égyptiens seront engloutis par les flots. Bref, un Proche-Orient dĂ©jĂ  en conflit entre mĂȘmes peuples sĂ©mites, affrontement d’un Dieu contre les dieux, Ă©galement prĂ©sent dans Nabucco, avec aussi dĂ©portation, esclavage des Juifs, menaces d’extermination et solution, sinon finale, in extremis, suivie de l’exode salvateur des HĂ©breux libĂ©rĂ©s.

1824 : l’italianissime Rossini s’exporte Ă  Paris. Mais qu’importe ? Il y importe et apporte son italianitĂĄ, son savoir faire, et faire vite —et bien— et va vite le faire savoir trĂšs bien. Dans une logique culturelle nationaliste, on lui confie la direction du ThĂ©Ăątre des Italiens oĂč il sert le rĂ©pertoire adĂ©quat, et le sien. Mais il vise la chasse gardĂ©e, hĂ©ritage de l’Ancien rĂ©gime rĂ©cemment restaurĂ© aprĂšs la tourmente rĂ©volutionnaire et l’épopĂ©e napolĂ©onienne, l’AcadĂ©mie Royale de Musique, temple national des productions françaises passĂ©es et compassĂ©es, d’un art du chant français vainement dĂ©criĂ© par Rousseau au siĂšcle prĂ©cĂ©dent qui le trouvait, dirai-je pour rĂ©sumer ses longues diatribes, pompeux, pompier, pompant.

Rossini, avec prestesse et Ă©lĂ©gance, y fera une Ă©clatante dĂ©monstration de son sens de l’adaptation au gĂ©nie du lieu sans rien perdre du sien avec la crĂ©ation, en 1827, de MoĂŻse et Pharaon, reprise francisĂ©es, nationalisĂ©e française, de son MosĂš in Egitto crĂ©Ă© au San Carlo de Naples en mars 1818, oĂč il faisait la part belle Ă  la virtuositĂ© de sa femme, la cantatrice espagnole Isabel ColbrĂĄn. Un habile librettiste, Etienne de Jouy‹, adapte en français le livret original de Luigi Balocchi. On y remarque la plaisante transformation des noms de l’original italien avec des dĂ©sinences fleurant, en plein romantisme, le nĂ©o-classicisme du siĂšcle prĂ©cĂ©dent : AnaĂŻde, Sinaide, Aufide, Osiride, qui ne dĂ©parerait pas quelque tragĂ©die d’un Ă©pigone tardif de Racine, de Voltaire.

Pour ce qui est de la musique, tout en conservant sa patte originelle, l’espiĂšgle signature de ses flĂ»tes et piccolo, et la pĂąte italienne d’une orchestration transparente, Rossini nourrit davantage son orchestre et gonfle ses chƓurs qui deviennent, trĂšs loin de l’opĂ©ra italien et des siens en particulier, de vĂ©ritables protagonistes antagonistes de l’action, HĂ©breux contre Égyptiens. Enfin, il se moule avec aisance dans un type de dĂ©clamation française un peu solennelle, du moins dans les rĂ©citatifs, tous obligĂ©s, accompagnĂ©s par l’orchestre, qui donne un tissu musical continu non hachĂ© par le recitativo secco au clavecin. Il concĂšde une noblesse de ton remarquable aux personnages primordiaux, notamment MoĂŻse et Pharaon, au discours Ă  la virtuositĂ© assagie ; mais, bon chant pour tous, il rĂ©serve le bel canto au sommet, vertigineux par la tessiture Ă©largie et les sauts, par une ornementation acrobatique extrĂȘme, à l’improbable couple inter-ethnique de jeunes premiers amoureux : AnaĂŻde, Juive, et AmĂ©nophis, Égyptien, parallĂšle et chiasme que l’on retrouvera plus tard dans celui de Fenena et Ismael du babylonien Nabucco de Verdi, et, dans les deux opĂ©ras, une sublime priĂšre des HĂ©breux qui conduiront les deux compositeurs Ă  leur derniĂšre demeure., AnaĂŻde Juive, et AmĂ©nophis, Égyptien, parallĂšle et chiasme que l’on retrouvera plus tard dans celui de Fenena et Ismael du babylonien Nabucco de Verdi, et, dans les deux opĂ©ras, une sublime priĂšre des HĂ©breux qui conduiront les deux compositeurs Ă  leur derniĂšre demeure. C’est dire si Rossini, l’air de rien, ouvre des portes, tant du grand opĂ©ra Ă  la française que de l’italien.

L’ouverture n’est plus simplement un morceau simplement destinĂ© Ă  meubler le temps d’ouverture du thĂ©Ăątre et d’installation du public et, pour cela souvent interchangeable : elle crĂ©e une atmosphĂšre, laisse prĂ©sager, sinon la houle, les vagues du passage de la Mer Rouge, qui devait ĂȘtre le clou spectaculaire du mythe juif. Les divers Ă©pisodes des Dix plaies d’Égypte donnent aussi lieu Ă  des passages d’une musique figurale expressive.

InterprĂ©tation. LibĂ©rĂ©e des contingences reprĂ©sentatives, bien complexes Ă  mettre en scĂšne, forcĂ©ment oblitĂ©rĂ©es par trop d’images grandioses de cinĂ©ma, la version scĂ©nique a le mĂ©rite de concentrer l’attention sur la musique et le chant, ce qui laisse forcĂ©ment les interprĂštes impitoyablement Ă  nu.

À la direction musicale, Paolo Arrivabeni, est l’élĂ©gance en personne : avec une Ă©conomie gestuelle remarquable, il tire de l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Marseille au mieux les meilleurs des effets sans effectisme, Ă©tageant clairement les plans, caressant les cordes lumineuses, dorant doucement les cuivres, si rares chez Rossini, sans renflement ni ronflement, faisant surgir les couleurs de certains pupitres, flĂ»tes, clarinette, hautbois dans une clartĂ© gĂ©nĂ©rale qui montre combien Rossini a assimilĂ© les leçons viennoises classiques de Mozart et Haydn. Attentif en bon chef de chant Ă©galement, sans jamais les mettre en danger, il guide souplement les chanteurs dans les pĂ©rilleuses ascensions et descentes ornĂ©es de ce bel canto qui est aussi l’élĂ©gance suprĂȘme de la voix, oĂč les plus redoutables obstacles vocaux deviennent une voluptueuse victoire du souffle et d’une technique travestie, investie par la grĂące, ravissant d’effroi le spectateur de la difficultĂ© vaincue avec aisance, apparemment sans effort : la politesse du beau chant. Et de ce vaste chƓur, admirablement prĂ©parĂ© par Pierre Iocide, Arrivabeni tire les effets musicaux et Ă©motionnel d’un vrai personnage, vaste horizon sonore, belle fresque ou frise de laquelle se dĂ©tachent, sans solution de continuitĂ© dans le flot musical, les solistes.

N’était-ce l’intrigue amoureuse obligatoire pour le temps mais superfĂ©tatoire, cet opĂ©ra est en fait un magnifique oratorio qui nous dĂ©voile encore une facette du facĂ©tieux (en apparence) cher Rossini aux visages finalement trĂšs divers.

Quant Ă  la distribution, des petits (par la durĂ©e) aux grands rĂŽles, c’est un bonheur que n’avoir qu’un mĂȘme hommage Ă  rendre Ă  leur qualitĂ© et cohĂ©sion. En quelques phrases, le jeune tĂ©nor RĂ©my Mathieu laisse en nous le dĂ©sir de l’entendre plus longuement ; connu et entendu dĂ©jĂ  souvent depuis ses dĂ©buts, Julien Dran fait plus que confirmer des promesses : il se tire de la partie d’EliĂ©zer, hĂ©rissĂ©e de difficultĂ©s, avec une vaillance pleine de maestria et il montre et dĂ©montre qu’il est prĂȘt pour le saut de grands rĂŽles autres que de tĂ©nor di grazia oĂč on l’a vu exceller. Philippe Talbot, tĂ©nor d’une autre teneur, dans l’ingrat personnage d’AmĂ©nophis, peut-ĂȘtre le seul hĂ©ros de quelque dimension psychique bien que trop symĂ©triquement contrastĂ© par des affects contraires, dĂ©chirĂ©, entre haine et amour, pardon et vengeance, dĂ©ploie une voix franche, brutale parfois, dont la rudesse acĂ©rĂ©e Ă  certains moments de cette partition follement virtuose qu’il affronte hĂ©roĂŻquement, sert l’expressivitĂ© Ă©motionnelle et fiĂ©vreuse du personnage et rend crĂ©dible son tourment, se pliant en douceur aux duos avec la femme aimĂ©e. Familier de notre scĂšne, dans un rĂŽle trop bref pour le plaisir que l’on a toujours Ă  l’entendre, Nicolas Courjal, basse, affirme l’étoffe rare du velours sombre et profond de sa voix. Quant au baryton quĂ©bĂ©cois, Jean-François Lapointe, chez lui Ă  Marseille, que dire qu’on n’ait dĂ©jĂ  dit de ce grand artiste ? BeautĂ© de la voix, Ă©gale sur toute la tessiture ici trĂšs longue, Ă©lĂ©gance du phrasĂ©, aisance dans un emploi apparemment inhabituel par des traits bel cantistes, brillant de l’aigu, il est souverain par la noblesse et justesse de l’expression convenant au personnage d’un Pharaon traversĂ© par le doute. Aucun de ces chanteurs, dans leur juste place, n’est Ă©crasĂ© par la prĂ©sence imposante de Ildar Abdrazakov en MoĂŻse, voix immense mais humaine, puissante et parfois confidentielle, large, d’une Ă©galitĂ© de volume et de couleur dans toute la tessiture, en rien affligĂ©e du vibrato souvent excessif des basses slaves : vrai voix de prophĂšte, d’airain, propre Ă  graver dans le roc les Tables de la Loi.

Et que dire des dames ? En peu de rĂ©pliques, Lucie Roche, rĂ©active Ă  la musique et aux propos de ses partenaires, immergĂ©e dans toute la partition et non seulement sa partie, impose le veloutĂ© de sa voix de mezzo, sa belle ligne de chant et l’on goĂ»te pleinement cette douceur de mĂšre symĂ©trique de l’autre mĂšre amĂšre et douce du futur Pharaon, Sonia Ganassi, mezzo moins sombre, cuivrĂ©, chaud, dĂ©fiant tous les piĂšges d’un rĂŽle qui, pour ĂȘtre relativement bref, relĂšve de la plus haute volĂ©e du bal canto le plus acrobatique. En AnaĂŻde, stĂ©rĂ©otype fĂ©minin hĂ©sitant entre l’amour humain et divin, la soprano Annick Massis se joue avec une grĂące angĂ©lique de sa diabolique partition, hĂ©rissĂ©e de sauts terribles du grave Ă  l’aigu, avec des intervalles de gammes vĂ©loces vertigineuses, brodĂ©s de trilles, dentelĂ©s de toutes les fioritures expressives du bel canto ; sur un soupir, la caresse d’un souffle, elle fait rayonner des aigus impondĂ©rables aux harmoniques dĂ©licatement scintillantes, une infinie palette de nuances iridescentes : mille rossignols, mille musiques dans une seule voix. Un triomphe amplement mĂ©ritĂ©.

Rossini : Moïse et Pharaon, 1827

Opéra en quatre actes livret de Luigi Balocchi et Etienne de Jouy

Musique  Gioacchino Rossini

Version de concert

Marseille, Opéra. Le 8 novembre 2014

A l’affiche, les 8, 11, 14, 16 novembre 2014.

MoĂŻse et Pharaon de Giocchino Rossini

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille,

Direction musicale :  Paolo Arrivabeni‹ ; Chef du chƓur Pierre Iodice

Distribution : AnaĂŻde : Annick Massis ; SinaĂŻde : Sonia  Ganassi ; ‹ Marie : Lucie Roche ;    MoĂŻse : Ildar Abdrazakov ; Pharaon : Jean-François Lapointe ; AmĂ©nophis : Philippe Talbot : EliĂ©zer   Julien Dran ; ‹ Osiride / une voix mystĂ©rieuse : Nicolas Courjal ; ‹ Aufide : RĂ©my Mathieu‹.

‹ Photos : Christian Dresse : A. Massis et L. Roche


Compte rendu, Opéra. LiÚge. Opéra Royal de Wallonie, le 19 octobre 2014. Jules Massenet : Manon. Annick Massis, Alessandro Liberatore, Pierre Doyen, Roger Joakim. Patrick Davin, direction musicale. Stefano Mazzonis di Pralafera, mise en scÚne

massis annick liegeQuatre ans aprĂšs sa prise de rĂŽle Ă  l’OpĂ©ra de Rome, il Ă©tait temps pour Annick Massis de se frotter une nouvelle fois Ă  l’hĂ©roĂŻne nĂ©e sous la plume de l’abbĂ© PrĂ©vost et mise en musique par Massenet. Des retrouvailles entre une chanteuse et un personnage, comme une rencontre enfin aboutie, dont le concert du mois d’avril Salle Favart nous avait dĂ©jĂ  donnĂ© un avant-goĂ»t des plus prometteurs.  Force est de constater que l’écriture du rĂŽle convient idĂ©alement Ă  la maturitĂ© vocal acquise par la soprano française depuis plusieurs annĂ©es, dont on ne cesse d’admirer l’évolution, toute en sagesse et en lent mĂ»rissement, comme un grand vin dont le bouquet s’enrichit au fil du temps. Ainsi que sa Juliette dans la maison liĂ©geoise nous le faisait dĂ©jĂ  Ă©crire voilĂ  prĂšs d’un an, l’instrument d’Annick Massis a gagnĂ© en ampleur comme en richesse, affirmant un mĂ©dium dĂ©sormais parfaitement assis et un grave sonore dans un poitrinage rĂ©alisĂ© avec beaucoup d’art, Annick Massis marche sur tous les chemins sans pour autant perdre l’insolence et l’éclat de son registre aigu, osant toujours de spectaculaires contre-rĂ©s qui mĂ©dusent l’assistance et dĂ©chaĂźnent ses ovations par leur puissance et  leur impact dans la salle.

 

 

Annick Massis marche sur tous les chemins

 

A l’instar de l’hĂ©roĂŻne de Shakespeare et Gounod, l’évolution du personnage apparaĂźt de façon parfaitement lisible dans son jeu scĂ©nique et ses inflexions vocales, l’adolescente naĂŻve du dĂ©but de l’Ɠuvre faisant place peu Ă  peu Ă  une femme sĂ»re de ses charmes et habile dans leur usage sur la gent masculine.

Plus encore qu’une « petite table » poignante et un « Cours-la-Reine » Ă©blouissant, on retient surtout une scĂšne de Saint-Sulpice dĂ©bordante de sensualitĂ© et de tendresse, ciselĂ©e dans ses nuances comme jamais, dans un intense moment d’émotion.

On comprend mal en revanche la nĂ©cessitĂ© des costumes Ă  enlaidir l’hĂ©roĂŻne, la ravalant tout au long de la reprĂ©sentation au rang d’une vulgaire pute de luxe, affublĂ©e qu’elle est d’une affreuse perruque blonde contre laquelle se bat constamment l’interprĂšte, un comble pour une chanteuse naturellement dotĂ©e d’élĂ©gance et de prestance !

A ses cĂŽtĂ©s, on dĂ©couvre le jeune tĂ©nor italien Alessandro Liberatore, tout entier dans son premier Des Grieux, qu’il sert avec fougue et sincĂ©ritĂ©. Sa prestation dĂ©montre un travail sur la langue française, mais le style propre Ă  cette dĂ©clamation et Ă  cette musique mĂ©riterait d’ĂȘtre davantage approfondi, la nature profondĂ©ment transalpine de sa voix transparaissant souvent, malgrĂ© un bel effort de nuances en voix mixte dans le RĂȘve. L’aigu demeure parfois un rien serrĂ© et fragile, la projection modeste du chanteur se rĂ©duisant alors dans le registre supĂ©rieur, rendant ainsi le combat inĂ©gal contre l’orchestre. Un talent Ă  suivre, qu’on retrouvera bientĂŽt dans le Nabucco nancĂ©en, oĂč il tiendra le rĂŽle d’Ismaele.

Formidable Lescaut, Pierre Doyen confirme cet aprĂšs-midi encore les qualitĂ©s qu’on suit chez lui depuis un moment. BeautĂ© du timbre, puissance de la voix, soliditĂ© de la technique, aisance de l’aigu, prĂ©cision de la diction et intelligence scĂ©nique, voilĂ  un carton plein qu’on est heureux, une fois de plus, de saluer bien bas.

On apprĂ©cie Ă©galement sans rĂ©serve le Comte Des Grieux de Roger Joakim, davantage baryton-basse que vraie basse, mais c’est un plaisir d’entendre ce rĂŽle chantĂ© haut et clair, avec noblesse et bontĂ©, loin de l’autoritĂ© charbonneuse des voix fatiguĂ©es souvent distribuĂ©es ici. On est sincĂšrement Ă©mus par un « Epouse quelque brave fille » Ă  la ligne de chant si tendrement dĂ©roulĂ©e que l’amour paternel contenu dans cet air en devient pleinement sensible.

Excellents, le Guillot insidieux de Papuna Tchuradze et le BrĂ©tigny imposant de Patrick Delcour, ainsi que le trio d’élĂ©gantes formĂ© par Sandra Pastrana, Sabine Conzen et Alexise Yerna.

Tous Ă©voluent dans la mise en scĂšne imaginĂ©e par Stefano Mazzonis di Pralafera. Le maĂźtre des lieux Ă  conçu sa scĂ©nographie comme le grand livre de la vie de Manon, que la jeune femme feuillette avant de mourir. Les pages se tournent ainsi au fil des actes, idĂ©e d’une belle poĂ©sie mais dont la rĂ©alisation s’avĂšre souvent poussive et la mise en place, Ă  grand renfort de techniciens visibles du public, laborieuse. Si les dĂ©cors Ă©voquent clairement le premier quart du XXe siĂšcle et les AnnĂ©es Folles – provoquant souvent un dĂ©calage avec la musique de Massenet Ă©voquant clairement le XVIIIe siĂšcle –, les costumes balaient allĂšgrement trois cents ans, sans doute pour Ă©voquer l’universalitĂ© de l’histoire de Manon Lescaut, ces tĂ©lescopages crĂ©ant une confusion qui laisse souvent les spectateurs extĂ©rieurs Ă  l’action, les sentiments peinant souvent Ă  s’installer.

A la tĂȘte des ChƓurs de la maison, en bonne forme, et de l’Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie, trĂšs investi dans cette partition, Patrick Davin dĂ©fend avec passion ce rĂ©pertoire qu’il affectionne et galvanise ses troupes tout en mĂ©nageant les solistes, notamment le rĂŽle-titre qu’il paraĂźt couver amoureusement. Au rideau final, triomphe mĂ©ritĂ© pour Annick Massis, qu’on retrouvera Ă  de nombreuses reprises durant cette saison, et un beau succĂšs pour l’Ɠuvre de Massenet, qu’on ne se lasse pas de redĂ©couvrir.

LiĂšge. OpĂ©ra Royal de Wallonie, 19 octobre 2014. Jules Massenet : Manon. Livret de Henri Meilhac et Philippe Gille d’aprĂšs Les Aventures du Chevalier Des Grieux et Manon Lescaut d’Antoine François PrĂ©vost. Avec Manon : Annick Massis ; Le Chevalier Des Grieux : Alessandro Liberatore ; Lescaut : Pierre Doyen ; Le Comte Des Grieux : Roger Joakim ; Guillot de Morfontaine : Papuna Tchuradze ; De BrĂ©tigny : Patrick Delcour ; Poussette : Sandra Pastrana ; Javotte : Sabine Conzen ; Rosette : Alexise Yerna. ChƓurs de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie ; Chef de chƓur : Marcel Seminara. Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie. Direction musicale : Patrick Davin. Mise en scĂšne : Stefano Mazzonis di Pralafera ; DĂ©cors : Jean-Guy Lecat ; Costumes : FrĂ©dĂ©ric Pineau ; LumiĂšres : Franco Marri

 

 

Compte rendu, récital lyrique. Paris. Opéra Comique, le 9 avril 2014. décembre 2009. Récital Annick Massis et Michael Spyres. Orchestre Symphonique de Mulhouse. Emmanuel Plasson, direction musicale

annick_massisToujours prĂȘte Ă  voler au secours de l’enfance maltraitĂ©e tout autour du globe, l’association Coline OpĂ©ra continue Ă  mettre l’art lyrique au service d’une noble cause. GrĂące Ă  son action, un grand nombre d’opĂ©rations vitales ont dĂ©jĂ  pu ĂȘtre lancĂ©es, comme l’achat de matĂ©riel mĂ©dical coĂ»teux ou encore la rĂ©novation et l’agrandissement de la maison des enfants indigents Ă  l’hĂŽpital de la ChaĂźne de l’Espoir Ă  Phnom Penh, au Cambodge. Un mouvement courageux qui se doit d’ĂȘtre soutenu pleinement, et la musique reste un vecteur privilĂ©giĂ© pour Ă©veiller les cƓurs comme les consciences.

Une fois encore, c’est Ă  l’OpĂ©ra Comique que la soirĂ©e se passe, et c’est bien entendu le rĂ©pertoire français qui est Ă  l’honneur, avec un rĂ©cital Ă  deux voix, Annick Massis, enfin de retour dans la capitale, unissant ses accents Ă  ceux du tĂ©nor Michael Spyres, dĂ©jĂ  prĂ©sent in loco dans La Muette de Portici d’Auber. La lecture du programme promet des plaisirs variĂ©s, du beau chant, et une agrĂ©able soirĂ©e.

Bel canto à la française

Commençons d’entrĂ©e par un constat que nous jugeons alarmant : le chemin qu’emprunte depuis quelques annĂ©es Michael Spyres, que nous suivons depuis longtemps. Ayant commencĂ© ses Ă©tudes vocales comme baryton, le chanteur amĂ©ricain a peu Ă  peu gravi la tessiture pour devenir le tĂ©nor que l’on sait. De ces dĂ©buts dans une Ă©criture plus grave, l’artiste a gardĂ© un grave facile et une longueur de voix apprĂ©ciable. Ce qui a poussĂ© l’univers belcantiste, orphelin depuis le retrait de Chris Merritt, Ă  voir en lui le successeur du cĂ©lĂšbre barytĂ©nor et Ă  lui confier tous ses emplois, indistribuables aujourd’hui. Las, plus le temps passe, plus ces rĂŽles inhumains apparaissent malsains Ă  long terme pour la voix de Michael Spyres. De brillant et colorĂ©, l’instrument du tĂ©nor est devenu terne et lourd, comme plombĂ© par un mĂ©dium grossi, dans une construction pyramidale oĂč la voix se rĂ©trĂ©cit au fur et Ă  mesure qu’elle s’élĂšve vers l’aigu.

spyres Michael+Spyres+SpyresLes notes hautes se rĂ©vĂ©lant ainsi parfois inaudibles, privĂ©es de corps comme de projection, la massivitĂ© du registre mĂ©dian s’avĂ©rant impossible Ă  porter jusqu’aux cimes. Une dĂ©gradation vocale qui nous peine sincĂšrement et que nous ne pouvions passer sous silence. C’est ainsi que dĂ©buter le concert par l’air d’ElĂ©azar dans La Juive d’HalĂ©vy relĂšve de la folie pure, la voix demeurant constamment tirĂ©e vers le bas, faisant craindre le pire Ă  chaque aigu. Et il en est ainsi tout le long de la soirĂ©e, le paroxysme Ă©tant atteint avec le Faust de Berlioz, artificiellement grossi tout du long, sans consĂ©quence pourtant puisque la partition ne dĂ©passe pas le La aigu. Seul l’air « Viens, gentille dame », tirĂ© de la Dame blanche de Boieldieu, laisse entrevoir une Ă©claircie dans cet avenir vocal dĂ©cidĂ©ment bien sombre, le centre de gravitĂ© trĂšs haut de ce morceau forçant le chanteur Ă  un placement plus haut et bien plus fin, bannissant toute lourdeur. Et l’aigu devient miraculeusement aisĂ© et sonore, presque mixte, comme un naturel retrouvĂ©. Une piste Ă  suivre, selon nous.

C’est tout le contraire avec une Annick Massis toujours fabuleusement prĂ©servĂ©e, en glorieuse forme ce soir. L’instrument sonne plus riche que jamais, emplissant le thĂ©Ăątre avec une facilitĂ© jubilatoire. On retrouve avec bonheur son Eudoxie dans la Juive, quelques annĂ©es aprĂšs son triomphe dans ce mĂȘme rĂŽle sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille. Un rien de trac, mais une exĂ©cution qui n’a que peu de rivales aujourd’hui. L’écriture de Mathilde dans Guillaume Tell semble moins naturellement lui convenir, exigeant une largeur dans le mĂ©dium et le grave qui n’est pas la sienne, mais l’artiste sait au mieux utiliser ses moyens et phrase avec beaucoup d’élĂ©gance « Sombre forĂȘt », malheureusement amputĂ© de son rĂ©citatif.

L’entracte passĂ©, et toute apprĂ©hension envolĂ©e, la soprano française met la salle Ă  ses pieds avec un air du Miroir de ThaĂŻs proprement Ă©lectrisant. LĂ  encore, le bas de la tessiture demeure un rien discret, mais contrairement Ă  son partenaire, elle Ă©pargne le grave pour mieux conserver son aigu. Et c’est une preuve dĂ©finitive qu’elle donne Ă  tous en concluant l’air par un contre-rĂ© Ă©poustouflant de richesse et d’ampleur, qui dĂ©chaĂźne l’enthousiasme du public. LittĂ©ralement dĂ©chaĂźnĂ©s, les spectateurs la rappellent bruyamment plusieurs fois, comme des retrouvailles attendues. Et Annick Massis clĂŽt cette soirĂ©e avec un Manon dĂ©bordante de sensualitĂ© et de magnĂ©tisme, texte ciselĂ© et voix gĂ©nĂ©reusement dĂ©ployĂ©e avec la vocalitĂ© exacte du rĂŽle, volant littĂ©ralement la vedette Ă  son Des Grieux – l’écriture du Chevalier convenant par ailleurs plus naturellement au tĂ©nor –.

Devant la joie manifeste du public, les deux artistes reprennent la fin du duo de Guillaume Tell – la soprano n’hĂ©sitant plus Ă  laisser sonner pleinement sa voix – et entonnent un curieux Brindisi de la Traviata, totalement incongru dans ce programme, mais trĂšs bien chantĂ© par les deux interprĂštes, chacun y trouvant un emploi idĂ©al. A la tĂȘte d’un Orchestre Symphonique de Mulhouse en bonne forme, Emmanuel Plasson met en valeur son mĂ©tier et sa comprĂ©hension de ce rĂ©pertoire, en digne hĂ©ritier de son pĂšre.

On salue également la découverte que constitue la quatriÚme symphonie de Reber, dont nous est offert ici un seul mouvement, fragment qui donne pleinement envie de goûter la suite.

Une soirĂ©e dĂ©routante, qui nous a dĂ©montrĂ© une fois de plus quelle grande artiste est Annick Massis, et qui nous a convaincu de tirer la sonnette d’alarme concernant Michael Spyres, l’interprĂšte en vaut la peine.

Paris. OpĂ©ra Comique, 9 avril 2014. Daniel-François-Esprit Auber : La Muette de Portici, Ouverture. Gioacchino Rossini : Guillaume Tell, “Sombre forĂȘt”. Jacques-Fromental HalĂ©vy : La Juive, “Rachel, quand du Seigneur”, “Voici longtemps la crainte et la tristesse”. François-Adrien Boieldieu : La Dame blanche, “Viens, gentille dame”. Gioacchino Rossini : Guillaume Tell, Duo Mathilde et Arnold. Jules Massenet : ThaĂŻs, MĂ©ditation, “Dis-moi que je suis belle” ; Werther, “Pourquoi me rĂ©veiller”. Hector Berlioz : La Damnation de Faust, “Nature immense”. NapolĂ©on-Henri Reber : Symphonie n°4, Premier mouvement. Jules Massenet : Manon, “Oui, c’est moi”. Annick Massis et Michael Spyres. Orchestre Symphonique de Mulhouse. Emmanuel Plasson, direction musicale.

Illustrations : Annick Massis (DR). Michael Spyres (DR)